Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 16:46

J’ai appris le décès récent de René Delvaux, que j’avais souvent rencontré dans le cadre de ces recherches sur la Résistance, et qui m’avait accueilli, avec son épouse, Paulette, dans leur ferme du Petit Ban. La presse locale n’a pas consacré d'article à celui qui fut un véritable héros de la Résistance (je sais que ces superlatifs apparaissent suspects sinon outranciers, et je ne les utilise que rarement, et toujours à bon escient). Il était le dernier représentant encore en vie du maquis de Launois.  

 

Fils d’un agriculteur de Viel-Saint-Rémy, René Delvaux est, avec Yvon Legroux et Paulin Brichet, le fondateur du maquis de Launois au printemps de 1943. Réfractaires au STO, les jeunes gens s’installent dans des cabanes dans les bois d’Hameuzy et dans les granges des villages environnants où ils trouvent de nombreuses complicités. Rapidement, la nouvelle de la formation d’un maquis destiné à aider les réfractaires se répand et, par l’intermédiaire de la préposée des Postes de Launois-sur-Vence, Mme Gazagnaire, s’établit une filière par laquelle de nombreux requis viennent s’adjoindre au noyau initial.

Pour nourrir les hommes, le maquis va se ravitailler au détriment des exploitations de la WOL dont les bêtes sont volées puis abattues, dont les champs sont récoltés nuitamment... Les mairies sont attaquées pour se procurer les précieux tickets d'alimentation, de même pour les bureaux de tabacs mis à contribution... Les agriculteurs, comme les commerçants de Launois (boulanger, épiciers…), apportent leur aide dans la mesure de leurs moyens : la solidarité s’organise autour de ces jeunes hommes qui refusent de se soumettre aux exigences de l’occupant.

 

« Maquis de Launois », installé sur le territoire de la commune de Viel-Saint-Rémy, au hameau d’Hameuzy. Que de localisations diverses pour ce maquis ! S’il est vrai qu’il changea souvent d’emplacement, pour des raisons de sécurité, René Delvaux, qui en fut tout de même à l’origine, ne l’appelait que le « maquis d’Hameuzy ».

 

Georges Matagne, responsable aux Jeunesses communistes de Villers-Semeuse, chef départemental du mouvement FTP (Francs-tireurs et partisans) vient rapidement organiser le maquis sur le plan militaire, notamment par l’initiation  de ses membres à la confection et au maniement d’explosifs. En octobre, René Delvaux devient officiellement commandant du maquis. Les premiers sabotages sont réalisés : l'écluse d'Attigny saute, du matériel de la WOL est détruit ou saboté.

Au cours du mois de novembre 1943, des équipes réalisent huit sabotages contre les voies ferrées par déboulonnage des rails, méthode favorite des FTP : trois sur la ligne Sedan-Charleville, deux sur celle Hirson-Charleville, une sur la ligne Charleville-Givet, une sur la ligne Charleville-Rethel. C’est aussi au cours de mois de novembre qu’a lieu un accrochage avec les gendarmes de la brigade d’Asfeld à Bergnicourt. On sait que dans un échange de coups de feu, un gendarme fut tué. René Delvaux ayant participé à cette action, il m’en avait envoyé un récit très détaillé il y a quelques années. L’arme de service du gendarme sera retrouvée en possession d’un maquisard, René Isidore, arrêté à Mézières par la gendarmerie. Le jeune homme sera livré à la Gestapo et fusillé (ces épisodes ont été développés dans « Les Ardennais de la résignation à la résistance » dans L’affaire des Manises).

 

Dans la nuit du 15 décembre 1943, trois à quatre cents Allemands, informés par un dénonciateur, encerclent les bois du secteur. Les maquisards trouvés sur le terrain sont aussitôt arrêtés, les fermes environnantes sont méthodiquement fouillées. Les jours et les semaines suivantes, de vastes rafles auront lieu dans les villages, Launois, Viel Saint-Rémy, Dommery, les Allemands opérant de nombreuses arrestations dans la population.

Il y aura 13 fusillés et 11 déportés. Parmi ces derniers, le père de René Delvaux, qui fut déporté le 22 janvier 1944 vers le camp de concentration de Buchenwald. Transféré au camp de concentration de Mauthausen, il fut gazé gazé à Harteim (Kommando de Mauthausen) le 17 juillet 1944.

 

René Delvaux échappe aux Allemands. Sa tête mise à prix, il se cache, avec son camarade Marcel Picot, à Ecordal dans la ferme de la famille Sagnet qui participe à l’hébergement et à l’évacuation d’évasions d’aviateurs alliés. Nous avons déjà parlé de cet épisode (à la Libération, René  rentré dans les Ardennes épousa Paulette Sagnet, qui avait échappé à la rafle menée par la Gestapo à la ferme et l’avait rejoint dans l’Aisne où elle était devenue agent de liaison des FTP).

Après les arrestations de Picot et celle de la famille Sagnet le 1er avril 1944, René quitte le département pour suivre Georges Matagne dans l’Aisne où les deux hommes poursuivront la lutte au sein des FTP ; Matagne prenant la direction des opérations militaires pour ce département, René  étant nommé chef du secteur de Bohain-Ribemont où il organisera des groupes de combat, puis participera à la libération du département avec le maquis de Mennevret.

 

 

    État des services de René Delvaux dans les Ardennes

  (d’après l’attestation produite du 9 avril 1958)

 

  Transports d’armes et de munitions à destination du maquis depuis Saint-Germainmont

  Sabotage de l’écluse d’Attigny

  Sabotage de l’écluse de Bignicourt (Aisne)

  3 sabotages de voie ferrée à Donchery

  1 sabotage de voie ferrée à Monthermé

  2 sabotages de voie ferrée à Liart

  1 sabotage de voie ferrée à Faux

  Destruction d’une batteuse et d’un tracteur appartenant à la WOL à Librecy

  2 récupérations de cartes d’alimentation

  2 sabotages de voie ferrée à Faux et à Saulces-Monclin après l’attaque du    maquis  de Launois.

 

 

 

 

 

 Monument aux morts de Viel-Saint-Rémy. Deux stèles de part et d'autre portent les noms des victimes de la répression allemande de décembre 1943.

 

 

 


 rene delvaux art necro

L'Ardennais du 28 février 2009

Published by philippe lecler - dans Des hommes
commenter cet article
10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 11:30
Pour le concours de 2009, le jury national propose le thème suivant :
Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi.
Ce thème peut être l'occasion de réfléchir, entre autres, sur le processus et les circonstances qui ont contribué à faire des enfants et des adolescents les victimes du système concentrationnaire nazi. Le sort de ces enfants et adolescents sera au coeur de l'étude et de la réflexion des candidats.
On pourra prendre en compte l'évolution, dans l'après-guerre, du droit international et national dans le domaine de la protection de l'enfance.
Les recherches des élèves pourront porter sur la situation de leur commune ou de leur département, en s'appuyant sur les archives municipales et départementales, la documentation des musées spécifiques, et bien entendu les témoignages qu'ils ont recueillis localement ou lus.
Les sujets des devoirs individuels (première et quatrième catégories) sont élaborés, pour chaque académie, par une commission présidée par un inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional d'histoire et de géographie, désigné par le recteur. Cette commission est en outre composée d'un (ou deux) représentant(s) de chaque jury départemental désigné(s) par les présidents des jurys départementaux.
On trouvera une bibliographie sur le thème 2008/2009 permettant d'approfondir le thème proposé. La brochure élaborée par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation a été adressée aux établissements scolaires et est disponible auprès du service documentation de la FMD:  internement.centredoc@fmd.asso.fr



Télécharger la brochure pour le CNRD :  

http://www.fondationresistance.org/documents/cnrd/Doc00051.pdf

 

Pour lire la suite, cliquez ici...
Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article
8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 09:01

Je viens de lire dans un ouvrage récemment publié sur la guerre de 39-45 ce tableau récapitulatif intitulé « Bilan humain global de seconde guerre mondiale dans les Ardennes ».

 

 Là, stupéfaction, je m’aperçois qu’il n’y a plus que 356 personnes reconnues comme résistantes victimes de la répression allemande ; que ces dernières semaines, sans doute, les autorités ont effacé du Mémorial de Berthaucourt une partie des inscrits, où comme le sait tout un chacun sont inscrits les « Morts au combat et fusillés dans la Résistance »

Je relis la page de l’ouvrage en question, et je me rassure. Non, l’auteur cite les chiffres donnés par Jacques Vadon dans « Le bilan de la souffrance dans les Ardennes au cours des années d’occupation » publié dans la revue d’Études ardennaises en… 1964 !

 

 

Évidemment, ça date (44 ans)… Si l’auteur s’était penché plus avant sur la question, il aurait noté que le même Jacques Vadon, dans sa Contribution à l’histoire de la Résistance dans les Ardennes (juin 1940- septembre 1944), publiée par le C.D.D.P. de Charleville-Mézières en 1969, avait pris en compte l’évolution du nombre des inscrits et actualisé les chiffres :

 

 

 

Enfin, et pour finir, si l’auteur, à défaut de lire ces pages, s’était rendu au Mémorial de Berthaucourt pour, simplement, compter les noms inscrits dans la pierre (exercice fastidieux je le concède, mais ô combien instructif !), il se serait aperçu que leur nombre s’élève aujourd’hui à 506

Le Mémorial a évolué dans le temps, et il évoluera sans doute encore, on peut l’espérer


Bref, l’actualisation des chiffres et des données, si évidente dans le domaines des sciences sociales, semble quelque peu négligée par les historiens, ou du moins par ceux qui en font profession. On ne peut que le regretter. Les patriotes inscrits à Berthaucourt méritent sans doute un peu plus de rigueur dans l'écriture de leur histoire, qui est aussi la nôtre...



Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article
6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 14:18

Le DVD est disponible auprès de l'AFMD des Ardennes (cliquez ici)...
Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article