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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 10:36
Nouvelle publication, revue et augmentée, de l'indispensable ouvrage d'Alain Nice dont nous avons déjà parlé ici et .

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Published by philippe lecler - dans Actualité
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 00:00

                         Il est de ces rencontres qui engagent toute une vie. Secrétaire de Jean Moulin, Daniel Cordier passa moins d'une année avec celui qu'il nommait affectueusement "le patron", moins d’une année qui bouleversa le cours de son existence. On connaît Daniel Cordier comme historien de Jean Moulin, à qui il consacra une œuvre monumentale (les 3 volumes du Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon ; aussi le Jean Moulin, la République des catacombes), mais toujours le biographe s’effaça devant l’immensité de son personnage, si bien qu’on en était venu à oublier que Daniel Cordier avait été avant tout un résistant de la première heure.

 
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Les mémoires de Daniel Cordier débutent le 17 juin 1940, avec le refus du discours de Pétain
(" C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat..."), et l'embarquement du jeune Cordier sur un cargo en partance vers l’Algérie qui le conduira finalement en Angleterre. Enrôlé dans la "Légion de Gaulle" (qui deviendra rapidement les Forces françaises libres), après deux années de formation militaire et son intégration au sein du BCRA il fut parachuté en France occupée le 25 juillet 1942. Destiné à être le radio de Georges Bidault, Jean Moulin le choisit pour devenir son secrétaire. Sous les ordres du délégué du général de Gaulle en France, il participa à l'œuvre d'unification des mouvements de résistance en zone sud, puis à la fondation du Conseil National de la Résistance...
Rédigés sous la forme d’un journal, « qui oblige à déplier le temps et à fouiller dans les souvenirs », ces mémoires donnent des relations entre les envoyés de la France Libre et les chefs de la Résistance intérieure une image surprenante et quelquefois déroutante (notamment dans la relation de la guérilla permanente menée contre Moulin par les chefs des mouvements de résistance, ainsi que les manœuvres de certains agents gaullistes de Londres).

Outre un magnifique portrait de Jean Moulin, brossé à petites touches, Alias Caracalla est un récit de la clandestinité au jour le jour, qui, dans simplicité, démystifie quelque peu la résistance dans son quotidien (« Je suis toujours frappé par les représentations actuelles qui occultent nos difficultés de la vie quotidienne de la Résistance, peureuse, sans éclat, ou ne leur donne pas leur véritable importance. Elles sont transfigurées par un romantisme de roman d’espionnage, fort éloigné de la misérable réalité »); si le jugement porté par les hommes de Londres à l’encontre des résistants de l’intérieur est parfois assez sévère (« Les résistants sont d’abord des types sur qui nous ne pouvons pas compter »), ainsi que sur les mouvements (une organisation « bordélique », des chefs « insupportables » qui « ne viennent pas aux rendez-vous et n’accomplissent pas les tâches qu’on leur demande », il révèle la profonde incompréhension entre les uns et les autres. Il est vrai que Cordier, en toute justice, relève que pour les résistants de l’intérieur, les agents gaullistes passaient pour des « planqués »).

Ces jugements valent-ils pour toute la Résistance intérieure ? Certes non. Les mémoires de Daniel Cordier ont comme seul sujet la narration de son activité auprès de Jean Moulin. Les relations conflictuelles entre les chefs des mouvements (de la zone sud principalement, notamment Henri Frenay, de « Combat ») et Jean Moulin mettent en lumière les ambitions politiques et militaires de la « HSR », la Haute Société Résistante, sans préjuger de la valeur de l’engagement exemplaire du peuple résistant, quasiment absent des mémoires (si l’on y rencontre peu de ces tâcherons de la Résistance, on en oublie presqu’autant les Allemands, très peu évoqués.)

D. CORDIER, Alias Caracalla, Gallimard, Paris, 2009

Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 00:00

30 août 1944 : Reims est libéré par les forces américaines appartenant à la 3e armée (Patton). À Rethel, le lendemain, ce sont des éléments de la 1re Armée américaine (qui viennent de libérer Laon), qui effectuent une manœuvre de contournement par le sud-ouest et poussent les Allemands à se replier le long de la rive nord de l’Aisne. La jonction entre les 1re et 3e armées américaines est faite en ce lieu. Le 31 août, les Allemands quittent Rethel dans la matinée, laissant derrière eux, à hauteur du « Moulin Hottin », une pièce d’artillerie destinée à retarder l’avance des alliés.


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Départ des troupes allemandes. Rethel, place de la République (coll. Marcy)

 Après un court mais violent combat, l’unité allemande est détruite. Les chars américains font leur entrée dans la ville vers 17 heures, arrivant de Château-Porcien, libéré la veille.


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Entrée des troupes américaines, même lieu (coll. Marcy)

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Published by philippe lecler - dans Documents
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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 18:02

La cérémonie en hommage aux maquisards du Banel, qui a eu lieu ce 21 juin devant le monument commémoratif, a pris cette année un singulier relief avec deux moments d’une exceptionnelle intensité…

 

Le premier fut sans doute la reconnaissance publique dont fut l’objet un des derniers du maquis, et non l’un des moindres, Robert Briffault qui, à l’âge de 87 ans, a été décoré de la Légion d’honneur.

 


Robert Briffault est entré très tôt en résistance. À la fin de l’année 1941, âge de 19 ans, il est encore étudiant au collège Nassau de Sedan lorsqu’avec Robert Wesse il rassemble quelques camarades et crée un groupe gaulliste avec l’ambition de « faire quelque chose » contre l’occupant. Les jeunes s’emploient à confectionner et distribuer des tracts et la presse clandestine, rassembler des armes, saboter, avec des moyens de fortune, les installations allemandes et le matériel de la WOL. En mai 1942, Robert rencontre Adelin Husson à Williers, au café que tiennent ses parents. Adelin, qui est recherché par la Gestapo et qui est caché au château du Banel, s’intéresse au jeune homme et à ses activités et lui propose d’intégrer son organisation. Robert est dès lors chargé de mettre sur pied, à partir du groupe de Nassau, un service de renseignements. En avril 1943, il est arrêté par la police allemande qui suspecte son implication dans un incendie criminel. Faute de preuves, elle le relâche. Mais Robert se sait en sursis et, un mois plus tard, il entre en clandestinité et rejoint Adelin Husson, dit « Georges », au Banel : ainsi naît la Section française du Banel.
 

Robert ne vient pas seul mais amène avec lui ses camarades, tous, ou presque, réfractaires au STO. Le groupe ainsi constitué devient le corps franc du Banel (on se souvient que Robert avait enrôlé dans sa formation Henri Vin à la fin de l’année 1942. Lorsqu’il est appelé au STO, à l’été 1943, Vin rejoint Briffault au Banel et Adelin Husson nomme le nouveau venu à la tête de son service de renseignements. Mais ceci est une autre histoire…). Le maquis diversifie ses actions, multipliant les coups de main contre l’occupant, apportant aide aux prisonniers évadés et aux aviateurs alliés. Les camps qui leur servent de refuge changent au gré des nécessités de la sécurité, ou de celles du relatif confort, mais ne s’éloignent jamais ni du domaine du Banel où « Thomas » (nom de guerre de Robert Briffault) prend ses ordres, ni de Williers où le ravitaillement est plus aisé.

Lorsque le 18 juin 1944 les Allemands encerclent le maquis et entreprennent un ratissage en règle de son périmètre, Robert et son groupe en sont absents. Arrivés trop tard au rendez-vous fixé pour la réception des armes, ils ne peuvent qu’assister, impuissants, à la destruction du maquis et au massacre de leurs compagnons.

Le maquis disparu, le corps franc du Banel poursuit la lutte. Robert et ses camarades rejoignent les FFI ardennais et participent aux combats de la libération.

Robert Briffault est titulaire de la Médaille de la Résistance du Royaume de Belgique et de la Médaille commémorative belge de la Guerre 1940-1945, ainsi que de la Croix du combattant volontaire de la guerre 1939-1945.

 

Autre moment fort lorsque le président du comité belge du Banel signala la présence parmi le public de la petite fille d’Adelin Husson, qui, pour la première fois, assistait à la cérémonie.

Mme Liliane Georges a été retrouvée au terme d’une longue recherche d’Annette Biazot, dans le cadre d’une étude que nous menons conjointement sur le maquis du Banel. Ignorante de la qualité de résistant de son grand-père, qui lui fut révélée il ya quelques mois par Annette, elle avait tenu à participer à cette manifestation afin d'honorer la mémoire de son aïeul.

                                                            Mme Georges, entre les frères Briffault, Robert (à droite) et Roland, lui aussi ancien du maquis