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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 08:12

Deuxième étape. Les Vieux-Moulins de Thilay

  Situé à l’écart de la RD 989, ce modeste hameau fut le centre opérationnel et le cœur névralgique du maquis des Ardennes. En ce lieu furent accueillis, hébergés, nourris, soignés, les membres de la mission Citronelle. Cette aventure a été décrite par Marguerite Fontaine, dans son Journal de guerre dont nous avons parlé ici.

« Vieux Moulins de Thilay, point invisible sur la carte de France, Haut Lieu de la Résistance, où ne s'entend aucun tic-tac de moulin mais où bat le cœur de la brave Ardenne. » (Éva Thomé)


  Le 5 juin 1944, eut lieu sur « Astrologie » le parachutage de la deuxième partie de la mission Citronelle, qui comprenait entre autres le capitaine Jacques Chavannes, les lieute­nants Marc Racine et Lucien Goetchebeur, les capitaines anglais Alain Hubble et Georges Whithead. Ils annonçaient le débarquement comme venait de le faire, le même soir, la  B.B.C. par l'émission des phrases de déclenchement des plans.

Comme « Bohémien » situé dans le même secteur, « Astrologie » était desservi par l’équipe de réception constituée par le capitaine des douanes Lucien Leverd et Alphonse Machaux.

« Astrologie » avait reçu son premier parachutage le 28 mai 1944, parachutage le plus important que connut le département : quatre avions larguèrent pendant 1 heure 30 quatre-vingt-huit containers d’armes, de munitions et d’équipements divers à destination du Maquis des Ardennes.

  Extrait du Journal de guerre de Lucien Leverd :

  « Dans la journée du 5 juin 1944, la radio de Londres fit passer le message suivant “Le roi Jean est sage”, “Cinq amis iront visiter le roi Jean ce soir ”. Pour nous, cela signifiait que cinq officiers seraient parachutés au cours de la nuit sur le terrain “Astrologie”.  Ce jour-là, c'est le cœur bondissant que Melle Odette Machaux s'en fut transmettre le message aux hommes de l'équipe. L'attente fut fébrile. Il s'agissait de prendre des précautions plus grandes que pour les armes. Mme Fontaine, sa fille Georgette et Mme Fringant s'affairaient dans la cuisine car elles voulaient réserver la réception qu'ils méritaient à ces braves officiers qui nous arrivaient. L'opération s'effectua dans de très bonnes conditions. Qu'il était beau à voir le spectacle de ces officiers venant de si loin et se jetant dans le vide au cours de la nuit. A terre chacun les suivait des yeux et rapidement s'élançait vers le point de chute. Le contact fut des plus chaleureux […] Chez M. Fontaine, ce fut une réception grandiose. Après les embrassades traditionnelles et la première émotion passée, un dîner fut offert par Mme Fontaine dans une salle décorée aux couleurs interalliées. Onze officiers assistaient à ce repas dont certains en tenue et tous en armes. Il y avait les cinq officiers qui venaient d'être parachutés, le commandant “Prisme”, le lieutenant américain “Victor”, le lieutenant “Pierre”, tous trois du Maquis, deux lieutenants aviateurs américains qui avaient été récupérés et moi-même [...].  Chacun fit honneur au repas plantureux qui fut servi, “au champagne”. Le capitaine anglais Alain dans un toast en anglais remercia chaleureusement ses hôtes, de l'accueil qui lui était réservé ainsi qu'à ses compagnons d'armes. Ce fut le lieutenant Victor qui fit la traduction en français et en même temps, il fit connaître la grande nouvelle apportée d'Angleterre. Le débarquement allié avait lieu ce jour-là. C'est ainsi que nous apprîmes le débarquement quelques heures avant qu'il ne s'effectuât. Ce fut une nuit inoubliable qui nous payait largement de nos peines. Ce coin déshérité des Ardennes venait lui aussi d'avoir son débarquement de marque. »

 

Le Journal de guerre du capitaine Leverd (détail. Doc. P. Lecler)

 

 Marguerite Fontaine, la dame des Vieux-Moulins

Née en 1900 dans une famille de sabotiers belges de la forêt de Saint-Hubert, Marguerite Folie s’est mariée en 1919 à Louis Fontaine, paysan du plateau de l’Ardenne française. Marguerite donne naissance à deux fils, Gaston et Georges, et une fille, Georgette. La guerre les surprend et la famille Fontaine abandonne sa ferme-auberge des Vieux-Moulins de Thilay des mois de mai à décembre 1940. Dès leur retour, en août 1941, les Fontaine hébergent leur premier prisonnier de guerre évadé, envoyé à eux par l’abbé Grandjean, de Willerzie (Belgique), fondateur de la ligne Dragon du réseau Comète en cette région du plateau ardennais, de la vallée de la Semoy et de la Meuse. Ils poursuivront en cette voie et feront passer des centaines de prisonniers évadés et d’aviateurs alliés. Au printemps de 1943, le capitaine des douanes Lucien Leverd enrôle Louis Fontaine et ses deux fils dans l’équipe de réception du terrain de parachutages « Bohémien ». En avril 1944, les Fontaine accueillent et hébergent Jacques de Bollardière, alias « Prisme », qui vient, dans le cadre de la mission Citronelle, fonder le Maquis des Ardennes.


Plaque apposée sur la maison de la famille Fontaine lors des cérémonies du 4 septembre 2004

   Extrait du Journal de Marguerite Fontaine :

« Nous avons, ce jour-là, des amis. Je sors quelques instants pour aller dans une remise faire un menu travail. J’y suis à peine entrée que ma fille, précédant le capitaine Leverd, accompagné d’un inconnu, pénètre dans le réduit. Après un bonjour amical, le capitane désigne son compagnon et dit : “ Madame, j’ai l’honneur de vous présenter un commandant de la France libre.”
France libre… Zone libre… Je ne discerne pas tant mon émotion est grande. Je suis comme figée sur place ; enfin, je crie presque : “Un de Gaulle !
- Oui, Madame, un de Gaulle, répond le commandant en riant.”
J’ai les larmes aux yeux : “ Monsieur, lui dis-je, nous vous devons tout ; vous êtes notre espérance.” »

 Jusqu’aux jours de la Libération, la ferme de la famille Fontaine occupera une place d’importance stratégique pour le maquis : Mme Fontaine et sa fille assurant son ravitaillement, l’hébergement de ses hommes entre deux missions, Georgette assurant en outre le rôle d’agent de liaison ; les hommes, dans l’équipe d’Alphonse Machaux, réceptionnant les parachutages sur les terrains « Bohémien » et « Astrologie », cachant les containers, transportant les armes… En août 1944, Louis Fontaine recevra de Londres une citation homologuée par le général de Gaulle comportant l’attribution de la médaille de la Résistance.


La ferme Fontaine aux Vieux-Moulins

  La paix revenue, la vie reprend son cours aux Vieux-Moulins de Thilay. En 1964, Marguerite Fontaine rencontre Éva Thomé, elle-même ancienne résistante, professeur de philosophie au lycée Sévigné à Charleville et écrivain. Marguerite Fontaine lui présente alors ses cahiers d’écolier sur lesquels elle a, durant toute l’Occupation, noté tous les événements auxquels elle a participé.

Vice-présidente de la Société des écrivains ardennais, Éva Thomé fit éditer, dans la collection « les Cahiers ardennais », l’œuvre de Marguerite Fontaine sous le titre : Les Vieux-Moulins de Thilay : haut lieu de la Résistance ardennaise. Le journal de Marguerite Fontaine présenté par Éva Thomé.

Marguerite Fontaine est décédée le 11 mars 1988.

Aux Vieux-Moulins de Thilay, en guise d’hommage à l’occasion du 60ème anniversaire de la libération des Ardennes, la place Marguerite Fontaine a été inaugurée le 4 septembre 2004.

 

 

Cette très belle photo de Marguerite Fontaine, que l'on doit à Franz Bartelt, illustre la dernière édition

du Journal de guerre, publié par La Maufacture en 1984.

  A suivre...

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Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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