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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:41

   Le résistant ardennais Pierre Cartelet est mort le 27 juin 1944 près de Toulouse, sommairement exécuté par les Allemands. La presse nous apprend que des analyses ADN ont permis d'identifer formellement son corps parmi les suppliciés du bois de la Reulle à Castelmaurou (Haute-Garonne).

Rappelons seulement que si le nom de Pierre Cartelet figure sur la liste aux « Instituteurs ardennais morts pour la France », gravée sur le monument du square de la gare à Charleville,  il l’est aussi sur les pierres du mémorial de Berthaucourt.

 

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Mémorial de Berthaucourt

CARTELET Pierre, né le 26 janvier 1912 à Taillette. Fils d’un préposé des Douanes, Pierre Cartelet étudia à l’école normale d’instituteurs de Charleville.

Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier en juin 1940. Par la suite, il parvint à s’évader du stalag XII A après plusieurs mois de captivité. Il s’enrôla aux Compagnons de France, organisation initialement très « maréchaliste ». Affecté dans les Pyrénées-Orientales, il fut nommé chef du Secteur de Thuir puis de celui de Perpignan, il devint ensuite le chef départemental.

En accord avec ses chefs, il participa à la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Il fut une des chevilles ouvrières du réseau « Bourgogne », qui était chargé d’organiser des passages en Espagne, en particulier ceux d’aviateurs alliés abattus au dessus du territoire français. Cartelet participait également, avec le Savoyard Charles Blanc, aux activités du réseau « Alliance » qui recoupaient en grande partie celles de « Bourgogne ». Il en fut l’organisateur dans les Pyrénées-Orientales, mettant à profit ses fonctions dirigeantes chez les Compagnons. Dans le cadre de ces réseaux, Pierre Cartelet fournit également des renseignements militaires aux Alliés. Pierre Cartelet intégra l’ORA en janvier 1943 (Organisation de Résistance de l’Armée).

 Après l’arrestation à Perpignan de Charles Blanc le 27 janvier 1944, Pierre Cartelet savait que la police allemande l’avait repéré. Il refus de passer an Espagne, avançant qu’il était célibataire et n’avait pas charge de famille. Il voulut poursuivre la lutte clandestine. Condamné à mort par contumace, il quitta Perpignan pour Toulouse (Haute-Garonne) où il entra à nouveau en contact avec l’ORA.

Pierre Cartelet fut arrêté à Toulouse le 11 mai 1944. Incarcéré, torturé, il fut exécuté le 27 juin au bois de la Reulle, à Castelmaurou (Haute-Garonne), par une unité de SS.  Lorsqu’on vint le chercher, il déclara à son camarade de cellule : « C’est la fin. On vient me chercher, si tu en sors tu diras à mes chefs comment je me suis conduit. Tu leur diras que je n’ai livré aucun nom ».

Son nom est inscrit sur le monument aux instituteurs ardennais morts pour la France, à Charleville-Mézières. Une rue de Perpignan porte son nom.

 

 

Voir la notice biographique qui lui est consacrée sur le Maitron des fusillés et exécutés.

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 10:01

Nous avons maintes fois mentionné son nom sur ce site. S’il passe pour le « fondateur de la Résistance ardennaise », Jacques Vadon voyait même en lui le « Jean Moulin des Ardennes », il reste largement méconnu tant les zones d’ombre qui recouvrent son inlassable activité sont profondes.

 

La biographie de Paul Royaux, ainsi que celle des autres condamnés à mort ardennais figurant, ou non, à Berthaucourt, ont été intégrées au Dictionnaire des fusillés 1940-1944, publié par les Editions de l'Atelier, et dont la sortie en librairie est à prévoir cette année.

Nous en reparlerons bientôt... Voici une biographie augmentée au regard de ces recherches collaboratives. 

 

Paul Ernest Royaux est né le 23 février 1908 à Rocroi de Joseph Royaux, mouleur, et d’Odile Pélagie Saive, son épouse. De son enfance on ne sait rien. En 1928, il effectue son service militaire, mais il est rappelé en 1939 dans une compagnie motocycliste. Célibataire, il est coiffeur de profession, employé au salon Schwartz à Charleville.  

« Petit, l’œil vif, l’esprit pétillant, la parole facile, l’argument convaincant, et l’humeur bagarreuse, Royaux a milité avant guerre dans une organisation syndicale, la C.G.T. Avec son ami André Point, qu’il a rappelé auprès de lui en octobre 1940, il a repris son travail dans un salon de l’avenue Jean Jaurès. Les civils ne sont pas nombreux alors, à Charleville, et la clientèle comprend, outre les quelques carolopolitains rentrés, des prisonniers de guerre du Frontstalag et… des Allemands. Royaux couvre ceux-ci de lazzis et devant leur manque de réaction, il en conclut à leur lourdeur d’esprit, à leur lenteur de compréhension, ce qui explique peut-être sa témérité. Les prisonniers qui l’entendent ont vite découvert en lui un allié possible à leurs projets d’évasion, et c’est ainsi que, avec Point, il va commencer à organiser le passage d’évadés de la zone interdite à la zone simplement occupée. Cette filière se continuera jusqu’en zone libre d’une part, et d’autre part jusqu’en Allemagne où Royaux ira lui-même rechercher son frère prisonnier. » Ainsi Georges Henri Lallement décrivait-il Paul Royaux.

Comme beaucoup, Royaux voit dans l’aide aux prisonniers de guerre évadés la forme de résistance la plus adaptée et la seule possible en ces débuts de temps d’occupation (on lui prête plus de 3 000 évasions ! après celles de ses deux frères qu’il est lui-même allé chercher). Nous sommes en 1940, la Wehrmacht est victorieuse sur tous les fronts, l’Angleterre est assiégée, personne ne croit qu’elle pourra résister longtemps à la formidable machine de guerre nazie.

  royaux allégé

  

Un dimanche de janvier 1941, au café « Le Pacha », cours d’Orléans (aujourd’hui cours Briand), Paul royaux a invité quelques amis qui partagent ses sentiments et qui eux aussi veulent faire quelque chose contre l’occupant. Sont là : son compagnon André Point, garçon coiffeur comme lui ; l’industriel François Perrin ; l’employé Ernest Ledent ; le brigadier de police Aimable Pruvost ; le contremaître Gaston Robinet et l’étudiant Etienne Brice.

À l’issue des discussions et au moment de se séparer, Royaux affirme avec témérité : « Rappelez-vous que c’est ici que s’est tenue la première réunion de la résistance ardennaise. » Moment fondateur, instant unique que retiendra la mémoire. Que va t-on faire ? En mars, Royaux est décidé à se rendre à Londres pour se présenter au Général de Gaulle, en recevoir une mission officielle, prendre de ses services des directives précises, recevoir un appui financier. Après plusieurs tentatives infructueuses de passage par voie maritime à partir de la Bretagne, à court d’argent et d’énergie, profondément déçu, il rentre à Charleville. Mais par l’intermédiaire d’une amie de Rethel, il prend contact avec des membres de l’état-major parisien d’un mouvement de résistance récemment créé, l’Organisation civile et militaire (OCM), dont il devient le représentant dans les Ardennes.

  Filière d’aide aux prisonniers de guerre évadés qui arrivent de tous les coins du département depuis la Belgique, mais aussi collecte et transmission du renseignement dans le cadre du réseau CENTURIE, sabotage, recherche de terrains de parachutages, dissimulation d’armes et de munitions dans le cadre des « Unités de combat et de renseignement » (UCR) qu’il a mises en place, Royaux se dépense sans compter.

 

En juillet 1942, il participe à une réunion des responsables de groupements de résistance français et belges, à Herbeumont, en Belgique. L’animateur est un agent du SOE qui se lance, écrira un des hommes présents, dans « un étourdissant exposé des possibilités et des moyens pouvant être mis à [la] disposition [de la résistance] par les organismes anglais de Londres. » Sceptiques, les présents demandent « un message de confiance avant de suivre aveuglément. Ce message, tous les Ardennais, écoutant régulièrement la BBC s’en souviendront : “Ardenne tiens ferme ! Courage les amis, à bientôt”. »

Grâce à cette affiliation à un réseau Buckmaster, les Ardennes recevront leurs premiers parachutages d’armes  en mai et juin de 1943 sur le Monty, territoire de la commune de Messincourt, à la frontière belge. Mais Royaux ne sera plus là.

 

Rapidement, ses activités ne peuvent plus être ignorées de l’occupant. La première alerte sérieuse intervient au printemps de 1942 lorsqu’un agent de la police allemande tente d’infiltrer leur groupe et après que Royaux et ses camarades s’en sont débarrassés en l’exécutant et en jetant son corps dans la Meuse.

Malgré cet échec, les Allemands persévèrent et parviennent à leur fin. À la fin du mois d’octobre 1942 la filière d’aide aux évadés passant par le Secours national à Charleville est démantelée par la police allemande à la suite de l’infiltration d’un « mouton » en son sein.

De nombreuses arrestations ont lieu dans le département. Paul Royaux est « grillé », il doit quitter les Ardennes. Il laisse comme successeur son lieutenant, qui est depuis toujours son ami, André Point, futur « Commandant Fournier ».

Royaux est alors affecté dans le département du Nord, où il devint « Ernest Duval », dit aussi « Max », agent de liaison de Roland Farjon, chef de l’OCM pour la région A (Nord).

 

 

Roland Farjon

Né le 2 février 1910 à Boulogne, où son père, sénateur du Nord, a fondé en cette ville la firme « Baignol et Farjon ». Mobilisé le 3 septembre 1939, il est fait prisonnier sur la ligne Maginot, envoyé en captivité en Allemagne ; puis placé en congé de captivité, en juin 1941, après interventions de relations familiales.

En juillet 1941, Roland Farjon rencontre Arthuys qui le fait entrer à l’OCM et dont il devient agent de liaison. Après l’arrestation d’Arthuys, en décembre 1941, Farjon sillonne la France pour renouer les liens brisés. Au printemps 1942, le colonel Alfred Touny charge Roland Farjon d’organiser la région A, dont il devient le chef.

A Paris, où il est souvent, il s’installe avec Royaux (« Duval ») au 24 de la rue de Clichy. Mais Farjon est arrêté par la Gestapo le 23 octobre 1943. Royaux diffuse une mise en garde générale à tous ses contacts « à la suite de l’arrestation de Raoul (sic) Farjon survenue à Paris ». Au 24, la perquisition menée par les Allemands est fructueuse : des liasses de documents sont saisies, dont de nombreux concernant les Ardennes, département rattaché à la région A pour l’OCM : « les plans des UCR des Ardennes (3 ou 4 noms en clair)... des documents “action” en provenance des Ardennes… »

Interrogé par le SD de Saint-Quentin les 15 et 16 novembre sur les groupements de l’Aisne et des Ardennes, Farjon déclara « ignorer qui étaient Taille [Pierre Pène] et Méhul [André Point]. Je les avais connus, l’un par André Boulloche, depuis lors en Algérie, le second par Paul Blanc et Duval (je n’avais pu nier connaître ce dernier, qui logeait chez moi et dont on avait trouvé effets et papiers divers à mon domicile). Je vis alors avec effroi que les papiers des UCR des Ardennes comportaient trois ou quatre noms en clair de camarades dont je n’avais jamais entendu parler. »

 

Alors qu’il se rend à un rendez-vous, Royaux tombe dans une souricière tendue par la Gestapo à Paris, square Mentholon, le 16 décembre 1943.

 

 

D’après les recherches menées par l’historien Laurent Thiéry, Paul Royaux, après avoir été emprisonné un temps à Saint-Quentin (Aisne), fut vraisemblablement pris en charge par « l’ange gardien des V1 » pour ses activités d’espionnage.

Qu’est-ce à dire ? On appelle « l’ange gardien des V1 » le 65e corps d’armée pour les actions spéciales » (LXV AK), envoyé en France afin de superviser les différents projets d’armes spéciales et en particulier la réalisation de constructions spécifiques destinées au tir des fusées V1 et V2. Cette unité disposait d’un appareil répressif reposant principalement sur un service de contre-espionnage implanté à Arras, l’Abwehrstelle 430 (ou Ast Arras). Les enquêtes bouclées par l’Ast Arras relevaient d’un tribunal spécial, le Sondergericht  beim LXV AK, qui avait compétence dans toute la France occupée : tous les prisonniers liés à des affaires d’espionnage et/ou de sabotage liées aux armes spéciales pouvaient être transférés de leur lieu de détention pour y comparaitre. Les sentences de mort étaient exécutables sur le champ et aucune communication sur le nom des accusés, les sentences ou la date et le lieu d’exécution n’était faite ni aux autorités françaises, ni aux familles (comme c’était traditionnellement le cas après condamnation par un conseil de guerre dans les différentes Feldkommantur).

Ainsi, Paul Royaux fut-il transféré de la prison de Saint-Quentin au siège de l’ Ast Arras où il fut condamné à mort par le tribunal du 65e corps d’armée allemand et exécuté, dans le plus grand secret, le jour de son 36e anniversaire, le 23 février 1944, au fort de Bondues (Nord). Son corps fut exhumé en ce lieu le 19 octobre 1944, puis identifié par son frère avant d’être transporté dans les Ardennes.

 

Par décision du 9 avril 1945, la Commission nationale d’homologation des grades obtenus à titre des FFI a prononcé en faveur de Paul Royaux l’homologation dans le grade d’assimilation de Lieutenant-Colonel. Par ailleurs, Paul Royaux a été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Son corps est inhumé au cimetière d’Aiglemont. Une rue de cette commune porte son nom qui est aussi inscrit sur le monument aux morts.

Son nom est inscrit sur le Mémorial de Berthaucourt à Charleville-Mézières, et une rue de cette commune porte le nom de Paul Royaux.

 

Sources :

« Paul Royaux », 11 pages manuscrites, 1193 W6, Archives départementales des Ardennes.

L. THIERY,  La répression allemande dans le Nord de la France, Presses universitaires du Septentrion, 2013.

J. VADON, « La Résistance dans les Ardennes », thèse de Doctorat sous la direction d’Annie Kriegel, 1979 (non publiée).

LALLEMENT (G.H.), « Conférence sur la Résistance ardennaise », 25 pages, 1947 (non publiée).

 

P. LECLER, Face à la Gestapo, éditions Euromédia, Douzy, 2011.

Dossier Paul Royaux, Service historique de la Défense, Vincennes.

Dossier Paul Royaux, BAVCC, Caen.

Correspondance et documents, Musée de la Résistance de Bondues.

Sur l’affaire Farjon et l’OCM : G. Perrault, La longue traque, J.C. Lattès, Paris, 1975.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 06:40

Georges Robert est décédé cet été. Grand résistant ardennais, il était la mémoire des FTP des Ardennes. Retour sur son parcours...

 

Issu d’une famille modeste de la région Rethèloise, Georges Robert est né le 1er décembre 1918 à Briennon-sur-Armançon (Yonne) où sa mère avait été évacuée lors de l’offensive allemande de 1914. Après la guerre, la famille Robert retrouva Roizy, où Georges passa son enfance.

Versé dans l’aviation à la base aérienne de Reims, il participe en 1940 aux combats contre les Allemands, mais son régiment doit se replier sur Bordeaux puis sur Port-Vendres. La conclusion de l’armistice le laisse amer. Démobilisé le 1er septembre 1940, il part travailler dans une sucrerie de  Seine-et-Marne, à Noissy-Cramoyel. Là débute son premier engagement dans la résistance. Il participe à la rédaction et à la diffusion de tracts clandestins dénonçant la politique du gouvernement de Vichy et appelant à la lutte contre l’occupant. Mais deux de ses plus proches camarades sont arrêtés pour leur activité clandestine et leur appartenance au Parti communiste français alors interdit (c’est en hommage à l’un de ces premiers résistants que Georges Robert lui emprunta son prénom, « Dany », qui devint son pseudonyme dans la clandestinité). Georges  Robert prend la fuite et rejoint les Ardennes en juillet 1942, où il vient travailler à la sucrerie de Saint-Germainmont, puis dans les fermes de la WOL à Gomont.

En janvier 1943, il est contacté par Pierre Labar et Léon Hourlier, de Saint-Germainmont, qui, à l’instar d’autres patriotes du canton, ont formé un petit groupe de résistance affilié aux FTP. Leurs objectifs en ce début de 1943 sont de plusieurs ordres : récupération d’armes sur le champ de bataille que fut la région en mai et juin 1940, distribution de propagande anti-allemande et  diffusion de la presse clandestine, notamment le journal France d’abord, organe des FTP, sabotage du matériel roulant au départ de la sucrerie de Saint-Germainmont. Enfin, de nouveaux groupes sont recrutés et formés.

Au début de 1944, Dany est nommé au grade de lieutenant FTP. Il devient ainsi officiellement l’adjoint du Capitaine Pascal (Pierre Luizard), qu’il ne quittera plus jusqu’à la libération du département.

Après le parachutage de « Dame blanche » et le débarquement allié sur les côtes normandes, Georges Robert quitte son emploi civil et entre en clandestinité. A compter du mois de juin, il va accompagner Pascal dans la formation du maquis dans les bois de Blanzy avec les réfractaires du secteur et participe à tous les combats, à tous les sabotages, à tous les coups de main... A la fin du mois de juin 1944, le maquis, constituant la 2e compagnie FTP du secteur sud des Ardennes se transporte dans la forêt du Mont-Dieu, puis dans les bois de Belval. Dany est blessé lors de la marche des maquisards vers Charleville à la fin du mois d’août, lors des combats pour la Libération, a laquelle il participe néanmoins.

 

G. robertDany en compagnie de Marie-Héléne Cardot, au plateau de Berthaucourt.

(photo tirée de mon ouvrage Ami, si tu tombes)

 

Sources : Ami, si tu tombes, la résistance dans la région de Rethel, 1940-1944


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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 18:56

La libération du département connut son lot de drames et, comme lors de l’invasion en 1940, la débâcle allemande n’alla pas sans brutalité. L’histoire du jeune Marcel Cosma, tué par les Allemands à Givet le 5 septembre 1944, est semblable à celle de centaines de Français qui négligèrent toute prudence dans l’enthousiasme d’une libération imminente.   

   

portrait allegeMarcel Paul Cosma est né le 25 octobre 1929 à Fumay. Il habitait avec ses parents et sa jeune sœur à Givet, route de Philippeville, à la frontière, en ce lieu appelé Petit-Doische où était situé le poste des douanes belge. Son père, prénommé Marcel lui aussi, était ouvrier sur la voie aux chemins de fer ; sa mère, Marie, entretenait la basse-cour et le potager qui fournissaient le nécessaire et le superflu en ces temps difficiles. Au cours de la période qui nous occupe, la mémoire familiale conserve le vague souvenir d’actes de résistance qui n’ont laissé aucune trace dans les archives : outre le passage de fugitifs un temps hébergés dans la cave après le retour d’exode en Vendée, l’épisode le plus marquant (et le récit le plus circonstancié qu’on puisse en faire) est celui d’un stock d’armes apporté par la Résistance belge à destination des FFI et qui avait été dissimulé sous une botte de foin.

Peu de temps après cette livraison, le gendarme Noël, de la brigade de Givet (des papiers font apparaître ce nom, ce qui authentifie, au moins en partie, le témoignage), vint un soir prévenir le père Cosma de déménager de toute urgence ce matériel compromettant. Quelqu’un l’avait dénoncé aux Allemands qui ne tarderaient pas à se manifester. Les armes furent enterrées précipitamment dans le jardin, enterrées sous des plants de pommes de terre à la nuit tombée. Et effectivement, le travail à peine terminé, deux Traction-Avant vinrent se garer devant la maison. Les Allemands perquisitionnèrent en vain le domicile des époux Cosma et emmenèrent la famille dans les locaux de la Feldgendarmerie, où les parents furent interrogés toute la nuit. 

Dans le courant de l’année 1944, Marcel, dans sa fougue adolescente et patriote, déroba à un sous-officier allemand de passage une paire de jumelles (la cuisine de la maison Cosma servait parfois d’auberge aux patrouilles allemandes qui s’y arrêtaient pour boire un verre de vin sans doute vendu à prix d’or). Fier de cette prise de guerre, il dût néanmoins en différer son exhibition, sa mère goûtant sans doute fort peu ce genre de bravade qui pouvait avoir des conséquences somme toute assez graves pour son auteur et pour ses proches.

Á Givet, l’été de la libération fut assez  riche en épisodes, comme le savent mes lecteurs (voir ici). Il est plus que probable que l’atmosphère qui régnait alors enthousiasma le jeune Marcel qui ne voulut rien manquer du spectacle offert par l’humiliation de l’ennemi quittant la ville et celui, encore plus exaltant, de l’entrée des chars américains que l’on attendait d’un jour à l’autre.

 

Le maire de Givet sous l’Occupation, Roger Declef, a laissé un récit assez précis des derniers jours de la présence allemande dans sa ville. Ce document n’est pas conservé aux Archives départementales des Ardennes, mais, curieusement, aux Archives nationales, où je l’ai découvert.

C’est le 30 août que débute la débandade des troupes ennemies à Givet. La soldatesque fuyant les armées alliées traverse la ville en direction de la Belgique et de l’Allemagne non sans piller maisons et commerces, alors que les femmes de mauvaise vie font la noce avec les Boches. Tous les véhicules roulants sont « réquisitionnés », et particulièrement les bicyclettes. L’autorité locale, composée de Fedgendarmes  et de douaniers allemands, est partie.

Le 1er septembre au matin des obus tombent sur la ville, dans le quartier de Bon-Secours, alors que l’Armée blanche belge intervient. On tire partout. Le jeune André Roguin est tué, de nombreux blessés sont amenés dans les postes de secours installés à la hâte. Le maire, pharmacien, et quelques bonnes âmes remplacent les médecins disparus… Le soir de ce jour, le quartier de la Soie fait l’objet d’un intense bombardement. Á Foische, un civil, Alexandre Saxe, est tué par les Allemands qui se replient sur le Petit-Givet, occupant la Poste dont ils font leur QG, minant le pont qu’ils font sauter… Deux Allemands sont tués, l’officier en charge des troupes menace de prendre des otages parmi la population. Le 4 septembre, vers midi, une estafette des FFI vient prévenir de l’arrivée de chars américains à Foische, le suivent des éclaireurs des troupes US.

Le jeune Marcel est-il descendu en ville durant ces journées (descendu car trois kilomètres séparent le Petit Doische du centre de Givet) ? On ne le sait et on en doute. Tout ce qu’on peut avancer est qu’il y était le 5 septembre, jour où il y fut tué.

 

L’histoire familiale donne de sa mort plusieurs versions, dont l’une est qu’il fut la cible d’un tireur allemand posté sur la Tour Grégoire, qui domine la Meuse depuis les flancs du Mont d’Haurs. Improbable, m’a écrit un témoin : la tour avait essuyé des coups de canon tirés par un Panzer allemand depuis la Place Verte après que des tireurs appartenant aux FFI l’avaient occupée. Le même précise à propos de Marcel : « Je l’ai un peu connu au collège Vauban, un peu le portrait de Montand jeune, sympathique et peut-être un peu bravache, disait-on. » Un peu bravache Marcel ? Malgré l’interdiction que lui en a faite sa mère, il est descendu en ville alors que les combats continuaient. Il est même parti avec son butin, son trésor de guerre, sa paire de jumelles qui à ses yeux, et sans doute à celui du camarade qui l’accompagnait, l’intronisait soldat de la Libération.

Ce 5 septembre, continue le maire de Givet dans son rapport, « vers trois heures de l’après-midi, le jeune Cosma qui regardait à la jumelle et à découvert la rive droite de la Meuse est tué face à la maison Richard, rue du Puits. Avec Dupetit et Plançon nous allons le ramasser et le conduisons à l’hospice. Famille prévenue, succession remise. »

Le 7 septembre, Givet était libéré dans la liesse. En avril 1945, la famille obtint des services du « Secrétariat général des anciens combattants et des victimes de guerre » l’apposition de la mention « Mort pour la France » à l’acte de décès de Marcel. En 1948, un certificat d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur lui fut délivré, malgré qu’il n’ait jamais appartenu à aucun groupement de la Résistance. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Givet, deux fois curieusement, comme victime civile et comme résistant. Il n’est pas inscrit sur le Mémorial de Berthaucourt.  

 

ffiex

Extrait du certificat d'appartenance aux FFI, du 12 février 1948.

 


 

givet nomsMonument aux morts, place Méhul à Givet : son nom est inscrit deux fois.

 

Sources :

Archives familiales M. Cosma

Courrier de M. Fenaux à l'auteur, septembre  2004

"La vie à Givet durant les 8 jours qui ont précédé la libération", R. Declef, le 8 septembre 1944, Arch. Nat. Paris, 72 AJ99

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