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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 09:33

La publication en 1980 du livre de Maurice Rajsfus "Des juifs dans la collaboration" avait créé le scandale dans le landerneau des historiens et dans les institutions juives de France. Laisser dire que des Juifs avaient pu participer à la persécution mise en œuvre par les nazis et par Vichy avait quelque chose de blasphématoire. Récidivant quelques années plus tard et poursuivant son enquête, le même s’était penché sur le sort de ces familles de juifs immigrés envoyés de région parisienne dans les Ardennes pour trimer dans les fermes de la WOL. Ce nouvel ouvrage au titre évocateur et aux accents bibliques ("Une terre promise ? 1941-1944") avait lui aussi marqué les esprits et ouvert, dans notre département, la voie à de nouvelles recherches. Au début des années 2000, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, sous l’égide de Jacques Levy et de Christine Dollard-Leplomb, avait repris le flambeau et ravivé la mémoire de ces persécutés et l’on vit, en des villages où la WOL avait exploité cette main d’œuvre servile, s’ériger des monuments de pierres pour pérenniser la mémoire de la Déportation. Publié par la Société d’histoire des Ardennes, le livre de Philippe Moyen est une nouvelle étape dans la recherche sur cet aspect la Shoah dans les Ardennes, centré sur le personnage de Léon Eskenasy, homme de confiance et intermédiaire des autorités allemandes et françaises auprès des travailleurs agricoles, petit roitelet régnant sur quelque deux cent ouvriers et leurs familles dans le secteur de Sedan.

L’histoire de Léon Eskenasy est celle d’un homme ordinaire précipité dans une époque qui ne l’était pas. Coiffeur devenu Obmann – superviseur- des ouvriers agricoles juifs de la WOL, il est le principal artisan à Sedan de cette inédite initiative de l’UGIF qui conduit des Juifs de la région parisienne à venir travailler volontairement dans les Ardennes pour le compte des Allemands dans des conditions très pénibles. L’« Einsatz von Juden » est l’un de ces euphémismes qui auraient sa place dans le lexique de la Lingua Tertii Imperii chère à Victor Klemperer. Eskenasy y participe de manière soutenue. Les sources le montrent tour à tour en auxiliaire zélé des Allemands dans la mise en place de la discrimination  et en délégué attentif aux conditions de vie des travailleurs auprès de la WOL. L’homme est ambitieux ; il s’emploie au fil du temps à se construire sa propre influence au détriment de son autorité de tutelle parisienne. Il profite aussi des opportunités offertes par sa fonction et l’époque pour s’enrichir  de manière crapuleuse en bénéficiant à l’occasion de complicités dans la police allemande. Loin du stéréotype unidimensionnel du collabo, Eskenasy est un individu complexe, cheville ouvrière d’un « leadership juif à hauteur de clocher ». S’il est un enseignement à tirer de cette histoire de Léon Eskenasy, « Obmann des ouvriers juifs de la WOL », alors nous reviennent en mémoire les paroles de Primo Lévi : « Ceux qui sont dangereux, ce sont les hommes ordinaires prêts à croire et à obéir sans discuter. »

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 17:45

La Société d’histoire des Ardennes publie le travail de recherche d’Antony Dussart consacré à un ardennais méconnu, lancé dans le combat politique dans les années 30, résistant durant l’Occupation, revenu à ses premières amours après la Libération dans les rangs du poujadisme et de l’extrême-droite la plus nauséabonde.

Antony Dussart dresse un portrait fascinant de ce personnage haut en couleur.

Né en 1897 à Rethel, dans une famille aisée d’agriculteurs et de commerçants, Léon Dupont avait été prisonnier des Allemands durant la Première Guerre, comme tous les hommes qui n’étaient pas mobilisés et qui n’avaient pas fuis à temps lors de l’invasion allemande. Il s’était évadé en passant par la Hollande en mai 1918 et s’était engagé au 91e RI de Mézières.

Au cours des années 1920, il se construisit un patrimoine en s’installant d’abord à Biermes, fonda foyer, et, riche propriétaire terrien, affirma sa position de notable dans le Rethélois.  Les années 30 furent marquées par son engagement dans la politique et la lutte syndicale. Désireux de défendre les intérêts professionnels des agriculteurs, mais aussi (et surtout) d’assoir son prestige,  il fonda un parti populiste paysan de droite, « la Fédération agraire ardennaise », dans lequel il se distingua par ses outrances verbales, sa diatribe grossière, ses propos vindicatifs et sa violence. Il s’aliéna rapidement l’antipathie des élus et des notables.  Fort en gueule, il haranguait les foules paysannes, cristallisait les mécontentements au cours de réunions épiques, mais ses candidatures répétées aux élections locales et à la chambre professionnelle des Ardennes ne furent jamais que des échecs cuisants.

Passons provisoirement sur les années d’Occupation. À la Libération, il rejoint le RPF mais s’en détourne rapidement pour rallier Pierre Poujade au sein de l’UDAF (« Union de défense des agriculteurs de France »). Il  trouva dans le poujadisme un exutoire à ses vieilles lubies : lutte contre l’Etat et l’omniprésence de l’administration qui portait préjudice selon lui aux affaires économiques du monde agricole, renouveau de la France contre la trahison des élites et du pouvoir. Sa personnalité se radicalisa, devint plus dure et plus violente, se teintant de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme. À tel point qu’il fut exclu du mouvement Poujade eu début de 1956. Il n’abandonna pas le combat politique en fondant l’éphémère journal « Chevrotine » avec pour compagnon d’anciens collabos et d’ex-miliciens. Il est décédé en 1960 et est enterré à Rethel.

Aussi peu sympathique qu’il apparaisse dans ses combats politiques et syndicaux, autant l’homme qui s’engagea dès 1940 dans la Résistance force l’admiration.

En mai 1940, l’invasion allemande obligea la famille Dupont à fuir. Elle se réfugia dans l’Indre, puis dans le Puy-de-Dôme, en zone non-occupée, à deux pas de Vichy, où Léon Dupont avait fait l’acquisition de vastes domaines agricoles dont l’un, la ferme de la Rapine, devint rapidement un centre opérationnel de la Résistance, abritant du matériel de guerre,  hébergeant des illégaux, des opérateurs radio. Engagé dans un premier temps au sein du réseau Alliance, en lien avec d’autres mouvements et réseaux, Léon Dupont fut engagé par son fondateur dans le réseau Mithridate au printemps de 1943.

Mithridate avait été fondé dès  juin 1940 par Pierre Herbinger (alias « Colonel Bressac ») à la requête du service britannique de renseignement. Réseau de renseignements militaires, il était chargé de fournir aux états-majors les indications nécessaires pour précéder ou accompagner les opérations de guerre.

Léon Dupont participa à un grand nombre d’opérations menées par le réseau. Devenu adjoint du colonel Bressac, il put, grâce à ses exploitations, fournir au réseau et aux maquis environnants le ravitaillement nécessaire pour nourrir les hommes ; il mit sa fortune personnelle au service de la Résistance dans l’achat de matériels. Enlevé par Lysander, il se rendit deux fois à Londres à l’appel de ses chefs. Il échappa plusieurs fois aux arrestations, notamment en octobre 1943 quand, suite à une trahison, la police allemande décida d’en finir avec ce réseau insaisissable. Réfugié à Paris, puis à Nancy, Léon Dupont persévéra dans l’action jusqu’aux jours de la Libération.

 Résistant reconnu et plusieurs fois décoré (croix de guerre avec palme, chevalier de la Légion d’honneur, médaille de la Résistance), son parcours est d’autant plus surprenant qu’il tranche radicalement avec celui de l’agitateur politique des années d’avant et d’après-guerre.

Dans un long article intitulé « Pages de la Résistance ardennaise » paru dans la revue ardennaise La Grive d’octobre 1945, Gustave Gobert, écrivait à propos de la résistance de Léon Dupont (j'en extrait ici le début et la fin) : « Écoutez maintenant cette histoire ; vous ne lirez pas mieux, je crois, dans les récits imaginés par les romanciers du 2e Bureau […] Maintenant il conduit son tracteur et moissonne son blé. Et voilà ce qu’a fait un paysan de chez nous ! » Avec son livre, Antony Dussart révèle une personnalité ardennaise méconnue riche et complexe, à la fois haïssable et admirable.

Léon Dupont à la Libération (doc. A. Dussart)

En vente dans toutes les bonnes librairies. Pour le commander, voir ici. 

La SHA vient de publier aussi deux revues consacrées à la guerre de 1870

 

 

 

 

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 13:11

 

Henri-Claude Tardif arrive dans les Ardennes en juillet 1942, comme directeur du chantier forestier ouvert à Vendresse par la Société des Mines de Lens pour y accueillir des chômeurs du Nord qui évitent ainsi d’être requis pour travailler en Allemagne nazie ; l’instauration du Service du travail obligatoire au printemps 1943 provoque une importante augmentation de l’effectif du chantier. Pour Tardif, ces travailleurs doivent être formés et préparés pour participer au jour J à la libération de la région de Charleville-Mézières-Sedan. Le maquis naît ainsi avec la création d’une école de cadres à Omicourt, village proche de Vendresse, où une trentaine de jeunes sélectionnés suivent des cours pour devenir chefs de groupe. Le 20 septembre 1943, une dénonciation anéantit le maquis et la répression allemande entraîne la déportation de six hommes, dont celle de Tardif, qui, seul, survit à l’enfer concentrationnaire. Parmi ses cinq camarades, quatre meurent dans les camps, le cinquième décède des suites de sa déportation au début de 1947.

Les archives personnelles d’Henri Tardif, de nombreux fonds d’archives publiques, des témoignages publiés par des contemporains, des journaux, permettent de reconstituer l’histoire du maquis de Vendresse-Omicourt, et le tragique destin de ces résistants jusqu’à présent méconnus, d’autant que les pierres chargées de conserver leur souvenir dans le village traduisent une mémoire passablement brouillée.

L'ouvrage d'Agnès Tisserand est publié par les éditions Terres Ardennaises

 

L'un des mérites de cet ouvrage est de lever le voile sur l'origine des noms gravés sur le monument au maquis de Vendresse, sans en dissimuler les incohérences et les erreurs. Tous ces noms ne sont pas inscrits dans la pierre du monument de Berthaucourt...

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 08:33

L'Ardennais / L'union du 27 avril

 

maquis union

 

Le Mag'info de la semaine du 17 au 30 mai

 

  charton 1

 

 

charton 2

 

 

  La semaine des Ardennes n'est pas en reste puisque l'hebdomadaire accorde une page complète à l'ouvrage

 

seamine

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