Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 16:51

On a appris le décès récent de Robert Charton, à l’âge de 94 ans. On se souvient de lui : sur les pages de ce blog, j’avais récemment interpellé Yanny Hureaux sur la lecture qu’il proposait des événements des Manises, sur le rôle qu’y avait joué Charton en tant que chef de secteur de la Résistance à Revin.

J’avais dressé le curriculum vitae de Robert dans mon livre, L’affaire des Manises. Je le reprends ici.

 

Robert Charton est né le 14 août 1920 à Arreux, dans une famille modeste. Sa mère était d’origine belge, réfugiée de 1914 qui avait fini par s’installer dans la région. Le père, fils d’une famille d’agriculteurs de La Taillette avait embrassé la profession de douanier. Le couple s’installe à Renwez, puis à Fumay. C’est  là que le jeune Robert suit sa scolarité et passe son Brevet en 1936, puis obtient un C.A.P. de menuiserie. Mais il se destine à la carrière des armes, et, en attendant d’être appelé sous les drapeaux, il est embauché dans une banque, la Société Générale, à Revin.

Lors de la mobilisation partielle de mars 1939, il s’engage au 155e Régiment d’Infanterie de forteresse à Mouzon. Le 24 août, c’est la guerre et conformément au plan de mobilisation, le 4e bataillon du 155e R.I.F. cantonné à Mouzon devient le 136e  R.I.F. chargé de la défense du secteur de Carignan sur la rive gauche de la Chiers. Charton y est versé et prend du galon, en février 1940 il est promu caporal. La « drôle de guerre » s’achève brutalement. En mai et juin, c’est la campagne de France selon le plan de Blitzkrieg hitlérien. Devant le rouleau compresseur allemand, le 14 mai, le 136e R.I.F. se replie avec une double mission : protéger la ligne Maginot et couper la route de Verdun aux Allemands. La tenue au combat de Robert Charton lui vaut, fin mai, d’être désigné pour les cours d’aspirants qui devraient le voir accéder au rang de sous-officier. Mais le déroulement des combats en veut autrement. Le 15 juin, il est cité à l’ordre de la division, croix de guerre avec étoile d’argent. Puis c’est l’armistice. Á la fin du mois de juin, ils ne sont plus au 136e que 828 sur un effectif de 2 200…

Les Allemands récupèrent ce qu’il reste d’hommes valides. C’est la captivité qui commence. Les prisonniers sont emmenés. Pont-Saint-Vincent, Metz. Charton, devant la commission de contrôle allemande, déclare être cultivateur. Alors c’est le retour sur Sainte-Ménéhould, puis dans les Ardennes. Il est envoyé à Viel-Saint-Rémy en Kommando de culture, puis, malade, il entre à l’hôpital de Charleville. Á sa sortie, il rejoint le Frontstalag 190 en cette ville puis c’est le retour à Revin le 2 septembre 1940, en Kommando chargé de remettre en état le réseau électrique de la ville car, pour rentrer, il s’est cette fois déclaré électricien. Le 17 juillet 1941, il est mis en congé de captivité (Robert Charton est libéré en fonction des accords Scapini, qui permirent dès la fin de 1940 la libération de certains prisonniers de guerre). Il est alors embauché par l’entreprise Arthur Martin de Revin.

Ses débuts dans la résistance datent de cette période où il est captif en Kommando à Revin. Chargé du pointage de ses camarades, il se rend tous les jours à la mairie de la ville. C’est là qu’il va se procurer les cartes d’identité et les tickets d’alimentation nécessaires à l’évasion de six de ses compagnons d’infortune. Puis il continuera, aidant les prisonniers évadés à poursuivre leur route. Il va recruter des amis qui le seconderont dans cette tâche. Ceux-ci à leur tour recruteront dans les rangs de leurs connaissances suivant le principe des notes de musique : une blanche vaut deux noires, une noire vaut deux croches, etc. Mais les moyens sont dérisoires. Pas d’argent, pas d’armes, aucun matériel, surtout aucune formation aux actions de sabotage qui apparaissent nécessaires pour gripper la belle machine de guerre allemande. On s’en prend aux trains. On verse du sable dans les coussinets de wagons, on déboulonne les rails, on les écarte. Les débuts sont incertains, on manque d’expérience. Des rails trop écartés, et on coupe involontairement le circuit électrique, le signal se met au rouge, le train s’arrête… C’est à recommencer…

Après la formation de l’armée secrète en 1943, Marcel Delys, dit « Daniel », va contacter Robert Charton et son groupe et le placer sous son autorité. Charton devient alors chef de secteur de la Résistance à Revin (secteur E, zone II, région C). Cette reconnaissance pour le travail accompli s’accompagne d’une plus grande efficacité, et Charton prend contact avec ses voisins : Georges Peuble de Bourg-Fidèle, Émile Fontaine, chef du secteur Signy-l’Abbaye/Liart/Rozoy-sur-Serre, Marceau Devie, de Vireux, Miguel Sauvage, du Front national …

Il a vingt-deux ans, et dirige un des groupes de résistance les plus importants du département. En 1943, il fournit des cartes de travail et de ravitaillement aux réfractaires, fait évader des prisonniers Nord-africains, recèle des prisonniers et recueille des aviateurs américains. Sa tête est mise à prix par les Allemands. On l’estime à 200 000 francs. C’est plus qu’honorable.

 

Enfin, au printemps 1944, il prend contact avec la mission Citronelle qui s’est installée sur les hauteurs de Revin. Le reste, vous le connaissez, je l’ai raconté dans Le maquis des Manises.

Après la guerre, après sa sortie de prison, abandonné de ses camarades de combat, Robert Charton a continué son chemin, loin des Ardennes. Il vivait près de Saint-Dizier où je l’avais rencontré pour l’écriture de L’affaire des Manises. Il était revenu sur son parcours, avait évoqué dans le détail son rôle dans la Résistance, avait analysé, assez lucidement, l’injustice qui l’avait frappé.

 

J’avais rencontré Monsieur Charton au cours de l’année 2003, pour l’écriture de mon livre L’affaire des Manises. Nous avions préalablement engagé une longue correspondance dans laquelle il était revenu sur sa jeunesse, son parcours, où il avait évoqué dans le détail son rôle dans la Résistance, et avait analysé, assez lucidement, l’injustice qui l’avait frappé à la Libération. Je sais que le livre l’avait enthousiasmé puisque ses conclusions réhabilitaient totalement son action et lui rendait enfin publiquement justice. Que ce court billet rende hommage au résistant qu’il fut.

 

Remilly 018Photo F. Docq (2006)

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
commenter cet article
21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 16:11

 

  On apprend par la presse de ce jour que l’ancien député communiste René Visse a envoyé une lettre ouverte au ministre de la Défense pour s’indigner qu’une fondation d'outre-Rhin consacrée aux questions militaires soit associée au nom de l’un des bourreaux des Manises, Karl-Theodor Molinari.

 

lunion1

J’ai rappelé dans deux ouvrages les combats qu’ont menés les Ardennais dans les années d’après-guerre pour obtenir justice et voir enfin les bourreaux des Manises arrêtés et jugés pour leurs crimes lors des journées des 12 et 13 juin 1944 sur les hauteurs de Revin.

On se souvient que le commandant de la place de Charleville sous l’Occupation, celui qui dirigea les troupes allemandes lors de l’attaque du maquis, Botho Grabowski, et que le jeune commandant d’un régiment de Panzers dont les troupes stationnaient alors à Vivier-au-Court, Karl-Theodor Molinari, avaient été jugés coupables de crimes de guerre et condamnés à mort par contumace par le tribunal militaire de Metz en avril 1951. Ils ne furent jamais extradés vers la France, et Grabowski mourut paisiblement dans son lit en 1964.

 

Molinari : « J'ai toujours été reçu en France avec les honneurs militaires. »

Les Ardennes luttèrent pour que Molinari fût jugé. En 1969, à l’initiative de Marcel Noiret (un personnage ! il faut avoir lu L’affaire des Manises pour goûter toute l’ironie de la situation), des anciens du maquis et des familles des victimes créèrent le « Comité pour le châtiment de Molinari ». Les politiques furent alertés et interpelés.

La députée communiste, ancienne résistante et déportée,  Marie-Claude Vaillant-Couturier s’adressant au Ministre des affaires étrangères dans une séance de l’Assemblée Nationale le 5 décembre 1969 s’indignait et dénonçait l'impunité dont avait joui et continuait à jouir l'ancien bourreau : « Non seulement le général Molinari n'a pas été inquiété dans son pays, comme je viens de le montrer, mais il a pu venir en France, y circuler librement, malgré sa condamnation, et même être reçu par des autorités officielles. II n'est pas possible que les familles des victimes et les anciens résistants acceptent de tels faits. »

 

Image1Photo parue dans Der Spiegel (Molinari "profondément affecté")

 

Molinari : « Je croyais qu’on allait les enfermer dans un camp. »

Car pendant que les anciens résistants s’évertuaient à obtenir réparation, le jeune Karl-Theodor Molinari poursuivait son ascension dans l’institution militaire. Promu général dans la Bundeswehr en 1957, puis conseiller du ministre de la Défense, avant d’entrer en politique et de devenir un proche du chancelier fédéral  Helmut Kohl, Molinari s’étonnait du débat soulevé en France sur son passé, et s’enorgueillissait avec impudence dans la presse d’avoir « toujours été reçu en France avec les honneurs militaires.» Lorsque la question fut soulevée sur la place publique en Allemagne, et que l’hebdomadaire Der Spiegel se mit à enquêter sur le passé de Molinari, celui-ci finit tout de même par s’expliquer.

« Dabei oder nicht ? » (« Il y était ou il n’y était pas ? ») Molinari se justifiait ainsi : il était à Revin le 12 juin, il dirigeait des troupes qui ont attaqué le maquis, MAIS il ne sut rien de ce qui était arrivé aux prisonniers, rejetant la responsabilité de leur sort à son adjoint, le capitaine Ardendt (qu’on ne pouvait interroger puisqu’il avait été tué sur le front de l’Est au printemps de 1945)… « Je ne pouvais me représenter que les prisonniers, tous des jeunes gens, devaient être fusillés. Je croyais qu’on allait les enfermer dans un camp. Si j’avais pu présumer une exécution, j’en aurais été profondément affecté. » (« Dabei oder nicht ? »  Der Spiegel n° 42, 1969. Et pourtant il fut bien reconnu, des années plus tard, par un rescapé du maquis, André Soret, dont j'ai cité le témoignage dans le Maquis des Manises, pp. 79-80, comme ce jeune officer en uniforme noir, très grand, qui se tenait sur les lieux de l'exécution des maquisards. Tu étais bien là, Molinari... D'ailleurs les prisonniers eux-mêmes savaient qu'ils allaient être fusillés en fin de journée... Comment aurais-tu pu l'ignorer ?)

 

René Visse : « Un nom qui insulte les morts »

On a appris l’année dernière par le biais d’un article de Roland Pietrini publié  sur son site et sous le titre « La puissante fondation Karl-Theodor Molinari porte-t-elle le nom d’un criminel de guerre ? » que la fondation représentant l’Association des Forces armées dont Karl-Theodor Molinari fut le président fondateur (de 1957 à 1963) porte aujourd’hui son nom (Quant à Molinari lui-même, il est décédé en 1993).

 

181922 184321204939404 6747162 n

 

Si Molinari n'a jamais été poursuivi en justice, c'est sans doute que la mémoire des fusillés des manises fut sacrifiée sur l'autel de la realpolitique au nom d'une amitié franco-allemande en construction. Aujourd'hui, René Visse réclame des autorités française et allemande la dissolution de la fondation, dont le nom insulte la mémoire des maquisards des manises, ainsi que l'ouverture d'une enquête concernant la nature idéologique des buts qu'elle poursuit. Affaire à suivre...

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
commenter cet article
29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 18:15

Suite à la publication d'une de ses célèbres "Beuquette" dans L'Ardennais du 12 juin, j'avais envoyé un courrier à Yanny Hureaux afin d'exprimer une certaine indignation et de rétablir certains faits. Ce droit de réponse m'a été gracieusement octroyé. On trouvera le texte de la Beuquette ci-dessous.

« Le 1er juin 2004, le journal « Le Monde » commémorait le soixantième anniversaire de la tragédie du maquis des Manises en lui consacrant deux pleines pages. Gérard Davet y rapporte les propos que lui tint Robert Charton, alors âgé de 84 ans. Chef de la Résistance dans le secteur revinois, Charton prit contact en mai 1944 avec le prestigieux officier de Bollardière, alias Prisme, qui sur ordre de Londres venait d'installer un maquis dans les bois des Manises, au-dessus de Revin. Dès le 7 juin, à l'annonce du Débarquement en Normandie, nombreux furent les Ardennais à y « monter ». Inexpérimentés, peu prudents, ils seront bientôt encerclés par une divison SS qui en torturera 106, avant de les massacrer. Accusé d'être à l'origine de la levée en masse de maquisards notamment revinois, Robert Charton sera jugé à Nancy, en octobre 1945. Après une audience tumultueuse, il sera finalement lavé de tout soupçon. En 2004, l'ex-accusé acquitté se fait accusateur en déclarant au journaliste du « Monde » que le Compagnon de la Libération Jacques Paris de Bollardière est le responsable de la levée en masse. « Plus il avait d'hommes, affirme-t-il, plus il aurait de galons par la suite. »

Scandalisés, les Résistants ardennais auxquels se joignent notamment Mme de Bollardière et l'Association de Soutien à l'Armée Française se mobilisent. N'ayant pu obtenir que « Le Monde » publie un droit de réponse, ils éditeront un fascicule dans lequel ils expriment ce qu'ils pensent de Robert Charton et de l'attitude à leur égard du grand journal parisien. Yauque, nem ! »


 

beuquette

 

L'affaire n'en reste pas là... Dans « La Beuquette » du 30 juin : « La douleur des hommes »


 

« Hier, à la dernière page de notre journal, dans l’arpent désormais réservé le dimanche au courrier des lecteurs de la Beuquette, l’historien Philippe Leclerc (sic) a réagi vivement à mon évocation, le 12 juin dernier, du « Petit livre bleu » que des patriotes ardennais éditèrent il y a dix ans, suite à un article paru le 1er  juin 2004, dans le journal Le Monde. Robert Charton y accusait Jacques Pâris de Bollardière, chef du maquis des Manises, d’avoir, « pour obtenir des galons », provoqué la levée en masse de jeunes hommes inexpérimentés et dont cent six d’entre eux furent massacrés par les SS. Comment Philippe Leclerc (re-sic) a-t-il pu imaginer que j’ai voulu m’en prendre à Robert Charton ? Né à Arreux en 1920, valeureux combattant en 1940, il devint en 1943, le très efficace chef de secteur de la résistance à Revin. Tenu responsable d’avoir appelé les Revinois à « monter » au maquis, il faillit être lynché par la foule lors de la libération de la ville. Emprisonné, jugé en 1945 au fameux procès de Nancy, il y sera acquitté.

À mes yeux, l’affaire du « Petit livre bleu » tient à la douleur des hommes. Celle de Robert Charton qui ne se consola jamais d’avoir été injustement traité et qui, à la fin de sa vie, a cru bon de se venger. Celle des résistants ardennais qui, à l’exemple de Georgette Fontaine, André Patureaux et Maurice Brasseur, furent scandalisés qu’en 2004, soixante ans après la tragédie, un des leurs ose souiller la mémoire de leur chef vénéré, le général de Bollardière, Compagnon de la Libération.

Yauque, nem ! »

 

Douleur contre douleur, celle d'un obscur soutier de l'armée des ombres vaut bien celle d'un compagnon de la Libération...

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
commenter cet article
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 08:14

Si l’on considère certaines sources, Il semble que les hommes du maquis Prisme, dit "Maquis des Ardennes", aient été dotés d’un insigne récupéré sous l’Occupation dans un dépôt de l'armée.

Les maquisards le portèrent-ils sur leur béret ? Le musée virtuel de la Résistance en présente un exemplaire, pour lequel j’ai rédigé la notice qui suit.

 

Peu de documents corroborent cette assertion.

Deux photographies prises au maquis lors d’une prise d’arme le jour du 14 juillet 1944 montrent des hommes vêtus de vestes imperméables sans manches portées sur un pull-over et tous porteurs d’un béret avec écusson circulaire. Selon Georgette Fontaine, il s’agit de gendarmes qui ont déserté leur casernement et ont rejoint avec armes et bagages le commandant Prisme au début du mois de juillet. Dans l’ouvrage de J.P. Cordier, Combat en Ardenne, l’insigne appartenant à l’un de ces gendarmes est dessiné (mais l’auteur n’en indique pas la provenance). Les gendarmes formant l’encadrement du maquis (ils ont l’expérience du commandement et du maniement des armes), on peut supposer qu’ils furent les seuls à porter cet insigne qu’ils amenèrent eux-mêmes ?

Par ailleurs, au titre des sources, on peut citer ce témoignage d’un aviateur américain qui fut un temps hébergé au maquis : « Cette organisation s’appelait Maquis des Ardennes. Ses membres portaient un insigne métallique circulaire sur leurs bérets. »

 

  maquis ardennes 055

Doc : Musée de la Résistance en ligne (AERI)

 

 

Cet insigne est marqué d’une tête de sanglier avec en arrière plan une vue sur une falaise au pied de laquelle est une tour.

Dans la symbolique militaire moderne, le sanglier figure sur de nombreux insignes, notamment sur ceux des régiments d’infanterie, de blindés, ou encore, avant la guerre de 1939-1945, de forteresse, dont ceux de la fameuse ligne Maginot.

Le paysage est une vue du fort de Charlemont qui domine, du haut de sa falaise, la Meuse et la ville de Givet. Ce fort a été construit à partir de 1550 par Charles-Quint, il est revenu à la France sous Louis XIV, en 1680, puis il fut agrandi par Vauban. Au pied de la falaise figurent la Meuse, le pont de la ville, les quais avec la tour Victoire construite au XVe siècle. L’ensemble a donc pour vocation de représenter la puissance du système défensif en un secteur qui est aux avant-postes du territoire, la « pointe » de Givet étant enclavée en Belgique. 

Si son iconographie renvoie donc au 148e régiment d’infanterie qui tint ses quartiers à Givet de 1899 à 1914, il n’en reste pas moins que l’insigne fut celui du Secteur défensif des Ardennes à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.


L’origine de la devise est inconnue. Sur l’insigne original, le mot "Ardennes" est au pluriel. Il désigne donc le département. Lorsque la Résistance ardennaise s’empara de cette devise pour la faire sienne, elle modifia son sens en élargissant la notion de territoire national à la réalité transfrontalière de son action, l’Ardenne désignant en effet une région naturelle située dans un ensemble franco-belge, voire franco-belgo-luxembourgeois.

Chronologiquement, on voit donc la devise apparaître :

 

- En juillet 1942, lorsque se réunissent en Belgique, à Herbeumont, des responsables de groupements de résistance français et belges. L’animateur se lance dans « un étourdissant exposé des possibilités et des moyens pouvant être mis à notre disposition par les organismes anglais de Londres [le SOE]. » Sceptiques, les présents demandent « un message de confiance avant de suivre aveuglément. Ce message, tous les Ardennais, écoutant régulièrement la BBC s’en souviendront : “Ardenne tiens ferme ! Courage les amis, à bientôt”. » Deux témoins relatèrent cet épisode en écrivant « Ardenne » plutôt qu’ « Ardennes ».

- En août 1944, le journal de la Résistance, composé par le chef de centre de Floing, Marcel Léonard, prend le titre d’« Ardenne, tiens ferme ».

- Aujourd’hui, ce nom est celui du bulletin des membres de l’Union ardennaise des FFI (UAFFI). On note que pour cette association, si le sanglier de l’insigne original est demeuré, le paysage en arrière-plan a été remplacé par une croix de Lorraine.

 La devise « Ardennes, tiens ferme » (avec ou sans le point d’exclamation) a été reprise par le 3e régiment du génie en garnison à Mézières.

 

Sans titre-Numérisation-01Médaille éditée par l'UAFFI pour les commémorations du cinquantenaire

de la libération des Ardennes (doc : P. Lecler)


Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
commenter cet article