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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 08:15

Troisième étape. Le Calvaire des Manises.

 Au moment du débarquement allié, le 6 juin 1944, le maquis des Ardennes était installé sur le territoire de la commune de Revin, en forêt, sur le plateau du Malgré-tout, qui domine la ville de ses 433 mètres, sur la rive droite du ruisseau des Manises et à environ 500 mètres du lieu-dit « Le Père des Chênes ».
En ce lieu, à proximité des premiers charniers où furent enfouis les suppliciés, fut érigé en 1967 un ensemble monumental, dû à Pierre Brunet, qui rappelle les massacres qui eurent lieu les 12 et 13 juin 1944...

Les jours suivants le débarquement, un grand nombre de jeunes gens cherchèrent à rejoindre  Prisme, d’autant que la Résistance ardennaise avait lancé un ordre de mobilisation, ordre transmis sur le terrain par le chef de secteur de la Résistance à Revin. Ainsi, de Revin et de ses environs, plus de 200 jeunes gens vinrent grossir les rangs des maquisards. Mais n’ayant aucune expérience de la vie clandestine, ils laissaient derrière eux de nombreuses traces de leur passage, que ne manquèrent pas de révéler les avions de reconnaissance ennemis. De plus, le maquis, qui prenait une extension alarmante, ne pouvait plus être ignoré des habitants de la région et par là-même des résidents allemands de l’organisation Todt qui encadraient les ouvriers des chantiers de carbonisation qui se trouvaient dans la forêt avoisinante.

          Le 12 juin au matin, les troupes allemandes encerclèrent Revin, ratissant la ville, positionnant des éléments blindés sur toutes les routes, y compris sur les hauteurs du Malgré-Tout, coupant toute retraite au maquis pris dans une nasse dont les mailles allaient se resserrer... En fin de matinée les premiers détachements allemands pénétrèrent dans la forêt, et, dans l’après-midi, les premiers accrochages eurent lieu. Vers 19 heures, la manœuvre d’enveloppement était terminée. Une colonne allemande stationnée sur les hauteurs du Malgré-Tout coupait toute retraite aux maquisards du commandant « Prisme ». Vers 23 heures, après avoir enterré le matériel qui ne pouvait être emporté, le maquis se mit en branle à travers les fourrés, vers la Belgique, dans le but de percer le cercle ennemi.
 Le Père des Chênes
Plusieurs groupes se formèrent : certains parvinrent à s’infiltrer dans les barrages ennemis et à gagner la Belgique. Mais nombre de jeunes, volontaires sans expérience, séparés de leurs chefs, errèrent dans la forêt puis furent arrêtés.
                

Le matin du 13 juin commença pour eux le long supplice. Dans son Journal de guerre, Marguerite Fontaine apporte ce témoignage :

 « Vers neuf heures du matin étaient arrivés plusieurs officiers et le martyre avait commencé. Les mains liées derrière le dos avec des ficelles de parachute ou des fils de fer qui coupaient les chairs, les malheureux avaient reçu l’ordre de se coucher à plat, le visage contre la terre humide. Celui qui tentait de relever la tête pour respirer recevait un coup de crosse ou de baguette. (...). Les officiers avaient fait subir à quelques-uns des interrogatoires serrés, et cruels. (...). Dans la clairière du Père-des-Chênes, ils ont été encore couchés dans la même position humiliante et insupportable. Un d’entre eux à été transporté sur le capot d’une voiture, les mains liées, trois S.S. ont battu un blessé qui leur tenait tête, mais tout de même un soldat a menacé les brutes de sa mitraillette. »

Le calvaire des Manises, monument de Paul Brunet, érigé en 1967

 Finalement, les survivants furent achevés d’une balle de revolver dans la nuque : 106 hommes furent exécutés sommairement par les troupes allemandes dans cette opération. Les trois-quarts d’entre eux n’avaient pas 25 ans, le plus jeune n’en avait que 16.
Leur forfait accompli, les Allemands emportèrent les corps des suppliciés aux Hauts-Buttés où ils furent enterrés à la hâte dans une fosse commune. Mais des hommes découvrirent les tombes et les premières familles vinrent pour identifier les leurs.
Le 19 juin, le Procureur de la République et le préfet étaient prévenus, et le lendemain les gendarmes étaient sur les lieux. Ils dressèrent un rapport écrit à la Feldkommandantur de Charleville en vue de réclamer l’autorisation d’exhumer les corps. Le 21 juin, les Allemands transfèrent les dépouilles mortelles des suppliciés dans deux charniers, près de Linchamps, au lieu-dit le Fonds-de-l’Ours. Quelques jours plus tard, malgré le danger, les fosses furent ouvertes, les suppliciés identifiés, leurs corps transportés dans une clairière près de la ferme Malgrétout. La dernière exhumation et la définitive inhumation des maquisards auront lieu après la Libération, le 8 octobre 1945, au cimetière de Revin.

Quelques portraits de maquisards exécutés le 13 juin :
En haut, de gauche à droite : Marcel Marbaque, 21 ans ; Jacques Berg, 20 ans; Robert Brasseur, 19 ans.
En bas, de gauche à droite : Yvon Brifflot, 25 ans ; André Collard, 20 ans ; Maurice Degraeve, 48 ans.


 
     


Remerciements pour les portraits à G. Laplace, webmaster du site "le maquis des Manises"

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Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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