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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 07:41
    Après la publication de la première page du Mémorial de Berthaucourt, en octobre 2005, un fidèle lecteur avait envoyé ce commentaire concernant la notice consacrée à Eugène Andrieux : « Juste une petite question. Comment explique-t-on le fait que les Allemands aient pu savoir en 41 qu'ils avaient abattu un aviateur en mai 40 ? Et cela durant des combats qui ont fait plusieurs milliers de victimes ! » La réponse n'avait pas été des plus concluantes...
 De nouveaux éléments m'ont été communiqués par M. Lionel Fontaine, président du Club Mémoires 52, sous la forme d'un article publié dans la revue de cette association par J. M. Chirol (« Lettre aux membres du club Mémoires 52 », n° 32 de février-mars 1997).

    Le dimanche 12 juin 1940, jour de la Pentecôte, vers 14 heures, un bombardier bimoteur allemand Dornier Do-17 est abattu par la DCA anglaise. Ce poste de DCA est installé sur un terrain d'aviation aménagé en 1939 entre Hauviné et Bétheniville, à droite de la RN 980 Sedan-Reims. L'appareil s'abat sur le ventre, à 200 mètres à droite du CD Machault-Semide, sur le territoire de Machault. Parmi les cinq occupants du Do-17, trois sont morts, un quatrième est blessé à une cuisse, le cinquième est indemne.
    Peu avant la chute de l'avion, M. Eugène Andrieux, 42 ans, accompagné de deux personnes, part à la chasse (?) au volant de sa camionnette Ford à plateau. Soudain un bruit et un souffle épouvantables à quelques dizaines de mètres au dessus du véhicule... C'est le Dornier Do-17 qui passe et s'abat 300 m plus loin. M. Andrieux arrête son véhicule à une centaine de mètres du point de chute, prend son fusil chargé, aperçoit deux aviateurs près de l'avion, s'avance en leur direction, les somme de se rendre (E. Andrieux parle couramment l'allemand), constate que l'un des survivants porte la main à son étui à revolver. Il tire et tue l'Allemand. Pendant ce temps, le second aviateur, quoi que blessé, tente de fuir au moment où arrivent des soldats anglais du poste de DCA et des gendarmes français qui capturent le fugitif.


    Le 14 mai, la population de Machault prend la route de l'exode pour le département des Deux-Sèvres. C'est un spectacle de désolation que découvre à son retour, le 14 août, M. Andrieux. Sa maison est incendiée et, avec elle, son commerce de boissons et charbon. L'occupation allemande, dans toute sa rigueur, est commencée. Les Andrieux possèdent une fermette à proximité. Elle est sommairement remise en état pour loger la famille et pour permettre la reprise d'une activité.

    Le 23 avril 1941, en début d'après-midi, alors qu' Eugène Andrieux travaille dans son champ, deux officiers et deux soldats allemands, assistés du maire de la commune, se présentent à son domicile et demandent à voir le chef de famille. N'imaginant pas le moins du monde la suite, Madame Andrieux indique l'endroit où doit se trouver son mari.
Arrêté par les autorités allemandes pour la mort de l'aviateur allemand, Eugène Andrieux est conduit à la prison de la Santé à Paris. L'Allemand blessé, qui avait été capturé par les Anglais, comparait comme témoin à charge lors du procès devant un tribunal de guerre. Tout civil portant les armes contre un soldat des troupes régulières est considéré comme franc-tireur : Eugène Andrieux est condamné à mort. Transféré de la prison de la Santé à celle de Fresnes la veille de son exécution, Eugène Andrieux est fusillé le mercredi 4 juin 1941, à 6 heures, au fort d'Ivry-sur-Seine, assisté du curé de Fresnes, l'Abbé P. Censier. Il est inhumé au cimetière d'Ivry.

Le Dornier Do-17 abattu à Machault le 12 mai 1940 (archives familiales. Le soldat des services sanitaires de  l'armée française est le père d'un des membres de l'association "Club mémoires 52")

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Published by philippe lecler - dans Des hommes
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