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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 12:57

Georges-Henri Lallement est décédé à Charleville-Mézières. Il sera inhumé le 25 novembre à Herbeuval. Ce grand bonhomme, grand au sens propre comme au sens figuré, fut un résistant de la première heure qui joua un rôle considérable dans la lutte clandestine contre l'occupant. Infatigable défenseur des valeurs humanistes et républicaines, il continua son combat après la guerre au sein de l'Union ardennaise des FFI. Gardien respecté de la mémoire des combattants de l'ombre, il me fut donné maintes fois l'occasion de le rencontrer pour parler de la guerre, de sa guerre, sujet sur lequel il était intarissable.

Cette courte biographie sera comme un dernier hommage.


Henri Lallement est né à la Ferté-sur-Chiers le 7 mai 1913. Ses parents, modestes agriculteurs, s'installèrent à Herbeuval où Henri passa toute son enfance.

Il occupait, sous l’Occupation, le poste de receveur à l’Enregistrement à Rumigny. En avril 1942, il fut chargé par Henri Moreau (« Lucien »), responsable du Secteur de Signy-l’Abbaye, de rechercher dans la région de Rumigny des recrues pour former des groupes de résistance.

Au mois de février 1943, Lallement fut nommé chef de section. Il avait pour tâches l’animation des groupes locaux, l’approvisionnement en faux papiers, les liaisons avec les autres secteurs, l’hébergement d’aviateurs alliés et de Juifs évadés des Mazures. En juillet, il fut nommé adjoint au nouveau chef de Secteur de Signy-l’Abbaye, Adrien Fournaise (« Muirion ») et devint « Georges » (en référence au général), pseudonyme qu’il conservera et accolera à son patronyme après la libération.

Au mois de septembre débutaient les travaux d’aménagement du futur maquis Baïonnette, entre Rumigny et Blanchefosse. Des armes récupérées y étaient entreposées.

Le 24 décembre, Adrien Fournaise fut arrêté par la police allemande. Emile Fontaine (« Tanguy ») lui succèda. Georges fut nommé responsable des cantons de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien, Rumigny. Emile Fontaine conservait la responsabilité des cantons de l’Aisne (Aubenton,  Rozoy-Sur-Serre, Marle et Sissone).

Au mois de février 1944, les groupes de Georges et de Tanguy passaient à l’action et effectuaient leurs premiers sabotages (déraillements sur voies ferrées, destruction de la ligne à haute tension Lorraine-Hainaut le 22 mars).

 Le 31 mars 1944, Emile Fontaine fut arrêté puis exécuté par la Gestapo à Aubenton (Aisne). Georges assura sa succession et réorganisa les groupes locaux décimés par la police allemande.

Il fut nommé capitaine F.F.I. par le Commandant Fournier, avec comme zone de commandement les quatre cantons de l’Aisne et ceux de Signy-l’Abbaye, Rumigny, Chaumont-Porcien et Novion-Porcien dans les Ardennes (les groupes des cantons de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien et Novion-Porcien furent dirigés par le lieutenant F.F.I. Jean Blocquaux, dit « Arthur »).

Au mois de mai, le maquis Baïonnette devint le centre de commandement du secteur. Le maquis Sansonnet fut créé dans les bois de Liart, placé sous la direction d’Albert Petitfrère alias « Sansonnet » ou « Pierre ». Un autre maquis était fondé dans les bois de Signy-l’Abbaye, dirigé par René Servat, dit « Cabanon ».   

 Le 6 juin, la phrase de déclenchement des plans « Je porterai l’églantine » sur la B.B.C. provoquait la mobilisation des groupes de combat et de sabotage des maquis du secteur. Georges, dénoncé à la Gestapo, entra en clandestinité et se réfugia au maquis Baïonnette d’où il allait diriger les opérations de guérilla contre les troupes allemandes. A titre d’exemple, pour le seul mois de juillet, le groupe « Jojo » du maquis « Baïonnette » fut l’auteur de neuf sabotages ferroviaires, quatre sabotages de lignes téléphoniques, trois sabotages d’installations industrielles, deux récupérations d’armes sur l’ennemi… En vue des combats pour la libération, dans la nuit du 27 au 28 août 1944, la Centaine Blocquaux de Signy-l’Abbaye bénéficia d’un parachutage à Wagnon et réceptionna douze containers d’armes.

Enfin, le 2 septembre, les F.F.I. du secteur libéraient les bourgs de Rumigny et de Liart, précédant de peu les blindés américains, puis participaient au combat pour la libération de Charleville.

A la Libération, « Georges »-Henri Lallement siégea un temps au Comité départemental de libération, et dirigea la commission d’épuration de Mézières. Il fut ensuite nommé Directeur départemental du Service des Prisonniers, Déportés et Réfugiés qui devint l’administration des Anciens Combattants. A ce titre il s’occupa des Pupilles de la Nation, ce qui lui faisait dire avec humour : « J’ai eu 23 enfants dont j’ai eu la tutelle personnelle. Il n’y a pas beaucoup de famille aussi nombreuse que la mienne… »

Il avait pris sa retraite en 1978, et c’était entièrement consacré à l’Union ardennaise des F.F.I., dont il avait contribué à la fondation, et dont il avait assuré la présidence de nombreuses années.


Georges-Henri Lallement était Officier de la Légion d'honneur, Officier de l'ordre national du Mérite, Croix de guerre 1939-1945, Médaillé de la Résistance, titulaire de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance, et de la Croix du Combattant volontaire1939-1945.

 

P. LECLER,  « La Résistance et la Libération. Entretiens avec Georges-Henri Lallement » dans Terres Ardennaises n° 88 d’octobre 2004

 

 

 

Georges-Henri Lallement (à gauche) à la tête de son groupe. Défilé des F.F.I. le 10 septembre 1944 à Charleville

(photo G.H. Lallement)



André Point, dit "Commandant Fournier" (à droite), chef des FFI, congratule G.H. Lallement lors d'une réunion de l'UAFFI, en 1947

(Photo Y. Robert)

Published by philippe lecler - dans Des hommes
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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 18:18
Les ouvrages sont cités dans l'ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l'année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n'encombrent pas les fonds de bibliothèque, le choix d'une date de rupture est donc purement formel.

VAISSE (M.) (sous la direction de), Ardennes 1940, Éditions Henri Veyrier, Paris, 1991

Ouvrage collectif constituant la publication des actes du colloque tenu le 11 mai 1990 au centre des congrès des Vieilles Forges et organisé par le centre de recherche ARPEGE (Association pour la recherche sur la paix et la guerre) de l’Université de Reims.

Un ensemble de quatorze contributions d’historiens français, belges et allemands, toutes de grandes qualités, portant aussi bien sur l’analyse de questions stratégiques, les combats de 40, les attitudes des Français lors de la « drôle de guerre », l’exode, etc.









Ci-dessus : les troupes allemandes à la frontière franco-belge, venant de Beauraing et se dirigeant vers Givet.
Ci-dessous : entrée des Allemands dans Givet.


Ci-dessous : un groupe de soldats allemands autour d'un Stuka (campagne de France)


Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 17:37

Pour lire l'article, cliquez ici...

Published by philippe lecler - dans Actualité
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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 17:00

Première étape. Le monument érigé à la mémoire de la

MISSION CITRONELLE...

Situé sur la RD 989 entre Monthermé et Hargnies, un peu après avoir passé le village des Hauts-Buttés, avant de bifurquer pour prendre la petite route qui conduit aux Vieux Moulins de Thilay, le monument, constitué d'un bloc de schiste posé au milieu d'une clairière, fut érigé en 1994 à l'initiative d'anciens du maquis.


Mise sur pied au cours du second trimestre de 1943 par le grand État-major Interallié, en collaboration avec le BCRA (Bureau central de renseignement et d'action) de Londres, l'opération "Citronelle" fut confiée à la mission interalliée franco-anglo-américaine du même nom : la MISSION CITRONELLE.

 

 Celle-ci fut parachutée successivement :

Dans la nuit au 11 au 12 avril 1944 sur un terrain proche de Mourmelon (Marne) : Le capitaine Jacques de Bollardière (« Prisme »), l'aspirant-radio Gérard Brault, le lieutenant Victor Layton (OSS).
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 aux Vieux-Moulins de Thilay : Le capitaine Jacques Chavannes (BCRA), les lieutenants Marc Racine et Lucien Goetghebeur (BCRA), les capitaines britanniques Desmond Ellis Hubble (Capitaine "Alain") et Georges Whitehead, tous deux du SOE-RF.

Les objectifs de la Mission Citronelle étaient de :

 


- Coordonner l'action de la Résistance ardennaise avec les objectifs plus vastes de l'État-major interallié en maintenant le contact radio avec Londres.

- Encadrer les groupes locaux de la Résistance, les équiper en armes et les initier à leur maniement.


Dans la nuit du 14 au 15 août 1944 aux Vieux-Moulins de Thilay : Une équipe « Jedburgh » composée de A. Coombe-Tennant, E. d'Oultrement, F. Harrison, ainsi que de 2 officiers français et 10 SAS belges.
Cette mission, dite « Andrew », devait contacter la Mission Citronelle, aider à l'organisation et à l'encadrement des FFI, et assurer les communications avec Londres. 

 


La mission Citronelle rejoignit les Ardennes au début du mois de mai et s'installa non loin de Renwez. Les premiers contingents envoyés par les chefs de secteurs du département commencèrent à constituer le maquis qui commença alors à vivre en forêt et prit le nom de code de son chef, « Prisme ». Directement relié à Londres par radio, il jouissait d'une autonomie que facilitait son équipement et son armement.
Installé entre les « Petites Communes » et la route de Revin, il occupait le lieudit « les Hauts Buttés », et disposait de deux terrains de parachutage : « Bohémien » et « Astrologie ».


Jacques Pâris de Bollardière est né le 16 décembre 1907 à Châteaubriant (Loire Atlantique). Après des études secondaires suivies au collège Saint-Sauveur à Redon puis au Prytanée militaire de La Flèche, il entre à l'école militaire spéciale de Saint-Amour en 1927. Il en sort en 1930. Immédiatement affecté au 146e Régiment d'Infanterie à Saint-Avold, il passe sous-lieutenant puis est affecté au 173e RIA à Bastia, où il est promu lieutenant en octobre 1932. En février 1935, il s'engage dans la Légion Étrangère et rejoint le 1er Régiment de Légion Étrangère à Saïda en Algérie puis au 4e REI à Marrakech où il demeure en poste jusqu'à la guerre. En février 1940 il est affecté à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE) où il reçoit ses galons de capitaine. Il prend part à l'opération de Narvik en Norvège à la tête de sa compagnie. De retour à Brest avec son unité, le 13 juin 1940, il assiste impuissant à la débâcle et décide de rejoindre Londres avant même l'appel du général de Gaulle. Embarqué sur un chalutier à Paimpol le 17 juin, il arrive en Angleterre deux jours plus tard et s'engage dans les Forces Françaises Libres. Il est affecté à la 13e DBLE, qu'il retrouve sur le sol britannique. Dès lors, il prend part à toutes les campagnes de son unité au sein de la 1re Division Française Libre : Gabon, Érythrée où il conduit au combat, le 13 avril 1941, à la bataille de Massaouah une unité de 90 hommes. A la suite de cette action, il est décoré de la Croix de la Libération. En septembre 1941, il est promu chef de bataillon et prend part, à la tête du 1er Bataillon de Légion Étrangère, à la campagne de Libye. Jacques de Bollardière dirige l'offensive du 1er bataillon de la 13e DBLE contre le Quaret el Himeimat lors de la bataille d'El-Alamein, le 23 octobre 1942. C'est un échec et, grièvement blessé au bras par l'éclatement d'une mine, il va rester pendant huit mois en soins à l'hôpital du Caire. Le 15 juin 1943, mal remis de sa blessure, il rejoint pourtant son unité à Sousse en Algérie. Le 24 octobre 1943, il se porte volontaire pour une mission sur le sol de France.
Mis à la disposition du B.C.R.A, il est nommé responsable de la mission Citronelle, sous le pseudonyme de « Prisme », chargé de constituer un grand maquis, le Maquis des Ardennes, en prévision des combats de la libération lors du débarquement allié. Parachuté le 12 avril 1944 dans la Marne, transporté dans les Ardennes où il constitue son maquis sur les hauteurs de Revin, il subit un premier échec le 12 juin, lorsque le maquis est attaqué par les troupes allemandes. C'est la tragédie des Manises. Le maquis reconstitué poursuivra néanmoins son action jusqu'à la Libération. Cité à l'ordre de la légion d'honneur en septembre 1944, promu Compagnon de la Libération par le général de Gaulle, Bollardière participe en avril 1945 à l'une des dernières grandes batailles en Europe, celle de Hollande, avec les Red Devils, ou « S.A.S. » (Spécial Air Service).
Après la 2e guerre mondiale, Jacques de Bollardière commande l'ensemble des troupes aéroportées en Indochine, de 1946 à 1953. Sa promotion au grade de général, en novembre 1956, le trouve en Algérie où débute une autre guerre. En 1957, désapprouvant la politique de répression du gouvernement français, il demande à être relevé de ses fonctions et dénonce, dans une lettre à l'hebdomadaire L'Express, la torture en Algérie. Condamné à soixante jours de forteresse, il est ensuite « exilé », à Brazzaville, puis à Coblence, avec des commandements fictifs. Lors du putsch d'Alger, en avril 1961, il démissionne. Devenu apôtre de la non-violence dans les années 70, Jacques Pâris de Bollardière est décédé le 22 février 1986.
Jacques Paris de Bollardière est l'un des Français les plus décoré de la Seconde guerre mondiale : Grand Officier de la Légion d'honneur, Compagnon de la Libération, Croix de guerre 1939-1945 (5 citations), Médaille de la Résistance, Croix de Guerre (Belgique), Distinguished Service Order and Bar (Royaume-Uni), Officier de l'Ordre royal de la Couronne (Belgique).
Un carrefour de Paris, inauguré en novembre 2007 par Bertrand Delanoë, porte aujourd'hui son nom.


À suivre...

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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