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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 20:59
    En juin 2004, un article du journal Le Monde consacré à la tragédie des Manises, « Massacre en Ardenne », signé de Gérard Davet, soulevait la polémique à Revin. Le journaliste m’avait contacté, je lui avais envoyé un résumé de mon bouquin, qui n’était pas encore sorti en librairie. L’article fut décevant, et passait à côté des vraies questions. L’auteur avait tout de même pris la peine de contacter Robert Charton qui lui avait, entre autres propos, déclaré : « Je n’étais qu’un maillon, j’ai couvert ceux qui étaient en dessous de moi, mes supérieurs ne l’ont pas fait à fait à mon égard. M. de Bollardière voulait plus de 800 hommes dans son maquis, tout simplement parce que plus il avait d’hommes, plus il aurait eu de galons par la suite. » Cette affirmation mit le feu aux poudres.

    Début août, je recevais copie d’un mémoire rédigé par M. Brasseur, 17 ans en 1944, qui s’indignait du traitement du sujet par le journal Le Monde, mémoire adressé à G. Davet, mais aussi au maire de Revin, à Mme veuve de Bollardière etc. Dans une lettre annexée, il me mettait en cause (alors que je n’étais pour rien dans cet article), se demandant si « Le journaliste du monde amorçait la promotion du livre à paraître » (car Davet m’avait cité dans son papier) ajoutant dans son mémoire « “L’Affaire des Manises” sera-t-il l’œuvre d’un chroniqueur, d’un censeur, d’un stratège… en guérilla… en 1944 ou d’un historien dans la plénitude du terme ? L’extrait cité est prometteur et inquiétant. » Quelque temps plus tard j’eus une longue discussion avec M. Brasseur, qui jamais ne remit en cause mon travail. Je n’en entendis plus parler.

 

    L’indignation de M. Brasseur, qui ne reçut jamais de réponse de la part du Monde, porta ses fruits. L’Union du 28 novembre 2006 nous apprend qu’un collectif créé pour protester contre les propos tenus par Robert Charton, (M. Brasseur (aujourd’hui décédé), Simone de Bollardière, André Patureaux, ancien résistant du maquis, Pierre Zachary, Gaëtan Laffont, André Joly de l'UAFFI), vient de publier avec le soutien de l’ASAF (« Association de soutien à l’armée française »), un livret tiré à 109 exemplaires (un pour chaque famille des fusillés), intitulé « Mémoire et Vérité ».

 

    J’attends avec impatience de le lire. Que va-t-on nous apprendre de nouveau sur le Maquis des Ardennes ? S’agit-il du mémoire de M. Brasseur, certes très intéressant, remanié, augmenté ? Des archives inédites ont-elles été retrouvées qui vont enfin répondre à ces questions : quelle ambition pour ce maquis ? (Les ambitions qu’avaient pu nourrir de Bollardière ne nous intéressent pas, d’ailleurs je n’ai jamais repris les allégations que R. Charton avait eues auprès de moi lorsque j’avais étudié la question) ? Qui enfin a donné l’ordre de faire monter les jeunes de Revin au maquis ? Dans quelles conditions ? À quelles fins ? Le livret remettra-t-il en cause les conclusions que j’ai tirées de cet épisode (ô combien tragique) dans mon livre ?

 

    Enfin, n’a-t-on pas encore compris la souffrance et le ressentiment de R. Charton, qui fut traîné devant la justice pour des faits dont il était, somme toute, innocent ? Ne lui pardonnera-t-on jamais que, coupable idéal, il ait pu se battre pour retrouver sa dignité, pour se défendre des accusations qui exonéraient trop facilement ses « supérieurs » des responsabilités qui leur incombaient en cette affaire (et qu’ils refusèrent d’assumer) ?

 

    Bref, l’affaire des Manises refait surface, à l’ancienne mode, en clouant au pilori et en bafouant encore une fois l’ancien chef de secteur de Revin.

 
À suivre…

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24 novembre 2006 5 24 /11 /novembre /2006 13:02
    Un beau livre dédié aux Justes des Ardennes qui ont soustrait à la déportation, en janvier 1944, environ 110 juifs travailleurs forcés dans les colonies agricoles de la WOL du Sedanais ou du Rethélois.

    C. Dollard-Leplomb, Sauveteurs d'étoiles en Ardennes, éditions Terres Ardennaises, Charleville-Mézières, 2006.
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18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 08:25
Hommage à Achille Carreaux

Achille CARREAUX, né le 15 septembre 1889 à Hierges, est un ancien de 14-18, qui a été volontaire en 1940 pour servir dans une unité combattante. En juin de cette année là, lors de la défaite, il échappe à l ‘ennemi et rejoint Lille où il demeure et où il travaille, exerçant la fonction d’inspecteur technique des PTT. En 1941, il est nommé receveur du bureau de poste situé en gare de Lille. Là débute son activité résistante. En 1942, son supérieur hiérarchique, Edmond Debeaumarché, crée l’Etat Major-PTT en zone Nord. L’EM-PTT (aussi appelé « Résistance PTT » ou « Service transmissions ») prend en main les liaisons postales de la Confrérie Notre-Dame (CND), le réseau de renseignement créé par Rémy, et s’associe, avec un objectif plus militaire, avec l’OCM. Debeaumarché enrôle Achille Carreaux dans son organisation. Dans le même temps, celui-ci intègre les UCR (Unités de combat et de renseignement) de l’OCM et constitue des dépôts d’armes dans une champignonnière de la région.

En mars 1943, Gilles Colle, directeur régional des PTT dans le Nord-Pas-de-Calais, fonde, dans le cadre de l’EM-PTT, un réseau qui englobera, outre les deux départements cités, toute la région picarde (620 agents en 1944). Là encore Achille Carreaux donne de sa personne. En gare de Lille, les bureaux dont il est responsable occupent le rez-de-chaussée d’un immeuble dont le 1er étage abrite les services allemands de transports de troupes et de matériel. Achille Carreaux a observé que leurs lignes téléphoniques passent par la cave où elles sont raccordées au réseau souterrain. Une station d’écoute est dès lors installée sous l’escalier de la cave, et Achille carreaux, qui parle la langue de Goethe avec beaucoup de talent, y recueille en toute discrétion les renseignements qui partent aussitôt vers Londres...
Il est arrêté le 10 mai 1944. Conduit à la cave de l’Oberfeldkommandantur entre deux soldats, il croise un facteur à qui il glisse : « Vous ne me reverrez plus. Prévenez ma femme. » Á son domicile, la Gestapo découvre une cache d’armes.
Détenu à la prison de Loos, il est déporté le 14 août 1944. Á la forteresse de Bayreuth d’abord, jusqu'au 8 mars 1945 date à laquelle il est transféré, très affaibli par le froid, la faim, les sévices, au camp de Flossenburg. Il y est décédé à peine un mois plus tard, le 4 avril 1945.
Achille Carreaux est titulaire de la Croix de Guerre 14-18, de la Médaille Militaire , de la Médaille de la Résistance et chevalier de la Légion d'Honneur.

Renseignements et photos communiqués par la fille d’Achille Carreaux, Madame Rose-Marie Preud'homme.
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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 16:54
Dans la nuit du 3 janvier 1944, aux environs de 23 heures 30, les familles vouzinoises de confession israélite dont les noms suivent furent enlevées par la Feldgendarmerie de Vouziers et emmenées, par une pluie battante, sur un camion découvert, à Drancy, via la prison de Rethel.
- Renée LEVI, née Gittermann le 31 janvier 1895 à Baccarat
- Sa fille Dora LEVI, née le 29 septembre 1930 à Lunéville
- Moïse SCHEUER, né le 1er  juillet 1864 à Forges (Meuse)
- Sa femme  Esther SCHEUER, née Caïn le 19 janvier 1867 à Bar-le-Duc (Meuse)
- Leur fils Fernand SCHEUER, né le 13 mai 1899 à Vouziers.
Tous furent déportés à Auschwitz par le Convoi 66 du 20 janvier 1944, convoi comprenant 1155 personnes dont 864 furent gazés à l'arrivée, dont les vouzinois.
Abraham LEVI (né le 5 février 1901à Tuszyn (Pol.)) , mari de Renée Levi et père de la petite Dora, avait été arrêté 6 mois plus tôt, le 5 juin 1943, et avait été déporté le 31 juillet de cette même année par le convoi 58 de Drancy à destination d'Auschwitz où il trouva la mort.

C'est dans cette école que les Allemands vinrent chercher Dora Levi, 13 ans.
Une camarade de Dora se souvenait (l'Union du 6 janvier 1994) : « Deux hommes en civil avec des brassards sont arrivés dans la classe. Nous étions tous terrorisés. Dora s'est cachée sous un bureau. Les deux hommes l'ont emmenée, elle pleurait, elle pleurait... »
 Par une décision du 12 mars 1986, le conseil municipal de Vouziers décida que l'école maternelle de  la rue Verte prendrait le nom de Dora Levi.
Published by philippe lecler - dans Des lieux
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