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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 11:19


        Étant arrivé à retrouver un cousin, Michel V., PG à Berlin, je lui explique ma situation et il me fait parvenir par la Croix Rouge, un petit colis.

Ce colis comprend :
- une chemise de taille démesurée (les pans m'arrivent aux genoux !). Michel est très grand.
- Un paquet de choux rouges déshydratés que je laisse tremper pour les faire gonfler. Cuits à l'eau, c'est un vrai régal !
- Une paire de galoches à semelles de bois en guise de chaussures. Elles sont suffisamment larges pour me permettre d'y loger un bon morceau de cette fameuse toile confectionnée en chaussettes russes. Les oeillets pour passer les lacets sont foutus, ce qui est quelque peu galère pour marcher !

    Plus de courrier de France. Les Allemands commencent à paniquer. Les bombardements sur la ville, en grande partie détruite et brûlée par les bombes au phosphore, ne les arrangent pas. Les civils allemands, femmes et enfants, ne quittent plus les abris. L'usine de Hanovre est en partie détruite et l'absence de matières premières ne permet plus de faire tourner l'usine de Stöken.
Un autre travail nous attend : les Graben (tranchées).

    L'hiver se meurt. Le jour n'est pas encore levé et c'est déjà le branle-bas de combat. Réunis dans la cour du camp, rassemblés en colonnes, nous partons accompagnés de deux gardiens vers une destination inconnue. Après avoir marché un certain temps, arrêt à la sortie de Hanovre où nous sommes accueillis par un Allemand qui porte un brassard à la croix gammée du Parti nazi. L'accueil est des plus chaleureux puisque nous commençons par une bonne engueulade ! Cela débute bien !

Distribution de pelles et de pioches pour creuser des tranchées derrière une haie.

Quelques petites anecdotes
    Quand je rentrais de nuit de l'usine au camp de Stöcken, aux environs de 2 heures 30, par une nuit de pleine lune sur un sol de neige gelée, en suivant un petit sentier qui longe quelques petites parcelles de terre, ayant une envie pressante de me soulager, je me baisse pour m'accroupir et mon derrière butte sur des pieds de choux de Bruxelles tout rabougris, invisibles et protégés par une épaisse couche de neige. J'en fais une cueillette que je dissimule dans ma musette. Nous les dégusterons le lendemain avec les copains de la piaule, sous leurs regards ébahis, tout en leur racontant comment j'avais fait cette heureuse découverte.
Toujours par le même sentier, d'un côté il y avait une haie d'épines très épaisses, en passant devant je m'étais aperçu qu'il y avait des oiseaux. Probablement des merles qui s'y étaient réfugiés, engourdis, transis par le froid et la neige, et toujours poussés par la faim, je me suis posé bien des questions pour pouvoir en attraper.
Finalement, je me suis confectionné une espèce de petite lance munie à une extrémité d'un bout de fil de fer bien aiguisé. Je planquai cette arme que j'espérai redoutable. Je la retrouvai en rentrant au camp de nuit. Mais jamais je n'ai pu atteindre les oiseaux. En revanche, j'avais les mains toutes griffées par les épines.

Une autre anecdote
    Toujours en rentrant au camp de nuit. Une fois passé le poste de garde, il y avait une baraque où étaient stockés des choux-navets. Il y en avait qui pourrissaient, et la nuit, pour aérer, la porte restait ouverte. Comme l'entrée se trouvait dans l'ombre de la baraque, je me suis hasardé à y entrer. Dans le noir, je tâtais les choux-navets pour en trouver un de valable, mes doigts s'enfonçaient dans la pourriture, avant d'en trouver un de bien dur. C'était infect. Je le passais sous le robinet pour le découper en petits dés pour le faire cuire le lendemain.
Je rapportais de l'usine des boules de gomme de caoutchouc synthétique que je mettais dans le poêle de la piaule.
Une nuit, je me suis fait arrêter au poste de garde avec des boules de caoutchouc dans les poches. Les gardes se sont bien demandés à quoi cela pouvait me servir. Je leur en expliquais la raison comme je le pouvais. Ils n'ont rien compris et m'ont gardé au poste jusqu'au matin.

Troisième jour de Graben.
    Cette fois changement de direction. Nous sommes le long d'un canal. Des bidons servant à faire un brouillard artificiel sont déposés de part et d'autre. L'un d'eux laisse échapper un peu de son contenu. En cas d'alerte aérienne, ils sont ouverts. Nous supposons que c'est pour permettre le camouflage d'un endroit stratégique du secteur.
Nous sommes toujours occupés à faire des tranchées. Les Chleus sont de plus en plus relâchés, et c'est par petits groupes que nous laissons tomber pelles et pioches pour aller nous planquer dans un champ. Cachés sous de grosses meules de paille, nous attendons l'heure de regagner le camp. Le lendemain on remet ça. Direction les Graben. Et toujours par petits groupes nous nous éclipsons.
Cette fois, c'est sous des petits sapins que nous trouvons refuge, car des avions mitraillent les meules de paille qui s'enflamment. Dans la journée, nombreux sont les avions qui sont passés. Nous avons même pu apercevoir un petit avion de reconnaissance.
Des tas d'obus ont été déposés de place en place par les Allemands le long des routes pour fournir en munitions les soldats allemands qui se replient en file indienne en tenue de camouflage.
Le soir, il nous semble entendre au loin des tirs d'artillerie, mais épuisés nous nous laissons tomber sur nos paillasses.

Dans la nuit, les tirs d'artillerie se rapprochent. Il nous faut gagner les abris du camp. Des fusées éclairantes tombent sur la ville, des balles traçantes passent au dessus des baraques. La D.C.A. tire sans relâche. C'est une nuit très mouvementée. Le matin venu de nombreux soldats allemands passent en longeant les fossés. Une mitrailleuse allemande prend position à l'entrée du camp mais n'y reste pas, au grand soulagement de tous.
Dans le poste de garde du camp il n'y a plus personne. Nous resterons la matinée dans les abris car des tirs de mitrailleuses se font encore entendre.
Aux environs de 1 heure, un char américain se présente à l'entrée du camp en provenance de l'usine. C'est du délire. Nous sommes fous de joie. Nous sommes libres.
Plus de deux années de misère, cela n'est pas rien. Il faut y être passé pour comprendre.
L'après-midi, nous partons à la recherche de nourriture. Nous savons que des entrepôts de l'armée allemande existent à proximité du camp. A notre arrivée sur place le pillage a déjà commencé. Des cartons contenant des boites de conserve sont éventrés, des cigarettes par cartouches, par paquets, sont écrasées, piétinées... De nombreux petits tonnelets contenant du lait sucré que nous dégustions à plein quarts.  Je me souviens d'avoir mangé une boite de petits pois à la régalade, directement à la boite. La chambrée est bientôt garnie de toutes sortes de victuailles : une caisse d'oeufs, une moitié de porc, des biscuits, du lait sucré, des meules de fromage...

A suivre...


 
24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 07:49
       Une pièce de plus dans le débat qui anime les historiens concernant la lecture obligatoire aux lycéens de la dernière lettre de Guy Môquet... Je me suis permis d'emprunter cet article, particulièrement éclairant, au Monde du 24 juin. Il est signé par les historiens Jean-Marc Berlière et Sylvain Boulouque.
   
        De Jeanne d'Arc à Bara, les usages politiques de figures héroïsées sont classiques. Tous les régimes, tous les partis, tous les pays usent d'un procédé qui n'est pas avare d'arrangements avec la réalité historique. Pour exalter des vertus nationales, morales, patriotiques ou donner en modèle l'exemplarité de leurs destins, on accapare des figures symboliques qu'on n'hésite pas à parer de valeurs contradictoires.

    Le destin du jeune Guy Môquet, fusillé par les Allemands à l'âge de 17 ans, le 22 octobre 1941, n'échappe pas à cette règle. "Je laisserai mon souvenir dans l'histoire car je suis le plus jeune des condamnés", aurait confié Guy Môquet à l'abbé Moyon, qui assista les otages de Châteaubriant. De fait, dès l'Occupation, il a été célébré comme un martyr et nombre de groupes de partisans se sont réclamés de lui.

    Dans l'immédiat après-guerre, avec les "27 de Châteaubriant", il a incarné les valeurs résistantes et le sacrifice du "Parti des fusillés". Et puis le temps a passé, la Résistance a perdu la place prééminente qui était la sienne dans la mémoire nationale. Le nom de Guy Môquet, comme ceux de Jacques Bonsergent ou d'Estienne d'Orves, a perdu son sens pour la plupart des gens.

    De façon inattendue, la dernière campagne électorale a ramené Guy Môquet sur le devant de la scène médiatique par les citations d'un candidat qui, élu président, a tenu à faire lire le jour de sa prise de fonction la dernière lettre du jeune homme près d'un autre lieu symbolique : la cascade du bois de Boulogne où une cinquantaine de jeunes gens désireux de participer aux combats de la capitale furent fusillés en août 1944.

    L'initiative a suscité des réactions variées - indignation, satisfaction ou curiosité -, sans que la réalité historique soit pour autant interrogée. Au contraire, on a vu ressurgir à cette occasion les stéréotypes et clichés d'une "histoire" de la Résistance et du PCF qu'on croyait définitivement rangée au magasin des mythes et légendes.

    Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des "résistants de la première heure" relève de la téléologie, puisque la plupart d'entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant. Après avoir mis au rayon des accessoires son antifascisme, condamné une guerre devenue "impérialiste" et appelé plus ou moins ouvertement au sabotage de l'effort de guerre au printemps 1940, le Parti a profité de l'effondrement militaire de la France et de la chute de la République bourgeoise pour prendre à l'été 1940 une série d'initiatives qu'aucun martyre ultérieur ne saurait effacer : tractations avec les autorités d'occupation pour la reparution de la presse communiste dont les arguments désormais connus donnent une idée du "patriotisme" du Parti.

    Guy Môquet, arrêté le dimanche 13 octobre 1940 à la gare de l'Est par trois policiers de la préfecture de police, agissant "sur indication", revendique dans sa déposition avoir voulu remplacer son père, le député communiste Prosper Môquet, militant depuis 1925, élu lors des élections de 1936, invalidé et condamné par la IIIe République pour son refus de désavouer le pacte germano-soviétique.

    Jeune lycéen exalté, il a dès son plus jeune âge baigné dans une culture politique bolchevique, porteur de la tradition familiale stalinienne, par ses parents, par ses oncles et tantes qui travaillent pour l'appareil clandestin du Parti. Les tracts qu'il distribue en cet été-automne 1940 s'inscrivent totalement dans la ligne du Parti et n'appellent donc pas à la résistance.

    Prisonnier de la logique d'un parti enfermé dans les compromissions de l'alliance Staline-Hitler, Guy Môquet n'a pas pu être le "résistant" qu'on célèbre à tort. Ses camarades des Jeunesses communistes ont en revanche constitué, à l'été 1941, après l'offensive de la Wehrmacht contre l'Union soviétique, le fer de lance de la lutte armée initiée dans la plus totale improvisation par le Parti.

    Les premières agressions contre des soldats allemands par les jeunes militants des Bataillons de la jeunesse vont provoquer des représailles sanglantes codifiées en septembre 1941 par le décret Keitel. C'est l'attentat du 20 octobre 1941 contre le Feldkommandant de Nantes, abattu par un commando de trois jeunes communistes venus de Paris, qui est la cause directe de la fusillade des 27 de Châteaubriant et de 21 autres otages originaires de la région, à Nantes et au Mont-Valérien, le 22 octobre.

    En dépit de la tentative du ministre de l'intérieur Pucheu pour orienter le choix des Allemands vers des communistes, c'est bien l'occupant qui désigna en dernier ressort les fusillés - Hitler dans un premier temps exigeait 150 exécutions - parmi les emprisonnés et internés à disposition dans les camps et prisons. Pour ce choix, il appliqua le décret Keitel en respectant une vague proportionnalité dans l'ordre des responsabilités : des jeunes, ds communistes, des gens originaires de Nantes.

    Accaparer cette tragédie à son seul profit et pour sa seule gloire, comme l'a fait le PCF depuis 1942, relève de la récupération politique. Les otages fusillés n'étaient pas tous communistes, Guy Môquet n'était pas le seul jeune... On chercherait en vain dans les discours prononcés à Châteaubriant, sur les plaques et dans les écrits dressés à la gloire de la résistance communiste, les noms de Christian Rizzo, Marcel Bourdarias, Fernand Zalkinov et leurs camarades, arrêtés, jugés, condamnés et exécutés au printemps 1942 pour avoir fait ce que Guy Môquet, en communiste discipliné, n'avait pas fait.

    Ces jeunes militants commirent les premiers attentats sur ordre d'un parti qui mit des années à en assumer la paternité après avoir calomnié leurs auteurs ("ceux qui ont tué le Feldkommandant Hotz sont ceux qui ont incendié le Reichstag"), avant de les effacer purement et simplement de la mémoire. Si la dernière lettre de Guy Môquet est émouvante, les leurs ne le sont pas moins, mais personne ne rappelle leur mémoire...

    Jacques Duclos, qui transmit à Aragon les lettres des 27 avec cette injonction : "Fais de cela un monument", fut à l'origine d'un petit arrangement avec l'histoire qui consista à mettre en pleine lumière des militants arrêtés avant la rupture du pacte germano-soviétique et à rejeter dans l'ombre mémorielle ceux dont l'attitude soulignait trop crûment les aspects les moins avouables d'un passé que le PCF devenu patriote, républicain et résistant voulait faire oublier. Avec le sang des otages, le Parti communiste lavait une des périodes les plus troubles et  ambiguës de son histoire en même temps qu'il dressait un obstacle moral à toute critique de son attitude. Si les mythes sont aussi importants que la réalité, l'histoire existe pour rappeler cette réalité, aussi tragique ou décevante soit-elle...

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 06:10
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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 09:37

        Après toutes ces frayeurs, je retourne à l'atelier de réparation à Hanovre.
Je suis alors appelé dans le bureau du chef d'atelier.
Je me retrouve avec deux autres requis. Delchambre, un marnais, et Noisier, un parisien surnommé "La Riflette". Nous ne nous faisons pas d'illusions sur notre présence ici. Nous savons très bien que ce n'est pas pour y recevoir des félicitations, mais plutôt pour une engueulade pour notre comportement au travail. Pour ma part ce sont les discussions avec les deux Russes et le Chleu à lunettes à qui je ne conviens pas. Pour Delchambre et Noisier, c'est la flemmarderie aiguë. Le chef d'atelier a fait appeler un interprète en la personne d'un prisonnier de guerre qui nous traduit :
« Les petits gars, je crois que vous avez fait le con.» Il nous parle de camp de discipline. « Demain, il faut vous présenter devant l'atelier avec votre barda ». Ce n'est pas un problème pour nous. Je veux dire question barda, car nous avons tout perdu dans l'incendie de notre baraque.
Le lendemain comme convenu, nous nous présentons devant l'atelier. Un Allemand, garde à l'usine, nous y attend. Nous ne sommes pas très fiers, et nous nous interrogeons sur notre future destinée.
Nous prenons le train avec notre garde du corps, et par une étrange coïncidence, nous nous retrouvons sur la plate-forme arrière avec un parachutiste américain, le parachute en vrac dans les bras. Dans la nuit il y avait eu une alerte aérienne et probablement qu'un avion avait été abattu. Le parachutiste est gardé par un officier allemand.
Le parachutiste nous regarde et se doute probablement que nous ne sommes pas des Allemands. Il sort de sa poche une cigarette et nous fait signe de la main pour avoir du feu. Nous n'osons pas bouger. L'officier allemand nous dit en français : « Donnez-lui du feu, qu'est-ce que vous attendez ? » Nous en sommes restés béats et c'est presque en tremblant que Delchambre se dévoue.


    Cet incident passé, quelle ne fut pas notre surprise quand à la descente du train, nous voyons notre gardien nous accompagner au camp de Stöcken. Il nous présente à un gardien qui nous conduit à l'usine de Stöcken dans l'atelier de réparation.
Chef d'équipe, August Banke. Il nous regarde en nous narguant : « Voilà les fameux spécialistes de Hanovre » nous dit-il. A côté de lui, un prisonnier de guerre, Monsieur Grossi, de Montargis, lui sert d'interprète. Il parle très bien allemand et nous rassure immédiatement. Dans l'atelier, il s'occupe un peu des ouvriers français, il arrangera bien des choses tout en sabotant le boulot dès qu'il en aura l'occasion.
Je continue mon travail de réparateur de pneus. Remettre entièrement une toile à l'intérieur n'est pas toujours très simple car cela fait des plis. Grossi, qui en France travaille dans les pneumatiques, me dit : "Ne te casse pas la tête, colle la toile comme tu peux, moi je ferai les épissures". Muni d'une paire de ciseaux, il découpe dans la toile un peu de gomme par dessus et le tour est joué. Le pneu servira à une voiture hippomobile.
Par la suite, je m'aperçois que notre August n'est pas très nazi, il ferme les yeux sur bien des choses. Un jour, il dit « Viens me voir !», et me montre dans une pièce des pneus défectueux ne pouvant pas servir pour une voiture automobile, il comprenait le pas très sérieux de notre travail mais n'en disait rien. Il faut reconnaître que nous avons eu de la chance, cela aurait pu être beaucoup plus tragique.
Je me souviens d'une anecdote. Un jour l'Allemand qui distribuait le petit lait avait jugé bon de ne pas m'en donner. Mon August est allé lui passer un savon et est revenu avec du lait entier à mon intention.

A suivre...