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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 19:10
Pour sa première décision en tant que président de la République, Nicolas Sarkozy a souhaité, le 16 mai, que cette lettre de Guy Môquet soit lue au début de chaque année scolaire dans tous les lycées de France.
Guy Môquet, jeune lycéen de Paris, était le fils d'un député communiste déporté en Algérie par le régime de Vichy. Saisis par les Allemands comme otage, il fut fusillé le 22 octobre 1941 à Châteaubriand avec 26 autres de ses camarades communistes.
Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon coeur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Guy
Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !

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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 13:20
      


        Le Musée Guerre et Paix en Ardennes de Novion-Porcien vient de publier son programme des animations pour 2007. Ardenne tiens ferme ! se fera l'écho de ces manifestations.
Pour ce mois de mai, nous notons, le 6 mai de 10 h 30 à 11 h 30, une conférence intitulée "De la libération des Ardennes à la capitulation allemande", et le 19 mai de 20 h à minuit, dans le cadre de la nuit des Musées : "Une nuit en guerre" (gratuit et boissons chaudes servies...).
Par ailleurs, le musée est doté d'un espace librairie très riche en ouvrages de qualité sur les trois guerres. On peut y dénicher des introuvables, épuisés chez l'éditeur, comme mon Affaire des Manises ou La bataille de Rethel
de R. Marcy.

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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 21:49
    Je m'aperçois que j'ai omis de me faire l'écho de l'admirable travail de J.P. Husson publié récemment sur son site, "Le réseau d'évasion Possum, une histoire douloureuse, une mémoire partagée".

   
    La ligne « Possum », dénommée « Mission Martin » en Belgique et «Réseau Possum » en France, a été créée par le commandant belge d'aviation Edgard Potier, évadé de Belgique occupée en novembre 1941 et qui avait rejoint Londres en mars 1943. Parachuté en Belgique au mois de juillet suivant, il avait pour mission de mettre sur pied un système d'évacuation par air d'aviateurs alliés tombés en territoire occupé, ainsi que l'ouverture d'une ligne par l'Espagne. Le terrain d'action dévolu au commandant Potier allait du Luxembourg belge au triangle Laon-Soissons-Reims.
    Depuis la région de Florenville, en Belgique, il organisa la ligne
« Possum » qui trouva de nombreux relais dans les Ardennes et dans la Marne, jusqu'à Fismes notamment, point d'aboutissement de la filière d'évacuation par air, région où les Lysander britanniques venaient atterrir nuitamment pour récupérer leurs passagers (la première opération aérienne eut lieu le 12 septembre 1943). Rappelé à Londres le 13 novembre 1943, à nouveau parachuté début décembre en Belgique, le commandant Potier fut arrêté par la Sipo-SD le 29 décembre à Reims, à la suite d'une dénonciation. Le 11 janvier 1944, il se suicidait dans sa prison.

    Plus qu'une histoire de Possum, l'étude de J.P. Husson dresse le bilan de l'action du SOE dans la région, apportant de nouveaux éclairages sur l'activité de ses réseaux, dressant de nombreux portraits de ses agents, Français, Belges, Britanniques, voire Canadiens, qui, pour beaucoup, furent victimes de la répression nazie. Une étude exhaustive donc, et passionnante, qui fait aussi une large place à la mémoire de ce réseau oublié, ou, plus exactement, de ses mémoires partagées entre la France et la Belgique...

Lysander. Ce type d'appareil pouvait se poser sur tous les terrains, sur des aires d'atterissages très courtes et improvisées. Il fut utilisé par la RAF pour les opérations nocturnes de pick-up  pendant la Seconde Guerre mondiale (Photo : J.P. Husson)
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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 18:01
    Pour sortir de cet enfer, je passe par un soupirail de la cave. Dans la cour, c'est la désolation. Nos vestiaires commencent à brûler. Je me risque avec un KG à y entrer pour sauver le peu de vêtements en ma possession, car à l'atelier où nous travaillons nous ne sommes pas fortement vêtus. Je pense qu'il doit falloir une certaine chaleur pour traiter la gomme. L'atelier où je travaille ayant subi de nombreux dégâts, il m'est impossible d'y retourner. Je passe plusieurs jours au déblaiement. Il nous faut trier les briques, la pierre, et le bois. Nous nous les passons de l'un à l'autre, et le dernier de la chaîne jette ce qu'il a en main sur le tas correspondant. Bien souvent la brique se retrouve sur le tas de bois, ce qui fait hurler notre gardien « C'est cela la discipline française !!! »
Je quitte le camp de Stöcken pour le camp de Buttnerstrasse à Hanovre. Je me retrouve dans l'atelier « Auto 5 ».

Mon travail consiste à apporter les chapes de pneus sur un chariot aux monteurs qui assemblent les pneus.
Par je ne sais quelle coïncidence, je me retrouve à nouveau avec deux jeunes russes.
De jeunes ukrainiennes de 15 ou 16 ans ont été aussi déportées, arrachées à leur famille, et sont soumises aux tâches les plus pénibles. Elles sont malgré leur malheur très gaies. Le foulard sur la tête, elles sont toujours d'une propreté impeccable. Sur leurs vêtements sont cousues les lettres « O.S.T. Est » afin de les distinguer des autres nationalités.

Je travaille souvent de nuit, c'est beaucoup plus calme.
Entre deux livraisons de chapes, je passe quelque temps auprès des deux Russes. Ils me font comprendre qu'ils sont de l'Ukraine et que là-bas, on mange essentiellement du cochon et des patates. Quand on a faim, on parle beaucoup de nourriture. Ici c'est plutôt maigre !
Je me souviens d'un soir où ils avaient un peu de tabac, ils m'invitent à aller griller une cigarette dans les WC de l'usine. Je roule, comme eux, ma cigarette dans du papier journal que nous, Français, nous appelons « papier Rouski ». Je ne peux finir ma cigarette entièrement tellement c'est raide. Quant aux deux Russes, ils sont pris d'un fou rire et se foutent de moi.
Je ne reste pas très longtemps dans cet atelier et les discussions avec les deux Russes sont bien vite terminées : un chef portant des lunettes et à qui je ne conviens sans doute pas me fait changer d'atelier.
Je suis transféré à la réparation des pneus. Il faut savoir que les pneus, une fois cuits dans les autoclaves, peuvent présenter quelques anomalies.

Les petites retouches nécessaires sont faites dans cet atelier de réparation.

Installé sur une sorte de roue, je colle de la gomme là où il en manque, je refais des crans sur les chapes ou change un morceau de toile à l'intérieur ...
Comme je travaille de nuit, je trouve un bon moyen pour dormir un peu : les pneus d'avions étant bien creux et bien larges, rangés les uns contre les autres, je me glisse dans l'un d'eux pour faire une ronflette. Auparavant, je fais une croix à la craie sur celui dans lequel je me trouve afin qu'un copain puisse frapper sur le « bon pneu » en cas d'alerte aérienne ou du passage d'un Chleu dans le coin.

A suivre...