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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 08:05

       Comment passer sous silence la publication d'un tel ouvrage ? Audacieux dans le fond comme dans la forme, la qualité des textes égale celle d'une iconographie très riche.

    Le choix éditorial qui a présidé à sa réalisation est d'autant plus original que le texte est bilingue, et qu'à la partie consacrée à l'occupation allemande en France répond une seconde partie consacrée, par des chercheurs allemands, à l'occupation française en Rhénanie. Il vous faut alors, pour la découvrir, retourner le livre et "commencer par la fin" (ce qui ne manque jamais d'étonner votre entourage) S'il n'épuise pas le sujet, de multiples aspects des quatre années passées sous la botte allemande (pour ne parler que de cette première partie qui forme tout de même plus des trois quarts du volume) font l'objet d'exposés très clairs, y compris pour le béotien (que je suis).
                                           
                                                                       
Si, sur bien des points, la vie quotidienne des Ardennais occupés en 14-18 ressembla à celle des mêmes occupés de 40 à 44 (une étude comparative serait assez intéressante), j'ai lu avec un intérêt particulier un court chapitre intitulé « Les Ardennais en Résistance ». Pour me voir confirmer qu'il n'y eut, pendant cette occupation, aucune résistance autre que passive (juste une mauvaise volonté évidente à répondre aux injonctions allemandes), ni aucune autre forme de collaboration qu'horizontale (la collaboration se drapant dans les plis d'idéologies qui n'existaient pas encore).
On peut nuancer le propos en rappelant que certains, à l'instar d'Alphonse Machaux aux Hauts-Buttés, travaillèrent pendant ce conflit pour le 2e bureau de l'armée française, servant d'agent de renseignement et de liaison (il reprit du service en 43-44 en constituant les équipes de réception des parachutages avec, entre autres, Louis Fontaine, des Vieux-Moulins de Thilay). On peut rappeler aussi que pour avoir aidé des prisonniers de guerre français évadés, ou des soldats isolés à l'arrière de la ligne de front, des familles furent arrêtées et déportées en Allemagne.


    Rappelons aussi que le Musée Guerre et Paix en Ardennes accueille jusqu'au 24 décembre l'exposition "Occupations croisées : 1914-1929" et que des conférences y seront organisées par les co-auteurs (programme au 03 24 72 69 50)

Ouvrage collectif, Occupations - Besatzungzeiten, Editions Terres Ardennaises, Charleville-Mézières, 2007
Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 14:04
           
        Il existe de nombreux travaux d'historiens, articles et publications, traitant des différents aspects de la vie ardennaise sous l'occupation, études et témoignages sur la vie quotidienne ou l'action de la Résistance.
La question des représentations et des attitudes face à l'occupant s'est surtout focalisée sur ce dernier aspect. Mémoire des vainqueurs, riche en témoignages et en actions éclatantes, jalonnée de monuments dédiés à ses héros et à ses martyrs, elle occulta celle des vaincus, cette mémoire honteuse de ces « mauvais Français » qui avaient alors choisi le camp de l'ennemi.
L'étude des archives judiciaires de la libération concernant la répression de la collaboration dans l'immédiat après-guerre, confirme, s'il en était besoin, que les Ardennes ne furent pas un département épargné par le phénomène collaborationniste. Dans cette histoire de la Collaboration dans les Ardennes, la ville de Givet tient une place privilégiée, et ce pour plusieurs raisons. Sur le plan historique et conjoncturel, elle hébergea un noyau collaborationniste important où s'imprimèrent des personnalités marquantes qui se heurtèrent à une résistance bien organisée, structurée autour d'individus combatifs et déterminés.
Sur le plan documentaire, on dispose de sources importantes et diversifiées :
- Le témoignage de Marceau Devie, en premier lieu, qui n'occulta pas la lutte qu'eut à mener les résistants givetois contre les collaborateurs.
- les dossiers judiciaires constitués contre les inculpés de la Cour de Justice, qui jugea des crimes de la collaboration à la Libération.
- Une documentation de premier ordre concernant l'activité de la L.V.F., dérobée par la Résistance à son responsable givetois en 1944, annexée à son dossier d'inculpation. Ainsi, l'exemple fourni par Givet sous l'occupation allemande permet de mieux appréhender l'antagonisme des engagements, toujours minoritaires, à un échelon local. Il constitue le témoignage de ce que fut, au cours des années noires, une réalité de la société française.

Début du mouvement de résistance à Givet

    La présence allemande, malgré la rentrée dans les foyers après la défaite et l'exode, le retour à une vie presque normale, paraît à certains intolérable. A Givet, la garnison allemande comptait environ 200 hommes : une compagnie de la Wehrmacht et une Feldgendarmerie. Sa mission était de maintenir la paix civile et l'ordre sur les territoires conquis, comme partout ailleurs dans la France occupée.
Pourtant, l'apparition de noyaux de résistance, vers le milieu de l'année 1943 avec pour corollaire le développement et l'intensification d'actes « terroristes » et la propagande visant à soulever la population contre l'armée d'occupation, devait être réduite au plus vite. Pour ce travail de basse police consistant à traquer les « dissidents », les découvrir, les dénoncer, l'occupant utilisa la seule arme efficace, à savoir celle de la collaboration, en jouant des rivalités politiques, des ambitions personnelles, des petites et des grandes lâchetés. Sans cette police auxiliaire, pas de résultats possibles : la maîtrise de la langue, la connaissance du « terrain » (au sens propre comme au sens figuré) sont indispensables à la recherche du renseignement. C'est souvent contre ces compatriotes que seront dirigées les armes de la Résistance.
Mais n'allons point trop vite. Comme celle de résistance, l'idée de collaboration eut à subir une longue maturation avant que de se concrétiser dans des faits, souvent tragiques.
La pression des événements n'en est pas absente, ni la personnalité des acteurs.

Deux hommes vont incarner l'esprit de résistance dans la région de Givet : Marceau Devie et Jean Vigneron.
Pour le premier, éclusier à Ham sur Meuse, c'est tout naturellement qu'il vint en aide aux prisonniers de guerre évadés, passant de Belgique en France. Devie les abrita, les nourrit, et, grâce à un réseau de complicités, permit leur transfert jusqu'à destination. Ce « passeur d'hommes » diversifiera ses activités dans la lutte contre l'occupant à mesure que la lutte s'intensifiera : la filière d'évasion se doublera d'une officine de renseignement au profit des alliés, puis Devie participera aux multiples actions de sabotage dans la vallée avant de combattre avec le maquis pour la libération du territoire.
Le coordinateur de toutes ces activités, c'était Jean Vigneron, dit « Parfum ». Fait prisonnier lors de la campagne de France, il s'évada en février 1941 et rejoignit Paris où il rencontra des responsables du mouvement de résistance « Libération - Nord ». Rentré à Fromelennes en octobre 1941, il organisa un réseau dont l'activité se limita dans un premier temps à la recherche du renseignement et à la propagande. En 1943, la création du S.T.O. et l'espoir de voir se réaliser un débarquement américain à l'été amena au maquis un nombre grandissant de jeunes gens qu'il fallut loger (le maquis investit une ferme abandonnée sur les hauts de Vireux-Molhain), nourrir, armer, entraîner, qu'il fallait contenir aussi, impatients qu'ils étaient d'en découdre avec l'occupant.

Installation de la L.V.F à Givet

En juin 1941, l'Allemagne entra en guerre contre l'U.R.S.S. Cette « Croisade contre le bolchevisme », c'est ainsi que la propagande allemande va définir cette nouvelle agression, enthousiasma dans la France occupée les zélateurs de la collaboration, qui virent là un moyen d'effacer la défaite de 40 en participant aux côtés de l'Allemagne à la lutte contre « l'empire du mal ». A Paris, le 5 août 1941, les chefs des partis collaborationnistes fondèrent officiellement la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (L.V.F.). Le leader du Parti Populaire Français (P.P.F.), l'ancien communiste Jacques Doriot, prit formellement l'engagement d'aller combattre sur le front de l'Est.
Réticents, les Allemands acceptèrent le départ d'un premier contingent de plus de 800 hommes en septembre 1941 (un peu plus de 3500 autres suivront).
Ces Français qui partirent combattre en Russie sous uniforme allemand furent soutenus depuis la France par le « Groupement civil de la Légion », dit aussi, à partir de juillet 1942, des « Amis de la L.V.F. ». Cette association regroupa tous ceux qui ne pouvaient s'engager dans une unité combattante, mais qui voulaient soutenir l'action de la Légion. Elle remplaça en fait « Les Amis de la Légion », organisme destiné à soutenir la Légion Tricolore qui fut un échec (juin 42- janvier 43).

A Charleville, le Secrétaire départemental de la L.V.F. recherchait des délégués cantonaux pour assurer la propagande du mouvement au niveau local.
A Givet, ce fut le capitaine B., en octobre 1942, qui fut pressenti pour prendre la succession de Jean Guillermain, mécanicien et interprète à la Feldgendarmerie, jusqu'alors responsable à la propagande de la « Légion Tricolore ». Pourquoi B. ?
Parce que c'était un homme qui jouissait à Givet d'un prestige certain. Ancien officier belge de la Légion étrangère âgé de 48 ans, réformé pour blessures contractées au service, titulaire de la légion d'honneur, il était installé depuis 1937 à Landrichamps. Son épouse, directrice du Secours National à Givet, s'investissait dans les oeuvres sociales.
La question reste posée : pourquoi un homme tel que B., dont le patriotisme ne peut être mis en doute, accepta t-il une telle proposition ? Il répondra, lors de son jugement, par deux raisons : l'anticommunisme d'une part, qui fut commun à tous les adhérents de la L.V.F., l'espoir, d'autre part, de voir l'armée française, humiliée après la défaite, reconstituée à partir de la L.V.F. en cas de victoire allemande, dans une sorte de « corps franco-allemand » dans le cadre d'une « nouvelle Europe », débarrassée du bolchevisme ainsi que du mercantilisme anglo-saxon.
La mission de B. était de recruter des membres civils pour les « Amis de la L.V.F. » (il n'avait pas compétence pour recruter des combattants volontaires). Une permanence fut sitôt ouverte dans un immeuble réquisitionné par les Allemands, place Méhul.
La propagande fut peu efficace : les deux conférences qui devaient avoir lieu à Haybes et à Givet en août 1943 (auxquelles devait participer l'inspecteur régional de la L.V.F. de St-Quentin) n'eurent pas lieu. Mais lui-même participa au grand meeting de la L.V.F. organisé au vélodrome d'hiver, le 16 avril 1943, sur le thème « Les combattants de l'Est parlent aux français » où s'exprimèrent Doriot et le lieutenant-colonel Puaud, (que B. avait connu lorsqu'il était chef de bataillon au Tonkin ), commandant la L.V.F. sur le front de l'Est.
A la suite de cette manifestation, il participa au 1er congrès de la fédération ardennaise du Parti Populaire Français, le 16 mai 1943 à l'Hôtel de ville de Charleville, adhéra au mois de novembre mais en démissionna quelques mois plus tard, lorsque le P.P.F. décida de constituer des « groupes d'action », conduisant tout droit, selon lui, à la guerre civile ( créés en février 1944, communément appelés dans les Ardennes « groupes d'action du bureau de placement allemand » car leur activité consistait, officiellement, à la recherche des réfractaires au S.T.O.). Lors de son procès, B. admettra que la permanence fournissait « un rapport mensuel succinct sur les différents événements se passant dans le canton, notamment sur la répercussion sur les populations des mesures prises par le gouvernement de Vichy ».
On lui reprochera surtout la rédaction de rapports au délégué départemental concernant
l'activité des autorités (gendarmerie et contrôle économique), ainsi que la dénonciation de deux réfractaires et d'auditeurs de la radio anglaise, ce qu'il réfutera absolument.

La collaboration au quotidien

    Lorsque le capitaine B. prit ses fonctions de délégué cantonal à la L.V.F., à titre bénévole, pour le canton de Givet au mois d'octobre 1942, un noyau d'adhérents existait déjà, qui gravitait autour du journaliste Raymond Gachet, membre du P.P.F., indicateur du S.D. de Charleville (Sicherheitdienst, service de renseignement du parti nazi, communément appelé Gestapo), délégué cantonal à l'Information et à la Propagande du gouvernement de Vichy.
C'est à ce titre que Gachet écrivait au Délégué départemental Pierre Rolland le 10 juillet 1942, à propos des brochures de propagande que lui avait envoyé ce dernier : « Il est en tout cas souhaitable que cette documentation soit largement diffusée, principalement dans cette région de l'extrême pointe ardennaise trop longtemps travaillée par une propagande subversive et anti-nationale.
Je me suis rendu compte que beaucoup d'éléments restés sains sont encore trop timides et n'osent pas se déclarer ouvertement. D'autres très proches de nous sans le savoir, parce qu'ils ignorent tout de la politique et des principes directeurs de l'action du Gouvernement se méprennent sur les idées de notre Révolution Nationale, parce qu'ils ne la connaissent pas ou mal. [Quant à ceux qui refusent et dénigrent l'action gouvernementale], des misérables à la solde de l'étranger ont colporté ces mensonges et les colportent encore. A nous de donner une très large publicité à la Vérité».
A ce poste (rappelons que la fonction de délégué cantonal à l'Information et à la Propagande relevait du bénévolat), Gachet rendait compte au délégué départemental de l'état d'esprit de la population et le renseignait sur les dispositions politiques des personnalités locales, comme en témoigne ce courrier du 12 mai 1943 du délégué départemental au Préfet concernant la nomination d'un maire pour Charnois. Exécuté par la Résistance en 1944, (nous verrons plus loin dans quelles circonstances), c'est un de ses camarades milicien et journaliste qui dressa son portrait : « Avant la guerre dans un parti d'extrême droite, depuis la guerre à nos côtés, il n'avait de cesse de poursuivre de sa vindicte ces communistes et autres mauvais Français qu'il avait coutume d'appeler " les salopards ". Journaliste de talent, il avait usé de sa plume mordante pour stigmatiser les mauvais fonctionnaires et les corsaires du marché noir. »
Le journaliste Gachet avait apporté sa « contribution » à « La grande colère des ventres », campagne retentissante de Hérold-Paquis dirigée contre le marché noir sur Radio-Paris (« S'il était donné au révolutionnaire que je suis, aux révolutionnaires que je connais, une parcelle de pouvoir, nous qui avons le ventre vide et les illusions rageuses, je sais trop que notre premier acte serait d'ouvrir, place de la Concorde, une légale fosse de Katyn... et de faire fusiller, pour la remplir, quelques centaines d'otages ») .
Gachet s'était fait le relais local de cette campagne, « qui provoqua tant d'ébullition au sein des services préfectoraux ardennais ! »

Gachet dirigeait un petit groupe d'auxiliaires stipendiés par la police allemande particulièrement nuisible aux yeux de la Résistance : Tobie, Guillermain, Alfred Henry entre autres. Leurs contacts fréquents avec la Gestapo de Charleville les faisait haïr et craindre de tous, même des adhérents de la L.V.F. qui réprouvaient ces excès collaborationnistes.
Ainsi, l'interprète Guillermain procédait-il avec les Feldgendarmes aux interrogatoires et aux arrestations, notamment en Belgique. Il participa à la perquisition, en 1943, chez l' ancien président de la cellule communiste de Givet (que Gachet avait d'ailleurs déclaré « ennemi public n°1 » et pour lequel il avait fait connaître son intention de demander aux autorités allemandes de se débarrasser de lui), dénoncé par un voisin comme détenant les « archives du parti ». Il fut d'ailleurs arrêté et torturé en mai 1944 par un gestapiste parisien, Maurice S., volontaire au travail en Allemagne qui s'était mis au service de la Gestapo. Celui-ci avait particulièrement sévi en Belgique, où il avait participé au démantèlement d'un réseau d'évasion de prisonniers de guerre et à la réduction du maquis de Ham-sur-Sambre. Expédié par ses employeurs dans la région de Givet après une tentative d'assassinat par la Résistance belge, il fut à l'origine d'une dizaine d'arrestations dans la région, secondé dans ces opérations par Gachet.
« Agent de la Gestapo, il se faisait passer pour membre de la Résistance, et il venait, habillé en Allemand, procéder à l'arrestation de ses victimes. Tandis que les Allemands se livraient à l'interrogatoire, il fouillait les maisons et pillait consciencieusement. A la Gestapo, c'est lui qui frappait et insultait les patriotes arrêtés. »

Par ailleurs, des indicateurs de la Feldgendarmerie, engagés moins par idéologie que pour bénéficier de menus avantages (tickets d'alimentation, complaisance envers de petits trafics, voir remise de primes), complétèrent le quadrillage policier de la pointe de Givet (quatre inculpés en Cour de Justice). Pour assurer leur sécurité, ils étaient armés et porteurs d'un Ausweiss qui leur permettait de circuler librement pour assurer leur besogne: surveillance de suspects, recherche du renseignement...
Deux de ces « mouchards », comme on les appelait alors, furent à l'origine de la dénonciation, en octobre 1942, d'une famille de Rancennes qui hébergeait des prisonniers de guerre russes évadés et dont trois des membres furent déportés en Allemagne.

Préludes à la Libération ( dans un climat de guerre civile )

    Devant cette situation, où le danger venait moins de l'ennemi que du traître, la Résistance décida de mesures radicales. S'engageant, à partir de 1943, dans une collaboration de plus en plus voyante, Gachet et ses fidèles, jugés de plus en plus dangereux, furent condamnés à mort par la Résistance. Les décisions étaient collégiales, prises par un aréopage du mouvement (ce que Devie appelle le « Comité de la Résistance »), examinées cas par cas. Le maquis s'érigeait alors en tribunal. Les premiers attentats mortels recensés dans les Ardennes contre des collaborateurs eurent lieu à Givet
le 21 novembre dans la soirée, quand Guillermain et une femme, responsable du P.P.F. à Revin, furent abattus à « l'Hôtel du chaland qui passe ». C'est peut-être «l'armée blanche» qui fut responsable de ces deux exécutions, mais avec la complicité de la Résistance givetoise (voir les documents). À  Haybes, une semaine plus tard, d'autres collaborateurs furent victimes d'attentats : le délégué cantonal de la L.V.F. de Fumay et un habitant de Haybes furent tués. Le premier vouait une grande admiration à Barret et il avait soutenu sa nomination à la L.V.F.
En mai 1944, la Résistance reçut l'ordre, du Comité de Libération départemental qui s'était constitué en novembre 1943, de s'emparer des documents concernant les membres de la L.V.F. du canton de Givet. Une opération fut montée, un groupe de quatre résistants dirigé par Devie entra par effraction chez B. absent et subtilisa une serviette pleine de documents.
Parmi ceux-ci, la liste complète des adhérents de la L.V.F pour le canton que les résistants s'empressèrent de copier avant de la remettre à qui de droit. Copiée et recopiée, la fameuse liste fut apposée sur les murs aux quatre coins du canton, précédée d'une explication et suivie d'un avertissement.
Devie écrira par la suite : « un vent de panique souffle dans les rangs de la L.V.F. et de ses sympathisants lorsqu' apparaît la première affiche » :

« Français, Françaises,
Le comité de la résistance française porte à votre connaissance la liste officielle des adhérents de la L.V.F. ainsi que leurs sympathisants, trouvée dans les documents soustraits dans la demeure même du délégué cantonal de la L.V.F., le capitaine B[...] de Landrichamps.(...)
Ces personnes auront l'honneur d'avoir notre visite !!! »

Les parties en présence se radicalisaient. Le S.T.O attirait au maquis de plus en plus de jeunes gens prêts à en découdre, et, en l'année 1944, la Résistance s'organisait, améliorait la qualité de son armement, et capitalisait les sympathies de la population.
Pour parer aux risques d'attentats dont ils étaient menacés, les quelques familiers de la Feldgendarmerie furent armés par les Allemands, comme ce jeune membre de la L.V.F., activiste de la collaboration, qui fut « retourné » par la Résistance sous peine de mort. Recruté en qualité de « mouton », il fut chargé de renseigner le maquis sur les activités des collaborateurs les plus en vue.
La peur avait changé de camps.
Le 15 juin, le capitaine B. fut victime d'un attentat perpétré par deux jeunes maquisards alors qu'il rentrait chez lui, devant la ferme dite « La Malavisée » à Landrichamps. Blessé au poumon droit par une balle de revolver, il fut emmené d'urgence en automobile à l'hôpital de Charleville où il resta une dizaine de jours. A son retour, Gachet et le policier Henry lui dirent se charger de ses agresseurs, reconnus et dénoncés par un villageois.

Au début du mois de juillet, Gachet introduisit auprès du convalescent le secrétaire départemental de la Milice française, venu de Charleville, accompagné de son supérieur régional à Saint-Quentin. Ils proposèrent alors à B. de former à Givet un détachement de la Milice française en y enrôlant les membres civils de la L.V.F. dont B. prendrait le commandement. Cette section locale de la Milice aurait à charge de maintenir l'ordre mis à mal par la Résistance, à laquelle la gendarmerie prêtait un concours discret. Il refusa. Lucide, il savait qu'il ne serait pas suivi dans cette aventure qui menait droit à la guerre civile. De plus, sentant nettement le vent tourner, les adhérents de la L.V.F. auraient à n'en pas douter refusés de servir de cible aux maquisards qui, dés lors, ne se seraient pas privés de mettre leur menace de la mi-mai à exécution.
Le 21 juillet, Henry, qui devait débusquer les agresseurs de B., et Tobie, collaborateur notoire, furent abattus par la Résistance à « L'auberge du cheval blanc » par deux membres du groupe à Vigneron, François Amerand, de Foisches, et Nerinck, de Wallerand. Outre son zèle auprès des occupants, Henry était accusé d'avoir livré aux Allemands deux jeunes réfractaires qui voulaient rejoindre le maquis.

La semaine suivante, le jeudi 27 juillet, vers 12 heures 30, Gachet fut abattu dans une rue de Givet. Ses deux agresseurs, Bousy et Villeval, dans une opération dirigée par Amerand, furent rejoints sur la route de Charleville par les Allemands et immédiatement abattus. Ils avaient négligé les ordres qu'ils avaient reçu de fuir par la route de Doisches pour couper par Charlemont et gagner Foisches et la Belgique, où ils devaient être pris en charge par la Résistance belge.Des funérailles en grande pompes furent organisées avec représentation des dirigeants de la L.V.F. et du P.P.F., ainsi qu'une délégation allemande. La population de Givet avait été conviée, le maire prononça un discours lors de la cérémonie.
Gachet fit la première page de l'édition du Petit Ardennais des 29-30 juillet, avec un article signé du secrétaire départemental de la Milice Française : « Le premier milicien des Ardennes mort au champ d'honneur », car Gachet avait adhéré à la Milice dès son installation dans le département, au début du mois de juin. Le surlendemain, un nouvel article intitulé sobrement « Raymond Gachet » dressait le portrait du défunt.

La progression des Alliés, à partir du mois d'août 1944, va aller s'accélérant. Dans les rangs de la collaboration, c'est déjà la débâcle. Les exécutions sommaires des collaborateurs les plus dangereux ne laissent aucun doute sur leur sort à ceux qui resteront.
Marceau Devie avait gardé dans ces archives cette lettre de Léon Mauret, délégué départemental de la L.V.F., au capitaine B., délégué cantonal de la L.V.F. à Givet, portant le numéro référentiel 306, datée du 17 août 1944.

Monsieur et cher ami,

        Je viens de recevoir des ordres concernant la sécurité des Amis du groupement civil de la Légion ainsi que de leur famille en vue des événements présents et à venir.
En cas de nécessité créée par les dits événements qui nous obligeraient à nous replier, tous nos amis doivent suivre ce mouvement de repli car il est incompréhensible que si nos amis ne se conformaient pas aux instructions qui suivent, leur vie se trouverait en danger. En conséquence nous vous demandons de préparer pour vous et votre famille le minimum de bagages nécessaires à votre entretien. Je veux dire par là, linge de rechange, vêtements, chaussures et objets de toilette.
Vous devez donc vous tenir prêts à rejoindre le siège de la L.V.F. à Charleville, qui, de là, vous dirigera en autocars aux endroits prévus pour votre hébergement (coucher et nourriture).
Vous n'avez donc pas lieu de vous inquiéter du logement ni de la subsistance. En attendant de recevoir l'ordre de venir nous rejoindre et au cas que vous seriez en butte à des attaques où à des menaces, n'hésitez pas à venir nous rejoindre immédiatement. Pour le moyen de transport n'hésitez pas non plus à vous adresser, muni de cette lettre, à la Feldgendarmerie la plus proche.
Je compte donc sur vous, Monsieur et cher ami, pour exécuter strictement les ordres que je viens de vous donner pour que le moment venu, tout fonctionne sans incident et cela dans l'intérêt de tous. Dés que l'ordre de venir nous rejoindre vous sera donné, tenez compte que vous n'aurez qu'un délai de tout au plus 48 heures. Passé ce délai, nous ne répondrions de rien.
Voudriez-vous nous faire savoir le plus rapidement et par lettre recommandée le nombre de personnes qui appartiennent à votre famille et qui viendraient avec nous, ceci pour savoir le nombre de véhicules nécessaires.

Veuillez agréer, Monsieur et cher ami, nos salutations distinguées.

Le délégué départemental Léon Mauret

Ainsi, dans cette fuite programmée vers l'est et l'Allemagne, les collaborateurs bénéficiaient du soutien actif des autorités allemandes. Là encore, le sentiment de l'irréparable fera prendre au capitaine B. la solution sinon la plus raisonnable, du moins la plus courageuse, vu les risques de représailles qu'elle comportait : il refusa le départ et fut arrêté à son domicile par les F.F.I. le 9 septembre 1944. Givet fut libéré le 7 septembre 1944. La Résistance joua un grand rôle dans cette libération car elle suppléa le manque d'infanterie de l'armée américaine et sera la première à entrer dans la ville.
Vigneron, dans sa relation de la libération de Givet, indique que le « 31 août: le milicien xxx, arrêté le 24 août, a été reconnu coupable de trahison pour avoir participé à 5 opérations contre des patriotes aux côtés des Allemands. Ces opérations ont coûté la vie à plusieurs Français. Après jugement, le milicien xxx a été passé par les armes ».
Ce fut le dernier acte de l'épuration menée, comme autant d'actes de guerre, par les F.F.I. du secteur.

Bilan

    Dans cette petite ville par ailleurs si tranquille, la lutte entre les membres de la Résistance et les tenants de la collaboration aura été singulière par l'ampleur des engagements et par la violence qui se manifesta de part et d'autre.
Ainsi, il y aura eu 6 exécutions sommaires de collaborateurs à Givet, soit près d'un tiers de celles que j'ai recensées dans le département.
A la Libération, entre le 11 septembre et le 18 octobre 1944, 17 personnes seront arrêtées par les F.F.I. à Givet et transférées à la prison de Charleville sous le motif d'inculpation de « collaboration avec l'ennemi » (notons que certains, comme le capitaine B., ont été arrêtées avant cette date, d'autres le seront longtemps après).
Une dizaine de personnes seront jugés par la Cour de justice des Ardennes ou par la Chambre civique en 1945 et 1946. Parmi elles, le capitaine B., jugé le 15 mai 1945, condamné aux travaux forcés à perpétuité avec confiscation des biens. Sa peine fut commuée en 20 années de travaux forcés le 12 juillet 1948. Il fut libéré sous condition le 23 mai 1951.
Jacques M., 22 ans, adhérent des Amis de la L.V.F. et du P.P.F., ami de Gachet, agent de la Gestapo, fut condamné à 10 ans de travaux forcés. Dix et cinq ans de prison requis contre
deux « mouchards » de la Feldgendarmerie. Les deux dénonciateurs d'une famille de Rancennes furent condamnés à chacun 5 années de travaux forcés.
Le jeune « mouton » de la Résistance à la L.V.F. fut condamné à la dégradation nationale par la Chambre civique.
Maurice S., 51 ans, agent du S.D., fut condamné à mort par contumace par la Cour de Justice des Ardennes. Repris dans le Nord, il fut jugé par la Cour de Justice d'Amiens. La condamnation à mort fut maintenue. Il fut fusillé en 1947.
Notons par ailleurs qu'un jeune givetois enrôlé dans la Waffen SS fut condamné en mai 1946 à 15 années de travaux forcés et à 20 années d'indignité nationale.

Cet article, légèrement remanié, fut publié dans la revue Terres Ardennaises en décembre 2001.
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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 17:57


Après l'attentat mortel commis le 22 novembre 1943 par la Résistance contre un collaborateur et son amie dans un café de Givet,  les autorités allemandes, à la demande de la mairie de Givet, obligent les débits de boissons à fermer provisoirement leurs portes "en vue de garantir plus efficacement la sécurité publique à Givet "...
Doc. P. Lecler

Affiche de la LVF, récupérée par la Résistance dans les papiers du capitaine B., délégué cantonal de la LVF pour la pointe de Givet.
(déjà publiée dans mon livre Article 75)

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5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 11:19


        Étant arrivé à retrouver un cousin, Michel V., PG à Berlin, je lui explique ma situation et il me fait parvenir par la Croix Rouge, un petit colis.

Ce colis comprend :
- une chemise de taille démesurée (les pans m'arrivent aux genoux !). Michel est très grand.
- Un paquet de choux rouges déshydratés que je laisse tremper pour les faire gonfler. Cuits à l'eau, c'est un vrai régal !
- Une paire de galoches à semelles de bois en guise de chaussures. Elles sont suffisamment larges pour me permettre d'y loger un bon morceau de cette fameuse toile confectionnée en chaussettes russes. Les oeillets pour passer les lacets sont foutus, ce qui est quelque peu galère pour marcher !

    Plus de courrier de France. Les Allemands commencent à paniquer. Les bombardements sur la ville, en grande partie détruite et brûlée par les bombes au phosphore, ne les arrangent pas. Les civils allemands, femmes et enfants, ne quittent plus les abris. L'usine de Hanovre est en partie détruite et l'absence de matières premières ne permet plus de faire tourner l'usine de Stöken.
Un autre travail nous attend : les Graben (tranchées).

    L'hiver se meurt. Le jour n'est pas encore levé et c'est déjà le branle-bas de combat. Réunis dans la cour du camp, rassemblés en colonnes, nous partons accompagnés de deux gardiens vers une destination inconnue. Après avoir marché un certain temps, arrêt à la sortie de Hanovre où nous sommes accueillis par un Allemand qui porte un brassard à la croix gammée du Parti nazi. L'accueil est des plus chaleureux puisque nous commençons par une bonne engueulade ! Cela débute bien !

Distribution de pelles et de pioches pour creuser des tranchées derrière une haie.

Quelques petites anecdotes
    Quand je rentrais de nuit de l'usine au camp de Stöcken, aux environs de 2 heures 30, par une nuit de pleine lune sur un sol de neige gelée, en suivant un petit sentier qui longe quelques petites parcelles de terre, ayant une envie pressante de me soulager, je me baisse pour m'accroupir et mon derrière butte sur des pieds de choux de Bruxelles tout rabougris, invisibles et protégés par une épaisse couche de neige. J'en fais une cueillette que je dissimule dans ma musette. Nous les dégusterons le lendemain avec les copains de la piaule, sous leurs regards ébahis, tout en leur racontant comment j'avais fait cette heureuse découverte.
Toujours par le même sentier, d'un côté il y avait une haie d'épines très épaisses, en passant devant je m'étais aperçu qu'il y avait des oiseaux. Probablement des merles qui s'y étaient réfugiés, engourdis, transis par le froid et la neige, et toujours poussés par la faim, je me suis posé bien des questions pour pouvoir en attraper.
Finalement, je me suis confectionné une espèce de petite lance munie à une extrémité d'un bout de fil de fer bien aiguisé. Je planquai cette arme que j'espérai redoutable. Je la retrouvai en rentrant au camp de nuit. Mais jamais je n'ai pu atteindre les oiseaux. En revanche, j'avais les mains toutes griffées par les épines.

Une autre anecdote
    Toujours en rentrant au camp de nuit. Une fois passé le poste de garde, il y avait une baraque où étaient stockés des choux-navets. Il y en avait qui pourrissaient, et la nuit, pour aérer, la porte restait ouverte. Comme l'entrée se trouvait dans l'ombre de la baraque, je me suis hasardé à y entrer. Dans le noir, je tâtais les choux-navets pour en trouver un de valable, mes doigts s'enfonçaient dans la pourriture, avant d'en trouver un de bien dur. C'était infect. Je le passais sous le robinet pour le découper en petits dés pour le faire cuire le lendemain.
Je rapportais de l'usine des boules de gomme de caoutchouc synthétique que je mettais dans le poêle de la piaule.
Une nuit, je me suis fait arrêter au poste de garde avec des boules de caoutchouc dans les poches. Les gardes se sont bien demandés à quoi cela pouvait me servir. Je leur en expliquais la raison comme je le pouvais. Ils n'ont rien compris et m'ont gardé au poste jusqu'au matin.

Troisième jour de Graben.
    Cette fois changement de direction. Nous sommes le long d'un canal. Des bidons servant à faire un brouillard artificiel sont déposés de part et d'autre. L'un d'eux laisse échapper un peu de son contenu. En cas d'alerte aérienne, ils sont ouverts. Nous supposons que c'est pour permettre le camouflage d'un endroit stratégique du secteur.
Nous sommes toujours occupés à faire des tranchées. Les Chleus sont de plus en plus relâchés, et c'est par petits groupes que nous laissons tomber pelles et pioches pour aller nous planquer dans un champ. Cachés sous de grosses meules de paille, nous attendons l'heure de regagner le camp. Le lendemain on remet ça. Direction les Graben. Et toujours par petits groupes nous nous éclipsons.
Cette fois, c'est sous des petits sapins que nous trouvons refuge, car des avions mitraillent les meules de paille qui s'enflamment. Dans la journée, nombreux sont les avions qui sont passés. Nous avons même pu apercevoir un petit avion de reconnaissance.
Des tas d'obus ont été déposés de place en place par les Allemands le long des routes pour fournir en munitions les soldats allemands qui se replient en file indienne en tenue de camouflage.
Le soir, il nous semble entendre au loin des tirs d'artillerie, mais épuisés nous nous laissons tomber sur nos paillasses.

Dans la nuit, les tirs d'artillerie se rapprochent. Il nous faut gagner les abris du camp. Des fusées éclairantes tombent sur la ville, des balles traçantes passent au dessus des baraques. La D.C.A. tire sans relâche. C'est une nuit très mouvementée. Le matin venu de nombreux soldats allemands passent en longeant les fossés. Une mitrailleuse allemande prend position à l'entrée du camp mais n'y reste pas, au grand soulagement de tous.
Dans le poste de garde du camp il n'y a plus personne. Nous resterons la matinée dans les abris car des tirs de mitrailleuses se font encore entendre.
Aux environs de 1 heure, un char américain se présente à l'entrée du camp en provenance de l'usine. C'est du délire. Nous sommes fous de joie. Nous sommes libres.
Plus de deux années de misère, cela n'est pas rien. Il faut y être passé pour comprendre.
L'après-midi, nous partons à la recherche de nourriture. Nous savons que des entrepôts de l'armée allemande existent à proximité du camp. A notre arrivée sur place le pillage a déjà commencé. Des cartons contenant des boites de conserve sont éventrés, des cigarettes par cartouches, par paquets, sont écrasées, piétinées... De nombreux petits tonnelets contenant du lait sucré que nous dégustions à plein quarts.  Je me souviens d'avoir mangé une boite de petits pois à la régalade, directement à la boite. La chambrée est bientôt garnie de toutes sortes de victuailles : une caisse d'oeufs, une moitié de porc, des biscuits, du lait sucré, des meules de fromage...

A suivre...