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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 13:51
   



    Commémoration des arrestations des 1er et 6 avril 1944, ce samedi 7 avril à la ferme du Chesnois à Alland'huy, sous la présidence de G. Dardart, président de la FNDIRP, en présence de nombreux élus,
dont J.P. Bachy, président du Conseil régional, et de représentants du monde associatif.
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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 13:47

Le thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation porte sur " Le travail dans l'univers concentrationnaire nazi ". Pour les ressources documentaires, je vous invite à vous diriger vers le site Histoire et Mémoire des deux guerres mondiales du CRDP de Reims.

Dessin de C. Couturiot, déporté en mai 1943 au camp de Sachsenhausen
(extrait du bulletin de l'AFMD, Mémoire et Vigilance, n° 39)


Published by philippe lecler - dans Actualité
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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 10:20


    Le 5 juin 1946 s’ouvrait devant la Cour de Justice des Ardennes le procès dit de « la bande au bossu », auteur des massacres commis à Illy-Olly et à Floing les 28 et 29 août 1944, à la veille de la Libération. Ce groupe d’action du SD, composé de dix militants du parti franciste, s’illustra ces jours-là par sa férocité et sa sauvagerie.
Son chef, Pierre Mary Paoli, né le 31 décembre 1921 à Aubigny-sur-Nère, dans le Cher, exerçait la profession de commis du Trésor. Il devint interprète à la Gestapo de Bourges au début de 1943. Orgueilleux, ambitieux, zélé, les Allemands le nommèrent Scharführer (sergent-chef) de la S.S. en janvier 1944. En août 1944, replié à Nancy, la Gestapo lui confia la direction de ce « groupe d’action » chargé de démanteler la Résistance Sedanaise.

À Illy-Olly…
Le 23 août 1944, le groupe installait son cantonnement à Illy-Olly, se présentant à la population locale comme une équipe de maquisards chargés par les Américains de désorganiser le front allemand et de rechercher des terrains de parachutage. Paoli était chargé d’assurer la liaison entre le groupe et le commandement du SD cantonné à Sedan.
Du 24 au 28 août, le faux maquis, malgré ses exactions (rafles des stocks de tabac, réquisitions de bicyclettes, vols de voitures), s’attira la sympathie des habitants du lieu, et gagna la confiance de jeunes gens qui le rejoignirent dans les bois.
Le 28 août, quatre jeunes hommes qui croyaient avoir rallié une organisation patriotique furent abattu à coups de mitraillettes au lieu-dit « La Hatrelle » où la bande avait installé son P.C. (Luc Lilès, Marceau Herman, Roland Saxe, Bernard Stringer). Abandonnant les lieux, les tortionnaires prirent la route de Sedan, laissant derrière eux d’autres victimes (Jacques Wentzel, Alfred Lejeune, Pierre Rouy). Plus loin, dans la gare désaffectée d'Olly, ils abattirent froidement trois jeunes gens qui avaient sollicité leur admission au maquis (Delphin de Melo-Pinto, Daniel Hut, le troisième fut grièvement blessé mais échappa à la mort).
Rentrés à Sedan dans la soirée, ils étaient désignés pour mettre un point final à une opération qu’ils avaient initiée à Gaulier.

… Et à Gaulier
Vers le 15 août, trois hommes descendus d’une voiture automobile (Paoli, Picault et Thaon) se présentèrent au café-tabac tenu à Gaulier par M. Champenois, exhibant des brassards FFI, se firent remettre le tabac et discutèrent avec les personnes se trouvant là. Jean Barré, passant sur la route, fut appelé par le fils Champenois et prit part lui aussi à la conversation. Les miliciens, se disant au maquis, leur promirent des armes qu’ils devaient, disaient-ils, recevoir bientôt. Jean Barré, trop confiant, leur demanda des mitraillettes. Les miliciens lui donnèrent rendez-vous le lendemain entre la Vierge de Floing et la Meuse.
Jean Barré rendit compte de cet entretien à Marcel Léonard, chef de centre FFI de Floing, qui, flairant un piège de la Gestapo, lui donna l’ordre d’aller seul à ce rendez-vous, ce qu’il fit sous la surveillance de trois hommes armés. Les miliciens lui donnèrent quelques cartouches de mitraillette et deux grenades et le pressèrent de les mettre en relation avec un responsable des FFI de Sedan. Barré prétendit ne pas en connaître. Un voisin, André Martigny, vint se mêler à la conversation. Puis les miliciens partirent et l’affaire en resta là jusqu’au 28 août où Léonard apprit ce qui s’était passé à Olly.


Une des victimes des francistes à Illy,
Bernard Stringer, n'avait que 15 ans...

7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 11:41
    Ce même jour, Martigny annonça à Léonard qu'il avait revu les trois hommes qui lui avaient annoncé qu'ils allaient leur fournir les armes promises. Ce dernier prévint ses hommes de prendre des précautions pour la nuit. Tous se munirent d'armes déterrées dans le jardin du docteur François, beau-frère des frères Barré. Ces derniers, armés de fusils, prirent position dans la butte se trouvant au dessus de la maison du docteur, afin de surveiller les environs. Le 29, à cinq heures du matin, Léonard fut réveillé par des coups de feu. De sa fenêtre il aperçut deux Allemands étendus sur le trottoir, d'autres rasant les murs qui tiraient vers la butte, enfin Mme François dont les soldats venaient de forcer la porte du domicile. Plus de deux cents Allemands encerclaient Gaulier. Ils arrêtèrent tous les hommes du village qui furent réunis devant le domicile du docteur François. Celui-ci et Jean Barré furent arrêtés vers 9 heures, Robert Barré ayant été tué pendant l'engagement. Tous ceux qui avaient parlé, ou qui avaient eu un contact avec les miliciens, furent poussés dans la salle d'attente du docteur, les autres furent renvoyés chez eux.
Les francistes perquisitionnèrent son domicile et interrogèrent Mme François et sa fille de 12 ans sur les activités du docteur et ses rapports avec la Résistance de la région. Exaspéré par son silence, Ballereau abattit Mme François d'une balle dans la tête.
L'interrogatoire des hommes fut brutal. Rutz, le boxeur, frappait avec ses poings, un autre avec un maillet à cercler les fûts, dont il se servit pour défoncer le crâne de Jean Barré. Ballereau poussa même le raffinement à couper, avec un couteau, l'oreille d'une de ses victimes, sans doute comme « prise de guerre »...
Après quoi les 12 prisonniers furent introduits dans une petite grotte située au fond du jardin- potager du docteur et abattus d'une balle dans la nuque.
Georges Cablat, qui avait 18 ans à l'époque, survivra à ses blessures. Il racontera, en 1994 : « On nous a parqués dans la cour de la grotte. Mon tour est venu. Rissler (adjoint de Paoli) se tenait sur le seuil de la grotte. Je suis entré. Il m'a dit : "tourne-toi". J'ai dit ma prière. J'ai entendu le vacarme de la déflagration, j'ai senti un gros souffle chaud sur la nuque. J'ai basculé tête en avant et lorsque je me suis trouvé à terre je me suis dit : "Mais tu n'es pas mort puisque tu penses"... »
Après avoir signé ses crimes par une inscription sur les murs de la maison, « Bucard vaincra », la bande devait ensuite fuir vers l'Allemagne dans les bagages de l'armée en déroute, laissant derrière elle 19 victimes...

À la Libération
Responsable de dizaines de crimes, Paoli fuit la France à la Libération et se réfugia à Berlin. Arrêté le 16 mai 1945 par la Police Militaire britannique, il fut jugé et condamné à mort par la Cour de Justice du Cher le 4 mai et par la Cour de Justice des Ardennes à Nancy le 7 juin 1946. Jean Ballereau, surnommé « le bossu », 20 ans, le strasbourgeois Rutz, ancien champion de boxe, Gérard Gaudin, 18 ans, Pierre Sénéchal, 20 ans, André Cléry, 18 ans, furent eux aussi condamnés à mort alors que trois des membres de la bande réussissaient à échapper à la justice.
Les sept inculpés présents devant la Cour de Justice des Ardennes furent condamnés à mort, à la dégradation nationale, et à la confiscation totale de leurs biens le 7 juin 1946. Paoli fut exécuté à Bourges le 15 juin. Les quatre plus jeunes membres de la bande furent graciés et leur peine fut commuée aux travaux forcés à perpétuité ; Rutz et Ballereau furent fusillés à Nancy au mois de septembre de cette même année, après avoir refusé de signer leur demande de recours en grâce.

Sur ce sujet : Article 75. La collaboration et sa répression dans les Ardennes (1940-1948)


 A gauche : Pierre Paoli, sous son uniforme de la SS. A droite, les victimes de la bande au Bossu, à Gaulier (photo: M. Léonard)