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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 20:43
Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance ardennaise...

Epilogue : Et les aviateurs alliés ?

        Après chaque passage de Nicolas, les aviateurs enlevés des relais locaux étaient emmenés à Boulogne-Billancourt, à la « Villa Voisin », 51, boulevard d'Auteuil, une somptueuse demeure réquisitionnée par l'adjudant-chef du département VI du SD, Christian Schnell, où ils étaient traités en invités, toujours tenus dans l'illusion que c'était la Résistance qui les avait pris en charge. Des interrogatoires amicaux permettaient ainsi de retracer leur parcours, trouver les noms des personnes qui les avaient hébergés, découvrir les contacts qu'ils avaient noués avec des résistants locaux. Ils étaient ainsi autorisés, sinon encouragés, à écrire de courtes lettres à ceux qui leur avaient offerts l'hospitalité, afin de les rassurer sur leur sort (et pour les Allemands, ne pas éventer le piège dans lequel ils étaient tombés).
Après quelques jours de ce traitement, mis en confiance, les aviateurs étaient chargés dans un camion, avec pour chauffeur Nicolas et pour accompagnateur Placke lui-même, à destination, leur disait-on, de la frontière espagnole. Arrivés à hauteur de la Croix-Berny, à la sortie de Paris, un contrôle inopportun de la Feldgendarmerie immobilisait le véhicule, et dans un simulacre d'arrestation des « résistants parisiens », procédait à celle, véritable, des aviateurs qui étaient directement incarcérés à la prison, toute proche, de Fresnes.
Ils étaient ensuite déportés (d'après une déposition de Placke) dans un camp de prisonniers en Allemagne, à Oberwisel, près de Wiesbaden.

    Une lettre envoyée après la guerre par un aviateur américain, le Lieutenant Donald P. Ogilvie, à l'ancien chef de Secteur de Rethel, Jean Deguerne, qui l'avait fait évacuer par la ferme du Chesnois, témoigne de la tactique employée par la Gestapo.

« Chers Maman et Papa,

        Bien que je ne vous aie pas vus depuis longtemps, je pense toujours à vous.
    J'ai hésité à écrire à beaucoup des charmantes personnes en France qui m'ont tant donné quand ils avaient si peu et qui risquaient leur vie chaque fois ! La raison pour laquelle j'ai hésité à vous écrire est qu'un de nos amis (un singulier ami n'est-ce pas ?) nous a dénoncé Robert et moi à la Gestapo. Nous ne savons pas qui c'était, mais nous n'avons jamais eu confiance en Charles (celui qui portait des lunettes entourées de noir). Nous avons souvent pensé que c'était lui le coupable.
    Le jour où nous sommes partis, on nous a conduits à une ferme pas loin d'Attigny. Les Thomas peuvent vous en donner l'endroit exact. Là, on nous a mis dans un camion avec 13 autres américains et conduits à Paris.
Nous avons passé deux jours et deux nuits à Paris et nous devions rencontrer celui qui était à la tête de Résistance à Paris. C'est là, nous en sommes certains, que nous avons été vendus aux Allemands. Notre capture fut faite de manière à montrer à montrer aux Parisiens le danger qu'ils couraient à aider les Américains ou les Anglais. Je répète que nous n'avons jamais su qui c'était ni à quel endroit on nous a dénoncés, mais les questions que la Gestapo a demandées pendant un mois et demi n'étaient pas très agréables et nous ont laissé un cuisant souvenir.
    Nous avons été capturés le 20 mars 1944 et nous sommes restés en prison en Allemagne jusqu'à la Libération.
    De tous mes amis français, vous et votre famille avez toujours été les plus chers. Je comprends que tout ce que vous avez fait pour nous, vous l'avez fait parce que vous vouliez de tout votre coeur nous aider [...]
Croyez que je n'oublierai jamais vos bontés. Écrivez bientôt, je vous en prie, et en français, je ferai traduire la lettre.
Croyez à mes amitiés les plus affectueuses. »

Cité dans "Ami, si tu tombes..."

        Du courrier de cet aviateur, on peut déduire qu'il fut emmené de la ferme du Chesnois le 18 mars avec 14 autres américains, hébergé à Boulogne où il rencontra « celui qui était à la tête de la Résistance à Paris » et fut deux jours plus tard arrêté par les Allemands. Là, il ressentit le caractère forcé, théâtral, de l'arrestation mais sans comprendre que ce n'était qu'une mise en scène. Il pensait « que [leur] capture fut faite de manière à montrer aux Parisiens le danger qu'ils couraient à aider les Américains ou les Anglais », sans saisir que la méthode trop ostentatoire employée visait à dissimuler la fausseté de la situation : les Allemands jouèrent à l'arrestation de « résistants » avec beaucoup de zèle, et les « résistants », pour donner le change, durent faire de même.
Les aviateurs n'ont pas compris d'où venait la trahison. Pas un instant ils ne doutèrent de la sincérité de leurs "amis" parisiens. Pourtant notre aviateur fut à deux doigts de découvrir la vérité, mais il ne tira pas la conclusion logique des indices qui lui faisaient dire que « c'est là nous en sommes certains, que nous avons été vendus aux Allemands ». Il préférait croire en la culpabilité de « Charles », c'est à dire Charles Saint-Yves, l'homme aux « lunettes entourées de noir » (Saint-Yves portait des lunettes à montures noires), responsable du BOA sud-Ardennes, qui organisait la filière dans les Ardennes, et qui était recherché depuis le 1er avril par la Gestapo...

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