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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 13:08
       Je passe également pas mal de temps dans les WC de l'usine. Je n'y suis pas le seul, même les Chleus y sont présents. Dans le noir, la fenêtre ouverte, nous regardons les projecteurs balayant le ciel à la recherche d'éventuels avions ennemis (pour eux).
Un soir, aux environs de 23 heures, nouvelle alerte aérienne. La DCA tire sans relâche. Ce qui n'est guère rassurant pour nous. Tout le monde descend dans les abris. Quand une première vague de torpilles tombe en sifflant dans un fracas épouvantable, tout se met à trembler y compris nous. Je suis appuyé contre un gros pilier. On copain veut venir me rejoindre mais, figé sur place, les jambes flageolantes, il ne peut faire un pas. Il tremble de tous ses membres. Je n'en mène pas large non plus. Dans ces moments, personne ne fait le malin et nous sommes tous logés à la même enseigne. Combien d' « Avé Maria » ai-je entendu dans les abris du camp ou de l'usine ? Personne ne dit plus mot.
Le bombardement, bien que n'ayant duré guère plus d'une demi-heure, nous a paru interminable. Les avions, vague après vague, n'ont cessé de larguer leur chargement destructeur.
L'alerte terminée, nous regagnons le camp. A la sortie de l'usine, quelques maisons sont touchées. L'usine même ne semble pas avoir subie trop de dégâts. Sur le chemin du retour, en traversant le pont du canal, on remarque que de petites bombes incendiaires ont traversé le tablier du pont. Les conduites de gaz sont sectionnées et ressemblent désormais à un gros chalumeau qui, sous la pression, fait rougir les ferrailles du pont. Dans la nuit, le spectacle est très impressionnant et nous nous hâtons de traverser ce pont.

De l'autre côté du pont, pas très loin de notre camp, se trouve une école d'aviation occupée par de très jeunes allemands. Cette école est en feu, touchée par des bombes au phosphore.
Nous entendons les cris, les pleurs des occupants. Sans doute y a-t-il eu de la casse ! Cela nous fait froid dans le dos. Des morts et des blessés, quelque soit leur nationalité, ami ou ennemi, tout cela est peu réjouissant
Nous ne nous attardons pas et nous avons hâte de regagner notre camp. Quel spectacle nous découvrons : plusieurs baraques sont touchées par le phosphore, certaines sont déjà en cendre. Celle que j'occupe n'existe déjà plus. Et, par manque de chance, j'avais reçu le matin même un colis du Secours Catholique ! Mais le pire reste à venir... Des copains qui, probablement, ne sont pas sortis assez rapidement, sont retrouvés calcinés sur leur châlit, leur corps tout rabougri. Quelle vision insupportable ! D'autres ont été tués par des éclats de bombes. Un bien triste souvenir.
Je passe le reste de la nuit auprès des cendres d'une baraque calcinée. Le lendemain, je suis relogé ou plutôt entassé dans une autre baraque. Tous les châlits sont déjà occupés et il ne me reste plus qu'à dormir à même le sol. Le matin, c'est relâche. L'après-midi, nous sommes tous regroupés afin d'écouter un discours plutôt orageux d'un Chleu du parti nazi sur le bombardement anglo-américain de la veille. Nous sommes ensuite conduits sur notre lieu de travail.

Nous passons devant les corps à demi nus et défigurés de nos camarades, qui sont restés vingt-quatre heures sur la pelouse du camp, « pour l'exemple ».
La propagande ne perd jamais ses droits. Il nous fallut passer quelques jours au déblaiement d'une part dans les bureaux et à l'entrée principale de l'usine, et d'autre part sur les voies ferrées à proximité de la gare de Hanovre.
Une vision terrible nous y attend. Wagons et machines gardées par des S.S. sont couchés et éventrés. Au moindre geste de resquille, c'est la mort sur place.

A suivre...

16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 19:10
Pour sa première décision en tant que président de la République, Nicolas Sarkozy a souhaité, le 16 mai, que cette lettre de Guy Môquet soit lue au début de chaque année scolaire dans tous les lycées de France.
Guy Môquet, jeune lycéen de Paris, était le fils d'un député communiste déporté en Algérie par le régime de Vichy. Saisis par les Allemands comme otage, il fut fusillé le 22 octobre 1941 à Châteaubriand avec 26 autres de ses camarades communistes.
Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon coeur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Guy
Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !

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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 13:20
      


        Le Musée Guerre et Paix en Ardennes de Novion-Porcien vient de publier son programme des animations pour 2007. Ardenne tiens ferme ! se fera l'écho de ces manifestations.
Pour ce mois de mai, nous notons, le 6 mai de 10 h 30 à 11 h 30, une conférence intitulée "De la libération des Ardennes à la capitulation allemande", et le 19 mai de 20 h à minuit, dans le cadre de la nuit des Musées : "Une nuit en guerre" (gratuit et boissons chaudes servies...).
Par ailleurs, le musée est doté d'un espace librairie très riche en ouvrages de qualité sur les trois guerres. On peut y dénicher des introuvables, épuisés chez l'éditeur, comme mon Affaire des Manises ou La bataille de Rethel
de R. Marcy.

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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 21:49
    Je m'aperçois que j'ai omis de me faire l'écho de l'admirable travail de J.P. Husson publié récemment sur son site, "Le réseau d'évasion Possum, une histoire douloureuse, une mémoire partagée".

   
    La ligne « Possum », dénommée « Mission Martin » en Belgique et «Réseau Possum » en France, a été créée par le commandant belge d'aviation Edgard Potier, évadé de Belgique occupée en novembre 1941 et qui avait rejoint Londres en mars 1943. Parachuté en Belgique au mois de juillet suivant, il avait pour mission de mettre sur pied un système d'évacuation par air d'aviateurs alliés tombés en territoire occupé, ainsi que l'ouverture d'une ligne par l'Espagne. Le terrain d'action dévolu au commandant Potier allait du Luxembourg belge au triangle Laon-Soissons-Reims.
    Depuis la région de Florenville, en Belgique, il organisa la ligne
« Possum » qui trouva de nombreux relais dans les Ardennes et dans la Marne, jusqu'à Fismes notamment, point d'aboutissement de la filière d'évacuation par air, région où les Lysander britanniques venaient atterrir nuitamment pour récupérer leurs passagers (la première opération aérienne eut lieu le 12 septembre 1943). Rappelé à Londres le 13 novembre 1943, à nouveau parachuté début décembre en Belgique, le commandant Potier fut arrêté par la Sipo-SD le 29 décembre à Reims, à la suite d'une dénonciation. Le 11 janvier 1944, il se suicidait dans sa prison.

    Plus qu'une histoire de Possum, l'étude de J.P. Husson dresse le bilan de l'action du SOE dans la région, apportant de nouveaux éclairages sur l'activité de ses réseaux, dressant de nombreux portraits de ses agents, Français, Belges, Britanniques, voire Canadiens, qui, pour beaucoup, furent victimes de la répression nazie. Une étude exhaustive donc, et passionnante, qui fait aussi une large place à la mémoire de ce réseau oublié, ou, plus exactement, de ses mémoires partagées entre la France et la Belgique...

Lysander. Ce type d'appareil pouvait se poser sur tous les terrains, sur des aires d'atterissages très courtes et improvisées. Il fut utilisé par la RAF pour les opérations nocturnes de pick-up  pendant la Seconde Guerre mondiale (Photo : J.P. Husson)
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