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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 17:23
Pour cette livraison spéciale consacrée à la Shoah dans les Ardennes, la "bibliographie ardennaise" bouleverse  l'ordre chronologique qui lui avait été assigné, et se permet d'enjamber allègrement quelques années.

HUSSON (J.P.), La déportation en Champagne-Ardenne, CRDP de Reims, 1991

 
Rédigée par Jean Pierre Husson, "la déportation en Champagne-Ardenne", plaquette publiée en 1985 au CRDP, a été en partie actualisée à partir de sa thèse de doctorat ("La Marne et les Marnais pendant la seconde guerre mondiale") et du DEA de son épouse sur la déportation des Juifs de la Marne (mise en ligne ici). Le livre est issu de l'enquête du Comité d'histoire de la deuxième Guerre Mondiale, dont le réseau de correspondants pour notre département fut constitué par Robert Cloet puis Jacques Vadon. L'ouvrage dresse un bilan de la déportation dans les départements.
Pour les Ardennes, celui-ci porte le nombre de déportés à 524, (dont 240 rentrés), soit 1 déporté pour 468 habitants :
- à près de 32 % pour « résistance »
- à près de 20 % pour des motifs « politiques » (le plus souvent pour appartenance au parti communiste et/ou fait de résistance)
- à près de 20 % pour motifs raciaux (101 personnes, 29 rentrées).
47 % des déportations ont eu lieu durant l'année 1944, à destination principalement des camps d'Auschwitz-Birkenau (109 personnes) et de Buchenwald (55 personnes). La déportation a touché majoritairement des hommes de plus de 18 ans (436), aucun  milieu socioprofessionnel n'a été épargné.

Dessin d'Henri Gayot, rélisé après sa détention à Natzweiler, évoquant les séances de rassemblement qui se tenaient à toute heure sur l'une des places du camp (tiré de Struthof, de R. Steegmann)

Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 14:54


 

Le fort des Ayvelles, construit après la guerre de 1870 pour se substituer à la place de Mézières, qui avait démontré lors de ce conflit ses faiblesses face à l'artillerie allemande, faisait partie d'un ensemble de fortifications bâties sur le cours de la Meuse. Il fut abandonné sans combat lors de la Première Guerre mondiale et ne joua aucun rôle militaire durant la Seconde. Mais, utilisé par les Allemands lors de l'Occupation, le fort fut, avec le stand de tir du plateau de Berthaucourt, un lieu où les sentences de peine de mort du tribunal militaire allemand à l'encontre des résistants furent exécutées, comme en témoigne cette plaque apposée sur un de ses murs d'enceinte.

 

 

 

 

 

 

 

René Bouré, 54 ans, fusillé le 17 février 1944. Domicilié à Grandpré, mécanicien-garagiste, membre de l'OCM, il avait été arrêté le 17 novembre 1943 pour détention d'armes.

 

Jean Dachy (22 ans), Maurice Hugueville (27 ans), Daniel Matter (19 ans) et René Matter (47 ans), furent fusillés le 9 juin 1944. Arrêtés les 7 et 8  juin, à Nouzonville, pour sabotage sur voie ferrée.

 

Les quatre cheminots d'Amagne, René Arnould (35 ans), Georges Boillot (35 ans), Robert Stadler (39 ans)et Lucien Maisonneuve (36 ans), furent fusillés le 26 juin 1944. Ils avaient été arrêtés deux jours plus tôt, après avoir perpétré de nombreux sabotages ferroviaires à la gare d'Amagne-Lucquy (comme le savent les lecteurs d'Ami, si tu tombes).

 

René Marchand (46 ans), chef de secteur de Charleville, Pierre Chardin (27 ans) et Roland Lambert (20 ans) furent fusillés le 1er juillet 1944. Ils avaient été arrêtés dans la nuit du 9 au 10 juin, au retour d'un parachutage, sur la route de Monthermé à Charleville.

 

Rêve Roc (Rêve étant son prénom usuel, et non Jean), 30 ans, habitant Charleville, cheminot, fut condamné par un tribunal militaire pour avoir hébergé des réfractaires. Il fut fusillé le 1er juillet 1944.

 

Octave Ladouce (42 ans), domicilié à Bar-les-Buzancy, fut fusillé le 5 juillet 1944. Il avait été arrêté pour détention d'armes.

 

Published by philippe lecler - dans Des lieux
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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 12:17
Les ouvrages sont cités dans l’ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l’année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n’encombrent pas les fonds de bibliothèques, le choix d’une date de rupture est donc purement formel.


Le Comité d’Histoire de la seconde guerre mondiale fut fondé en décembre 1951, chargé, sous la direction d’Henri Michel, de recherche historique sur le conflit mondial. Organisme interministériel rattaché au Président du Conseil puis au Premier Ministre, amis lié au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).
Sa première tâche, fut de rédiger une statistique générale de la déportation en France sous l’égide de la Commission d’histoire de déportation. Une grande enquête fut lancée partout en France par la mise en place d’un réseau de correspondant départementaux.
Dans les Ardennes, Robert Cloet puis Jacques Vadon (décédé le 19 décembre 1990, à l’âge de 79 ans, J. Vadon fut, de 1945 à 1976, professeur d’histoire et de géographie au lycée Chanzy à Charleville), furent les correspondants départementaux du CD2GM dès 1958.
Les résultats de l’enquête dans le département furent publiés dans le numéro 118 de mars 1963 du « Bulletin du Comité d’Histoire de la deuxième guerre mondiale », puis intégrés au « Bilan de la souffrance dans les Ardennes » présenté dans le numéro 38 de juillet-septembre 1964 de la revue Études Ardennaises.
En parallèle à cette activité débutèrent les recherches sur la Résistance et sur l’Occupation, qui menèrent Jacques Vadon à l’écriture de nombreux articles dans la Revue historique ardennaise, publiée par les Archives départementales, puis à la soutenance de sa thèse de doctorat en 1979.

VADON (J), « Statistique de la répression à la Libération », Bulletin du Comité d’histoire de la 2e guerre mondiale, n° 197, janvier-février 1972, p. 22-25.
VADON (J.), « Les mouvements de collaboration dans les Ardennes (1942-1944) »,  Revue Historique  Ardennaise, T. IX, 1974, p.193 - 206.
VADON (J.), « Le Comité Départemental de Libération », Revue Historique  Ardennaise T. X, 1975, p.123 - 144 .
VADON (J.), « Le S.T.O. dans les Ardennes », Revue Historique  Ardennaise, T. XI, 1976, p. 67 - 86.
VADON (J.), « Les parachutages dans la Résistance ardennaise (mai 1943-août 1944) », Revue Historique  Ardennaise, T. XVII, 1982, p. 249 - 264
VADON (J.), « Les fusillés ardennais pendant l’occupation : mai 1940-septembre 1944 », Revue Historique  Ardennaise, T. XXII, 1987, p. 185 – 206
VADON (J),  « Les femmes ardennaises accusées de collaboration de mai 1940 à septembre 1944 » (article posthume), Revue Historique Ardennaise, T. XXX, 1995,  p. 89-97.


VADON (J.), « La Résistance dans les Ardennes », thèse de Doctorat sous la direction d’Annie Kriegel, 1979 (non publiée)

Une somme de référence sur le sujet, par celui qui s’est imposé comme l’historien de la Résistance dans les Ardennes. On ne peut que regretter qu’elle n’ait jamais été publiée (bien que le projet en ait été dressé) ! Heureusement, on peut la consulter aux archives départementales. Une base de travail nécessaire à toute recherche sur le sujet.


VADON (J.), Contribution à l’histoire de la Résistance dans les Ardennes (juin 1940- septembre 1944), C.D.D.P., Charleville-Mézières, 1969

La structure en deux parties, sous forme de deux tableaux (chronologique pour l’histoire de la Résistance ardennaise, synchronique pour le recensement des sabotages ferroviaires dans le département), destinait l’ouvrage aux enseignants ou aux spécialistes de la question, tout au moins à l’amateur éclairé. Vadon s’en expliquait dans son introduction : « D’aucuns regretteront peut-être l’absence d’un récit et l’usage de tableaux […] nous avons voulu […] nous défendre de tout développement littéraire absolument inutile : les faits parlent d’eux-mêmes. » Même si je ne partage pas cette dernière assertion, la Contribution de J. Vadon reste donc un outil précieux pour le chercheur.

Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 16:14
Après la victoire judiciaire de la famille Liepietz contre l'Etat et la SNCF il y a deux mois, 200 familles d'anciens déportés réclament réparation auprès de la SNCF pour son rôle dans la déportation des juifs durant la Seconde guerre mondiale. Ci-dessous, extrait d'un article publié par le quotidien Libération (édition du 29 août), interrogeant l'historien Eric Alary, chercheur associé au Centre d'histoire de Sciences-Po Paris, qui a dirigé la rédaction de l'ouvrage Les Français au quotidien (1939-1949) (Ed. Perrin).

Quel rôle joue la SNCF dans la France occupée ?
La SNCF est au coeur du processus d'occupation. Dès leur arrivée, les Allemands sont obnubilés par la remise en état du réseau ferré pour transporter les troupes et piller les richesses économiques du pays. C'est pourquoi les cheminots prisonniers de guerre sont les premiers libérés. En juillet 1940, le directeur de la SNCF indique que la Wehrmacht aide la SNCF à reprendre une exploitation normale de son réseau.
Comment s'organise le transport des déportés ?
La SNCF est obligée de collaborer avec la Reichsbahn (chemins de fer du Reich) qui lui réclame dans un premier temps 1 000 locomotives et 35 000 wagons. La SNCF obéit au ministère de l'Intérieur, à la préfecture de police et au Commissariat général aux questions juives qui relaient les ordres des Allemands. Elle est un exécutant mais elle n'ignore pas la nature des convois. Le 15 juillet 1942, lors d'une réunion au ministère de l'Intérieur, le représentant de la SNCF demande que pour des raisons de discrétion, ces convois prennent simplement le nom de «transports IAPT» pour «Israélites Allemands-Polonais-Tchécoslovaques». Le personnel et le matériel de transport sont français jusqu'au poste-frontière de Novéant, en Moselle. La SNCF doit plomber les portes des wagons, former les convois en dehors des gares et les faire partir entre 6 et 7 heures du matin pour des raisons de discrétion.
Comment réagissent les cheminots ?
Nombre d'agents ne sont pas d'accord et l'opposition grandit quand la SNCF révoque les cheminots communistes, à partir de l'été 1941, suite à l'attaque allemande contre l? URSS. Quelque 1 290 agents sont suspendus en novembre 1941, dont 445 sont incarcérés ou internés par les autorités françaises (sur un total de 500 000 cheminots). On sait qu'il y a eu de nombreuses tentatives de cheminots pour amener de l'eau, des provisions, dévisser les planchers des wagons. Des petits gestes, très risqués, parfois décisifs. D'autres ont saboté les rails ou les machines. A partir de 1943, la collaboration entre les cadres de la SNCF et ceux de la Reichsbahn s'érode. Les sabotages se multiplient : 819 cheminots ont été fusillés et 1 200 sont morts en déportation.
La SNCF n'avait-elle aucune marge de manoeuvre ?
Tout ce qui touchait à la déportation relevait des Allemands, dont les ordres étaient relayés par le ministère de l'Intérieur français, la préfecture de police. La SNCF a assuré elle-même l'organisation logistique des transports, car elle refusait l'ingérence allemande dans l'exploitation de son réseau. En fait, quand les cadres de ta SNCF ont eu une marge de manoeuvre, ils l'ont utilisée pour sauvegarder l'activité économique de leur entreprise.

Published by philippe lecler - dans Actualité
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