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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 07:22
Le maquis « Baïonnette » fut créé en septembre 1943 par Emile Fontaine et « Georges » Henri Lallement.

Au printemps 1942, Henri Lallement avait été chargé par Henri Moreau de rechercher dans la région de Rumigny des recrues pour former des groupes de résistance. A la fin de l'année, le groupe créé à Rumigny comptait une dizaine d'hommes, deux autres groupes furent formés début 1943.
En février 1943 Henri Lallement fut nommé chef de section. Il avait pour tâches l'animation des groupes locaux , l'approvisionnement en faux papiers, les liaisons avec les autres secteurs, l'hébergement d'aviateurs alliés et de Juifs évadés du camp des Mazures.
En juillet 1943, Henri Moreau abandonna la direction du secteur de Signy-l'Abbaye à son adjoint, Adrien Fournaise, alias "Muirion". Employé en gare de Liart, âgé de 41 ans, Adrien Fournaise avait facilité, dès le début de l'Occupation, les prisonniers évadés en leur fournissant de faux papiers, en récoltant tous les renseignements sur les troupes allemandes et les transmettant à Londres via un réseau. Arrêté par la Gestapo le 24 décembre 1943, Adrien Fournaise fut incarcéré à la prison de Charleville, puis à Paris, puis à Romainville et à Natzwiller (Vosges). En mai 1944, il fut déporté au camp de Grossrosen, en Silésie, puis transféré en février 1945 vers Dora où il mourut d'épuisement.
Henri Lallement (qui devint « Georges », pseudonyme qu'il gardera après la libération) fut nommé adjoint au nouveau chef de secteur de Signy-l'Abbaye, Emile Fontaine, par ailleurs responsable de deux cantons de l'Aisne. Quant à Henri Moreau, il alla s'occuper du Bureau des opérations aériennes (B.O.A.) jusqu'à son arrestation en janvier 1944 à Chalons-sur-Marne. Emprisonné à Charleville, martyrisé, il ne parlera pas sous la torture. Les Allemands le fusilleront à Tournes avec douze autres prisonniers le 29 août 1944.
En Septembre 1943 débutèrent les travaux d'aménagement du futur maquis "Baïonnette", dans le bois de Rumigny, entre Rumigny et Blanchefosse.

M. Robert Blain était marchand de bestiaux. A ce titre, il était en contact avec le bureau de l'Enregistrement de Rumigny où Henri Lallement (« Georges ») était receveur. Des relations s'étaient nouées et lorsqu'en 1944, un maquis était devenu nécessaire au secteur, c'est dans les Bois de Rumigny, non loin de la ferme Blain, que son choix s'est porté : des bois pour être à couvert mais surtout la possibilité d'un magnifique terrain d'atterrissage en forme de U. Un chemin reliait directement la ferme au Maquis (environ 2 kms), mais il était assez emprunté, donc repérable.
La ferme était en quelque sorte la base arrière,  Georges y entreposait ses vêtements de rechange et son vélo (il était le seul à disposer d'un vélo), mais elle servait surtout au ravitaillement. Mme Blain faisait les courses auprès des commerçants ambulants. A la ferme, ils étaient 7, au Maquis, une vingtaine, plus le passage. Ce ravitaillement, elle l'a assuré souvent gratuitement. « Pinpin » (Guy Canon) s'occupait de l'intendance du Maquis et faisait les allers et venues. La nuit, il arrivait que des maquisards lancent des cailloux pour se procurer du ravitaillement. En cas de danger, Mme Blain tendait un torchon au vasistas du grenier.
Deux aviateurs américains, dont l'avion était tombé du côté d'Ebouleau, dans l'Aisne, avaient été dirigés vers le Maquis Baïonnette par Pierre Maujean (« Jojo »), résistant de Tavaux. Le 24 juillet 44, Ovide Borgniet, adjoint de Georges, a parcouru à pied 80 kms pour aller les chercher. L'un d'eux souffrit d'un mal blanc. A la ferme Blain, on fit passer le médecin de Brunehamel, le Dr Gottlieb, qui le soigna un soir tard.
Quand Mme Blain repérait sur la route des passages suspects, elle partait avec un panier contenant un livre de messe pour, disait-elle, « aller prier la Vierge à La Houssoye ». En fait, elle allait prévenir de ce qu'elle avait vu...
Elle n'avait peur de rien.
Fin août 44, le Maquis fut repéré. Mais les maquisards eurent le temps de se replier à quelques kms au S.E., dans la forêt d'Estremont. Cette fois, ce fut au moulin de Bay, tenu par Roger Camas, qu'ils trouvèrent leur ravitaillement.
Pour tous ces services, Mme Blain  a reçu  la Croix de Guerre le 1-12-45. Elle a aussi été décorée de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance.
Aujourd'hui, en 2006, il ne reste que deux survivants du Maquis Baïonnette : H.G. Lallement et René Borgniet, qui habite toujours aux Grands Caillaux.
Soixante-deux ans après, Yvette Blain, qui avait 17 ans en 1944, devenue Mme Bouxin, rend toujours régulièrement visite à Georges, en maison de retraite, et la chaleur de leurs retrouvailles témoigne de ce que furent les rapports entre le Maquis et la ferme Blain.  
Rencontre avec Mme Yvette Bouxin d'Aouste, fille de Mme Emilienne Blain, ferme des Grands Caillaux, Maquis Baïonnette, le 17- 07 -2006.
La relation qui précède a été recueillie par Mme Sylvie Laverdine, qui travaille actuellement sur ce secteur de la Résistance ardennaise (Signy-l'Abbaye).
Des hommes du maquis "Baïonnette" avec leurs amies, à la Libération.
Biblio :
A. Nice, Tavaux, 30-31 août 1944, histoire d'une tragédie.
P. Lecler,
La Résistance et la Libération. Entretiens avec G.H. Lallement, Terres ardennaises n° 88, octobre 2004
 
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1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 17:23
Pour cette livraison spéciale consacrée à la Shoah dans les Ardennes, la "bibliographie ardennaise" bouleverse  l'ordre chronologique qui lui avait été assigné, et se permet d'enjamber allègrement quelques années.

HUSSON (J.P.), La déportation en Champagne-Ardenne, CRDP de Reims, 1991

 
Rédigée par Jean Pierre Husson, "la déportation en Champagne-Ardenne", plaquette publiée en 1985 au CRDP, a été en partie actualisée à partir de sa thèse de doctorat ("La Marne et les Marnais pendant la seconde guerre mondiale") et du DEA de son épouse sur la déportation des Juifs de la Marne (mise en ligne ici). Le livre est issu de l'enquête du Comité d'histoire de la deuxième Guerre Mondiale, dont le réseau de correspondants pour notre département fut constitué par Robert Cloet puis Jacques Vadon. L'ouvrage dresse un bilan de la déportation dans les départements.
Pour les Ardennes, celui-ci porte le nombre de déportés à 524, (dont 240 rentrés), soit 1 déporté pour 468 habitants :
- à près de 32 % pour « résistance »
- à près de 20 % pour des motifs « politiques » (le plus souvent pour appartenance au parti communiste et/ou fait de résistance)
- à près de 20 % pour motifs raciaux (101 personnes, 29 rentrées).
47 % des déportations ont eu lieu durant l'année 1944, à destination principalement des camps d'Auschwitz-Birkenau (109 personnes) et de Buchenwald (55 personnes). La déportation a touché majoritairement des hommes de plus de 18 ans (436), aucun  milieu socioprofessionnel n'a été épargné.

Dessin d'Henri Gayot, rélisé après sa détention à Natzweiler, évoquant les séances de rassemblement qui se tenaient à toute heure sur l'une des places du camp (tiré de Struthof, de R. Steegmann)

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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 14:54


 

Le fort des Ayvelles, construit après la guerre de 1870 pour se substituer à la place de Mézières, qui avait démontré lors de ce conflit ses faiblesses face à l'artillerie allemande, faisait partie d'un ensemble de fortifications bâties sur le cours de la Meuse. Il fut abandonné sans combat lors de la Première Guerre mondiale et ne joua aucun rôle militaire durant la Seconde. Mais, utilisé par les Allemands lors de l'Occupation, le fort fut, avec le stand de tir du plateau de Berthaucourt, un lieu où les sentences de peine de mort du tribunal militaire allemand à l'encontre des résistants furent exécutées, comme en témoigne cette plaque apposée sur un de ses murs d'enceinte.

 

 

 

 

 

 

 

René Bouré, 54 ans, fusillé le 17 février 1944. Domicilié à Grandpré, mécanicien-garagiste, membre de l'OCM, il avait été arrêté le 17 novembre 1943 pour détention d'armes.

 

Jean Dachy (22 ans), Maurice Hugueville (27 ans), Daniel Matter (19 ans) et René Matter (47 ans), furent fusillés le 9 juin 1944. Arrêtés les 7 et 8  juin, à Nouzonville, pour sabotage sur voie ferrée.

 

Les quatre cheminots d'Amagne, René Arnould (35 ans), Georges Boillot (35 ans), Robert Stadler (39 ans)et Lucien Maisonneuve (36 ans), furent fusillés le 26 juin 1944. Ils avaient été arrêtés deux jours plus tôt, après avoir perpétré de nombreux sabotages ferroviaires à la gare d'Amagne-Lucquy (comme le savent les lecteurs d'Ami, si tu tombes).

 

René Marchand (46 ans), chef de secteur de Charleville, Pierre Chardin (27 ans) et Roland Lambert (20 ans) furent fusillés le 1er juillet 1944. Ils avaient été arrêtés dans la nuit du 9 au 10 juin, au retour d'un parachutage, sur la route de Monthermé à Charleville.

 

Rêve Roc (Rêve étant son prénom usuel, et non Jean), 30 ans, habitant Charleville, cheminot, fut condamné par un tribunal militaire pour avoir hébergé des réfractaires. Il fut fusillé le 1er juillet 1944.

 

Octave Ladouce (42 ans), domicilié à Bar-les-Buzancy, fut fusillé le 5 juillet 1944. Il avait été arrêté pour détention d'armes.

 

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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 12:17
Les ouvrages sont cités dans l’ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l’année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n’encombrent pas les fonds de bibliothèques, le choix d’une date de rupture est donc purement formel.


Le Comité d’Histoire de la seconde guerre mondiale fut fondé en décembre 1951, chargé, sous la direction d’Henri Michel, de recherche historique sur le conflit mondial. Organisme interministériel rattaché au Président du Conseil puis au Premier Ministre, amis lié au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).
Sa première tâche, fut de rédiger une statistique générale de la déportation en France sous l’égide de la Commission d’histoire de déportation. Une grande enquête fut lancée partout en France par la mise en place d’un réseau de correspondant départementaux.
Dans les Ardennes, Robert Cloet puis Jacques Vadon (décédé le 19 décembre 1990, à l’âge de 79 ans, J. Vadon fut, de 1945 à 1976, professeur d’histoire et de géographie au lycée Chanzy à Charleville), furent les correspondants départementaux du CD2GM dès 1958.
Les résultats de l’enquête dans le département furent publiés dans le numéro 118 de mars 1963 du « Bulletin du Comité d’Histoire de la deuxième guerre mondiale », puis intégrés au « Bilan de la souffrance dans les Ardennes » présenté dans le numéro 38 de juillet-septembre 1964 de la revue Études Ardennaises.
En parallèle à cette activité débutèrent les recherches sur la Résistance et sur l’Occupation, qui menèrent Jacques Vadon à l’écriture de nombreux articles dans la Revue historique ardennaise, publiée par les Archives départementales, puis à la soutenance de sa thèse de doctorat en 1979.

VADON (J), « Statistique de la répression à la Libération », Bulletin du Comité d’histoire de la 2e guerre mondiale, n° 197, janvier-février 1972, p. 22-25.
VADON (J.), « Les mouvements de collaboration dans les Ardennes (1942-1944) »,  Revue Historique  Ardennaise, T. IX, 1974, p.193 - 206.
VADON (J.), « Le Comité Départemental de Libération », Revue Historique  Ardennaise T. X, 1975, p.123 - 144 .
VADON (J.), « Le S.T.O. dans les Ardennes », Revue Historique  Ardennaise, T. XI, 1976, p. 67 - 86.
VADON (J.), « Les parachutages dans la Résistance ardennaise (mai 1943-août 1944) », Revue Historique  Ardennaise, T. XVII, 1982, p. 249 - 264
VADON (J.), « Les fusillés ardennais pendant l’occupation : mai 1940-septembre 1944 », Revue Historique  Ardennaise, T. XXII, 1987, p. 185 – 206
VADON (J),  « Les femmes ardennaises accusées de collaboration de mai 1940 à septembre 1944 » (article posthume), Revue Historique Ardennaise, T. XXX, 1995,  p. 89-97.


VADON (J.), « La Résistance dans les Ardennes », thèse de Doctorat sous la direction d’Annie Kriegel, 1979 (non publiée)

Une somme de référence sur le sujet, par celui qui s’est imposé comme l’historien de la Résistance dans les Ardennes. On ne peut que regretter qu’elle n’ait jamais été publiée (bien que le projet en ait été dressé) ! Heureusement, on peut la consulter aux archives départementales. Une base de travail nécessaire à toute recherche sur le sujet.


VADON (J.), Contribution à l’histoire de la Résistance dans les Ardennes (juin 1940- septembre 1944), C.D.D.P., Charleville-Mézières, 1969

La structure en deux parties, sous forme de deux tableaux (chronologique pour l’histoire de la Résistance ardennaise, synchronique pour le recensement des sabotages ferroviaires dans le département), destinait l’ouvrage aux enseignants ou aux spécialistes de la question, tout au moins à l’amateur éclairé. Vadon s’en expliquait dans son introduction : « D’aucuns regretteront peut-être l’absence d’un récit et l’usage de tableaux […] nous avons voulu […] nous défendre de tout développement littéraire absolument inutile : les faits parlent d’eux-mêmes. » Même si je ne partage pas cette dernière assertion, la Contribution de J. Vadon reste donc un outil précieux pour le chercheur.

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