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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 07:28

                  La publication de la Revue Historique Ardennaise est toujours un événement. La dernière parution ne déroge pas à la règle que s'est toujours fixée la Société d'Etudes Ardennaises en termes de clarté, de sobriété, mais aussi de qualité dans le choix de ses articles. Le thème de cet opus étant relatif à des sujets qui nous sont chers, j'invite tous les lecteurs de ce modeste blog à sa découverte.

 On pourra y lire un remarquable article de J.P. Marby, "La 130 AV 3, Micheline Huck, Léon Habran, Raoul Lambert et Léon Thilie, une filière d'évasion de la zone interdite vers Reims", à la fois chronique familiale des temps de l'Occupation et étude de la filière de "passeurs" fondée par Micheline Huck à Vouziers et Léon Habran à Reims, qui fut démantelée par les arrestations menées par la police allemande en juillet 1942, et qui entraîna la condamnation et la déportation dans les camps nazis de ses initiateurs. La mémoire de cet épisode justement évoqué par J.P. Marby illustre très précisément les propos tenus par l'historienne Claire Andrieu dans une communication récente où elle évoque
" le cas d’une population résistante « non médiatique », celle qui s’engage dans l’hébergement des aviateurs alliés. La mémoire de cette aide existe peu dans les publications universitaires mais est très présente dans les familles [...] La mémoire de l’hébergement des soldats et aviateurs alliés n’a pas émergé dans l’espace public national, mais elle connaîtra peut-être la même évolution que la mémoire du génocide."

Pour en revenir à l'article de J. P. Marby, la sobriété dans la narration se double d'une très grande précision des faits et des sources. On retrouve la même rigueur dans le chapitre qu'il consacre à deux jeunes fusillés, Pierre Lambert et Pierre Gribouva, exécutés par les Allemands à Charleville à la veille de la libération de la cité et dont les noms sont inscrits à Berthaucourt.

Dans cette livraison encore, l’historien J.E. Andreux, découvreur du Judenlager des Mazures, consacre un article à trois Justes, avec en figure centrale celle d’Émile Fontaine, et J.F. Saint-Bastien publie le « Carnet de route » et d’exode de deux habitants d’Alland’huy.

Enfin, on lira avec attention les témoignages recueillis par M.F. Barbe et S. Laverdine auprès d'Etienne Brice, fondateur avec Paul Royaux et André Point de la Résistance ardennaise aux premières heures de l'occupation, et auprès de Denise Richard (qu'on a déjà pu lire ici). Du bel et bon ouvrage, en vente dans toutes les bonnes librairies et aux Archives départementales…

Published by philippe lecler - dans Actualité
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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 17:37

Une plaque apposée à Olizy, petit village proche de Vouziers, rappelle l'exécution de deux aviateurs alliés par les Allemands le 8 août 1944…

 

 


Les deux hommes avaient été capturés par les soldats ennemis après que leurs appareils se fussent crashés au sol.

Le B-17 Lucky Lady II piloté par le Lieutenant américain Richard Francis Noble, avait été abattu par la Flak le 12 mai 1944 au dessus de la Belgique, près de Sougné-Remouchamps (province de Liège). On ignore les circonstances de la chute, le 24 avril 1944, du Halifax du sous-lieutenant canadien Henri Édouard Dubé appartenant au 425e Squadron de la Royal Canadian Air Force.

 

A gauche, un Halifax de la RAF. A droite, l'insigne du 425e Squadron dont le personnel était composé de Canadiens francophones ("Alouette, je te plumerai")

Il semble qu’après avoir été capturés par les Allemands, les deux aviateurs s’étaient évadés du train les menant vers l’Allemagne. Ils furent repris dans les environs d’Olizy le 8 août. Après avoir été détenus une partie de la journée dans l’église du village, ils furent emmenés en bordure d’un bois au lieu-dit « Le Canapé », commune d’Olizy, où ils furent exécutés d’une balle dans le front.

Leurs deux corps furent découverts le jour-même, vers 15 h 30, le rapport de gendarmerie précisant qu’ils étaient « enterrés dans une tranchée peu profonde, les corps émergeant du sol » (ADA, 1W 54). Ils étaient vêtus de costumes civils, ce qui permet de penser qu’ils avaient bénéficié dans leur fuite de l’aide de la population en territoire occupé…

Henri Édouard Dubé est enterré au cimetière d’Olizy. Deux rues du village portent les noms des aviateurs.

Je signale à l'occasion l'existence de cet excellent ouvrage publié en 2006 par l'ANACA ("Amitiés Nord-Américaines de Champagne-Ardenne"), qui répertorie les tombes militaires des Canadiens morts au combat pendant la 2e Guerre mondiale dans la région (édition bilingue).

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:21

LAMBERT (J.) et GIULIANO (G.), Les Ardennais dans la tourmente : l’Occupation et la Libération, Éditions Terres Ardennaises, Charleville-Mézières, 1994


Second opus de la 2e Guerre mondiale dans les Ardennes dû aux historiens de Terres ardennaises.

Un découpage thématique qui couvre tous les domaines de la vie des Ardennais sous l’Occupation (la Résistance n’en est qu’un parmi d’autres) avec un parti pris de privilégier le témoignage, sans pour autant négliger l’analyse historique. Avec, en plus, des documents, photographiques ou écrits, inédits. Un livre indispensable.

Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 16:33

           Situé à l’écart de la route départemental 6, entre Senuc et Montcheutin, dans le vouzinois, le Calvaire des fusillés du bois de la Forge rappelle qu’en ces lieux, le 29 août 1944 trois patriotes furent fusillés pour avoir voulu hâter la libération du département…



 

                   Cet épisode appartient à l’histoire du maquis de Grandham-Lançon fondé en juin 1944 par un ancien sous-officier de l’armée française, Robert Verner. Fort d’une centaine d’hommes après que les eut rejointe la « Centaine plan Pol » du gendarme Raphaël Petit, le maquis fut approvisionné en armes par des parachutages sur les terrains « Panama » (à Lançon), et « Autogyre » (à proximité de Senuc).

Ce sont donc des hommes puissamment armés qui accueillirent un convoi militaire allemand qui s’était engagé sur le chemin de leur campement le 28 août. Supérieurs en nombre, les maquisards capturaient 5 soldats et tuaient l’officier qui les commandait. Mais l’alerte était donnée chez l’occupant et le lendemain un véhicule blindé était envoyé à la recherche de la section disparue. Lors de l’engagement qui s’ensuivit sur le terrain, le caporal Diana, un tirailleur sénégalais échappé de captivité, et Léon Haudecoeur tombaient sous les tirs de mitrailleuse de l’engin qui rebroussait chemin.  

 



Mise en échec, la chenillette blindée redescendit sur le village de Lançon où ses occupants arrêtèrent Henri Collard, qui revenait à bicyclette d’Autry chargé de pain pour sa famille. Accusé de ravitailler le maquis, celui-ci fut contraint de monter dans le véhicule qui prit la route de Senuc. Quelque temps après, les soldats de la chenillette aperçurent des hommes menant des chevaux qu’ils arrêtèrent à leur tour. Ces derniers venaient d’effectuer un transport d’armes pour le maquis (un parachutage avait eu lieu la veille sur « Autogyre »). Robert Haulin, Lucien Dauphy, Maurice Briys, Gabriel Caillet, prirent place auprès d’Henri Collard. Enfermés d’abord dans une écurie de Senuc, interrogés, battus, ils furent emmenés au lieu-dit le « bois de la Forge » pour y être fusillés.

Robert Haulin et Lucien Dauphy parvinrent à s’enfuir.

Ce 29 août, Maurice Briys, cultivateur âgé de 49 ans, père de quatre enfants, Gabriel Caillet, cultivateur âgé de 48 ans, père de deux enfants et Henri Collard cultivateur âgé de 46 ans, père de quatre enfants, succombèrent sous les balles d’un peloton d’exécution improvisé.


 


Érigé à l’initiative de l’UAFFI, le calvaire des fusillés rappelle aussi le sacrifice des résistants du canton de Grandpré dont les noms sont inscrits à Berthaucourt.

Published by philippe lecler - dans Des lieux
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