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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 14:14
            N'ayant pu, et je le regrette, suivre les deux premières journées du colloque organisé par la SEA au Musée Guerre et Paix à Novion-Porcien, "14-18, l'autre Résistance", j'ai néanmoins assisté à la dernière après-midi où furent définies par le Professeur François Cochet les modalités de la résistance pendant la période citée.

C'est par une audacieuse comparaison avec celle des années 40-44 que le professeur a tenté de définir "l'autre résistance", en reprenant les différentes thématiques de l'action (sauf celle de la résistance armée, hors-contexte en 14-18) :

- Aide aux prisonniers de guerre évadés avec son corolaire, la production de faux-papiers

- Collecte du renseignement militaire à destination de l'état-major

- Sabotages des voies et moyens de communication, éventuellement sabotages d'installations industrielles sur les arrières de l'ennemi, effectués entre 1914 et 1918, et c'est important, par des agents de l'armée française déposés par aéroplane sur les arrières des lignes ennemies (les "Missions spéciales").

Quelques modestes réflexions sur le sujet

Dans la définition qu'il donna de la résistance, le conférencier négligea la dimension populaire du phénomène, essentielle dans sa compréhension me semble-t-il dans le cas des années 40-44 ; dimension totalement ( ?) absente lors du premier conflit : dans tous les cas ( ?), c'est l'appareil militaire qui initie, dirige "la résistance" organisée (question : un militaire qui défend son pays est-il un résistant ?)

Un exemple à l'appui de cette démonstration et qui vaut mieux qu'un long discours, celui d'un résistant ardennais des deux guerres, Alphonse Machaux.

Jeune paysan des Hauts-Buttés lors du premier conflit, Alphonse Machaux avait été agent de renseignements pour le compte du 2ème Bureau, transportant des courriers de Charleville à la Hollande. Arrêté en juin 1917 par les Prussiens, il avait été condamné à sept années de forteresse. Après la guerre, il avait été décoré de la Médaille de la Reconnaissance franco-belge.

En 1941, il participa avec la famille Fontaine, des Vieux-Moulins de Thilay, à la filière d'hébergement des prisonniers de guerre évadés, puis fut sollicité pour former une équipe de réception des parachutages. Il participera au parachutage du 20/21 septembre 1943, puis au printemps de 1944 à l'accueil des officiers du maquis des Ardennes (sources : "Exposé circonstancié et détaillé des faits ayant entraîné la proposition" d'Alphonse Machaux, doc. P. Lecler).

Lors de la Première guerre mondiale, Alphonse Machaux fut placé sous les ordres d'un officier français des services secrets (des "Missions spéciales"). Lors de la seconde, il fut sous ceux d'un garçon-coiffeur de Charleville, chef de l'OCM, connu sous le pseudonyme de Commandant Fournier. Là réside une des principales différences entre les deux résistances.

En 14-18, l'armée était omniprésente dans le combat, dans les cœurs et dans les esprits (même, paradoxalement, dans les territoires occupés).

Entre 40 et 44, la défaite consommée, elle en fut totalement absente (cherchez les militaires inscrits sur le Mémorial de la Résistance de Berthaucourt...)...

Cette dimension populaire fut marquée par l'engagement dans la lutte contre l'occupant de civils : la guerre n'était pas leur métier. Cet engagement dépassa les simples fonctions d'exécution, mais aboutit pour beaucoup à la « promotion » à des postes de décision et de commandement dans la lutte clandestine,  et l'on vit des instituteurs commander à des généraux, des garçons-coiffeurs donner des ordres à des lieutenants-colonels. Ce total bouleversement des valeurs sociales dans la Résistance est absent lors du premier conflit. Et s'il y eut bien, comme en 14-18, des militaires impliqués dans la lutte armée (Missions interalliées, équipe Jedburgh, agents du BCRA ou du SOE parachutés en France occupée), ils ne furent jamais que DANS la Résistance, et ne constituèrent pas LA résistance (Voir par exemple le titre français de l'ouvrage de M.D. Foot, SOE in France : « Des Anglais dans la Résistance ».)

Ces quelques remarques, loin d'épuiser le sujet, montrent, s'il en était besoin, que la notion de résistance est extrêmement complexe. La problématique inédite abordée par ce colloque en fit donc une véritable réussite, et nombre de thèmes abordés devraient susciter de nouvelles études sur le sujet.

 

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Published by philippe lecler - dans Actualité
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