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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 07:32

À Tout seigneur… La « Société d’Études Ardennaises » publie 1914-1918, l’autre résistance, qui constitue le numéro 41 de sa prestigieuse revue. Cette édition propose de retrouver les articles des intervenants du colloque organisé au musée Guerre et Paix de Novion-Porcien les 26 et 27 septembre 2008 sur le thème de la Résistance dans les Ardennes et dans sa région pendant la Première Guerre mondiale (j’en avais livré quelques réflexions ici).

   Au sommaire :  

 Écrire pour ne pas oublier

Les témoignages privés relatifs à la guerre 14-18 conservés aux Archives départementales des Ardennes, Violette Rouchy-Lévy.

Les troupes allemandes et l’occupation du nord du département de la Meuse à travers des témoignages écrits privés, Jean Lanher.

Des élèves racontent leur guerre : composition française d’enfants réfugiés dans les Alpes-Maritimes, Jean-François Saint-Bastien.

Des adultes écrivent la guerre : les cahiers d’Alcide Aubert de Taillette et d’Alexandre Guérin de Vendresse, Marie-France Barbe.

Résister en exil : l’exemple de L’Ardennais de Paris, Nicolas Charles

 Figures de résistants, volonté de résister

Fuir les Ardennes occupées pour servir dans l’armée française : l’itinéraire de l’instituteur Malicet, Béatrice Gonel.

Pommes de terre cachées à l’ennemi : un exemple original de résistance villageoise, Gilles Déroche.

Ardennais de souche, Ardennais de cœur : deux évêques dans la Grande Guerre, Jean-François Boulanger.

Georges Corneau et la défense des Ardennes, Jérémy Dupuy.

Résister dans les départements envahis : entre définitions et typologie, François Cochet.

 La résistance des troupes allemandes : tenir à l’arrière du front

La résistance de l’armée allemande face à la marche en avant de la 4e armée du Général Gouraud, Jean-Pierre Létang.

Le repos des guerriers : le cimetière allemand de Noyers-Pont-Maugis, Gerhard Händschke.

Annexe : 14-18 à travers les publications de la S.E.A. Petit survol bibliographique des numéros d'Etudes Ardennaises et de la Revue Historique Ardennaise, Pascal Sabourin.

 

 On notera avec beaucoup de satisfaction que le site de la SEA est désormais opérationnel à cette adresse :  http://www.histoire-ardennes.fr/  

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Un numéro exceptionnel de la revue Terres Ardennaises consacré à Mai 1940 avec, comme d’habitude, des articles de très grande qualité.  Pour plus de renseignements sur l’association et ses publications, le site internet de Terres Ardennaises fait peau neuve : http://terres.ardennaises.free.fr/

   terreardennaise

  Enfin, vient de paraître aux éditions Noires Terres (Louvergny,  2010) un livre de René Boly, L’orge et La Terre, récit consacré à deux paysans ardennais victimes de la guerre. Le premier, dont  le cas a été largement traité en ces pages (et dans l’ouvrage Le temps des partisans) est Eugène Andrieux. L’autre est Émile Godet, agriculteur à Sery, qui refusa d’évacuer en mai 1940 (j’avais évoqué son cas dans Ami, si tu tombes).Entre dénonciation des horreurs de la guerre, hommage à des valeurs que l’on voudrait éternelles de la terre et drame paysan, L’orge et La terre reste un récit historique ancré dans le terroir dont la fine plume de René Boly fait ressortir toutes les saveurs.

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Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 07:20

Comme il l’avait été annoncé en ces pages, les cérémonies d'hommage à la mission Citronelle aux Vieux-Moulins et aux morts du maquis des Ardennes au Calvaire des Manises, à Revin, ont prises cette année un relief exceptionnelle, du fait de la présence de la fille et des petits-enfants du capitaine britannique Desmond Ellis Hubble. Parachuté avec la deuxième partie de la mission Citronelle dans la nuit du 5/6 juin 1944, Hubble avait été capturé par les Allemands six jours plus tard, lors de l'attaque du maquis. Déporté au camp de concentration de Buchenwald, il y avait été pendu en septembre 1944.

Des rencontres ont été organisées entre la famille de Hubble et des anciens du maquis, mais surtout avec Georgette Fontaine, aux Vieux-Moulins de Thilay. Georgette, fille de Marguerite, rappelait que les parents du capitaine Hubble, ainsi que sa soeur et un de ses fils avaient été présents lors de l'inauguration du monument du Malgré-Tout en 1948. Une délégation britannique, composée notamment de Georges Whitehead et de Forest Yeo-Thomas, avait participé aux cérémonies et avait remis à la famille Fontaine, en signe de reconnaissance, un pavillon britannique qui avait flotté sur un navire de guerre ayant combattu durant le second conflit mondial. Lors de la rencontre du week-end dernier, c’est avec une grande émotion que les membres de la famille Hubble ont pu voir chez Georgette la combinaison de parachutiste du capitaine « Alain », que cette dernière détient encore. Ils ont pu aussi se rendre sur les lieux du parachutage de leur aïeul, à l’emplacement du terrain « Astrologie ».  

 

Manises 2010 090

 Les descendants du capitaine Hubble devant le monument aux morts des Manises. Jacquie, au centre, avec son mari et son fils (à gauche) ; ses neveux à droite (photo F. Docq). 

   

Message de Victor Layton à l’occasion de cette cérémonie  

"Je suis le dernier membre encore vivant de la mission Citronelle. J’aurais aimé être avec vous pour célébrer cet anniversaire, mais je suis trop âgé et physiquement incapable d’entreprendre un tel voyage, mais je suis de cœur avec vous et je me souviens de ce qui s’est passé le 12 juin, particulièrement de ces hommes braves qui ont perdu leur vie durant cette journée. Ils ne doivent pas être oubliés.

Saluez particulièrement Georgette Fontaine. Elle n’était qu’une jeune fille quand je l’ai connue, mais je me souviens de sa merveilleuse famille, et de l’aide qu’elle a apportée au maquis. Dites à la sœur de Hubble que je pense sans cesse à son frère. Il était mon ami, et mon coéquipier dans cette mission. Il était avec moi en juin 1944 quand il fut fait prisonnier par une patrouille allemande. Je regrette de n’avoir pu en faire plus pour empêcher sa capture […].

J’ai été volontaire pour entreprendre cette mission parce que j’avais une dette envers la France, pour les dix années où j’y avais vécu, la bonne éducation que j’y avais reçue, et la douce vie que j’avais connu dans votre pays. Je serai toujours un ami de la France."

 

 

Lire l'article dans le journal L'Union du 14 juin

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 11:54
   

Il ne faut pas croire que lorsque la famille Fontaine a accueilli les membres de la mission Citronelle au printemps de 1944, elle faisait ses premiers pas dans la résistance. Depuis les débuts de l’Occupation, la maison Fontaine était un lieu de passage, pour les prisonniers de guerre évadés d’abord, puis pour les aviateurs alliés dont les appareils avaient été abattus au-dessus du sol de la Belgique. Pour évacuer les uns vers la zone libre et les autres vers des lignes susceptibles de les prendre en charge pour un retour vers l’Angleterre, une organisation fut mise en place en juillet 1941 par le prêtre du village de Willerzie, en Belgique, l’Abbé Grandjean. Willerzie, situé sur la frontière franco-belge, est séparé des Vieux-Moulins par une épaisse forêt dans laquelle courent des sentiers et des chemins forestiers que parcouraient autrefois gardes forestiers, douaniers et contrebandiers. Ceux-ci seront mis à contribution pour passer de Belgique en France et guider de Willerzie aux Vieux-Moulins les prisonniers en fuite ou les rescapés du ciel.

   

GrandjeanJulesNé à Bellefontaine (Belgique) le 22 mars 1899, Jules Grandjean fut ordonné prêtre en 1926, nommé professeur à l'Institut St-Pierre de Bouillon, vicaire à Florenville en 1928, curé de Latour en 1931 et en 1936 curé de Willerzie. Résistant, il diffuse d’abord la presse clandestine s’engage dans l’Armée secrète de Belgique, puis rejoint ensuite la ligne d’évasion Comète. Il fonde en juillet 1941 la section "Dragon", qui permet le franchissement de la frontière franco-belge et organise le refuge-relais de Willerzie – Vieux-Moulins de Thilay pour le passage des évadés. À Marguerite Fontaine, il déclare dès les premiers jours : « Nous devons secourir ces malheureux par charité chrétienne, et aussi pour nos patries. En les arrachant à l’ennemi, nous formons des cœurs pour la revanche, pour la liberté et la dignité humaine » (M. Fontaine, Les Vieux moulins de Thilay…). L’Abbé Grandjean fut arrêté le 15 mai 1942 à Willerzie et écroué à la prison Saint-Gilles de Bruxelles pendant 15 mois. Il fut déporté le 28 août 1943 vers Essen, Münster, Cassel et Hamein, Groß-Strelitz, enfin Groß-Rosen en mai 1944. Il est décédé près de Groß-Rosen le 11 février 1945 à l'âge de 45 ans, dans la marche forcée vers Dora.

 

 

Arrivés aux Vieux-Moulins où ils étaient pris en charge par les Fontaine qui les nourrissait, les habillait, les logeait, leur fournissait, par l’intermédiaire d’administrations belges, des faux papiers pour continuer leur périple, les illégaux étaient dirigés vers Monthermé, où le notaire, Maître Maquenne, et le médecin, le docteur Lhoste, (qui assura le service sanitaire du maquis des Ardennes en 1944), les recueillaient. Ils étaient ensuite acheminés vers les gares de Monthermé ou de Charleville, pour prendre le train vers Paris ou la zone libre pour les évadés : vers Besançon, dans le Doubs, pour les aviateurs alliés, où des contacts avaient été pris pour les faire passer clandestinement en Suisse. La ligne sera coupée avec l’arrestation de l’Abbé, ainsi que celle de sa sœur qui le secondait dans son œuvre patriotique. Mais les passages continuent en dépit des menaces…

 

willerzie

 

Le parcours :

 

Willerzie, départ de l’église, sur la place de l’Abbé Grandjean. C’est ici qu’arrivaient les évadés depuis tous les coins de Belgique : depuis la région de Rogery, à la frontière allemande, de la région de Liège, depuis Dinant, après avoir suivi la Meuse, depuis Gédinne, toute proche. Les prêtres jouèrent un grand rôle dans cette chaine de solidarité qui, de proche en proche, venait en aide aux évadés.

 

 eglise willerzie  100 1093

 

À la sortie de Willerzie, « La pierre Bruck » érigée en l’honneur des brigadiers forestiers Émile et Albert Bruck, père et fils. Auxiliaires de l’Abbé Grandjean, ils accueillent les évadés, les hébergent bien souvent, puis les emmènent à travers la forêt, par les sentiers détournés, chez les Fontaine. On ne soulignera jamais assez l’importance du rôle des forestiers et des douaniers ardennais, qu’ils soient belges ou français, dans les lignes d’évasion des prisonniers et d’évacuation des aviateurs.   

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Un peu à l’écart du chemin menant directement aux Vieux-Moulins, le site de la Croix Scaille, qui culmine à 504 mètres d’altitude, où les Allemands entreprirent d’étranges travaux, qui ne furent jamais achevés. La ferme Jacob, totalement isolée en ce lieu, vit dans ses environs l’installation du maquis des Ardennes à l’été 1944, après l’attaque et le désastre des Manises les 12 et 13 juin.

 

ferme jacob

 

Arrivée aux Vieux-Moulins, 8 kilomètres plus tard... Avec la satisfaction d'avoir suivi, comme une centaine de prisonniers ou d'aviateurs dans les années 41 à 44, la ligne "Dragon"... 

 

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Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 20:42

Au début des années 1950, les anciens déportés et les familles des déportés qui n'avaient pas survécu à la déportation ont exprimé le souhait de voir inscrite au calendrier des commémorations une célébration nationale destinée à préserver la mémoire de la déportation.
 Ce besoin a été reconnu par la loi du 14 avril 1954, votée à l'unanimité par le Parlement, qui a consacré le dernier dimanche d'avril « Journée nationale du Souvenir des victimes et héros de la déportation », au cours de laquelle la nation honore la mémoire de tous les déportés sans distinction, et rend hommage à leur sacrifice. Le dernier dimanche d'avril a été retenu en raison de sa proximité avec la date anniversaire de la libération de la plupart des camps, et aussi parce que cette date ne se confondait avec aucune autre célébration nationale ou religieuse existante.

Cette année, à Rethel, il semble que la cérémonie ne se soit pas déroulée dans toute la rigueur voulue et dans le recueillement nécessaire à ce genre de manifestation, comme on peut le lire dans L'Ardennais du 27 avril sous le titre "Cérémonie du 25 avril, mélange des genres". Où il se révèle difficile, voire impossible, de faire coexister, simultanément, les temps festifs et commémoratifs dans la cité.

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Published by philippe lecler - dans Actualité
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