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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 16:01

 

Le 10 mai 1940, l’armée allemande attaque la France et pénètre sur le sol français en perçant par le massif ardennais. L’avancée rapide de la Wehrmacht est stoppée à Rethel où les troupes françaises établissent un solide glacis défensif qui résiste du 14 mai au 11 juin. À Rethel, c’est la 14e division d’infanterie du général de Lattre de Tassigny  qui s’établit dans la région, et participe à la défense de la ligne de l’Aisne. En face, deux Armee Korps soutenus par le Panzergruppe du General Guderian,  parviennent, malgré une défense acharnée, à franchir l’Aisne et le canal des Ardennes le 9 juin, et à établir une tête de pont permettant le passage et le déploiement des blindés qui vont se ruer vers le sud et parvenir à encercler les armées françaises de l’Est.

C’est le 9 juin à l’aube que se déclenche l’attaque allemande qui doit permettre aux troupes de la Wehrmacht de prendre pied sur la rive sud de l’Aisne. Elle débute à 3 h 45 par une violente préparation d’artillerie qui dure trente-cinq minutes. L’assaut est alors lancé et les fantassins allemands franchissent la rivière sur des canots pneumatiques. Les assaillants connaissent des fortunes diverses, et même si leur offensive est couronnée de succès à Givry ou à Thugny-Trugny, ils sont repoussés par les soldats français qui font de nombreux prisonniers. D’Attigny à Rethel, le front reste dominé par les troupes françaises. A l’ouest de la ville, la situation est plus critique.

La place de Château-Porcien, juin 1940 (Doc: P. Lecler)

À Nanteuil, malgré des pertes sévères et de durs combats, les fantassins allemands s’emparent de l’écluse, puis du village, et établissent une tête de pont qui va permettre aux pionniers de se mettre au travail. En fin d’après-midi, un pont est construit qui va permettre aux Panzer de passer la rivière.

Les fantassins allemands à l'écluse de Nanteuil
L'église de Nanteuil après les combats (Doc: P. Lecler)
Nanteuil, vue générale, juin 1940 (Doc: P. Lecler)

De la même façon, les Allemands passent Château-Porcien et Taizy, malgré une forte résistance. Ils ont pris pied au sud de la rivière, et en fin de journée, quatre ponts sont construits (?) : deux à Château-Porcien, un à Taizy, un autre à Nanteuil. Dans la soirée de ce 9 juin, les Panzer peuvent entrer en action et les premiers éléments de la 1. Panzer-Division passent le canal. La tête de pont est étendue jusqu’à Avançon.

Le pont provisoire allemand sur le canal à Taizy (Doc: J.C. Troyon)
Soldats allemands à Avançon, juin 1940 (Doc: P. Lecler)

 

Le 11 juin, les Panzer font route vers le sud-est pour contourner les troupes françaises accrochées sur l’Aisne à Rethel, les déborder et les forcer à abandonner le terrain. Après un mois de combats, la bataille de Rethel est terminée.

 

Les premiers Panzer se dirigeant vers Rethel, cliché daté par son auteur au 11 juin 1940 (Doc: J.C. Troyon)
Rethel après les combats (Doc : P. Lecler)

Bibliographie : R. Marcy, La bataille de Rethel, 16 mai-10 juin 1940, éd. Terres Ardennaises ; J.-R. Gorce, « Rethel 1940 » dans Histoire de guerre n°5, mai 2000 ; lire aussi l'excellent article de V. Fay, "Nanteuil, 1940 : des croix de l'ancien cimetière militaire découvertes en 2016", dans Revue Historique Ardennaise, n°50, 2018.

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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 10:46

 

Les municipalités de Revin et de Thilay et de Revin, le  Souvenir Français et l’association des Forestiers ont récemment apposé une plaque commémorative au lieu-dit « le Ravin de l’Ours » à Linchamps, là où au mois de juin 1944 les maquisards massacrés aux Manises furent enterrés une deuxième fois par les troupes allemandes.

 

Photo C. Montebran

Le 19 juin 1944, une semaine tout juste après l’attaque des troupes allemandes contre le maquis Prisme aux Manises, les gendarmes de Revin, alertés par des habitants des hauts-Buttés, découvrent les charniers où ont été abandonnés les corps des maquisards massacrés par les Allemands. Ces fosses conservent les corps des victimes du maquis qui y furent jetés pêle-mêle. Celles-ci se trouvent situées dans les bois de Revin, à deux kilomètres environ au nord-ouest des Hauts-Buttés, à un kilomètre environ à l’est du « Père des Chênes ».

 

Après la découverte de ces premières tombes par les gendarmes, un rapport est adressé au procureur de la République de Charleville et au préfet des Ardennes.

Le lendemain, l’adjoint au maire de Revin et le secrétaire de mairie se rendent sur les lieux accompagnés des gendarmes. Un procès-verbal de découverte des corps est dressé afin de demander leur exhumation à la Feldkommandantur. Dès le 21 juin, les Allemands réagissent (non par peur de « représailles des familles » comme il est écrit sur le panneau que l’on voit aujourd’hui, mais plutôt dans une volonté de maintenir un ordre de plus en plus précaire) et exhument les corps des maquisards pour les transporter secrètement dans des charniers ouverts au Ravin de l’Ours, à Linchamps.

 

Voici ce qu’en écrit Marguerite Fontaine dans son Journal :

 

« Le 21 juin, ils [les Allemands] interdisent toute circulation sur la route de Revin et le chemin forestier du Fond de l'Ours. Une sentinelle refoule tous ceux qui veulent prendre ces routes. Aux Hauts-Buttés, une auto occupée par des officiers, pré­cédant deux camions couverts de branchages et traînant après eux une odeur nauséabonde, passe. Le convoi s'engage sur le chemin du Fond de l'Ours, revient sur ses traces en fin de journée ; le lendemain, même manège.

Quelqu'un va le soir à la clairière du Père des Chênes : toutes les tombes sont vides. Des douaniers des Hauts-Buttés, de Linchamps, M. Camille Doudoux des Six-Chênons, ont relevé sur les côtés de la route des taches de chaux. Guidés par elles, et quoi que les Allemands se soient ingéniés à recouvrir la terre de gazons, à replanter des arbustes, ils découvrent les lieux où les corps ont été réinhumés : il y a deux charniers. Plus tard, un jeune garçon du pays, Zachary, caché dans les bois, dira qu'il a vu les Allemands traîner les cadavres avec des crocs à trois dents, de chaque côté du ruisseau. »

 

Les charniers de Linchamps découverts, des habitants de Revin entreprennent d'exhumer les corps pour les identifier, malgré le danger. Des tombes provisoires sont creusées à proximité de la maison forestière de Malgrétout, et les quatre-vingt neuf dépouilles mortelles des hommes de Revin y sont ensevelies, les autres, ceux de Fumay, l’étant dans le cimetière des Hauts-Buttés.

Les choses en resteront là jusqu’à la Libération quand le 8 octobre 1944 aura lieu l’inhumation définitive des maquisards dans le cimetière de Revin, au cours d’une cérémonie grandiose.

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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 06:40

La cérémonie du 75e anniversaire de la chute du Banel aura lieu le dimanche 23 juin, devant le monument, à 10h. 

 

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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 18:52

 

                      On se souvient que le livre que nous avions publié Annette Biazot et moi-même abordait un pan inconnu de la Résistance dans les Ardennes, celui de l’installation, du développement puis de la chute du réseau SOE Prosper dans les Ardennes et en Belgique. Nous avions utilisé de nombreuses sources pour la plupart inédites, dont les notes de Francis John Suttill qui menait alors sa propre recherche sur le réseau qu’avait dirigé son père, Francis Suttill. En voilà le fruit. SOE contre Gestapo est bien le premier ouvrage traitant exhaustivement du réseau Prosper. L’auteur s’est rendu en France à de nombreuses reprises pour rencontrer les derniers acteurs et témoins, compulser les archives locales, éclairer les zones d’ombre, établir enfin la vérité sur la naissance et la disparition de ce réseau britannique de la French Section.

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