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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 08:08

La recherche relative à la mésaventure vécue par les soldats isolés derrière les lignes allemandes entre 1914 et 1918 et que j’ai relatée, pour l’épisode du Radois, dans la Revue Historique Ardennaise connaît des prolongements inattendus. Nouvelle pièce à verser au dossier, cet article nécrologique du Petit Ardennais qui remet en place un nouvel acteur dans cette histoire…

Le Petit Ardennais des 20 et 21 décembre 1920 rend compte du décès de Monsieur Deligny-Sayen, gérant de la succursale du Goulet-Turpin de Rocquigny. On y découvre que pendant la guerre, M. Deligny avait été arrêté par les autorités allemandes et condamné à trois années de réclusion pour avoir ravitaillé des soldats français restés à Rocquigny. Remis en liberté après neuf mois de détention, il était rentré en France très affaibli. Lors des obsèques, le portrait du défunt fut dressé par un de ses amis, dont j’extrais ces lignes :

« Intelligent et instruit, Deligny jouissait de l’estime de ses concitoyens qui, en 1892, l’envoyèrent siéger au conseil municipal en remplacement de son père qui avait administré la commune pendant de longues années et se retirait de la vie publique. Il fut réélu sans interruption jusqu’en 1919. Il prit au sein de l’assemblée municipale une place prépondérante ; ses avis éclairés et ses sages conseils étaient particulièrement écoutés. Pendant la guerre des soldats français isolés restent dans nos régions, Deligny, à l’exemple de son noble cousin [?], le regretté Docteur Fréal, mort pour la France sous les balles allemandes, ravitaille nos soldats épuisés. Les Allemands guettent, la Kommandanture est impitoyable. Deligny connaît les dangers qui le menacent, mais il y a là des hommes, des soldats français qui souffrent, il n’hésite pas, il fait son devoir d’homme et de patriote. Dénoncé, arrêté, il est condamné à trois ans de réclusion. Conduit à Dietz [Diez ?], mis en cellule, il souffre les tortures physiques et morales les plus grandes. Après neuf mois de ce régime épuisant, il est rendu à sa famille et rentre à Rocquigny déprimé, vieilli, méconnaissable. Il alla s’épuisant chaque jour et nous prévoyions avec douleur sa fin prochaine… »

 

Mes remerciements à M. Michelet pour m’avoir signalé ce nouvel élément.

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 09:04

La recherche relative à la mésaventure vécue par les soldats isolés derrière les lignes allemandes entre 1914 et 1918 et que j’ai relatée, pour l’épisode du Radois, dans la Revue Historique Ardennaise connaît des prolongements inattendus. Le lecteur profitera donc de ce blog pour en prendre connaissance.

Ce premier prolongement concerne la patrouille à laquelle appartenaient les cavaliers Peix et Rimbert, celle du 8e régiment de Cuirassiers qui fut envoyée le 30 août en reconnaissance sur la rive droite de l’Aisne. Il en est fait mention par le docteur Paul Drapier, maire de Rethel en 1914, dans « Les derniers jours de Rethel », article publié par l’Annuaire rethélois 1926, et cité par C. Dupuis dans Rethel - La guerre de 14-18 vécue par ses habitants (imprimerie Sopaic, Charleville-Mézières, 1998).

 

« Vers la fin de l’après-midi [du 30 août], le maire, se rendant à l’hôpital [de Rethel], voit un groupe de chasseurs à cheval à l’angle de la rue Lepoivre, le long du mur de l’auberge. Les cavaliers bouchonnent leurs chevaux ruisselants de sueur et d’écume. Le maire demande au lieutenant la raison de l’état de ces chevaux. Celui-ci lui dit que le détachement, chargé d’une reconnaissance dans la direction de Chaumont-Porcien, avait été tourné et poursuivi par un escadron de Uhlans auquel il avait échappé avec peine. La poursuite s’était continuée jusqu’à trois ou quatre kilomètres de Rethel. Le maire inquiet fait confirmer l’incident par l’officier au préfet. »

 

On se souvient que le 30 août au matin, deux reconnaissances du 8e Cuirassier alors stationné à Château-Porcien, avaient été envoyées sur la rive droite de l’Aisne, l’objectif (qui fut impossible à réaliser) étant de permettre le regroupement des différentes unités de la division au nord de Rethel, à Bertoncourt. (Voir JMO du 8e Cuirassier, 26 N 877 – 4, SHD, Vincennes. Consultable sur le site du ministère de la Défense.)

L’une de ces patrouilles fut dirigée sur Seraincourt. J’en ai parlé dans l’article en question. Elle fut décimée, et deux de ses membres trouvèrent refuge au moulin de Seraincourt, avant de rejoindre plus tard d’autres soldats isolés. L’autre patrouille, celle dont il est question ici, commandée par le sous-lieutenant de Fraville, se heurta à des troupes allemandes stationnées à Écly. Du rapport dressé ce jour, il ressort que le détachement eut à déplorer la disparition de deux hommes, et que trois de ses cavaliers furent capturés par l’ennemi.

 

Fiche de décès de l'un des deux disparus (source : Mémoire des hommes)

 

À suivre…

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:41

   Le résistant ardennais Pierre Cartelet est mort le 27 juin 1944 près de Toulouse, sommairement exécuté par les Allemands. La presse nous apprend que des analyses ADN ont permis d'identifer formellement son corps parmi les suppliciés du bois de la Reulle à Castelmaurou (Haute-Garonne).

Rappelons seulement que si le nom de Pierre Cartelet figure sur la liste aux « Instituteurs ardennais morts pour la France », gravée sur le monument du square de la gare à Charleville,  il l’est aussi sur les pierres du mémorial de Berthaucourt.

 

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Mémorial de Berthaucourt

CARTELET Pierre, né le 26 janvier 1912 à Taillette. Fils d’un préposé des Douanes, Pierre Cartelet étudia à l’école normale d’instituteurs de Charleville.

Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier en juin 1940. Par la suite, il parvint à s’évader du stalag XII A après plusieurs mois de captivité. Il s’enrôla aux Compagnons de France, organisation initialement très « maréchaliste ». Affecté dans les Pyrénées-Orientales, il fut nommé chef du Secteur de Thuir puis de celui de Perpignan, il devint ensuite le chef départemental.

En accord avec ses chefs, il participa à la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Il fut une des chevilles ouvrières du réseau « Bourgogne », qui était chargé d’organiser des passages en Espagne, en particulier ceux d’aviateurs alliés abattus au dessus du territoire français. Cartelet participait également, avec le Savoyard Charles Blanc, aux activités du réseau « Alliance » qui recoupaient en grande partie celles de « Bourgogne ». Il en fut l’organisateur dans les Pyrénées-Orientales, mettant à profit ses fonctions dirigeantes chez les Compagnons. Dans le cadre de ces réseaux, Pierre Cartelet fournit également des renseignements militaires aux Alliés. Pierre Cartelet intégra l’ORA en janvier 1943 (Organisation de Résistance de l’Armée).

 Après l’arrestation à Perpignan de Charles Blanc le 27 janvier 1944, Pierre Cartelet savait que la police allemande l’avait repéré. Il refus de passer an Espagne, avançant qu’il était célibataire et n’avait pas charge de famille. Il voulut poursuivre la lutte clandestine. Condamné à mort par contumace, il quitta Perpignan pour Toulouse (Haute-Garonne) où il entra à nouveau en contact avec l’ORA.

Pierre Cartelet fut arrêté à Toulouse le 11 mai 1944. Incarcéré, torturé, il fut exécuté le 27 juin au bois de la Reulle, à Castelmaurou (Haute-Garonne), par une unité de SS.  Lorsqu’on vint le chercher, il déclara à son camarade de cellule : « C’est la fin. On vient me chercher, si tu en sors tu diras à mes chefs comment je me suis conduit. Tu leur diras que je n’ai livré aucun nom ».

Son nom est inscrit sur le monument aux instituteurs ardennais morts pour la France, à Charleville-Mézières. Une rue de Perpignan porte son nom.

 

 

Voir la notice biographique qui lui est consacrée sur le Maitron des fusillés et exécutés.

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 08:37
Article publié par La semaine des Ardennes, édition du 11 juin

Article publié par La semaine des Ardennes, édition du 11 juin

Photo: A. François

Photo: A. François

Published by philippe lecler
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