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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 14:40

Le conseil municipal de la ville de Rethel en avait délibéré lors de sa séance du 29 janvier : la place de Caen, ainsi nommée après la Première Guerre mondiale en remerciement des dons de la ville de Caen (Calvados), marraine de guerre de la cité de Mazarin, devient place Hélène Cyminski, en mémoire de la jeune rethéloise déportée à Auschwitz en janvier 1944 (la partie basse de la place garde néanmoins sa dénomination première). Cette décision intervient après plusieurs mois de discussions et de débats sur la question. Cet hommage est particulièrement opportun en cette année de commémoration du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, et nous ne pouvons que saluer le volontarisme des élus de Rethel. Rappelons que c'est sur le mur du domicile de la famille Cyminski, donnant sur cette même place, qu'avait été apposée une plaque commémorative le 27 janvier 2008.

La place a été inauguré dimanche 26 avril, à l'occasion de la journée du souvenir des déportés en présence de nombreuses personnalités.

On peut télécharger Le dossier Cyminski en cliquant ici...

Rethel : La place de Caen devient la place Hélène Cyminski
Published by philippe lecler
11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 10:01

Nous avons maintes fois mentionné son nom sur ce site. S’il passe pour le « fondateur de la Résistance ardennaise », Jacques Vadon voyait même en lui le « Jean Moulin des Ardennes », il reste largement méconnu tant les zones d’ombre qui recouvrent son inlassable activité sont profondes.

 

La biographie de Paul Royaux, ainsi que celle des autres condamnés à mort ardennais figurant, ou non, à Berthaucourt, ont été intégrées au Dictionnaire des fusillés 1940-1944, publié par les Editions de l'Atelier, et dont la sortie en librairie est à prévoir cette année.

Nous en reparlerons bientôt... Voici une biographie augmentée au regard de ces recherches collaboratives. 

 

Paul Ernest Royaux est né le 23 février 1908 à Rocroi de Joseph Royaux, mouleur, et d’Odile Pélagie Saive, son épouse. De son enfance on ne sait rien. En 1928, il effectue son service militaire, mais il est rappelé en 1939 dans une compagnie motocycliste. Célibataire, il est coiffeur de profession, employé au salon Schwartz à Charleville.  

« Petit, l’œil vif, l’esprit pétillant, la parole facile, l’argument convaincant, et l’humeur bagarreuse, Royaux a milité avant guerre dans une organisation syndicale, la C.G.T. Avec son ami André Point, qu’il a rappelé auprès de lui en octobre 1940, il a repris son travail dans un salon de l’avenue Jean Jaurès. Les civils ne sont pas nombreux alors, à Charleville, et la clientèle comprend, outre les quelques carolopolitains rentrés, des prisonniers de guerre du Frontstalag et… des Allemands. Royaux couvre ceux-ci de lazzis et devant leur manque de réaction, il en conclut à leur lourdeur d’esprit, à leur lenteur de compréhension, ce qui explique peut-être sa témérité. Les prisonniers qui l’entendent ont vite découvert en lui un allié possible à leurs projets d’évasion, et c’est ainsi que, avec Point, il va commencer à organiser le passage d’évadés de la zone interdite à la zone simplement occupée. Cette filière se continuera jusqu’en zone libre d’une part, et d’autre part jusqu’en Allemagne où Royaux ira lui-même rechercher son frère prisonnier. » Ainsi Georges Henri Lallement décrivait-il Paul Royaux.

Comme beaucoup, Royaux voit dans l’aide aux prisonniers de guerre évadés la forme de résistance la plus adaptée et la seule possible en ces débuts de temps d’occupation (on lui prête plus de 3 000 évasions ! après celles de ses deux frères qu’il est lui-même allé chercher). Nous sommes en 1940, la Wehrmacht est victorieuse sur tous les fronts, l’Angleterre est assiégée, personne ne croit qu’elle pourra résister longtemps à la formidable machine de guerre nazie.

  royaux allégé

  

Un dimanche de janvier 1941, au café « Le Pacha », cours d’Orléans (aujourd’hui cours Briand), Paul royaux a invité quelques amis qui partagent ses sentiments et qui eux aussi veulent faire quelque chose contre l’occupant. Sont là : son compagnon André Point, garçon coiffeur comme lui ; l’industriel François Perrin ; l’employé Ernest Ledent ; le brigadier de police Aimable Pruvost ; le contremaître Gaston Robinet et l’étudiant Etienne Brice.

À l’issue des discussions et au moment de se séparer, Royaux affirme avec témérité : « Rappelez-vous que c’est ici que s’est tenue la première réunion de la résistance ardennaise. » Moment fondateur, instant unique que retiendra la mémoire. Que va t-on faire ? En mars, Royaux est décidé à se rendre à Londres pour se présenter au Général de Gaulle, en recevoir une mission officielle, prendre de ses services des directives précises, recevoir un appui financier. Après plusieurs tentatives infructueuses de passage par voie maritime à partir de la Bretagne, à court d’argent et d’énergie, profondément déçu, il rentre à Charleville. Mais par l’intermédiaire d’une amie de Rethel, il prend contact avec des membres de l’état-major parisien d’un mouvement de résistance récemment créé, l’Organisation civile et militaire (OCM), dont il devient le représentant dans les Ardennes.

  Filière d’aide aux prisonniers de guerre évadés qui arrivent de tous les coins du département depuis la Belgique, mais aussi collecte et transmission du renseignement dans le cadre du réseau CENTURIE, sabotage, recherche de terrains de parachutages, dissimulation d’armes et de munitions dans le cadre des « Unités de combat et de renseignement » (UCR) qu’il a mises en place, Royaux se dépense sans compter.

 

En juillet 1942, il participe à une réunion des responsables de groupements de résistance français et belges, à Herbeumont, en Belgique. L’animateur est un agent du SOE qui se lance, écrira un des hommes présents, dans « un étourdissant exposé des possibilités et des moyens pouvant être mis à [la] disposition [de la résistance] par les organismes anglais de Londres. » Sceptiques, les présents demandent « un message de confiance avant de suivre aveuglément. Ce message, tous les Ardennais, écoutant régulièrement la BBC s’en souviendront : “Ardenne tiens ferme ! Courage les amis, à bientôt”. »

Grâce à cette affiliation à un réseau Buckmaster, les Ardennes recevront leurs premiers parachutages d’armes  en mai et juin de 1943 sur le Monty, territoire de la commune de Messincourt, à la frontière belge. Mais Royaux ne sera plus là.

 

Rapidement, ses activités ne peuvent plus être ignorées de l’occupant. La première alerte sérieuse intervient au printemps de 1942 lorsqu’un agent de la police allemande tente d’infiltrer leur groupe et après que Royaux et ses camarades s’en sont débarrassés en l’exécutant et en jetant son corps dans la Meuse.

Malgré cet échec, les Allemands persévèrent et parviennent à leur fin. À la fin du mois d’octobre 1942 la filière d’aide aux évadés passant par le Secours national à Charleville est démantelée par la police allemande à la suite de l’infiltration d’un « mouton » en son sein.

De nombreuses arrestations ont lieu dans le département. Paul Royaux est « grillé », il doit quitter les Ardennes. Il laisse comme successeur son lieutenant, qui est depuis toujours son ami, André Point, futur « Commandant Fournier ».

Royaux est alors affecté dans le département du Nord, où il devint « Ernest Duval », dit aussi « Max », agent de liaison de Roland Farjon, chef de l’OCM pour la région A (Nord).

 

 

Roland Farjon

Né le 2 février 1910 à Boulogne, où son père, sénateur du Nord, a fondé en cette ville la firme « Baignol et Farjon ». Mobilisé le 3 septembre 1939, il est fait prisonnier sur la ligne Maginot, envoyé en captivité en Allemagne ; puis placé en congé de captivité, en juin 1941, après interventions de relations familiales.

En juillet 1941, Roland Farjon rencontre Arthuys qui le fait entrer à l’OCM et dont il devient agent de liaison. Après l’arrestation d’Arthuys, en décembre 1941, Farjon sillonne la France pour renouer les liens brisés. Au printemps 1942, le colonel Alfred Touny charge Roland Farjon d’organiser la région A, dont il devient le chef.

A Paris, où il est souvent, il s’installe avec Royaux (« Duval ») au 24 de la rue de Clichy. Mais Farjon est arrêté par la Gestapo le 23 octobre 1943. Royaux diffuse une mise en garde générale à tous ses contacts « à la suite de l’arrestation de Raoul (sic) Farjon survenue à Paris ». Au 24, la perquisition menée par les Allemands est fructueuse : des liasses de documents sont saisies, dont de nombreux concernant les Ardennes, département rattaché à la région A pour l’OCM : « les plans des UCR des Ardennes (3 ou 4 noms en clair)... des documents “action” en provenance des Ardennes… »

Interrogé par le SD de Saint-Quentin les 15 et 16 novembre sur les groupements de l’Aisne et des Ardennes, Farjon déclara « ignorer qui étaient Taille [Pierre Pène] et Méhul [André Point]. Je les avais connus, l’un par André Boulloche, depuis lors en Algérie, le second par Paul Blanc et Duval (je n’avais pu nier connaître ce dernier, qui logeait chez moi et dont on avait trouvé effets et papiers divers à mon domicile). Je vis alors avec effroi que les papiers des UCR des Ardennes comportaient trois ou quatre noms en clair de camarades dont je n’avais jamais entendu parler. »

 

Alors qu’il se rend à un rendez-vous, Royaux tombe dans une souricière tendue par la Gestapo à Paris, square Mentholon, le 16 décembre 1943.

 

 

D’après les recherches menées par l’historien Laurent Thiéry, Paul Royaux, après avoir été emprisonné un temps à Saint-Quentin (Aisne), fut vraisemblablement pris en charge par « l’ange gardien des V1 » pour ses activités d’espionnage.

Qu’est-ce à dire ? On appelle « l’ange gardien des V1 » le 65e corps d’armée pour les actions spéciales » (LXV AK), envoyé en France afin de superviser les différents projets d’armes spéciales et en particulier la réalisation de constructions spécifiques destinées au tir des fusées V1 et V2. Cette unité disposait d’un appareil répressif reposant principalement sur un service de contre-espionnage implanté à Arras, l’Abwehrstelle 430 (ou Ast Arras). Les enquêtes bouclées par l’Ast Arras relevaient d’un tribunal spécial, le Sondergericht  beim LXV AK, qui avait compétence dans toute la France occupée : tous les prisonniers liés à des affaires d’espionnage et/ou de sabotage liées aux armes spéciales pouvaient être transférés de leur lieu de détention pour y comparaitre. Les sentences de mort étaient exécutables sur le champ et aucune communication sur le nom des accusés, les sentences ou la date et le lieu d’exécution n’était faite ni aux autorités françaises, ni aux familles (comme c’était traditionnellement le cas après condamnation par un conseil de guerre dans les différentes Feldkommantur).

Ainsi, Paul Royaux fut-il transféré de la prison de Saint-Quentin au siège de l’ Ast Arras où il fut condamné à mort par le tribunal du 65e corps d’armée allemand et exécuté, dans le plus grand secret, le jour de son 36e anniversaire, le 23 février 1944, au fort de Bondues (Nord). Son corps fut exhumé en ce lieu le 19 octobre 1944, puis identifié par son frère avant d’être transporté dans les Ardennes.

 

Par décision du 9 avril 1945, la Commission nationale d’homologation des grades obtenus à titre des FFI a prononcé en faveur de Paul Royaux l’homologation dans le grade d’assimilation de Lieutenant-Colonel. Par ailleurs, Paul Royaux a été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Son corps est inhumé au cimetière d’Aiglemont. Une rue de cette commune porte son nom qui est aussi inscrit sur le monument aux morts.

Son nom est inscrit sur le Mémorial de Berthaucourt à Charleville-Mézières, et une rue de cette commune porte le nom de Paul Royaux.

 

Sources :

« Paul Royaux », 11 pages manuscrites, 1193 W6, Archives départementales des Ardennes.

L. THIERY,  La répression allemande dans le Nord de la France, Presses universitaires du Septentrion, 2013.

J. VADON, « La Résistance dans les Ardennes », thèse de Doctorat sous la direction d’Annie Kriegel, 1979 (non publiée).

LALLEMENT (G.H.), « Conférence sur la Résistance ardennaise », 25 pages, 1947 (non publiée).

 

P. LECLER, Face à la Gestapo, éditions Euromédia, Douzy, 2011.

Dossier Paul Royaux, Service historique de la Défense, Vincennes.

Dossier Paul Royaux, BAVCC, Caen.

Correspondance et documents, Musée de la Résistance de Bondues.

Sur l’affaire Farjon et l’OCM : G. Perrault, La longue traque, J.C. Lattès, Paris, 1975.

Published by philippe lecler - dans Des hommes
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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 08:07

« Le dynamisme des historiens ardennais a déjà permis de la publication de nombreux articles dans les revues des sociétés savantes et de synthèses sur les Ardennes durant la Grande Guerre. Mais, au-delà du nécessaire point d’étape dans le contexte du centenaire de la Grande Guerre, ce recueil d’articles montre le surgissement de nouvelles thématiques notamment nourries du renouveau de l’histoire culturelle et sociale de la Première Guerre mondiale. La découverte de nouvelles archives, en particulier à l’occasion de la Grande Collecte menée en 2013 par les Archives départementales des Ardennes, permettra d’abonder ces recherches en devenir. »

Extrait de l’introduction rédigée par Philippe Nivet.

 

couv

Une publication des éditions Terres Ardennaises, de la Société d'Histoire des Ardennes, et de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Sedanais. S’il n’y en a qu’une à acquérir sur le sujet, c’est sans doute aucun celle-là. Clarté des exposés, richesse de l’iconographie pour l’essentiel inédite, développement de nouvelles thématiques jusqu’aujourd’hui absentes de l’historiographie traditionnelle sur le sujet dans les études régionales (collaboration, résistance…).  Un très beau livre et une très grande réussite qui démontre une fois encore le talent des historiens ardennais.

 

Published by philippe lecler - dans Actualité
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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 16:51

On a appris le décès récent de Robert Charton, à l’âge de 94 ans. On se souvient de lui : sur les pages de ce blog, j’avais récemment interpellé Yanny Hureaux sur la lecture qu’il proposait des événements des Manises, sur le rôle qu’y avait joué Charton en tant que chef de secteur de la Résistance à Revin.

J’avais dressé le curriculum vitae de Robert dans mon livre, L’affaire des Manises. Je le reprends ici.

 

Robert Charton est né le 14 août 1920 à Arreux, dans une famille modeste. Sa mère était d’origine belge, réfugiée de 1914 qui avait fini par s’installer dans la région. Le père, fils d’une famille d’agriculteurs de La Taillette avait embrassé la profession de douanier. Le couple s’installe à Renwez, puis à Fumay. C’est  là que le jeune Robert suit sa scolarité et passe son Brevet en 1936, puis obtient un C.A.P. de menuiserie. Mais il se destine à la carrière des armes, et, en attendant d’être appelé sous les drapeaux, il est embauché dans une banque, la Société Générale, à Revin.

Lors de la mobilisation partielle de mars 1939, il s’engage au 155e Régiment d’Infanterie de forteresse à Mouzon. Le 24 août, c’est la guerre et conformément au plan de mobilisation, le 4e bataillon du 155e R.I.F. cantonné à Mouzon devient le 136e  R.I.F. chargé de la défense du secteur de Carignan sur la rive gauche de la Chiers. Charton y est versé et prend du galon, en février 1940 il est promu caporal. La « drôle de guerre » s’achève brutalement. En mai et juin, c’est la campagne de France selon le plan de Blitzkrieg hitlérien. Devant le rouleau compresseur allemand, le 14 mai, le 136e R.I.F. se replie avec une double mission : protéger la ligne Maginot et couper la route de Verdun aux Allemands. La tenue au combat de Robert Charton lui vaut, fin mai, d’être désigné pour les cours d’aspirants qui devraient le voir accéder au rang de sous-officier. Mais le déroulement des combats en veut autrement. Le 15 juin, il est cité à l’ordre de la division, croix de guerre avec étoile d’argent. Puis c’est l’armistice. Á la fin du mois de juin, ils ne sont plus au 136e que 828 sur un effectif de 2 200…

Les Allemands récupèrent ce qu’il reste d’hommes valides. C’est la captivité qui commence. Les prisonniers sont emmenés. Pont-Saint-Vincent, Metz. Charton, devant la commission de contrôle allemande, déclare être cultivateur. Alors c’est le retour sur Sainte-Ménéhould, puis dans les Ardennes. Il est envoyé à Viel-Saint-Rémy en Kommando de culture, puis, malade, il entre à l’hôpital de Charleville. Á sa sortie, il rejoint le Frontstalag 190 en cette ville puis c’est le retour à Revin le 2 septembre 1940, en Kommando chargé de remettre en état le réseau électrique de la ville car, pour rentrer, il s’est cette fois déclaré électricien. Le 17 juillet 1941, il est mis en congé de captivité (Robert Charton est libéré en fonction des accords Scapini, qui permirent dès la fin de 1940 la libération de certains prisonniers de guerre). Il est alors embauché par l’entreprise Arthur Martin de Revin.

Ses débuts dans la résistance datent de cette période où il est captif en Kommando à Revin. Chargé du pointage de ses camarades, il se rend tous les jours à la mairie de la ville. C’est là qu’il va se procurer les cartes d’identité et les tickets d’alimentation nécessaires à l’évasion de six de ses compagnons d’infortune. Puis il continuera, aidant les prisonniers évadés à poursuivre leur route. Il va recruter des amis qui le seconderont dans cette tâche. Ceux-ci à leur tour recruteront dans les rangs de leurs connaissances suivant le principe des notes de musique : une blanche vaut deux noires, une noire vaut deux croches, etc. Mais les moyens sont dérisoires. Pas d’argent, pas d’armes, aucun matériel, surtout aucune formation aux actions de sabotage qui apparaissent nécessaires pour gripper la belle machine de guerre allemande. On s’en prend aux trains. On verse du sable dans les coussinets de wagons, on déboulonne les rails, on les écarte. Les débuts sont incertains, on manque d’expérience. Des rails trop écartés, et on coupe involontairement le circuit électrique, le signal se met au rouge, le train s’arrête… C’est à recommencer…

Après la formation de l’armée secrète en 1943, Marcel Delys, dit « Daniel », va contacter Robert Charton et son groupe et le placer sous son autorité. Charton devient alors chef de secteur de la Résistance à Revin (secteur E, zone II, région C). Cette reconnaissance pour le travail accompli s’accompagne d’une plus grande efficacité, et Charton prend contact avec ses voisins : Georges Peuble de Bourg-Fidèle, Émile Fontaine, chef du secteur Signy-l’Abbaye/Liart/Rozoy-sur-Serre, Marceau Devie, de Vireux, Miguel Sauvage, du Front national …

Il a vingt-deux ans, et dirige un des groupes de résistance les plus importants du département. En 1943, il fournit des cartes de travail et de ravitaillement aux réfractaires, fait évader des prisonniers Nord-africains, recèle des prisonniers et recueille des aviateurs américains. Sa tête est mise à prix par les Allemands. On l’estime à 200 000 francs. C’est plus qu’honorable.

 

Enfin, au printemps 1944, il prend contact avec la mission Citronelle qui s’est installée sur les hauteurs de Revin. Le reste, vous le connaissez, je l’ai raconté dans Le maquis des Manises.

Après la guerre, après sa sortie de prison, abandonné de ses camarades de combat, Robert Charton a continué son chemin, loin des Ardennes. Il vivait près de Saint-Dizier où je l’avais rencontré pour l’écriture de L’affaire des Manises. Il était revenu sur son parcours, avait évoqué dans le détail son rôle dans la Résistance, avait analysé, assez lucidement, l’injustice qui l’avait frappé.

 

J’avais rencontré Monsieur Charton au cours de l’année 2003, pour l’écriture de mon livre L’affaire des Manises. Nous avions préalablement engagé une longue correspondance dans laquelle il était revenu sur sa jeunesse, son parcours, où il avait évoqué dans le détail son rôle dans la Résistance, et avait analysé, assez lucidement, l’injustice qui l’avait frappé à la Libération. Je sais que le livre l’avait enthousiasmé puisque ses conclusions réhabilitaient totalement son action et lui rendait enfin publiquement justice. Que ce court billet rende hommage au résistant qu’il fut.

 

Remilly 018Photo F. Docq (2006)

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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