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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 15:54

 

  Liaisons dangereuses

 

 

J.M. Berlière, F. Le Goarant de Tromelin,

Liaisons dangereuses -  miliciens, truands, résistant - Paris 1944, Perrin, Paris, 2013.

 

 

Le 7 juillet 1944, l’ancien ministre de l’intérieur Georges Mandel, après avoir été ramené en France par les autorités allemandes, est transféré de Paris à Vichy sous la garde de  la Milice française. Au cours d’une halte en forêt de Fontainebleau, le milicien Mansuy tire un revolver de sa poche et abat froidement Mandel de plusieurs balles. Au cours du procès qui se tiendra à la Libération, il apparaîtra que s’ils furent nombreux à avoir souhaité cette mort, personne n’assumera l’ordre qui fut donné de tuer Mandel. Qui a donné l’ordre d’exécution ?

La personnalité de Mansuy est au cœur de cette enquête. Après une jeunesse difficile, il est plusieurs fois condamné pour des petits délits : escroc, proxénète, la période de l’Occupation lui présente des opportunités dont il va tirer avantage. Ce petit truand se lance dans divers trafics et opérations de marché noir, se rapproche des groupuscules collaborationnistes et de la police allemande (la Sipo-SD, dite « Gestapo ») pour laquelle il va travailler, puis intègre en 1944 la Milice française. Qui a armé la main de Mansuy ? Ce dernier est abattu à son tour le 26 août 1944 à l’hôtel de ville de Paris, lors de la libération de la ville. Il s’y est présenté aux nouvelles autorités comme « membre du 2e bureau FFI », « engagé dans les FFC », encarté au BCRA… Son corps disparaît rapidement, ainsi que les papiers et documents qu’il portait avec lui. Qui a tué Mansuy ? Et pourquoi ?

 

L’assassinat de Mandel a été considéré par les contemporains et est toujours présenté par les historiens comme un acte de représailles de la Milice à la suite du meurtre du ministre-milicien Philippe Henriot le 28 juin. Cette mort – elle a tout autant été désirée par la Résistance que celle de Mandel l’a été par les tenants de la collaboration – est entouré d’un mystère tout aussi épais que la précédente. Parmi les résistants qui composaient le commando chargé de l’exécution de Philippe Henriot, la « bande Morlot », on retrouve des comparses de Mansuy, truands, souteneurs, escrocs, faux policiers et maîtres-chanteurs…

 

henriot

 

Philippe Henriot

 

Durant l’été de 1944, « on voit ainsi se dresser le décor peu exploré d’une Libération dans laquelle des miliciens porteurs de brassards FFI surtout préoccupés par les profits et les affaires que les ambigüités de la période facilitent […] Nos ex-miliciens ou néo-résistants, vrais truands et trafiquants de marché noir, qui ont noué et entretenus des rapports qui transgressent les frontières très poreuses , vont participer à la semaine héroïque et à la libération de Paris “par lui-même” ».

L’ouvrage, par un dépouillement méthodique et une étude exhaustive de documents d’archives policières et judiciaires jusqu’alors très peu ou jamais exploités explore les zones grises de la Libération et parvient à démontrer «  les liens et les collusions, existant entre truands, souteneurs, trafiquants du marché noir naviguant entre résistance et collaboration  ».

 

On rappellera que Jean-Marc Berlière, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, est un spécialiste de la France sous l’Occupation et de l’histoire de la police. Parmi ses principales publications : Liquider les traîtres. La face cachée du PCF clandestin, 1941-1943 (avec Frank Liaigre), Le sang des communistes. Les bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, automne 1941 (avec Frank Liaigre), et, dernièrement Ainsi finissent les salauds. Séquestrations et exécutions clandestines dans Paris libéré (avec Franck Liaigre).

Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 18:28

Dans son dernier bulletin, Le déporté des Ardennes, l’association départementale des déportés et internés résistants et patriotes des Ardennes (ADIRP) se fait le relais de l’indignation de Christian Boitelet, ancien déporté des camps de Buchenwald, Dora, Ellrich, Heinkel et Sachsenhausen, aujourd’hui président d’honneur de la FNDIRP Ardennes et représentant de cette association dans les départements de la Drôme et de l’Ardèche.

Christian Boitelet a relaté son témoignage de résistant et de déporté dans son ouvrage, Grand-Mère, dont nous avons rendu compte ici il y a quelque temps déjà.

 

Dans une lettre au président de l’ADIRP, Gérald Dardart, Christian Boitelet s’émeut du fait que le nom de son père, résistant mort en déportation, ne figure pas sur le Mémorial de Berthaucourt. Rappelons que c’est sur ces pages que cette anomalie fut relevée il y a déjà presque un an. Cette simple constatation des «oublis » dans la liste des noms gravés sur la pierre de Berthaucourt, fit d’ailleurs la une de la presse régionale lors de la parution du  Temps des partisans en 2009, à la suite de quoi M. Dardart s’empara du dossier, comme on put le constater  dans un courrier qu’il envoya à la mairie de Charleville.

 

La question reste donc ouverte. Á suivre…

 

fond-de-diapo.jpg

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 08:14

Si l’on considère certaines sources, Il semble que les hommes du maquis Prisme, dit "Maquis des Ardennes", aient été dotés d’un insigne récupéré sous l’Occupation dans un dépôt de l'armée.

Les maquisards le portèrent-ils sur leur béret ? Le musée virtuel de la Résistance en présente un exemplaire, pour lequel j’ai rédigé la notice qui suit.

 

Peu de documents corroborent cette assertion.

Deux photographies prises au maquis lors d’une prise d’arme le jour du 14 juillet 1944 montrent des hommes vêtus de vestes imperméables sans manches portées sur un pull-over et tous porteurs d’un béret avec écusson circulaire. Selon Georgette Fontaine, il s’agit de gendarmes qui ont déserté leur casernement et ont rejoint avec armes et bagages le commandant Prisme au début du mois de juillet. Dans l’ouvrage de J.P. Cordier, Combat en Ardenne, l’insigne appartenant à l’un de ces gendarmes est dessiné (mais l’auteur n’en indique pas la provenance). Les gendarmes formant l’encadrement du maquis (ils ont l’expérience du commandement et du maniement des armes), on peut supposer qu’ils furent les seuls à porter cet insigne qu’ils amenèrent eux-mêmes ?

Par ailleurs, au titre des sources, on peut citer ce témoignage d’un aviateur américain qui fut un temps hébergé au maquis : « Cette organisation s’appelait Maquis des Ardennes. Ses membres portaient un insigne métallique circulaire sur leurs bérets. »

 

  maquis ardennes 055

Doc : Musée de la Résistance en ligne (AERI)

 

 

Cet insigne est marqué d’une tête de sanglier avec en arrière plan une vue sur une falaise au pied de laquelle est une tour.

Dans la symbolique militaire moderne, le sanglier figure sur de nombreux insignes, notamment sur ceux des régiments d’infanterie, de blindés, ou encore, avant la guerre de 1939-1945, de forteresse, dont ceux de la fameuse ligne Maginot.

Le paysage est une vue du fort de Charlemont qui domine, du haut de sa falaise, la Meuse et la ville de Givet. Ce fort a été construit à partir de 1550 par Charles-Quint, il est revenu à la France sous Louis XIV, en 1680, puis il fut agrandi par Vauban. Au pied de la falaise figurent la Meuse, le pont de la ville, les quais avec la tour Victoire construite au XVe siècle. L’ensemble a donc pour vocation de représenter la puissance du système défensif en un secteur qui est aux avant-postes du territoire, la « pointe » de Givet étant enclavée en Belgique. 

Si son iconographie renvoie donc au 148e régiment d’infanterie qui tint ses quartiers à Givet de 1899 à 1914, il n’en reste pas moins que l’insigne fut celui du Secteur défensif des Ardennes à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.


L’origine de la devise est inconnue. Sur l’insigne original, le mot "Ardennes" est au pluriel. Il désigne donc le département. Lorsque la Résistance ardennaise s’empara de cette devise pour la faire sienne, elle modifia son sens en élargissant la notion de territoire national à la réalité transfrontalière de son action, l’Ardenne désignant en effet une région naturelle située dans un ensemble franco-belge, voire franco-belgo-luxembourgeois.

Chronologiquement, on voit donc la devise apparaître :

 

- En juillet 1942, lorsque se réunissent en Belgique, à Herbeumont, des responsables de groupements de résistance français et belges. L’animateur se lance dans « un étourdissant exposé des possibilités et des moyens pouvant être mis à notre disposition par les organismes anglais de Londres [le SOE]. » Sceptiques, les présents demandent « un message de confiance avant de suivre aveuglément. Ce message, tous les Ardennais, écoutant régulièrement la BBC s’en souviendront : “Ardenne tiens ferme ! Courage les amis, à bientôt”. » Deux témoins relatèrent cet épisode en écrivant « Ardenne » plutôt qu’ « Ardennes ».

- En août 1944, le journal de la Résistance, composé par le chef de centre de Floing, Marcel Léonard, prend le titre d’« Ardenne, tiens ferme ».

- Aujourd’hui, ce nom est celui du bulletin des membres de l’Union ardennaise des FFI (UAFFI). On note que pour cette association, si le sanglier de l’insigne original est demeuré, le paysage en arrière-plan a été remplacé par une croix de Lorraine.

 La devise « Ardennes, tiens ferme » (avec ou sans le point d’exclamation) a été reprise par le 3e régiment du génie en garnison à Mézières.

 

Sans titre-Numérisation-01Médaille éditée par l'UAFFI pour les commémorations du cinquantenaire

de la libération des Ardennes (doc : P. Lecler)


Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 07:05

Nous avons, Annette et moi, longuement évoqué l'action du jeune Briffaut dans notre livre Face à la Gestapo. Je lui avais ausi consacré un article quand, lors de la cérémonie de commémoration des massacres du Banel, il avait été décoré de la Légion d'honneur.

La presse régionale lui a rendu hommage dans une série d'articles que l'on peut lire ici.