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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 18:38

On se souviendra peut-être de cette notice consacrée au gendarme Dominique Louge, tué par un Allemand à la Neuville-en-tourne-à Fuy le 30 août 1944. De nouveaux documents éclairent cet épisode de la Résistance et de la libération des Ardennes. En voici la teneur.

 

À la Neuville en Tourne à Fuy, fut érigée une stèle en la mémoire du gendarme Dominique Louge, de la brigade de Machault, résistant du maquis « Violette »,  maquis situé entre Juniville et La Neuville. Selon la relation qu’en a fait le commandant du maquis, André Monnet (document inédit),  le gendarme Louge, en patrouille avec deux autres maquisards, arrêta dans la nuit du 30 au 31 août un soldat allemand en bicyclette. Celui-ci refusa de se laisser désarmer et ouvrit le feu sur les trois hommes. Ainsi périt le gendarme Louge. Sur le marbre est inscrit : « Les FFI de La Neuville à leur camarade Dominique Louge mort pour la France le 28 août 1944 ». Mais il y a là une erreur manifeste : c’est bien le 30 août, et non le 28, que fut tué Dominique Louge.

 

Le petit-fils de Jan Tarasek, qui était l’un des ces maquisards qui accompagnait Dominique Louge, m’a fait parvenir quelques documents retraçant l’histoire de son grand-père, décédé aujourd’hui.

 

Jan Tarasek (1914-2004) est né quelque part en Pologne le 12 septembre 1914. Il fut

enrôlé dans l’armée à Cracovie en 1937.  Il commandait une unité de communications au sein de la brigade de cavalerie de Cracovie. Après l’offensive allemande, il fut capturé par l’ennemi mais il parvint à s’évader le 28 février 1940, et traversa la Yougoslavie pour venir en France. On ignore comment il vécut dans la France occupée : il semble que caché sous une fausse identité, il travailla pour la Résistance en tant qu’opérateur-radio, jusqu’en 1944 où il se retrouva à La Neuville-en-Tourne-à-Fuy et où on le connaissait comme travailleur agricole.

 

Cliché pris au maquis (?), sans lieu ni date, Tarasek est à droite (Doc : S. Tarasek)

 

À l’été 1944, il est à La Neuville, au maquis « Violette » (du nom de son chef, Jean Deguerne, alias « Violette », chef des FFI du secteur de Rethel). C’est un spécialiste des communications, il est chargé de la radio, et attend, avec ses camarades, un parachutage d’armes qui ne viendra pas, se préparant au combat contre des soldats allemands qui commencent à battre en retraite devant l’avance des armées alliées.

Selon la relation qu’en a fait Tarasek dans un journal polonais en 1967, on peut avancer ce qui suit.

 Dans la nuit du 29 au 30 août, Violette regroupa quelques maquisards aguerris afin de déloger de La Neuville une petite unité de soldats allemands qui cantonnait à la mairie du village. Ils emmenèrent avec eux le gendarme Louge, qui venait de déserter la brigade de Machault et de les rejoindre, et prirent la route.

Il était 4 heures du matin,  quand Tarasek a vu approcher un cycliste « habillé comme un ouvrier ». Il l’a sommé de s’arrêter et a braqué son arme sur lui. Tout ce qui s'est passé ensuite a duré quelques secondes. L’autre a sorti une arme et a tiré. Tarasek a riposté et a tué l’Allemand. Lui-même blessé, il a perdu connaissance et quand il est revenu à lui, il a vu deux de ses camarades au sol : Dominique Louge avait été tué, l’autre était blessé. Les derniers s’étaient enfuis.

 

Tarasek réussit à se lever et à rejoindre le village. Il fut secouru et quand il se réveilla un médecin américain l’avait pansé, mais sa blessure au foie était trop grave et nécessitait un séjour à l’hôpital. C’est Maurice Monnet, du Châtelet-sur-Retourne, qui fut chargé d’escorter Tarasek à l’hôpital de Rethel (Maurice Monnet était le jeune frère d’André Monnet, adjoint de « Violette » au sein des FFI de Rethel). Les deux hommes prirent place dans une camionnette bâchée mais à Tagnon, ils furent pris dans une escarmouche entre soldats allemands et Américains. Ils durent se mettre à l’abri et un infirmier américain appelé à la rescousse vint installer un goutte-à-goutte au blessé (ce qui étonna beaucoup Maurice qui n’avait jamais vu cela…)

 

Après négociation, les Allemands laissèrent passer la camionnette transportant Tarasek qui put être hospitalisé à Rethel au milieu de soldats allemands qui étaient pour beaucoup évacués, les Allemands abandonnant la ville. Tarsek fut opéré, et il termina sa convalescence à La Neuville-en-Tourne-à-Fuy, où son commandant d’unité le présenta, au cours d’une cérémonie officielle, comme « un Français plus grand qu’un vrai Français ».

 

Jan Tarasek  fut décoré, entre autres,  de la croix de Guerre et de la médaille de la Résistance. Il rentra en Pologne en 1946.

 

Jan Tarasek (Doc : S. Tarasek)

 

Mes remerciements vont à Stanislaw Tarasek pour la documentation inédite concernant son grand-père, et à Bonia pour la traduction du polonais de l’article “PRZELOMOWY DZIEN” (« La journée cruciale »).

 

 

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