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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 16:51

ROC Rêve, André, René, dit "Jean", né le 30 mai 1914 à Saint-Michel-Sougland (Aisne), cheminot à Lumes, résistant fusillé le 26 mai 1944.

 

Rêve Roc est un enfant de l’assistance publique. Sa mère est décédée peu après sa naissance, son père alors qu’il n’a que 5 ans. À 13 ans, il quitte l’école et occupe différents emplois comme ouvrier dans l’industrie et dans l’agriculture. Au retour de son service militaire en 1937, il épouse Alice Poirot, qui donnera naissance à deux enfants. Peu de temps après, il est admis au chemin de fer et est nommé homme d’équipe au service de l’Exploitation à Lumes-Triage.

 

Comme tous les Ardennais, Rêve Roc connait l’évacuation en mai 1940. On ne sait à quelle date il rentre chez lui et reprend ses fonctions professionnelles. À partir d’octobre 1943, Rêve Roc appartient à la Résistance. Il fait partie d’une équipe de saboteurs qui s’attaquent au matériel allemand, il distribue aussi des tracts et fait passer des prisonniers de guerre évadés d’Allemagne. Sans doute appartient-il au groupe de Pol Renard, qui travaille comme lui au triage de Lumes en tant que surveillant principal au service électrique de la Compagnie de l’Est (sur Pol Renard, lire ici). On sait par ailleurs qu’il est en contact avec deux comptables de Charleville, membres comme Pol Renard de l’OCM (« Organisation Civile et Militaire »), André Marchand et Pierre Chardin, son ami de toujours (ces deux résistants furent arrêtés par la police allemande en juin 1944 et fusillés au fort des Ayvelles).

 

Dans le courant du mois de février 1944, au café de la Plage à Charleville, Rêve Roc fait la connaissance de deux militaires allemands dont l’un parle très bien le français. La conversation s’engage, et les trois hommes sympathisent, ils se revoient à plusieurs reprises dans le même établissement. Un soir, il demande à l’un de ses nouveaux amis, moyennant finance, l’identité des officiers de la Feldkommandantur 684 de Charleville, soi-disant « pour leur vendre du café ». Il lui propose en outre son aide, gîte et vêtements civils, dans l’éventualité où son camarade et lui souhaiteraient déserter. Cette imprudence est fatale. Le lendemain de cette conversation, le 24 février dans la soirée, les Feldgendarmes arrêtent Rêve Roc dans un café de la ville et trouvent sur lui de fausses cartes de ravitaillement en pain. Il est incarcéré à la prison de Charleville, place Carnot. Son épouse parvient à lui faire passer des vêtements mais ne peut le voir.

 

Le dossier de l’affaire est transmis pour instruction au tribunal militaire de la Feldkommandantur. Rêve Roc relève du chef d’inculpation « d’atteinte à la force défensive de l’armée ». Il est condamné à la peine de mort le 17 mai 1944 et fusillé dans les fossés du fort des Ayvelles le 26 mai.

Les obsèques de Rêve Roc furent célébrées en l’église Saint-Jeanne-d’Arc de Charleville, les honneurs militaires lui furent rendus. Le titre d’Interné résistant lui a été attribué le 31 mai 1963 et la médaille de la Résistance lui fut décernée à titre posthume (décret du 17 déc. 1968, JO du 17 janv. 1969).

Son nom est inscrit sur les murs du Mémorial de Berthaucourt, sur le monument aux morts de Charleville-Mézières, ainsi que sur la plaque commémorative des fusillés du fort des Ayvelles à Villers-Semeuse.

 

Fort des Ayvelles (photo P. Lecler)

 

Obsèques d'André Marchand, de Pierre Chardin et de Rêve Roc à Charleville. Le discours est lu par le Commandant Fournier, chef des FFI des Ardennes (cliché Héraux, doc. P. Lecler)

 

Sources principales : 

Le Mémorial des cheminots victimes de la répression 1940-1945, Perrin/SNCF, 2017.

Site web : Le Maitron, dictionnaire biographique des fusillés : https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article157194

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