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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 00:00
1 . Les fusillés

    Afin de rendre plus lisibles les statistiques de la répression et dans une volonté de rendre compte plus précisément des réalités des fusillades, j’ai adopté la typologie développée dans l’étude de
J.P. Besse et T. Pouty sur ce sujet.

Les fusillés : personnes condamnées à mort par un tribunal militaire allemand puis passées par les armes.
Les otages fusillés : personnes arrêtées et fusillées, sans avoir été jugées, pour des faits dont ils n’étaient pas directement responsables. Dans cette catégorie, nous avons inclus les otages fusillés en 1944 selon les termes définis : « les personnes doivent avoir été emprisonnées ou maintenues en état d’arrestation pendant deux ou trois jours minimum, la date de l’exécution doit être postérieure d’une journée minimum à celle de l’action de Résistance qui est réprimée, le lieu d’exécution doit être différent du lieu d’emprisonnement ou d’arrestation, l’exécution ne doit pas être individuelle ».
Les exécutés : personnes arrêtées pour des faits portant préjudice à l’armée allemande ou au régime de Vichy puis mis à mort sommairement.
Les massacrés : personnes ayant été victimes d’exactions menées par l’armée allemande sans pour autant s’être montré coupables de quelque motif répréhensible (victimes de représailles).


1.1 Les fusillés en vertu d’une condamnation à mort

    Selon les clauses de l’Armistice du mois de juin 1940, l’armée allemande avait, en parallèle de la justice française, un pouvoir de juridiction sur tous les habitants des territoires de la zone occupée à partir du moment où ces derniers devenaient auteurs ou complices de crimes ou de délits pouvant porter atteinte à sa protection, à sa sécurité ou à l’honneur du peuple allemand.
La justice militaire allemande se fondait sur une interprétation très restrictive du droit international, pour lequel tout acte de résistance de la part de la population était considéré comme une activité illégale. Tout civil portant atteinte à la sécurité des troupes devenait un « franc-tireur ». Ce motif d’inculpation ne laissait en cas de procès que deux verdicts possibles : l’acquittement ou la condamnation à mort.

undefinedTampon du tribunal militaire de la Feldkommandantur 684, siègeant à Charleville

    Sur 483 victimes inscrites à Berthaucourt dont on connaît les circonstances du décès, le nombre de fusillés, toutes catégories confondues, se monte à 349, représentant près de 70 % des causes de décès.

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Les fusillés ardennais en vertu d’une condamnation à mort

    Le nombre de fusillés ayant fait objet d’un procès légal devant un tribunal militaire allemand s’élève à 44 personnes.
Lorsque la date du procès est connue, la répartition des fusillades dans le temps de l’Occupation s’inscrit ainsi :

- 1941 : 2 fusillés, condamnés à morts pour des faits particulièrement graves puisqu’il s’agissait d’attentats contre des soldats allemands

BASTIN Alfred et ANDRIEUX Eugène, né le 2 février 1898 à Sugny, domicilié à Machault, cultivateur. Le 12 mai 1940, il abattit un aviateur allemand dont l’appareil, abattu par la DCA, s’était écrasé. Arrêté par les troupes d’occupation le 23 avril 1941, il fut condamné à la peine de mort par un Tribunal militaire allemand et fusillé le 4 juin 1941 au Mont Valérien (il est le premier civil français exécuté en ce lieu).

- 1942 : 1 fusillé

LAMY Hildebert, né le 28 juin 1905 à Bay, ouvrier agricole à Houdilcourt. Il fut arrêté par la gendarmerie française pour possession d’armes, après dénonciation, le 25 avril 1942. Condamné à la peine de mort par le Tribunal militaire allemand de Rethel le 1er mai, il fut fusillé à Mézières le 10 mai 1942.

- 1943 : 3 fusillés

- 1944 : 38 fusillés

    Les procès furent rarement menés contre des individus solitaires, mais plutôt contre ce que l’on appellerait des « bandes organisées » : maquis FTP de Viel-Saint-Rémy, dit « de Launois », à la fin de l’année 1943 (12 condamnations à mort furent prononcées par le tribunal militaire siégeant à Charleville), affaire des UCR de l’OCM le 15 janvier, devant le tribunal militaire, de cinq responsables de l’OCM, qui se solda par la condamnation à mort de 2 d’entre eux (René BOURE et Robert COISPINE).
12 condamnations à mort furent encore prononcées au mois de juin et juillet. Toutes ces condamnations tardives furent exécutées au
Fort des Ayvelles.

undefined                            Acte d'accusation des inculpés Escalon, Tardif, Coispine, Bouré et Poirier, du 15 janvier 1944
                                                        (Revue historique ardennaise, T. XXX, 1995)


1.2 Les otages ardennais fusillés :

    Ils sont 15 à avoir été fusillés en tant qu’otages. Trois d’entre eux furent des inculpés d’ « activité communiste », arrêtés par la police française, jugés par le tribunal spécial de Nancy, saisis comme otage par les Allemands à la suite d’attentats commis contre les troupes d’occupation. Nous verrons en conclusion qu’ils n’épuisent pas la liste, tous n’étant pas inscrits à Berthaucourt.

Les otages fusillés en 1944, répondant aux critères adoptés plus hauts, sont au nombre de 13 dont 12 sont inscrits à Berthaucourt :
11 hommes et 2 femmes furent exécutés sommairement au
 Bois de la Rosière, à Tournes, le 29 août 1944, deux jours avant l’entrée des Américains dans le département, après que la Résistance eut saboté les 13 véhicules qui devaient emmener les prisonniers de Charleville vers l’Allemagne.

1.3 Les exécutés

    Ils forment l’ensemble restant des fusillés inscrits à Berthaucourt : soit 290 personnes mises à mort sommairement après arrestation, tuées dans les maquis ou lors des combats de la libération.

Sans doute le premier, et en tous cas le plus jeune, Marcel CHARLIER, âgé de 15 ans. En décembre 1940, il tira des coups de feu dans la direction d’une voiture dans laquelle se trouvait un officier allemand. Une quinzaine de jours plus tard, à l’issue d’une battue organisée par les troupes pour le retrouver, il fut sommairement abattu dans le village de Bay.

Des cas d’exécutions sommaires après arrestation et incarcération à la prison de Charleville sont avérés, à l’instar de ceux d’Ernest Montmartre et de Marcel Picot. Dans ces cas, les exécutions ont été différées après une longue période de détention, mais les prévenus n’ont pas été jugés.

Les fusillés au maquis et les victimes des combats de la libération, dans une période située entre le débarquement et la libération du département, forment l’essentiel du contingent des exécutés.
On peut à cet égard signaler que dès mars 1944, Keitel, chef du haut commandement de la Wehrmacht avait prescrit que la traduction devant un tribunal militaire d’une personne n’était « admissible que si le coupable [avait été] découvert ou capturé plus tard », après les combats.
Dans le cas de combats contre le maquis, une arrestation sur les lieux-mêmes devait être suivie d’une exécution immédiate, afin de ne pas surcharger les tribunaux. D’autant que considérés comme « francs-tireurs », ces résistants auraient été condamnés à mort par la justice militaire.

On peut rappeler quelques-uns des épisodes sanglants qui marquèrent l’été 1944 et les combats des maquis contre les troupes allemandes.
- Les 106 fusillés du maquis des Ardennes aux Manises le 12 juin et les jours suivants.
- les 9 fusillés du maquis du Banel, dont son chef, Adelin Husson, surpris par un piège tendu par la Gestapo.
- Les 19 fusillés d
Illy-Olly et de Gaulier, victimes d’un « groupe d’action » du parti franciste dirigé par le SD, fusillés les 28 et 29 août 1944 (2 des victimes du 29 ne sont pas inscrites à Berthaucourt !)
- Les 6 FFI tombés à Givry-sur-Aisne le 30 août 1944 lors de l’attaque d’une unité allemande stationnée à Montmarin…

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1.4 Chronologie des fusillades sous l’Occupation, d’après la liste des inscrits à Berthaucourt

    Sur 342 personnes dont on connaît la date du décès, la répartition des fusillades dans la chronologie de l’Occupation peut se lire ainsi :

-    1 en 1940
-    2 en 1941
-    1 en 1942
-    4 en 1943
-    334 en 1944

L’année 1944 est celle où la mise à mort devant un peloton d’exécution, ou par exécution sommaire au coin d’un bois, est la plus importante. Elle s’explique, succinctement, par l’importance prise par les mouvements de Résistance, l’accroissement de leur activité (sabotages, attentats contre des collaborateurs), et, en conséquence, la sévérité de plus en plus impitoyable de la répression. Mais, comme le montre l’analyse mensuelle de ces chiffres, c’est avec l’annonce du débarquement, dans un premier temps, et avec les combats pour la libération du département, dans un second, que la mortalité est la plus importante. On notera toutefois que les événements du maquis des Ardennes font littéralement exploser la courbe du graphique.

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A suivre...
15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 12:52
Deux nouvelles photos originales de l'offensive de 1940.  Celles-ci ont été prises à Bouillon. Les Allemands firent leur entrée dans la ville le 12 mai au matin, avant que les Panzers de Guderian ne traversent la Meuse à Sedan, situé une quinzaine de kilomètres au sud, le lendemain.

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 16:46
   


          
        La cérémonie de commémoration des arrestations du 6 avril 1944
a eu lieu ce samedi 5 avril à la ferme du Chesnois à Alland'huy, sous la présidence de G. Dardart, président de la FNDIRP, en présence de nombreux élus, dont M. Lamenie, sénateur des Ardennes, et de représentants du monde associatif (AFMD et UAFFI).
On rappelera que les arrestations opérées par la Gestapo de l'avenue Foch dans ce village eurent lieu dans le cadre de ce qui fut appelé par la justice à la Libération "L'affaire des parachutistes alliés", dont on peut lire la relation sur ce blog. Au terme de cette cérémonie, on regrettera que l'historique qui a été fait de cet épisode tragique de la Résistance, une fois encore (puisque je m'en étais déjà ouvert à son rédacteur), ne soit pas tout à fait conforme à la réalité des faits établis. On regrettera aussi que Charles Lambert, commerçant à Attigny, arrêté lui aussi pour les mêmes faits le 6 avril, déporté lui aussi au départ de Compiègne le 2 juillet 1944 vers le camp de concentration de Dachau et décédé au camp de Léonberg (Kommando du camp de Natzweiler) le 2 février 1945, ne soit pas associé à l'hommage rendu ce jour aux résistants du réseau Samson .

       Discours de M. Marc Laménie, sénateur des Ardennes

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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 15:24

2. Les déportés

            Sont considérées comme déportées les personnes déplacées contre leur volonté hors des frontières nationales par l’occupant et ses alliés, puis dirigées vers les camps du système concentrationnaire ou les prisons du Reich et de ses alliés.
On distingue communément la déportation par mesure de persécution (celle des personnes persécutées pour leur prétendue appartenance à une « race » ou à une communauté indésirable) de la déportation par mesure de répression, dont il est question ici, qui rassembla environ 88 000 personnes arrêtées sur le territoire de la France ou du Reich en raison de leurs activités ou de leurs opinions. Les personnes concernées par ce type de déportation sont donc soit des résistants, soit des personnes raflées comme otages, soit encore des auteurs de délits de droit commun.

2.1 Raisons et chronologie de la déportation

Les raisons de la déportation nous sont souvent mal connues, du fait de l’indigence des sources, et sont souvent le fait de reconstitutions à posteriori, à partir de ce que nous savons de l’activité des personnes arrêtées.
Seules les exécutions après jugement d’un tribunal militaire firent systématiquement l’objet d’une note des services allemands de la Feldkommandantur à la préfecture. Les raisons de la déportation sont d’autant plus mal connues que les personnes déportées furent rarement traduites devant un tribunal militaire. Les Allemands se passèrent d’ailleurs plus facilement de cette formalité lorsqu’au printemps 1942 les militaires furent dessaisis de leur pouvoir de police au profit de la SS. La Gestapo n’eut alors plus à justifier en cette matière ses décisions qui relevaient d’une procédure dite de la « détention de sécurité » (Schutzhaftverfügung), qui autorisait l’autorité allemande à placer le simple suspect en détention dans un camp de concentration « jusqu’à la fin de la guerre ».
Les dates de la déportation des personnes arrêtées pour faits de résistance dans les Ardennes coïncident avec la chronologie générale de cette forme de répression ainsi qu’avec le développement de l’action de la Résistance.
Sur 111 personnes dont la date du départ est connue, 1 seul départ eu lieu en 1942, suivis de 25 en 1943 et de 85 pour les huit premiers mois de 1944…

2.2 Répartition des déportés inscrits à Berthaucourt selon le lieu de destination et le lieu de décès

Nous connaissons pour 116 déportés inscrits à Berthaucourt les destinations initiales, sur les 142 (connues) dont les noms figurent sur le monument. Dans un ordre croissant, ce sont les camps de concentration de :

-    Natzweiler -Struthof (18)
-    Buchenwald (18)
-    Neuengamme (16)
-    Sachsenhausen-Oranienbourg (14)
-    Dachau (12)
-    Ravensbrück (11)
-    Auschwitz-Birkenau (6)
-    Mauthausen (5)
-    Dora (3)
-    Flossenbürg (1)

Pour certains, principalement les « NN », les destinations furent les prisons de Hinzert (5), Pforzheim (1), Dortmund (1), Kehl (1), Sonnenburg (1), Deckenschule (1), la forteresse de Bayreuth (1) et le ghetto de Kaunas (Lituanie) pour un déporté juif.

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Nous connaissons par ailleurs pour 122 déportés inscrits à Berthaucourt les lieux de décès. Dans un ordre croissant, ce sont les camps de concentration de :

-    Dachau (16)
-    Sachsenhausen-Oranienbourg (16)
-    Neuengamme (15)
-    Mauthausen (13)
-    Buchenwald (13)
-    Ravensbrück (11)
-    Dora (10)
-    Natzweiler-Struthof (4)
-    Auschwitz-Birkenau (4)
-    Bergen-Belsen (3)
-    Flossenbürg (3)
-    Gross-Rosen (1)

Les décès dans les prisons du Reich sont au nombre de 10 et concernant principalement des déportés soumis à la procédure « NN » : Wittlich, Schweidnitz, Hinzert, Kehl, Pforzheim, Hanovre, Sonnenburg.
On relèvera par ailleurs deux décès dans des villes allemandes (Essen et Grafenthal), dont l’un dans un Kommando de déblaiement après un raid de l’aviation alliée, et un autre au ghetto de Kaunas.


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2.3 Les principaux camps d’accueil des déportés inscrits à Berthaucourt

Buchenwald
Le camp de concentration de Buchenwald fut avec celui de Natzweiler celui qui reçut le plus de déportés ardennais (inscrits à Berthaucourt).
Parmi les données saillantes concernant ces déportés, on peut remarquer que Buchenwald fut avec Sachsenhausen le camp d’accueil des prisonniers communistes ou supposés tels. Ainsi, si les maquisards FTP du maquis dit « de Launois » à Viel-Saint-Rémy furent fusillés au début de 1944 après avoir été jugés par un tribunal militaire allemand, ceux qui furent considérés comme leurs complices (pour les avoir hébergés, ravitaillés) furent presque tous déportés à Buchenwald (8 sur 11) par le transport du 22 janvier 1944 au départ de Compiègne.

Sachsenhausen-Oranienbourg
On peut relever que c’est le camp de Sachsenhausen-Oranienbourg, près de Berlin, qui fut la première destination des prisonniers communistes ardennais, en deux grands convois qui emportèrent la plupart de ceux-ci arrêtés au cours de l’année 1943.

Le transport du 24 janvier 1943 fut composé au départ de Compiègne d’hommes et de femmes, voyageant dans des wagons différents, et aux destinations différentes. Au moins 1466 hommes furent dirigés, après le passage de la frontière allemande vers le camp de concentration de Sachsenhausen, où ils entrèrent le 25 janvier (les femmes, nous en parlerons plus loin, furent dirigées vers Auschwitz-Birkenau). Ils sont les premiers déportés partis de France à être dirigés vers ce camp. La majorité de ceux-ci sont des membres du parti communistes ou du Front National.

Le transport du 28 avril 1943 fut un autre transport mixte parti de Compiègne, les hommes à destination de Sachsenhausen, les femmes à celle de Ravensbrück. Il comptait une part très importante de prisonniers communistes, dont 14 Ardennais, soit près de la totalité des communistes responsables de la manifestation contre le STO en gare de Sedan le 3 mars 1943 et arrêtés le lendemain par les autorités allemandes.

Dachau
La majorité des déportés au camp de concentration de Dachau le furent par le convoi du 2 juillet 1944, dit « train de la mort ». Ce fut le plus important convoi de déportation au départ de Compiègne (2 166 déportés politiques et résistants, droits communs), il fut sans doute aussi le plus meurtrier (530 hommes trouvèrent la mort pendant le voyage).
On y trouve notamment les hommes arrêtés au printemps 1944 dans le cadre de l’affaire dite « des parachutistes », c’est à dire le démantèlement du réseau Samson à la suite de l’infiltration en son sein d’agents de la Gestapo de l’avenue Foch (18 personnes arrêtées, 16 déportées, dont 12 mortes en déportation, 2 fusillées).

On notera que 9 déportés internés au camp de concentration de Natzweiler furent transférés à Dachau probablement lors de l’évacuation de ce camp les 31 août, 1er et 2 septembre 1944.

Neuengamme
Parmi les 16 déportés dans ce camp figurent presque tous les membres de la Résistance de l’Aisne qui ont été arrêtés dans le cadre de l’affaire dite « des parachutistes » dans ce département et dans une autre, initiée par la Gestapo de Saint-Quentin et dont l’agent principal fut Wickenden, dit « l’homme à la verrue ». Ces habitants de l’Aisne sont inscrits à Berthaucourt car leurs groupes étaient commandés par l’état-major ardennais de l’OCM et dépendaient du secteur de Signy-l’Abbaye. Parmi les autres activités de ces groupes on peut citer la constitution d’une filière d’aide aux prisonniers de guerre français évadés, aux aviateurs alliés, aux Juifs évadés du camp des Mazures, l’aide aux réfractaires du STO. On se souvient que leur chef, Émile Fontaine, fut abattu par la Gestapo le 30 mars 1944 à Aubenton et que les arrestations dans le réseau auquel il participait, Samson, eurent lieu dans les jours qui suivirent sa mort.

Parmi les Ardennais déportés à Neuengamme figure Jean FOSSIER, né le 13 septembre 1924  à Terron-sur-Aisne, domicilié en cette commune. Arrêté le 7 mars 1944 par la gendarmerie française pour un vol d’huile, l’enquête fit apparaître ses liens avec le Résistance (hébergement d’aviateurs alliés, agent de renseignement du Banel, création du maquis de Semide). Il fut déporté au départ de Compiègne le 4 juin 1944 vers le camp de concentration de Neuengamme. Disparu au camp de concentration de Dora.

Ravensbrück
Connu comme le camp des femmes, Ravensbrück reçut 10 déportées originaires des Ardennes.
Pour poursuivre sur l’affaire « des parachutistes » évoquée plus haut, les quatre femmes arrêtées dans le cadre de celle-ci furent internées à Romainville avant de quitter la France dans un convoi qui atteignit le camp de « Neue Bremm » à Sarrebrück le 4 juillet 1944. Le 27 de ce mois, elles furent transférées au camp de concentration de Ravensbrück.

Auschwitz-Birkenau
    Parce qu’il est l’archétype du camp de concentration dans la conscience collective, voyons les cas des déportés à Auschwitz. Le complexe d’Auschwitz-Birkenau est connu comme le symbole de la volonté d’extermination par les nazis des juifs d’Europe.
Dans ce camp, 4 500 personnes venues de France furent aussi internées par mesure de répression.
On peut distinguer deux groupes de déportés originaires des Ardennes, dont les noms sont  inscrits au monument de Berthaucourt, qui y furent transférés.

Les femmes du transport du 24 janvier 1943, convoi dit des « 31 000 »
Le transport du 24 janvier 1943 fut composé au départ de Compiègne d’hommes et de femmes, voyageant dans des wagons différents, et aux destinations différentes. Au moins 1466 hommes furent dirigés, après le passage de la frontière allemande vers le camp de concentration de Sachsenhausen, où ils entrèrent le 25 janvier ; 230 femmes furent emmenées au camp de concentration d’Auschwitz.

Les trois femmes, dont les noms sont inscrits à Berthaucourt, avaient été arrêtées à la fin du mois d’octobre 1942 par la Gestapo de Charleville à la suite du démantèlement par ce service d’une filière d’évasion de prisonniers de guerre français qui avait son centre à Charleville et avait été fondée par Paul Royaux. Elles décédèrent toutes les trois dans les deux mois qui suivirent leur entrée dans ce camp.

On peut noter que parmi les ardennaises de ce transport figurait aussi Simone SAMPAIX, née à Sedan, fille de Lucien SAMPAIX, secrétaire général à L’Humanité fusillé le 15 décembre 1941. Elle sera libérée au camp de concentration de Ravensbrück en avril 1944.
On remarquera aussi que dans ce transport figurait aussi RAVAUX (ép. Bouillard) Léona, née le 5 avril 1885 à Éteignères, domiciliée à Auvillers-les-Forges, arrêtée en même temps que son mari pour « activité communiste », décédée à Auschwitz le 15 février 1943. Son nom ne figure pas à Berthaucourt !

Les hommes du transport du 27 avril 1944, dit convoi dit des « tatoués »
Ce transport est le troisième convoi de non-juifs parti de Compiègne à direction du camp d’Auschwitz. Composé d’environ 1 670 hommes, il y arrive le 30 avril au soir. Ces déportés étaient destinés à fournir de la main d’œuvre aux Kommandos de travail (d’où cette appellation de « tatoués », les SS ne tatouant pas ceux qui étaient destinés à la chambre à gaz).
Les hommes dès leur arrivée, après désinfection et marquage furent d’ailleurs transférés vers d’autres camps, la plupart vers celui de Buchenwald. Deux Ardennais inscrits à Berthaucourt furent de ce transport.
Le sixième déporté de ce transport, inscrit à Berthaucourt, Abraham SEEMAN, fut saisi par la Gestapo le 4 janvier 1944, lors de la rafle des derniers juifs présents dans les Ardennes. Cet octogénaire ne fut certainement pas arrêté pour fait de résistance, mais bien pour son appartenance « raciale »…

2.4 Le cas des déportés « Nacht und Nebel »

Les 18 déportés vers le camp de concentration de Natzweiler-Struthof, l’unique camp nazi implanté sur l’actuel territoire français, ainsi que les 5 internés du SS-Sonderlager Hinzert constituent l’ensemble des 23 déportés soumis au décret Keitel.

Les décrets Keitel furent promulgués les 7 et 12 décembre 1941.
Ils mettaient en place la procédure dite « Nacht und Nebel » (« Nuit et Brouillard »). Celle-ci retirait à la justice militaire la répression de la résistance au profit des tribunaux nazis du Reich.
Par les moyens du secret et de l’isolement des personnes transférées en Allemagne (« Les coupables transportés en Allemagne ne sont autorisés à aucun contact avec le monde extérieur : aussi n’ont-ils le droit ni d’écrire, ni de recevoir lettres, colis, visites. Ceux-ci sont à renvoyer avec la mention que tout contact avec le monde extérieur est interdit au coupable »), on atteignait le but fixé : « un effet de frayeur efficace et durable ».

Ainsi les 5 « NN » qui figurent au monument de Berthaucourt et qui furent internés au SS-Sonderlager Hinzert, près de Cologne, étaient-ils destinés à être jugés en Allemagne. Hinzert fut de mai 1942 à septembre 1943 le lieu de regroupement de tous les « NN » venant de Paris. Ces 5 là y furent déportés à cette période, alors que la procédure était encore strictement appliquée, en attente de jugement.

En novembre 1943, le camp de concentration de Natzweiler-Struthof, succède à Hinzert comme lieu principal de la détention des détenus « NN », même si ces derniers y étaient déjà nombreux avant cette date.
Les 20 déportés « NN » du camp de Natzweiler-Struthof le furent au cours de l’année 1944. Á cette date, ils ont échappés à l’autorité de l’armée allemande, qui a perdu ses prérogatives en matière de maintien de l’ordre, et sont pris en charge par la Gestapo. Le sigle « NN » reste utilisé mais la procédure Keitel est abandonnée : ils ne sont plus en attente de jugement mais soumis au régime de la « détention de sécurité » (Schutzhaftverfügung), c’est à dire destinés à rester dans des camps de concentration « jusqu’à la fin de la guerre ».
Citons parmi eux :
BARRÉ Gaston, né le 1er avril 1899 à Hautes-Rivières. Brigadier des Douanes à Vireux. Il fut arrêté en novembre 1943 en raison de son appartenance à un réseau de renseignement. Déporté au départ de Paris, gare de l’Est, le 25 février 1944 vers le camp de concentration de  Natzweiler, il y est décédé le 2 avril 1944.
ESCALON Pierre, né le 9 janvier 1917 à Paris, chef d’équipe au chantier forestier de Vendresse, en fait responsable OCM de l’école des cadres à Omicourt (instruction aux sabotages). Arrêté à Vendresse le 20 septembre 1943, il  fut condamné par le Tribunal militaire allemand de Charleville le 15 janvier 1944. Emprisonné à Paris le 17 juin 1944, déporté au départ de Paris, gare de l’Est, le 13 juillet 1944 vers le camp de concentration de Natzweiler, il est décédé le 23 mars 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen.
FOURNAISE Adrien né le 7 mai 1902 à Mézières, agent de la SNCF à Liart, était le chef du secteur de Signy-l’Abbaye. Arrêté par la Gestapo le 24 décembre 1943, il fut incarcéré à la prison de Charleville, puis à Paris. Déporté le 24 février 1944 au départ de Paris, gare de l’Est, vers le camp de concentration de Natzweiler, il fut transféré en mai 1944 au camp de concentration de Gross-Rosen, en Silésie, puis à la prison de Nordhausen, près de Dora, où il mourut le 18 février 1945.

undefined            Photo prise à la libération du camp de concentration de Buchenwald (Doc : F. Guérin)