Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 08:48
L'information, en ces temps de vacances et de J.O. vous a peut-être échappé. Un lot de débardeurs portant des inscriptions antisémites ont été découverts dans une boutique de la rue de Belleville, dans le 19e arrondissement de Paris. Le vêtement porte l'inscription "Juden eintritt in die Parkanlagen verboten" ("Entrée du parc interdite aux juifs"), en allemand et en polonais. Le débardeur, vendu 18 euros, reproduit littéralement un panneau d'interdiction visant les juifs du ghetto de Lodz en Pologne en 1940.

      
         A
u cours de mes pérégrinations estivales dans la péninsule, j'ai eu quant à moi la surprise de découvrir, sur un marché populaire, ces très colorés tabliers de cuisine à l'effigie du Duce (déclinés aussi sur d'
autres supports : serviettes, t-shirts, caleçons...)

 
    Dans un autre registre, on aura noté cet été que la justice a rattrapé certains bourreaux du IIIe Reich :
En Autriche, Milivoj Asner, ancien chef de la police oustachi, retrouvé par hasard par un journaliste au milieu des supporters de l'équipe croate lors de l'Euro ; Sandor Kepiro, ancien membre de la police hongroise, responsable de massacre de juifs et de serbes en 1942 sous le régime de l'amiral Horthy ; John Demjanjuk, surnommé "Ivan le Terrible", le bourreau de Treblinka, 88 ans, pourrait lui aussi être inculpé par la justice allemande...
Enfin, moins connu qu'Oradour, le village martyr de
Mail connut 25 août 1944 le massacre de 124 des siens, âgés de 3 mois à 89 ans, en représailles des actions de la résistance. On se souvient qu'un jeune ardennais inscrit à Berthaucourt, André Jamin, cheminot à la gare de Lucquy recherché par la police allemande, s'était réfugié à Maillé où il avait rejoint un maquis et où, ce jour-là, il fut fusillé. Le quotidien Le Monde faisait récemment état de l'ouverture prochaine d'une enquête par la justice allemande et le déplacement d'un magistrat à Maillé. En 2004, le même journal, dans un article sur le drame des Manises (article qui fut très mal reçu dans à Revin), avait annoncé qu'une procédure avait été lancée en Allemagne afin de retrouver les responsables des massacres commis les 12 et 13 juin 1944. Info ou intox ? Nul n'en a plus jamais entendu parler... (Et ici les noms des principaux responsables sont connus : ils n'ont jamais été inquiétés, et sont aujourd'hui décédés.)
Nous sommes curieux de savoir si cette affaire de Maillé aura des suites autres que journalistiques... À suivre...
Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article
28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 00:00
Le colloque : "L'autre résistance, 1914-1918" se tiendra au Musée Guerre et Paix en Ardennes à Novion-Porcien, les vendredi 26 et samedi 27 septembre.

Vendredi 26 septembre de 14 à 18 h 00 : Écrire pour ne pas oublier
Interventions de V. Rouchy-Levy, N. Charles, J.-F. Saint-Bastien, M.-F. Barbe, S. André.

Samedi 27 septembre de 9 H. à 12 h 30 : Les troupes allemandes au front et à l'arrière du front
 Interventions du Colonel J.-P. Létang, C. Plinson, Pr. J. Lanher, J. Leclere, J.P.-Marby.

Samedi 27 septembre de 14 à 18 h : Figures de résistants, volonté de résister
Interventions de B. Gonel, G. Deroche, J.-F. Boulanger, J. Dupuy, Pr. F. Cochet

Réservations recommandées au 03 24 30 65 21 ou au 06 64 21 09 39. Courriel : jpmarby@wanadoo.fr

Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article
3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 18:43

     Fin avril 1942, Adelin Husson quitte Liège vers Arlon. Il ne s’agit pas d’un voyage exceptionnel. Adelin se rend régulièrement dans le chef-lieu de la province de Luxembourg.

Lors de son retour à Liège, il apprend l’arrestation de son épouse, de sa fille et de son fils et de certains de ses compagnons. Adelin Husson n’est pas étranger aux mouvements de résistance. Il en est déjà membre dans la région liégeoise. En plus de ce rôle, Adelin, journaliste de profession,  a mis en place un réseau de presse clandestine dont la Churchill Gazette. Les exemplaires édités ainsi que d’autres journaux sont notamment distribués par les membres de sa famille.

Dès le mois de mai 1942, il est donc obligé d’entrer dans la clandestinité et s’installe dans le domaine du Banel en territoire français, à proximité de Chassepierre, son village d’origine. Tout en gardant le lien avec les membres de son réseau de Liège et d’Arlon, Adelin, dit « Georges » dans la résistance, entre en contact avec des groupes de résistants belges et français. Il devient, en outre, le chef d’une ligne de renseignements et d’action qui s’étend des provinces de Liège et de Luxembourg jusqu’aux Ardennes et Lorraine françaises. Au fil du temps, il ajoute l’aide aux réfractaires et aux aviateurs alliés.
L’action -présence de corps francs- nécessite de se procurer armes et munitions. Le 3 septembre 1943, suite à une dénonciation,  une partie des armes provenant des parachutages sur le
Monty à Muno est saisie par l’ennemi dans la cache du Banel. Le débarquement allié du 6 juin 1944 rend l’armement  de plus en plus indispensable. Les Allemands le savent aussi. C’est pourquoi ils introduisent leurs agents dans la résistance locale. L’un d’eux, un Belge, promet au Banel la livraison d’armes, demandée par le maquis, pour deux mille cinq cents hommes. D’où le large effectif allemand -environ deux mille soldats- du 18 juin 1944. Les maquisards, eux, ne sont que quatorze dans les trois cagnas. Du renfort extérieur est donc engagé pour réceptionner les armes près des étangs du domaine.

Mais à l’aube du 18 juin, les bois du Banel et du Buchy sont encerclés par l’armée allemande. Des arrestations se succèdent  à l’approche  de la zone. Des coups de feu retentissent et alertent les résistants. Progressivement, l’étau se resserre autour des clandestins. Aucune issue n’est vraiment envisageable…

Tous sont pris, excepté Jean Cazes qui s’est réfugié dans un arbre. Jacqueline Ezannic et son frère Pierre, Marguerite Van Bever et quatre aviateurs américains ( Ralph Sack, Gordon McIntosh, Edward Zabinski et Harold Butler ) sont emprisonnés. Pierre meurt en Allemagne, les autres sont libérés à la fin de la guerre. Les réfractaires du Buchy : André Poncelet, Fernand Blaise, Armand Polèse et Casimir Rzepecki sont massacrés. Adelin et son fils Jules qui s’était échappé de la Citadelle de Huy en juillet 1942 sont abattus ainsi qu’André Lejeune revenu dormir chez ses parents et Aimé Houlmont venu en renfort. Le corps d’Adelin Husson ne sera jamais retrouvé. Le corps franc de Williers, dont les cagnas se trouvaient à gauche de la route Florenville-Carignan, échappe à l’encerclement du maquis.

A la tombée du jour, les tortionnaires quittent les lieux.
La chasse aux maquis avec infiltrations, dénonciations et délations, l’imprudence de certains résistants ont fait du 18 juin 1944 un jour long et douloureux pour les victimes, les détenus et leur famille.

Adelin Husson, fondateur et chef du maquis du Banel, et  son fils Jules ; tous deux tués par les Allemands le 18 juin 1944.

 

22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 15:44

      La cérémonie de commémoration des massacres du maquis du Banel a eu lieu le dimanche 22 juin, au monument dédié aux « Héros du Banel et de la Résistance franco-belge », à la Barrière Busch, sur la frontière entre Carignan et Florenville. C'est devant une assemblée nombreuse et recueillie, en présence de diverses personnalités belges et françaises, tant du monde politique qu'associatif, que le Président du Comité belge du « Souvenir du Banel » (organisateur cette année de la cérémonie), rappela que 2008 marquait le 50e anniversaire de l'érection du monument. Il laissa ensuite la parole à l'écrivain de Florenville Marie Fizaine, qui évoqua les affres de l'Occupation, les joies de la libération, l'angoisse de la Noël 1944, et l'impérieuse nécessité de transmettre la mémoire de ces événements fondateurs d'une Europe pacifiée et démocratique.

 

         
    Comment évoquer en quelques lignes le maquis franco-belge du Banel tant son histoire est complexe, son action multiforme, aux ramifications nombreuses dans et hors du département, en Belgique comme en France ? Une étude, issue là aussi de la coopération franco-belge, est en cours, et il sera temps d’en reparler…

  Constitué dès 1942 (il est le premier maquis ardennais et le seul unissant dans la lutte Français et Belges) dans les bois du Banel, à la frontière, entre Carignan et Florenville, par le journaliste belge Adelin Husson, le maquis fut à la fois un service de renseignement à destination des alliés et une unité paramilitaire pratiquant coups de main contre l’occupant et sabotages. Le dimanche 18 juin 1944, à la suite de l’infiltration dans la Résistance du collaborateur Charles-Antoine Roemen, le maquis fut encerclé par les troupes allemandes, et réduit en quelques heures.


  Liste des victimes de la répression allemande du Banel
Toutes sont inscrites sur les murs du
Mémorial de Berthaucourt

 

HUSSON Adelin, né le 10 mai 1899 à Chassepierre (Belgique), journaliste domicilié à Bressoux (Belgique). Fondateur d’un réseau de renseignement et du maquis franco-belge du Banel en mai 1942. Fusillé ( ?) par les Allemands le jour de l’attaque du maquis le 18 juin 1944. Son corps ne fut jamais retrouvé.

HUSSON Jules, né le 13 novembre 1924 à Eischweiler (Belgique), domicilié à Bressoux (Belgique), fils du précédent. Fusillé par les Allemands le jour de l’attaque du maquis le 18 juin 1944.

POLESE Armand, Victor, né le 31 octobre 1921 à Rimogne, domicilié à Linay. Réfractaire au STO, il rejoignit en 1942 le maquis franco-belge du Banel, dirigé par Adelin Husson. Agent de liaison puis chef de groupe, il occupait au maquis une « cagna » au lieu-dit « le Paquis de Frappant », dans la clairière de Buchy, avec trois autres réfractaires, André Poncelet et Fernand Blaise, Casimir Rzepecky, et une jeune fille belge, Marguerite Van Bever. Le 18 juin 1944, après que le maquis eut été encerclé par de fortes troupes allemandes, les cinq maquisards furent arrêtés dans le bois du petit Banel sans pouvoir opposer de résistance à leurs poursuivants. Les quatre jeunes hommes furent emmenés au fortin du Paquis de Frappant, les mains liées dans le dos avec du fil de fer. Ils furent battus à mort, puis, étendus le visage contre terre, fusillés.

PONCELET André, né le 10 août 1922 à Florenville (Belgique), domicilié à Matton. Maquisard au Banel, compagnon d’Armand Polèse, il fut fusillé par les Allemands le 18 juin 1944.

HOULMONT Aimé, Emile, Germain, né le 21 janvier 1913 à Saint-Vincent (Belgique), militaire de carrière, domicilié à Pin-Izel (Belgique). Spécialiste radio du maquis du Banel. Arrêté lors de l’attaque du maquis, roué de coups puis fusillé et enterré près du château du Banel ce même jour, le 18 juin 1944.

BLAISE Fernand, né le 12 août 1921 à Florenville (Belgique), domicilié à Matton. Fusillé lors de l’attaque du maquis franco-belge du Banel le 18 juin 1944.

LEJEUNE André, né le 21 février 1924 à Schaebeck (Belgique), domicilié à Chassepierre (Belgique). Maquisard au Banel. Fusillé par les Allemands le jour de l’attaque du maquis le 18 juin 1944.

RZEPECKI Casimir, né le 3 janvier 1922 à Muzymen (Pologne), domicilié à Linay. Maquisard au Banel, compagnon d’Armand Polèse, il fut fusillé par les Allemands le 18 juin 1944.

 
D’autres noms peuvent leur être associés :

RZEPECKI Maurice, né le 2 février 1924 à Wincki (Pologne), domicilié à Linay (frère du précédent). Membre du service de renseignement du Banel, il fut envoyé en mission à Vireux avec Robert Lambert. Les deux hommes furent arrêtés par la Feldgendarmerie le 6 janvier 1944, après échanges de coups de feu, en gare de Vireux. Arrêté, Maurice Rzepecki fut fusillé à Mézières le 22 avril 1944.

LAMBERT Robert, né le 15 juin 1926 à Linay, domicilié en cette commune. Membre du service de renseignement du Banel. Envoyé en mission à Vireux avec Maurice Rzepecki. Les deux hommes furent arrêtés par la Feldgendarmerie le 6 janvier 1944, après échanges de coups de feu, en gare de Vireux. Robert Lambert fut fusillé sur place.

LAMBERT Joséphine, née REY le 13 janvier 1891 à Gégonzac (Lot), domiciliée à Linay. Mère de Robert Lambert. Arrêtée le 4 janvier 1944 en représailles de l’action de son fils. Déportée au départ de Compiègne le 31 janvier 1944 vers le camp de concentration de Ravensbrück. Décédée à Ravensbrück le 14 janvier 1945.

EZANNIC Pierre, né le 12 août 1924 à Sedan, domicilié à Matton. Arrêté le 18 juin 1944 lors du démantèlement du maquis du Banel. Déporté le 9 août 1944 au camp de Deckenschule. Décédé en Allemagne, à Essen, au cours d’un bombardement allié le 23 octobre 1944.

BERGMANN Robert, né le 8 février 1926 à Troyes, domicilié à Les Deux-Villes. Réfractaire au STO réfugié à Matton-Clémency, à proximité du domaine du Banel. Probablement découvert par les troupes allemandes lors de l’attaque du maquis le 18 juin 1944, il fut fusillé sur place. Son corps sera retrouvé à la Libération près du moulin du Banel.