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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 10:08
           Les ouvrages sont cités dans l'ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l'année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n'encombrent pas les fonds de bibliothèque, le choix d'une date de rupture est donc purement formel.


                        En septembre 1939, en même temps que le reste du pays, les Ardennes entrent dans une guerre qui ne justifie pas son nom. N'est-il pas fréquent, en effet, de parler de la "guerre de 1940" à propos d'un conflit commencé près d'un an plus tôt ? De septembre 1939 à mai 1940, c'est la "drôle de guerre", selon l'expression attribuée à Roland Dorgelès, une guerre insolite, car contrairement à la précédente, on ne se bat pas, ou si peu.

            Comment les Ardennais ont-ils vécu ces huit mois qui précèdent l'attaque allemande du 10 mai 1940 ?
La question mérite d'autant plus d'attention que nous sommes ici dans un département frontière, donc dans la zone des armées où civils et militaires vivent en étroite cohabitation. D'autre part,
en 1914, ce département a été le théâtre de violents combats auxquels a succédé une occupation particulièrement lourde de cinquante et un mois, et ces événements, encore très présents dans les esprits en 1939, ont profondément façonnés la perception que les Ardennais pouvaient avoir de la guerre et de leur envahissant voisin allemand.
L'analyse de la vie des civils ardennais entre septembre 1939 et mai 1940 a conduit les auteurs à porter leur attention sur quelques points forts : l'état d'esprit des populations confrontées à la situation de "non-guerre" qui succède à la mobilisation ; leur comportement dans un paysage familier transformé par les nécessités militaires ; leurs réactions face aux gênes provoquées par la présence des troupes ; enfin, leurs activités professionnelles, les entreprises du département étant confrontées à un véritable dilemme : produire ou évacuer ?

   
Le premier grand ouvrage de l'équipe de Terres Ardennaises, dont nous aurons à reparler. Un livre riche en analyses et en témoignages,  sur un thème, l'exode de 40, pour une fois ici traité avec une véritable profondeur et loin des idées reçues.

        LAMBERT (J.), GIULIANO (G.), ROTOWSKY (V.), Les Ardennais dans la

tourmente : de la mobilisation à l'évacuation
, Éditions Terres Ardennaises,

Charleville-Mézières, 1990

Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 08:48
L'information, en ces temps de vacances et de J.O. vous a peut-être échappé. Un lot de débardeurs portant des inscriptions antisémites ont été découverts dans une boutique de la rue de Belleville, dans le 19e arrondissement de Paris. Le vêtement porte l'inscription "Juden eintritt in die Parkanlagen verboten" ("Entrée du parc interdite aux juifs"), en allemand et en polonais. Le débardeur, vendu 18 euros, reproduit littéralement un panneau d'interdiction visant les juifs du ghetto de Lodz en Pologne en 1940.

      
         A
u cours de mes pérégrinations estivales dans la péninsule, j'ai eu quant à moi la surprise de découvrir, sur un marché populaire, ces très colorés tabliers de cuisine à l'effigie du Duce (déclinés aussi sur d'
autres supports : serviettes, t-shirts, caleçons...)

 
    Dans un autre registre, on aura noté cet été que la justice a rattrapé certains bourreaux du IIIe Reich :
En Autriche, Milivoj Asner, ancien chef de la police oustachi, retrouvé par hasard par un journaliste au milieu des supporters de l'équipe croate lors de l'Euro ; Sandor Kepiro, ancien membre de la police hongroise, responsable de massacre de juifs et de serbes en 1942 sous le régime de l'amiral Horthy ; John Demjanjuk, surnommé "Ivan le Terrible", le bourreau de Treblinka, 88 ans, pourrait lui aussi être inculpé par la justice allemande...
Enfin, moins connu qu'Oradour, le village martyr de
Mail connut 25 août 1944 le massacre de 124 des siens, âgés de 3 mois à 89 ans, en représailles des actions de la résistance. On se souvient qu'un jeune ardennais inscrit à Berthaucourt, André Jamin, cheminot à la gare de Lucquy recherché par la police allemande, s'était réfugié à Maillé où il avait rejoint un maquis et où, ce jour-là, il fut fusillé. Le quotidien Le Monde faisait récemment état de l'ouverture prochaine d'une enquête par la justice allemande et le déplacement d'un magistrat à Maillé. En 2004, le même journal, dans un article sur le drame des Manises (article qui fut très mal reçu dans à Revin), avait annoncé qu'une procédure avait été lancée en Allemagne afin de retrouver les responsables des massacres commis les 12 et 13 juin 1944. Info ou intox ? Nul n'en a plus jamais entendu parler... (Et ici les noms des principaux responsables sont connus : ils n'ont jamais été inquiétés, et sont aujourd'hui décédés.)
Nous sommes curieux de savoir si cette affaire de Maillé aura des suites autres que journalistiques... À suivre...
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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 00:00
Le colloque : "L'autre résistance, 1914-1918" se tiendra au Musée Guerre et Paix en Ardennes à Novion-Porcien, les vendredi 26 et samedi 27 septembre.

Vendredi 26 septembre de 14 à 18 h 00 : Écrire pour ne pas oublier
Interventions de V. Rouchy-Levy, N. Charles, J.-F. Saint-Bastien, M.-F. Barbe, S. André.

Samedi 27 septembre de 9 H. à 12 h 30 : Les troupes allemandes au front et à l'arrière du front
 Interventions du Colonel J.-P. Létang, C. Plinson, Pr. J. Lanher, J. Leclere, J.P.-Marby.

Samedi 27 septembre de 14 à 18 h : Figures de résistants, volonté de résister
Interventions de B. Gonel, G. Deroche, J.-F. Boulanger, J. Dupuy, Pr. F. Cochet

Réservations recommandées au 03 24 30 65 21 ou au 06 64 21 09 39. Courriel : jpmarby@wanadoo.fr

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 18:43

     Fin avril 1942, Adelin Husson quitte Liège vers Arlon. Il ne s’agit pas d’un voyage exceptionnel. Adelin se rend régulièrement dans le chef-lieu de la province de Luxembourg.

Lors de son retour à Liège, il apprend l’arrestation de son épouse, de sa fille et de son fils et de certains de ses compagnons. Adelin Husson n’est pas étranger aux mouvements de résistance. Il en est déjà membre dans la région liégeoise. En plus de ce rôle, Adelin, journaliste de profession,  a mis en place un réseau de presse clandestine dont la Churchill Gazette. Les exemplaires édités ainsi que d’autres journaux sont notamment distribués par les membres de sa famille.

Dès le mois de mai 1942, il est donc obligé d’entrer dans la clandestinité et s’installe dans le domaine du Banel en territoire français, à proximité de Chassepierre, son village d’origine. Tout en gardant le lien avec les membres de son réseau de Liège et d’Arlon, Adelin, dit « Georges » dans la résistance, entre en contact avec des groupes de résistants belges et français. Il devient, en outre, le chef d’une ligne de renseignements et d’action qui s’étend des provinces de Liège et de Luxembourg jusqu’aux Ardennes et Lorraine françaises. Au fil du temps, il ajoute l’aide aux réfractaires et aux aviateurs alliés.
L’action -présence de corps francs- nécessite de se procurer armes et munitions. Le 3 septembre 1943, suite à une dénonciation,  une partie des armes provenant des parachutages sur le
Monty à Muno est saisie par l’ennemi dans la cache du Banel. Le débarquement allié du 6 juin 1944 rend l’armement  de plus en plus indispensable. Les Allemands le savent aussi. C’est pourquoi ils introduisent leurs agents dans la résistance locale. L’un d’eux, un Belge, promet au Banel la livraison d’armes, demandée par le maquis, pour deux mille cinq cents hommes. D’où le large effectif allemand -environ deux mille soldats- du 18 juin 1944. Les maquisards, eux, ne sont que quatorze dans les trois cagnas. Du renfort extérieur est donc engagé pour réceptionner les armes près des étangs du domaine.

Mais à l’aube du 18 juin, les bois du Banel et du Buchy sont encerclés par l’armée allemande. Des arrestations se succèdent  à l’approche  de la zone. Des coups de feu retentissent et alertent les résistants. Progressivement, l’étau se resserre autour des clandestins. Aucune issue n’est vraiment envisageable…

Tous sont pris, excepté Jean Cazes qui s’est réfugié dans un arbre. Jacqueline Ezannic et son frère Pierre, Marguerite Van Bever et quatre aviateurs américains ( Ralph Sack, Gordon McIntosh, Edward Zabinski et Harold Butler ) sont emprisonnés. Pierre meurt en Allemagne, les autres sont libérés à la fin de la guerre. Les réfractaires du Buchy : André Poncelet, Fernand Blaise, Armand Polèse et Casimir Rzepecki sont massacrés. Adelin et son fils Jules qui s’était échappé de la Citadelle de Huy en juillet 1942 sont abattus ainsi qu’André Lejeune revenu dormir chez ses parents et Aimé Houlmont venu en renfort. Le corps d’Adelin Husson ne sera jamais retrouvé. Le corps franc de Williers, dont les cagnas se trouvaient à gauche de la route Florenville-Carignan, échappe à l’encerclement du maquis.

A la tombée du jour, les tortionnaires quittent les lieux.
La chasse aux maquis avec infiltrations, dénonciations et délations, l’imprudence de certains résistants ont fait du 18 juin 1944 un jour long et douloureux pour les victimes, les détenus et leur famille.

Adelin Husson, fondateur et chef du maquis du Banel, et  son fils Jules ; tous deux tués par les Allemands le 18 juin 1944.