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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 16:03
undefined        Alors qu'a été inauguré le Mémorial de l'internement et de la déportation de Royallieu à Compiègne, le Conseil général de l'Oise vient de publier ce livre, premiere étude scientifique de l'histoire de ce camp.

    Ancienne caserne de l'armée française, le camp de Royallieu fut sous l'Occupation l'un des plus importants de France. Destiné par le régime nazi à l'internement des résistants et des opposants politiques, y furent enfermés aussi des civils raflés, des ressortissants des puissances alliées et des Juifs.
De la gare de Compiègne parti, le 27 mars 1942, à destination d'Auschwitz, le premier train de déportés quittant le sol français. 39 autres trains emportèrent, en un peu plus de deux ans, 40000 hommes et femmes du Frontstalag 122 vers les camps de concentration et d'extermination du Reich.


B. Husser, J.P. Besse,
 F. Leclere-Rosenzweig
Frontstalag 122, Compiègne-Royallieu,
Archives départementales de l'Oise

Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 07:33
    Mercredi 12 mars, France 3 consacrera une émission aux travaux du Père Patrick Desbois, qui travaille avec son équipe à retrouver les charniers laissés par les Einsatzgruppen dans les ex-pays de l'Est, ainsi qu'à recueillir les témoignages de ceux qui ont assistés aux Aktion de la SS contre les communautés juives sur le territoire soviétique. A la limite de l'indicible, des souvenirs terribles, des évocations parfois insoutenables, qui mettent en lumière un des épisodes les plus méconnus de la Shoah.
Quelques lectures conseillées à ceux qui voudraient approfondir le sujet :



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Père P. Desbois, Porteur de mémoires, Michel lafon, Paris, 2007
    Directeur du Service national des évêques de France pour les ralations avec le judaïsme, conseiller du Vatican pour la religion juive, il est celui qui aujourd'hui révèle l'ampleur de ces massacres systématiquement organisés par les Einsatzgruppen dans l'Europe orientale. Avec une volonté : rendre une sépulture à chacune des victimes. Cet ouvrage est son "carnet de route" des années 2004-2006, avec de larges retranscriptions des témoignages recueillis dans les villages d'Ukraine (voir ici)











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C.R. Browning, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, Les Belles Lettres, Paris, 1994
    Une étude riche et profonde sur les mécanismes de la barbarie organisée, à partir de l'exemple de ce bataillon de police composés de réservistes trop vieux ou inaptes pour le front. Ou comment 500 "hommes ordinaires" (ni enrôlés dans la SS, ni même parfois ,adhérents du parti national-socialiste), parviennent, en moins de seize mois à assassiner directement, d'une balle dans la tête, 38 000 juifs et à en déporter 45 000 autres vers la chambre à gaz de Tréblinka.






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D. Mendelsohn, Les disparus, Flammarion, Paris, 2007
    Ni ouvrage historique, ni roman, mais relation d'une quête familiale, Les disparus est pourtant un grand livre, tant par l'ampleur de son sujet que par ses qualités littéraires.
Un jeune Juif new-Yorkais dont les aïeux ont immigré aux Etats-Unis dans les années 30 s'interroge sur le sort qui fut réservé à cette partie de sa famille restée en Pologne pendant la seconde guerre mondiale et dont il sait seulement qu'elle fut "tuée par les nazis". Il part à la recherche des derniers témoins survivants, disséminés à travers le monde, pour reconstituer le puzzle familial. Une grande leçon d'histoire.







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1942, Ukraine. Des membres de la police allemande mettent en joue des juifs d'Ivangorod qui viennent juste de terminer de creuser leur propre tombe.
(© USHMM, courtesy of Jerzy Tomaszewski. Copyright : agency agreement)

Published by philippe lecler - dans Actualité
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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 17:35
Un dossier d'informations très complet sur  un sujet d'actualité : "La mémoire des enfants de la Shoah au CM 2", à lire et à méditer, rassemblant tous les points de vue sur une question qui fait polémique... Sur ce point, parmi les pistes de réflexion, Simone Veil a plaidé pour «autoriser, inciter à faire des travaux qui permettent aux enfants de se grouper dans une classe non pas vers un enfant en particulier mais vers telle situation dans telle ville» (Libération du 27 février), ce qui me semble, si on m'autorise une opinion, la meilleure des démarches (et celle que nous avons adopté récemment avec plusieurs classes pour la commémoration de la déportation de la famille Cyminski à Rethel).

L'hommage-témoignage bouleversant de Denise Richard-Ognois, ("Tes larmes, Maman, tes larmes silencieuses"), dont la mère, Marie-Thérèse, fut fusillée au bois de la Rosière, à Tournes, le 29 août 1944.
Published by philippe lecler - dans Documents
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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 17:02

 

    À Rethel, Le 12 octobre 1942, les autorités allemandes réquisitionnaient des policiers français afin de procéder au « transfèrement » de la famille Cyminsky, la seule famille de confession israélite de la ville. Le lendemain, le père et la mère, Icko et Rachel Cyminski, commerçants domiciliés rue Dubois-Crancé, prenaient le chemin de Drancy sous escorte policière. Leur fillette Hélène, âgée de 8 ans, malade, était laissée à la garde de la famille Launois, qui était hébergée chez Icko et Rachel Cyminski, leur maison ayant été détruite lors de la bataille de Rethel.
Icko et Rachel Cyminski furent déportés vers Auschwitz par le convoi 40 du 4 novembre 1942, convoi composé de 1000 personnes dont 639 furent immédiatement gazées à l'arrivée. Leurs patronymes figurent sur le mur des noms du Mémorial de la Shoah.
Hélène Cyminski fut enlevée par les Allemands le 4 janvier 1944. Elle fut déportée à Auschwitz par le convoi 75 du 30 mai 1944, puis immédiatement gazée à son arrivée le 2 juin.
Un ensemble de documents provenant du Cabinet du préfet des Ardennes, et notamment une note manuscrite concernant l'arrestation de la famille Cyminski, conservés aux Archives départementales, permet de retracer la genèse de la déportation, et d'aborder la problématique de la responsabilité des autorités françaises, à une échelle locale, dans la Shoah. Par ailleurs, le témoignage de M. André Launois a été recueilli, ainsi qu'un ensemble de pièces d'origine familiale. La confrontation de ces deux sources documentaires permettent d' éclairer ces tragiques événements sous ses deux aspects : administratif et policier d'une part, familial et intimiste d'autre part.
Un article complet sur cet épisode devrait être prochainement publié dans la revue Terres ardennaises (P. Lecler, « La Shoah dans les Ardennes : le cas de la famille Cyminski à Rethel », à paraître).

 

 






























Deux photos d'Hélène Cyminski. La première réalisée près de son domicile, rue Dubois-Crancé,
la seconde Promenade des Isles. Toutes deux furent prises après l'arrestation de ses parents. (Photos A. Launois)