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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 11:54
   

Il ne faut pas croire que lorsque la famille Fontaine a accueilli les membres de la mission Citronelle au printemps de 1944, elle faisait ses premiers pas dans la résistance. Depuis les débuts de l’Occupation, la maison Fontaine était un lieu de passage, pour les prisonniers de guerre évadés d’abord, puis pour les aviateurs alliés dont les appareils avaient été abattus au-dessus du sol de la Belgique. Pour évacuer les uns vers la zone libre et les autres vers des lignes susceptibles de les prendre en charge pour un retour vers l’Angleterre, une organisation fut mise en place en juillet 1941 par le prêtre du village de Willerzie, en Belgique, l’Abbé Grandjean. Willerzie, situé sur la frontière franco-belge, est séparé des Vieux-Moulins par une épaisse forêt dans laquelle courent des sentiers et des chemins forestiers que parcouraient autrefois gardes forestiers, douaniers et contrebandiers. Ceux-ci seront mis à contribution pour passer de Belgique en France et guider de Willerzie aux Vieux-Moulins les prisonniers en fuite ou les rescapés du ciel.

   

GrandjeanJulesNé à Bellefontaine (Belgique) le 22 mars 1899, Jules Grandjean fut ordonné prêtre en 1926, nommé professeur à l'Institut St-Pierre de Bouillon, vicaire à Florenville en 1928, curé de Latour en 1931 et en 1936 curé de Willerzie. Résistant, il diffuse d’abord la presse clandestine s’engage dans l’Armée secrète de Belgique, puis rejoint ensuite la ligne d’évasion Comète. Il fonde en juillet 1941 la section "Dragon", qui permet le franchissement de la frontière franco-belge et organise le refuge-relais de Willerzie – Vieux-Moulins de Thilay pour le passage des évadés. À Marguerite Fontaine, il déclare dès les premiers jours : « Nous devons secourir ces malheureux par charité chrétienne, et aussi pour nos patries. En les arrachant à l’ennemi, nous formons des cœurs pour la revanche, pour la liberté et la dignité humaine » (M. Fontaine, Les Vieux moulins de Thilay…). L’Abbé Grandjean fut arrêté le 15 mai 1942 à Willerzie et écroué à la prison Saint-Gilles de Bruxelles pendant 15 mois. Il fut déporté le 28 août 1943 vers Essen, Münster, Cassel et Hamein, Groß-Strelitz, enfin Groß-Rosen en mai 1944. Il est décédé près de Groß-Rosen le 11 février 1945 à l'âge de 45 ans, dans la marche forcée vers Dora.

 

 

Arrivés aux Vieux-Moulins où ils étaient pris en charge par les Fontaine qui les nourrissait, les habillait, les logeait, leur fournissait, par l’intermédiaire d’administrations belges, des faux papiers pour continuer leur périple, les illégaux étaient dirigés vers Monthermé, où le notaire, Maître Maquenne, et le médecin, le docteur Lhoste, (qui assura le service sanitaire du maquis des Ardennes en 1944), les recueillaient. Ils étaient ensuite acheminés vers les gares de Monthermé ou de Charleville, pour prendre le train vers Paris ou la zone libre pour les évadés : vers Besançon, dans le Doubs, pour les aviateurs alliés, où des contacts avaient été pris pour les faire passer clandestinement en Suisse. La ligne sera coupée avec l’arrestation de l’Abbé, ainsi que celle de sa sœur qui le secondait dans son œuvre patriotique. Mais les passages continuent en dépit des menaces…

 

willerzie

 

Le parcours :

 

Willerzie, départ de l’église, sur la place de l’Abbé Grandjean. C’est ici qu’arrivaient les évadés depuis tous les coins de Belgique : depuis la région de Rogery, à la frontière allemande, de la région de Liège, depuis Dinant, après avoir suivi la Meuse, depuis Gédinne, toute proche. Les prêtres jouèrent un grand rôle dans cette chaine de solidarité qui, de proche en proche, venait en aide aux évadés.

 

 eglise willerzie  100 1093

 

À la sortie de Willerzie, « La pierre Bruck » érigée en l’honneur des brigadiers forestiers Émile et Albert Bruck, père et fils. Auxiliaires de l’Abbé Grandjean, ils accueillent les évadés, les hébergent bien souvent, puis les emmènent à travers la forêt, par les sentiers détournés, chez les Fontaine. On ne soulignera jamais assez l’importance du rôle des forestiers et des douaniers ardennais, qu’ils soient belges ou français, dans les lignes d’évasion des prisonniers et d’évacuation des aviateurs.   

 100 1097  

Un peu à l’écart du chemin menant directement aux Vieux-Moulins, le site de la Croix Scaille, qui culmine à 504 mètres d’altitude, où les Allemands entreprirent d’étranges travaux, qui ne furent jamais achevés. La ferme Jacob, totalement isolée en ce lieu, vit dans ses environs l’installation du maquis des Ardennes à l’été 1944, après l’attaque et le désastre des Manises les 12 et 13 juin.

 

ferme jacob

 

Arrivée aux Vieux-Moulins, 8 kilomètres plus tard... Avec la satisfaction d'avoir suivi, comme une centaine de prisonniers ou d'aviateurs dans les années 41 à 44, la ligne "Dragon"... 

 

DSCF0056.jpg 

 

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 17:46

 

Il semble que, décidément, nous n’en ayons pas fini avec le maquis des Ardennes et le drame des Manises. Si bien des points demeurent obscurs dans toute cette histoire, les acteurs eux-mêmes nous restent des inconnus malgré la fausse proximité qu’instaure une longue recherche. Ainsi de l’officier britannique Desmond Ellis Hubble, dont le nom figure sur le monument aux morts des Manises à Revin. Ces quelques lignes forment une trame grossière et tentent une approche biographique d’un de ces officiers alliés dont l’action au service de la France reste largement méconnue.

 

Desmond Ellis Hubble est né au mois de mars de l’année 1910, à Barnes, dans le Middlesex. Il était le second d’une fratrie de trois enfants issus de l’union d’Agnes Maria Savell et Reginald Hubble. Après avoir travaillé pour l’entreprise familiale, fondée par son oncle, Hall Harding, et s’être marié en juin de 1931 à Margaret Elsie Seiflow (qui lui donna trois enfants Michael Desmond, Peter Reginald, jacqueline Margaret), il s’engagea, à une date que l’on ignore, dans l’armée. 

 

Quel fut son parcours ? On retrouve mention de Desmond Ellis dans le livre de Bruce Marshall, Le lapin blanc, consacré à l’activité au service de la Résistance en France du lieutenant-colonel Forest Yeo-Thomas, dit « Tommy ». Ce dernier avait été recruté en 1942 par le chef de la section RF du Special Operations exécutive (SOE, « Direction des opérations spéciales ») et nommé officier de liaison entre le SOE et le BCRA (« Bureau de renseignement et d’action », service secret de la France libre à Londres). Dans cette fonction, Yeo-Thomas était chargé de planifier les missions des agents envoyés en France occupée et de les instruire sur les règles et conditions de la vie clandestine.

 

C’est à ce titre qu’à une date non précisée, mais que l’on peut situer à la fin de l’année 1943-début de 1944, que Yeo-Thomas, promu second du SOE-RF après le succès de ses deux missions en France auprès des mouvements de Résistance, recrute Desmond Ellis Hubble qui s’est porté volontaire pour intégrer une équipe Jedburghs (mission interalliée composée de trois officiers des forces alliées, qui lors du débarquement furent parachutées derrière les lignes ennemies et prirent le commandement des groupes de résistance de façon à assurer la cohésion des efforts).

On n’en saura pas plus sur l’activité dans la Résistance de Desmond Ellis Hubble dans le Lapin Blanc avant le départ pour le camp de concentration de Buchenwald. Nous y reviendrons.

 

hubble 2reduit
                                                                   Le capitaine Hubble avant son parachutage en France
                                                     (photographie publiée dans le Journal de M. Fontaine, première édition)


On sait quant à nous que Desmond Ellis Hubble fut parachuté dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 dans les Ardennes, aux Vieux-Moulins de Thilay, sur le terrain Astrologie, dans le cadre de la 2e partie de la mission interalliée "Citronelle" commandée par Jacques Pâris de Bollardière, alias "Prisme".

Avec lui arrivèrent le capitaine français Jacques Chavannes, les lieutenants Marc Racine et Lucien Goetchebeur, le capitaine britannique, lui aussi du SOE-RF, Georges Whitehead. La réception au sol était assurée par l’équipe formée par le capitaine des douanes Lucien Leverd et Alphonse Machaux.

On sait aussi que le parachutage fut assuré par la mission Carpetbaggers Holzworth n° 606 (le  terme de Carpetbaggers fut généralement utilisé pour désigner les unités l’US Army Air Forces assurant le ravitaillement, par voies aériennes, de matériel aux groupes de résistance dans les pays occupés, à compter de janvier 1944.)

 

Dans son Journal, Marguerite Fontaine, la dame des Vieux-Moulins, a raconté cette arrivée, comme le fit aussi le capitaine des douanes Lucien Leverd. Cette nuit du 5 au 6 juin, il est un peu plus de minuit lorsque Marguerite Fontaine et sa fille assistent à ce nouveau parachutage.

Puis retour à la ferme pour les préparatifs. « Il faut […] que les officiers alliés aient de nos Ardennes et de la Résistance française la plus favorable impression » écrit Marguerite…

D’abord, Lucien Leverd introduit le capitaine Chavannes et Lucien Goetchebeur. Pendant que ce dernier se change, car il est tombé dans un trou d’eau, les autres repartent à la recherche de leurs compagnons. Ceux-ci arrivent un peu plus tard, accompagnés du lieutenant (américain) Victor Layton :

 

            «  “ Des françaises ! s’écrie un petit lieutenant en nous embrassant de bon cœur. Comme je suis plus près de la mère et de ma sœur !”

Se présentant, le lieutenant Marc désigne ensuite ses compagnons : “ Les Capitaines anglais Alain et Georges” ».

 

Ainsi le capitaine Hubble est pour tous « Alain ». Son nom de code, seulement connu de Londres, est « Bissectrice », dans une mission toute entière placée sous le signe de la géométrie (on y relève « Prisme » (Bollardière), mais aussi « Trièdre » (Layton), « Point » (Chavannes), « Parabole » (Whitehead)…)

Après le repas chez les Fontaine, c’est lui qui porte un toast, dans sa langue car il parle mal le français (c’est le lieutenant Layton qui traduit ensuite) : « Sa haute stature domine l’assistance. Nous ne comprenons pas ses paroles, mais nous sentons quels sentiments elles expriment. En effet, la traduction nous fait savoir que les Anglais sont profondément touchés de l’aide efficace apportée par les Forces Françaises libres du Général de Gaulle et par la Résistance de l’Intérieur, dans la lutte commune menée pour la liberté des peuples. Cette union, dit le Capitaine, crée des liens d’amitié immuables car ils sont scellés dans le danger réciproquement couru.
Le lieutenant Layton, bien qu’ayant fini de parler, est resté debout ; dans le silence qui règne un instant, il laisse tomber ces mots :

“ Mes chers amis, j’ai l’avantage de vous annoncer que nous sommes passés en troisième alerte. Le Débarquement est donc imminent. C’est, dit-il en regardant sa montre, à l’heure où je vous parle, probablement chose faite” ».

 

Nous ne reviendrons pas sur les journées qui suivirent le débarquement allié sur les côtes normandes telles qu’elles furent vécues à Revin, ni sur le drame du maquis des Ardennes installé aux Manises. Six jours après son arrivée sur le sol de France, le capitaine  Alain était capturé par les Allemands (dressant le bilan des pertes après les journées des massacres, Marguerite Fontaine écrit : « Quant au Capitaine anglais Alain, il a été pris le premier jour de l’attaque [le 12 juin], alors qu’il était un peu à l’écart du camp et sans armes. »)

Selon un témoignage du lieutenant Layton, celui-ci était avec Hubble au moment où il fut pris par les Allemands. Les deux hommes rentraient d’une mission de reconnaissance d'un terrain de parachutage lorsque, dans la boue du sentier, ils aperçurent une empreinte de botte. Ils étaient arrêtés là, à se demander si cette trace n’avait pas été laissée par le passage d’un ennemi, lorsqu’un un soldat allemand surgit des fourrés en les mettant en joue. Victor Layton lui tira dans la poitrine avec son fusil US M1 Carbine, en même temps qu'il se jetait sur le côté pour éviter le tir adverse. Puis il partit en courant, pensant que son camarade Hubble en faisait de même…

Dans son rapport sur la mission « Citronelle », le capitaine withehead écrit : « “Bissectrice” fut pris [et] dans la journée du 13 on l’emmena deux fois en voiture [ ? sans doute une approximation du traducteur du document]. On apprit ensuite qu’il fut interrogé à Charleville et durement malmené. Certains dirent plus tard qu’il était passé par la prison de Saint-Quentin. »

 

On retrouve donc le capitaine Hubble dans Le lapin blanc, lorsque Yeo-Thomas, alias Tommy, évoque son voyage vers le camp de concentration de Buchenwald avec un groupe de 36 hommes, enchainés par deux, entassés dans deux wagons gardés par les SS, dans un convoi parti de Paris, gare de l’Est, le 8 août 1944.


J'emprunte  au site de Stefen Stratford ce tableau synoptique comportant tous les renseignements utiles sur les compagnons d'infortune de Yeo-Thomas et de Hubble. On remarquera parmi eux le nombre important d'officiers du SOE (dont le Belge Pierre Geelen qui "travailla" dans les Ardennes).

Name

Rank

Served As/Alias

Captured

Organisation

Died

Age

Memorial

Allard, EAL

Lieutenant

Montaigne, Charles

Apr 1944

F Section

14/09/1944

28

Brookwood

Avallard, Jean

-

-

?

?

?

?

?

Barrett, DJ

Flight Lieutenant

-

Jul 1944

F Section

05/10/1944

?

Runnymede

Benoist, RMC

Captain

-

Jul 1944

F Section

14/09/1944

49

Brookwood

Bougennec, J

Lieutenant

Garrel, F

Sep 1943

F Section

?

?

?

Chaigneau, Jacques

-

-

?

?

?

?

?

Corbusier, Marcel

-

-

?

?

?

?

?

Culioli, Pierre

-

-

Jun 1943

F Section

?

?

?

Defendini, A

Lieutenant

-

Feb 1944

F Section

14/09/1944

?

Brookwood

Detal, JTJ

Lieutenant

-

Feb 1944

F Section

14/09/1944

?

Brookwood

Evesque, Jean

-

-

?

?

?

?

?

Frager, HJP

Major

-

Aug 1944

F Section

04/10/1944

47

Brookwood

Garry, EAH

Lieutenant

-

Aug 1943

F Section

14/09/1944

?

Brookwood

Geelen, PAH

Lieutenant

-

Apr 1944

F Section

?

?

?

Gerard, Rene

-

-

?

?

?

?

?

Guillot, Bernard

Lieutenant

-

?

?

?

?

?

Hessel, S

Lieutenant

-

?

BCRA

-

-

Survived War

Hubble, DE

Captain

-

Jun 1944

RF Section

11/09/1944

34

Bayeux

Keun, GPG

Captain

Kane

Jun 1944

SIS

09/09/1944

33

Brookwood

Lavallee, Jean

-

-

?

?

?

?

?

Leccia, M

Lieutenant

-

Jun 1944

F Section

?

?

?

Loison, Yves

-

-

?

?

?

?

?

Macalister, JK

Captain

-

Jun 1943

F Section

14/09/1944

30

Brookwood

Mayer, JA

Lieutenant

-

May 1944

F Section

14/09/1944

24

Brookwood

Mulsant, PL

Captain

-

Jul 1944

F Section

05/10/1944

30

Brookwood

Peuleve, HLT

Captain

Poole

Mar 1944

F Section

-

-

Survived War

Pickersgill, FHD

Captain

-

Jun 1943

F Section

14/09/1944

29

Groesbeek

Rambaud, Christian

-

-

?

?

?

?

?

Rechenmann, C

Captain

-

May 1944

F Section

14/09/1944

32

Brookwood

Reusch, Henri

-

-

?

?

?

?

?

Sabourin, R

Lieutenant

Mackenzie

Mar 1944

F Section

14/09/1944

?

Groesbeek

Segnier, Jean de

-

-

?

?

?

?

?

Southgate, M

Squadron Leader

-

May 1944

F Section

?

?

?

Steele, A

Captain

-

Apr 1944

F Section

14/09/1944

23

Brookwood

Vellaud, Paul

-

-

?

?

?

?

?

Wilkinson, GA

Captain

-

Jun 1944

F Section

05/10/1944

31

Brookwood

 

 

  À suivre...

 

 

 

 

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 16:20

Parachuté dans les Ardennes dans le cadre de la mission "Citronelle", Desmond Ellis Hubble fut pris par les allemands le 12 juin 1944, lors de l'attaque du "maquis des Ardennes" aux Manises. Il sera le seul prisonnier à être déporté : tous les autres furent martyrisés puis fusillés sur place (lire la première partie de cet article)... 

P
remière étape du martyre des déportés du 8 août
: le camp de Saarbrück-Neue Bremm où ils font halte quelques jours, enfermés dans une petite baraque, subissant la férocité des gardes qui distribuent coups de poings et coups de pieds à l’envie, « l’uniforme de Hubble semblait les inspirer tout particulièrement… » Puis ils sont conduits à la gare dans un panier à salade où l’on y met « même les maigres balluchons d’effets personnels qui les accompagnaient. Hubble fut tout particulièrement content de cette attention, car le sien contenait deux chemises, une pipe et un échiquier de poche que lui avait donné sa mère. »

Les liens qui unissent Yeo-Thomas et Hubble se renforcent, dans l’adversité et la misère naissent des idées d’évasion, et Tommy « savait qu’il pourrait compter sur Hubble si jamais l’occasion de s’évader se présentait ».


À Buchenwald, la camaraderie, l’amitié et la solidarité qui lie les trente-sept se resserrent d’autant qu’ils se retrouvent tous logés dans le même baraquement, le 17. Ces nobles sentiments, et la discipline de fer à laquelle ils s’astreignent, imposent le respect même aux plus endurcis des chefs de blocks. Après que chacun eût récupéré ses maigres effets ; Robert Benoist son rasoir et quelques lames, « Hubble son savon à barbe, un chandail, une chemise kaki dont il fit cadeau à Yeo-Thomas, des mouchoirs qu’il partagea avec ses amis, un couteau de poche et, surtout, son échiquier de poche, les trente-sept, qui décidément ne cessaient d’étonner leurs compagnons d’infortune, fêtèrent l’événement en se rasant tous, utilisant le savon et le rasoir de Hubble. Ils décidèrent ensuite qu’il était nécessaire de donner le bon exemple et, en conséquence, il fut arrêté que, lorsqu’ils se déplaceraient ensemble, ce serait au pas cadencé, en colonne par quatre, et qu’ils prendraient toutes autres mesures susceptibles de remonter le moral de leurs camarades. »

hubble 1reduit
 D.E. Hubble, portrait en pied réalisé à Buchenwald
(dans le Journal de M. Fontaine, 1re édition)
"Ce jour-là... un artiste vint aussi leur rendre visite et fit le portrait de certains autres..."
(Le lapin blanc, p. 270)


C’est alors que Yeo-Thomas commençait à organiser la résistance dans le camp, en liaison avec des prisonniers soviétiques, que l’aviation américaine se livra, le 24 août, à un raid sur l’usine Wilhelm Gustloff dont les bâtiments touchaient à l’enceinte du camp. Le bilan parmi les hommes fut lourd, parmi les prisonniers comme parmi les gardiens SS. C’est sans doute par mesure de représailles que le capitaine Desmond Ellis Hubble et ses camarades furent ignominieusement exécutés.


Le 9 septembre, le haut-parleur du camp énumère les noms de 16 prisonniers du Block 17, où sont logés les trente-sept, leur ordonnant de se rendre immédiatement au pied de la tour (la tour principale de garde surplombait la porte d'entrée du camp)… « Tout d’abord, ni les seize appelés ni leurs camarades ne furent inquiets ; ils pensaient à un contrôle quelconque et, pour le cas où on les fouillerait, Hubble confia à Tommy sa pipe et son canif. Les seize hommes se mirent en rangs gaiement devant le block et, au commandement, partirent au pas, impeccables, tendant le jarret, pour la plus grande gloire de la France et de l’Angleterre. »

Ils ne revinrent jamais. Deux jours plus tard, le 11, Yeo-Thomas alla aux nouvelles auprès d’un prisonnier polonais, chef d’un réseau  de résistance clandestin : « J’ai le regret de vous apprendre que vos seize camarades ont été exécutés hier au soir. Il n’y a aucun doute possible. Un de mes hommes a vu leurs cadavres. Ces hommes étaient courageux et nous les pleurons avec vous. Ils ont été suspendus par le cou à des crochets enfoncés dans le mur du four crématoire et sont morts étranglés lentement par leur propre poids. Puis on les a brûlés. »

 

On distribua les quelques objets des disparus. Ainsi, « Tommy reçut la pipe de Hubble et insista pour conserver son échiquier, dans l’espoir qu’il pourrait s’évader et le rendre aux orphelins de son ami. »

Et c’est ce qui arriva. En janvier 1945, Yeo-Thomas parvint finalement à s’enfuir du camp de Rehmsdorf, Kommando de Buchenwald, où il avait été transféré. Après maintes épreuves, à bout de forces, il parvint à approcher des lignes américaines mais fut repris par les Allemands auprès de qui il se fit passer pour un prisonnier de guerre français. Interné dans un Stalag, soupçonné par les sous-officiers d’être un espion, il leur démontra sa qualité d’agent britannique en leur présentant le petit échiquier de Hubble, le Made in England gravé sur son bois ayant force de preuve. Grâce à l’aide de ces Français, Tommy parvint à s’évader une nouvelle fois et à gagner les lignes américaines.

Et les souvenirs de Yeo-Thomas de se terminer ainsi : « Enfin, l’échiquier de poche de Hubble, qui tient une place importante dans ce récit, a été rendu à sa famille. »

 

DESMOND ELLIS HUBBLE est titulaire, à titre posthume,  de la Croix de Chevalier de l'Ordre Royal du Lion avec Palme (Belgique) et de la Croix de Guerre avec Palme (Belgique).

 

Le nom de DESMOND ELLIS HUBBLE est inscrit sur la pierre du Mémorial de Bayeux, qui honore les hommes des forces terrestres du Commonwealth et de l'Empire britannique qui succombèrent au début de la campagne du nord-ouest de l'Europe, en 1944-1945, et dont la sépulture est inconnue.


hubble memorial de bayeux 

Il est aussi gravé sur la pierre du Monument aux morts des Manises à Revin.

  revinmanises09


Bibliographie et sources principales :

MARSHALL Bruce, Le lapin blanc, Gallimard, Paris, 1953

FONTAINE Marguerite - THOME Éva, Les Vieux-Moulins de Thilay, haut-lieu de la Résistance ardennaise, Éditions de la S.E.A., Mézières, 1964

Témoignage de V. Layton, communication de F. Docq.
"Rapport Whitehead " dans dossier "Maquis des Ardennes", SHAT, Vincennes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Forest_Yeo-Thomas
 

http://www.castlebrom.com/DesmondEllis.htm

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 15:38

Il nous avait livré le récit de son aventure, lorsqu'en juin 1944 il était monté au maquis après le débarquement allié sur les côtes normandes. Je l'avais publié dans Terres ardennaises puis sur ce blog. Son fils m'a appris son décès par courrier éléctronique il y a peu (mon ordinateur m'ayant laché, je n'ai pu lui répondre, qu'il veuille bien m'en excuser s'il lit ces lignes)...
L'Ardennais s'est fait l'écho du décès d'André Hubert qui, précise son fils, avait toujours été "critique vis-à-vis de l'organisation du maquis. Il trouvait certaines dispositions incohérentes, il contestait la manière dont avait été gérée la résistance. Comme le général de Bolladière avait une certaine aura, on ne pouvait émettre de critiques".
Quel meilleur hommage d'adieu peut-on lui rendre qu'en lisant, ou en relisant, le récit de sa résistance ? 

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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