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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 16:20

Parachuté dans les Ardennes dans le cadre de la mission "Citronelle", Desmond Ellis Hubble fut pris par les allemands le 12 juin 1944, lors de l'attaque du "maquis des Ardennes" aux Manises. Il sera le seul prisonnier à être déporté : tous les autres furent martyrisés puis fusillés sur place (lire la première partie de cet article)... 

P
remière étape du martyre des déportés du 8 août
: le camp de Saarbrück-Neue Bremm où ils font halte quelques jours, enfermés dans une petite baraque, subissant la férocité des gardes qui distribuent coups de poings et coups de pieds à l’envie, « l’uniforme de Hubble semblait les inspirer tout particulièrement… » Puis ils sont conduits à la gare dans un panier à salade où l’on y met « même les maigres balluchons d’effets personnels qui les accompagnaient. Hubble fut tout particulièrement content de cette attention, car le sien contenait deux chemises, une pipe et un échiquier de poche que lui avait donné sa mère. »

Les liens qui unissent Yeo-Thomas et Hubble se renforcent, dans l’adversité et la misère naissent des idées d’évasion, et Tommy « savait qu’il pourrait compter sur Hubble si jamais l’occasion de s’évader se présentait ».


À Buchenwald, la camaraderie, l’amitié et la solidarité qui lie les trente-sept se resserrent d’autant qu’ils se retrouvent tous logés dans le même baraquement, le 17. Ces nobles sentiments, et la discipline de fer à laquelle ils s’astreignent, imposent le respect même aux plus endurcis des chefs de blocks. Après que chacun eût récupéré ses maigres effets ; Robert Benoist son rasoir et quelques lames, « Hubble son savon à barbe, un chandail, une chemise kaki dont il fit cadeau à Yeo-Thomas, des mouchoirs qu’il partagea avec ses amis, un couteau de poche et, surtout, son échiquier de poche, les trente-sept, qui décidément ne cessaient d’étonner leurs compagnons d’infortune, fêtèrent l’événement en se rasant tous, utilisant le savon et le rasoir de Hubble. Ils décidèrent ensuite qu’il était nécessaire de donner le bon exemple et, en conséquence, il fut arrêté que, lorsqu’ils se déplaceraient ensemble, ce serait au pas cadencé, en colonne par quatre, et qu’ils prendraient toutes autres mesures susceptibles de remonter le moral de leurs camarades. »

hubble 1reduit
 D.E. Hubble, portrait en pied réalisé à Buchenwald
(dans le Journal de M. Fontaine, 1re édition)
"Ce jour-là... un artiste vint aussi leur rendre visite et fit le portrait de certains autres..."
(Le lapin blanc, p. 270)


C’est alors que Yeo-Thomas commençait à organiser la résistance dans le camp, en liaison avec des prisonniers soviétiques, que l’aviation américaine se livra, le 24 août, à un raid sur l’usine Wilhelm Gustloff dont les bâtiments touchaient à l’enceinte du camp. Le bilan parmi les hommes fut lourd, parmi les prisonniers comme parmi les gardiens SS. C’est sans doute par mesure de représailles que le capitaine Desmond Ellis Hubble et ses camarades furent ignominieusement exécutés.


Le 9 septembre, le haut-parleur du camp énumère les noms de 16 prisonniers du Block 17, où sont logés les trente-sept, leur ordonnant de se rendre immédiatement au pied de la tour (la tour principale de garde surplombait la porte d'entrée du camp)… « Tout d’abord, ni les seize appelés ni leurs camarades ne furent inquiets ; ils pensaient à un contrôle quelconque et, pour le cas où on les fouillerait, Hubble confia à Tommy sa pipe et son canif. Les seize hommes se mirent en rangs gaiement devant le block et, au commandement, partirent au pas, impeccables, tendant le jarret, pour la plus grande gloire de la France et de l’Angleterre. »

Ils ne revinrent jamais. Deux jours plus tard, le 11, Yeo-Thomas alla aux nouvelles auprès d’un prisonnier polonais, chef d’un réseau  de résistance clandestin : « J’ai le regret de vous apprendre que vos seize camarades ont été exécutés hier au soir. Il n’y a aucun doute possible. Un de mes hommes a vu leurs cadavres. Ces hommes étaient courageux et nous les pleurons avec vous. Ils ont été suspendus par le cou à des crochets enfoncés dans le mur du four crématoire et sont morts étranglés lentement par leur propre poids. Puis on les a brûlés. »

 

On distribua les quelques objets des disparus. Ainsi, « Tommy reçut la pipe de Hubble et insista pour conserver son échiquier, dans l’espoir qu’il pourrait s’évader et le rendre aux orphelins de son ami. »

Et c’est ce qui arriva. En janvier 1945, Yeo-Thomas parvint finalement à s’enfuir du camp de Rehmsdorf, Kommando de Buchenwald, où il avait été transféré. Après maintes épreuves, à bout de forces, il parvint à approcher des lignes américaines mais fut repris par les Allemands auprès de qui il se fit passer pour un prisonnier de guerre français. Interné dans un Stalag, soupçonné par les sous-officiers d’être un espion, il leur démontra sa qualité d’agent britannique en leur présentant le petit échiquier de Hubble, le Made in England gravé sur son bois ayant force de preuve. Grâce à l’aide de ces Français, Tommy parvint à s’évader une nouvelle fois et à gagner les lignes américaines.

Et les souvenirs de Yeo-Thomas de se terminer ainsi : « Enfin, l’échiquier de poche de Hubble, qui tient une place importante dans ce récit, a été rendu à sa famille. »

 

DESMOND ELLIS HUBBLE est titulaire, à titre posthume,  de la Croix de Chevalier de l'Ordre Royal du Lion avec Palme (Belgique) et de la Croix de Guerre avec Palme (Belgique).

 

Le nom de DESMOND ELLIS HUBBLE est inscrit sur la pierre du Mémorial de Bayeux, qui honore les hommes des forces terrestres du Commonwealth et de l'Empire britannique qui succombèrent au début de la campagne du nord-ouest de l'Europe, en 1944-1945, et dont la sépulture est inconnue.


hubble memorial de bayeux 

Il est aussi gravé sur la pierre du Monument aux morts des Manises à Revin.

  revinmanises09


Bibliographie et sources principales :

MARSHALL Bruce, Le lapin blanc, Gallimard, Paris, 1953

FONTAINE Marguerite - THOME Éva, Les Vieux-Moulins de Thilay, haut-lieu de la Résistance ardennaise, Éditions de la S.E.A., Mézières, 1964

Témoignage de V. Layton, communication de F. Docq.
"Rapport Whitehead " dans dossier "Maquis des Ardennes", SHAT, Vincennes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Forest_Yeo-Thomas
 

http://www.castlebrom.com/DesmondEllis.htm

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Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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