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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 11:54
   

Il ne faut pas croire que lorsque la famille Fontaine a accueilli les membres de la mission Citronelle au printemps de 1944, elle faisait ses premiers pas dans la résistance. Depuis les débuts de l’Occupation, la maison Fontaine était un lieu de passage, pour les prisonniers de guerre évadés d’abord, puis pour les aviateurs alliés dont les appareils avaient été abattus au-dessus du sol de la Belgique. Pour évacuer les uns vers la zone libre et les autres vers des lignes susceptibles de les prendre en charge pour un retour vers l’Angleterre, une organisation fut mise en place en juillet 1941 par le prêtre du village de Willerzie, en Belgique, l’Abbé Grandjean. Willerzie, situé sur la frontière franco-belge, est séparé des Vieux-Moulins par une épaisse forêt dans laquelle courent des sentiers et des chemins forestiers que parcouraient autrefois gardes forestiers, douaniers et contrebandiers. Ceux-ci seront mis à contribution pour passer de Belgique en France et guider de Willerzie aux Vieux-Moulins les prisonniers en fuite ou les rescapés du ciel.

   

GrandjeanJulesNé à Bellefontaine (Belgique) le 22 mars 1899, Jules Grandjean fut ordonné prêtre en 1926, nommé professeur à l'Institut St-Pierre de Bouillon, vicaire à Florenville en 1928, curé de Latour en 1931 et en 1936 curé de Willerzie. Résistant, il diffuse d’abord la presse clandestine s’engage dans l’Armée secrète de Belgique, puis rejoint ensuite la ligne d’évasion Comète. Il fonde en juillet 1941 la section "Dragon", qui permet le franchissement de la frontière franco-belge et organise le refuge-relais de Willerzie – Vieux-Moulins de Thilay pour le passage des évadés. À Marguerite Fontaine, il déclare dès les premiers jours : « Nous devons secourir ces malheureux par charité chrétienne, et aussi pour nos patries. En les arrachant à l’ennemi, nous formons des cœurs pour la revanche, pour la liberté et la dignité humaine » (M. Fontaine, Les Vieux moulins de Thilay…). L’Abbé Grandjean fut arrêté le 15 mai 1942 à Willerzie et écroué à la prison Saint-Gilles de Bruxelles pendant 15 mois. Il fut déporté le 28 août 1943 vers Essen, Münster, Cassel et Hamein, Groß-Strelitz, enfin Groß-Rosen en mai 1944. Il est décédé près de Groß-Rosen le 11 février 1945 à l'âge de 45 ans, dans la marche forcée vers Dora.

 

 

Arrivés aux Vieux-Moulins où ils étaient pris en charge par les Fontaine qui les nourrissait, les habillait, les logeait, leur fournissait, par l’intermédiaire d’administrations belges, des faux papiers pour continuer leur périple, les illégaux étaient dirigés vers Monthermé, où le notaire, Maître Maquenne, et le médecin, le docteur Lhoste, (qui assura le service sanitaire du maquis des Ardennes en 1944), les recueillaient. Ils étaient ensuite acheminés vers les gares de Monthermé ou de Charleville, pour prendre le train vers Paris ou la zone libre pour les évadés : vers Besançon, dans le Doubs, pour les aviateurs alliés, où des contacts avaient été pris pour les faire passer clandestinement en Suisse. La ligne sera coupée avec l’arrestation de l’Abbé, ainsi que celle de sa sœur qui le secondait dans son œuvre patriotique. Mais les passages continuent en dépit des menaces…

 

willerzie

 

Le parcours :

 

Willerzie, départ de l’église, sur la place de l’Abbé Grandjean. C’est ici qu’arrivaient les évadés depuis tous les coins de Belgique : depuis la région de Rogery, à la frontière allemande, de la région de Liège, depuis Dinant, après avoir suivi la Meuse, depuis Gédinne, toute proche. Les prêtres jouèrent un grand rôle dans cette chaine de solidarité qui, de proche en proche, venait en aide aux évadés.

 

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À la sortie de Willerzie, « La pierre Bruck » érigée en l’honneur des brigadiers forestiers Émile et Albert Bruck, père et fils. Auxiliaires de l’Abbé Grandjean, ils accueillent les évadés, les hébergent bien souvent, puis les emmènent à travers la forêt, par les sentiers détournés, chez les Fontaine. On ne soulignera jamais assez l’importance du rôle des forestiers et des douaniers ardennais, qu’ils soient belges ou français, dans les lignes d’évasion des prisonniers et d’évacuation des aviateurs.   

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Un peu à l’écart du chemin menant directement aux Vieux-Moulins, le site de la Croix Scaille, qui culmine à 504 mètres d’altitude, où les Allemands entreprirent d’étranges travaux, qui ne furent jamais achevés. La ferme Jacob, totalement isolée en ce lieu, vit dans ses environs l’installation du maquis des Ardennes à l’été 1944, après l’attaque et le désastre des Manises les 12 et 13 juin.

 

ferme jacob

 

Arrivée aux Vieux-Moulins, 8 kilomètres plus tard... Avec la satisfaction d'avoir suivi, comme une centaine de prisonniers ou d'aviateurs dans les années 41 à 44, la ligne "Dragon"... 

 

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Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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