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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 07:04

 Le Special Forces Club (SFC) et l’Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale (AASSDN) organisaient le 15 octobre une cérémonie commémorative au camp de concentration de Buchenwald (Allemagne). À cette occasion, chaque délégation, la française et la britannique, ont dévoilé les plaques, apposées côte à côte, honorant la mémoire des agents des services spéciaux assassinés dans ce camp à l’automne de 1944 et au printemps de 1945. 

En effet, trente officiers du Special Operation Executif (le SOE, chargés d’encourager et d’organiser la résistance aux forces d’occupation par le sabotage et la constitution de groupes armés dans l’Europe occupée), appartenant au Secret Intelligence Service (SIS), ou aux services spéciaux de la France libre (BCRA et/ou SOE-RF), tous volontaires appartenant aux nations britanniques, françaises et canadiennes, furent après avoir été capturés en France détenus au Block 17 du camp de Buchenwald et exécutés par pendaison dans le crématorium ou par fusillade. Nous avons déjà évoqués le cas de l’un de ces héros, le capitaine Desmond Ellis Hubble, qui avait été capturé le 12 juin 1944 à Revin, lors de l’attaque du maquis aux Manises.

Nous évoquerons dans un ouvrage à paraître, La Résistance ardennaise face à la Gestapo, l’action dans les Ardennes du belge Pierre Geelen, qui fut avec son compère Walter Marly l’officier des opérations aériennes qui permit de réceptionner les premiers parachutages dans le département au printemps de 1943 après que fut passée sur les ondes ce  message personnel à destination des groupes français et belges de résistance : « Ardenne, tiens ferme ! Bon courage les amis, et à bientôt ». Nous évoquerons aussi les Canadiens Frank Pickersgill et John Macalister trop tôt arrêtés par la Gestapo alors qu’ils devaient prendre en main les secteurs de l’Aisne et des Ardennes pour le compte du réseau « Prosper ».

 

Compte-rendu de la cérémonie, aimablement communiqué par Annette Biazot. 

(toutes photos A. Biazot)

Vendredi 15 octobre 2010, une météo normale sur la colline d'Ettersberg, à une dizaine de kilomètres de Weimar : temps couvert, humide et froid....

Une soixantaine de participants se dirigent vers la place jouxtant le crématoire du camp de Buchenwald : des représentants officiels du Royaume-Uni, de France, du Canada et de Belgique, des  délégations du Special Forces Club,  de l'AASSDN, de la Fédération nationale Libre Résistance  ainsi que des membres des familles de 30 officiers des services spéciaux britanniques et français qui ont été massacrés dans ce camp de concentration en 1944. Ces victimes étaient anglaises, françaises, canadiennes et belges, toutes parlant le français, toutes volontaires pour jouer un rôle dans la libération de la France et conscientes du risque d'être capturées et ensuite torturées ou massacrées. Arrêtés dans des circonstances diverses, ces officiers furent emprisonnés et interrogés, torturés en France. Puis, les Alliés s'approchant de Paris, ils furent évacués vers l'Allemagne le 8 août 1944. Après un long voyage, dans des conditions épouvantables, ils arrivèrent dans la nuit du 16 au 17 août 1944 à Buchenwald et furent internés au bloc 17 du grand camp sans passer par le bloc de quarantaine du petit camp.

Les documents divergent quant aux dates : le soir du 11 septembre, les 16 premiers agents alliés furent pendus à un crochet de boucher dans le sous-sol du four crématoire tandis que 13 autres furent fusillés au cours des journées des 5, 7 et 18 octobre 1944. Maurice Pertschuk, agent du SOE, fut exécuté le 29 mars 1945, quelques jours avant la libération du camp. Cependant, trois d'entre eux réussirent à échapper à la mort grâce à un plan audacieux, en usurpant l'identité  de trois autres détenus déjà morts du typhus.

Le général Michael Rose fit l'allocution d'ouverture. Le révérend Max Homewood dirigea le service religieux. Stéphane Hessel , un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme, ambassadeur de France auprès de l'ONU, rescapé et dernier survivant du bloc 17 prit la parole tour à tour en anglais et en français, citant ses compagnons d'infortune. Le colonel Debrun, président de l'AASSDN, fit également un discours ainsi que l'appel des 9 morts des services spéciaux français. Duncan Stuart, l'organisateur de cette cérémonie cita le nom des 21 victimes, agents du SOE et du SIS. Sir Michael Rose fit l'Exhortation  en citant un extrait du poème « For the Fallen » de Laurence Binyon.

La pluie n'empêcha pas un Welsh Guard  de jouer Last Post et Aux Morts et, après deux minutes de silence, de faire retentir Le réveil de l'armée britannique. Le révérend Homewood dirigea  les prières dédiées aux victimes de la barbarie nazie.

Les autorités et les participants pénétrèrent dans la salle du crématoire où, devant les deux plaques, des couronnes furent déposées par les officiels et les descendants des victimes (la fille de Pierre Geelen, la fille et le petit-fils de Desmond Hubble, le fils et le petit-fils de Christian Rambaud).

Parmi les hommes dont la mémoire a été honorée, citons ceux qui nous sont les plus proches : Pierre Geelen, John Kenneth MacAlister, Frank Pickersgill, Desmond Hubble, Alphonse Defendini.

 

  Annette Biazot

 

 

de G à droite Rev Homewood, Gal Rose, col Debrun, Duncan S

 De gauche à droite : le Révérend Homewood, le général Rose, le colonel Debrun, Duncan Stuart

 

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L'ambassadeur Stéphane Hessel se recueille devant les plaques

 

 

La cérémonie sur le site de la Royal British Legion (en anglais) , et sur celui de l'AASSDN.

 

 


9782020985369 Pour en savoir plus sur le SOE, et sur ses agents disparus, on ne peut que conseiller la lecture du livre de Sarah Helm paru aux éditions du Seuil ce mois d'octobre : Vera Atkins, une femme de l'ombre. La résistance anglaise en France. On remarquera en passant le choix particulièrement malheureux du sous-titre. Le titre original en anglais de cet ouvrage publié à Londres en 2005 étant A Life in Secrets: The Story of Vera Atkins and the Lost Agents of SOE, il est plus près de la réalité de l'action de cette femme d'exception qui reste dans les mémoires comme celle qui enquêta après la guerre sur le sort des 118 agents du SOE arrêtés par la Gestapo dans la France occupée et disparus dans les camps de concentration sur le territoire ennemi.  

 

 

 

J’en extrais ces quelques lignes qui concernent les pendus de Buchenwald et qui complètent le rapport de Yéo-Thomas (voir l’article sur D.E. Hubble) :

 

« Peu après le récit de Guillot [agent de la France libre qui s’était évadé du camp avant sa libération et qui déposa son récit en avril 1945 auprès des Britanniques] arriva un autre rapport de Buchenwald du professeur Alfred Balachowsky, un des membres du groupe de Prosper. Balachowsky, l’entomologiste qui travaillait à l’École d’agriculture de Grignon, confirmait l’histoire de Guillot et apportait de nouvelles précisions obtenues auprès des détenus employés comme gardiens. Le premier groupe, disait-il, avait été pendu à 5 h 30 de l’après-midi après avoir été tabassé « comme d’habitude ». Il ajoutait : « Ils furent simplement suspendus par une corde à des crocs à quelques centimètres du sol de sort qu’ils moururent par strangulation, ce qui prenait cinq à dix minutes, et non par rupture de la moelle épinière. Les corps furent brûlés, mais on pouvait voir des traces de sang sur le sol. »

Balachowsky disait qu’on lui avait passé le carnet de Hubble, l’agent du SOE, qui était tombé de sa poche au moment de sa pendaison. »

  

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Extraits du registre des entrées du camp de concentration de Buchenwald à la date du 17 août 1944. les noms rayés sont ceux des personnes exécutées (celui de Hubble apparait à la ligne 27). (Doc. M. Manise).

 

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 17:37

Le Concours national de la Résistance et de la déportation (CNRD) a été créé officiellement en 1961 par Lucien Paye, ministre de l'Éducation nationale, à la suite d'initiatives d'associations et particulièrement de la Confédération nationale des combattants volontaires de la résistance (CNCVR). En 2011, il fêtera son 50e anniversaire. Ce concours a pour objectif de perpétuer chez les jeunes Français la mémoire de la Résistance et de la déportation afin de leur permettre de s'en inspirer et d'en tirer des leçons civiques dans leur vie d'aujourd'hui.

Pour l'année 2011, le jury national a arrêté le thème suivant :

« La répression de la Résistance en France par les autorités d'occupation et le régime de Vichy »

 

Des liens :

Concours de la Résistance et de la Déportation (Education.gouv)

Lettre de la Fondation de la Résistance n° 61

Histoire et Mémoire des deux guerres mondiales

 

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 06:37

David Mole n’avait que sept ans lorsque son père décéda dans un accident survenu le 18 décembre 1944, quand que le Halifax de la RCAF (Royal Canadian Air Force) dans lequel il était opérateur radio s’écrasa sur le plateau de Rocroi. Chaque année, David y revient en pèlerinage, pour essayer de comprendre les circonstances du drame, aussi pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Secondé par Pierre Vandervelden, auteur d’un site consacré aux cimetières de guerre du Commonwealth en Belgique et en France. David Mole, très impliqué dans le devoir de mémoire des aviateurs, et membre actif de recherches pour le 10e Squadron, a réussi à faire ériger des plaques ou de petits monuments pour commémorer divers équipages. Aujourd’hui, son vœu le plus cher serait de rappeler la mémoire de son père et des équipages de l'accident par l’apposition d’une plaque en l'église de Taillette, ou sur un rocher comme il est d’usage près du lieu des crashs.

 

  Ghalifax

  Le bombardier Handley-Page HP 57 Halifax  

 

Le bombardier Halifax LV818 du 10e Squadron de la RAF s’envola le 18 décembre dans la nuit de la base de Melbourne, dans le Yorkshire, pour une mission en Allemagne, à savoir le bombardement d’installations industrielles sur Duisbourg, dans la Ruhr. Vers 6 heures du matin, alors que l’escadrille survolait la région de Rocroi, l’appareil entra en collision avec un autre Halifax, le NP699 du 432e Squadron de la RCAF, qui s’était envolé de la base d’East Moor, et qui était engagé dans la même mission. Les deux avions tombèrent ensemble. L’un, le LV818 à bord duquel opérait l’officier navigant Douglas John Mole, s’écrasa dans les environs de Rocroi, près du village de Taillette, au lieu dit les Bernes, près de la D877, et l’autre vers Brûly, en Belgique.

Quatorze aviateurs moururent dans cet accident. Il n’y eut qu’un seul survivant, le pilote du NP699 qui parvint à sauter en parachute avant le crash. Six corps furent retrouvés et identifiés immédiatement après, qui furent enterrés par les Américains à Fosses, près de Namur, puis transférés plus tard à Léopoldsburg (Belgique).

Au début de 1945, quatre nouveaux corps furent retrouvés, trois purent être identifiés. Ils furent inhumés à Champigneul (Marne), puis transférés à Dieppe (Seine-Maritime), pour deux Canadiens, et à Clichy (Hauts de Seine) pour un Anglais et un non identifié. Le pilote du LV818 fut trouvé et enterré dans les Ardennes, à Taillette, tout comme Douglas John Mole, dont le corps fut retrouvé en 1948 près de Rocroi. 

Enfin, un dernier pilote fut retrouvé en 1951 à Sévigny-la-Forêt, inhumé à Choloy (Meurthe-et-Moselle). Reste un corps, sans sépulture…

 

Taillette%20MoleDJ1

F/O Mole Douglas John 168506 R.A.F.V.R.

Nous espérons que le projet de David Mole trouvera un accueil favorable à Taillette, et que la mémoire des pilotes alliés tombés en France y sera honorée. Affaire à suivre…

 

Sources : Communications de D. Mole et P. Vandervelden, voir notamment La Revue du plateau de Rocroi, n° 1

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 08:26

Après la publication par Les Cahiers du Moulin d’une étude que j’ai consacrée aux évasions de déportés ayant eu lieu dans les Ardennes lors du passage du transport Compiègne-Buchenwald du 17 janvier 1944 (évasions ignorées par le Livre Mémorial de la FMD), Madame Anne Lehodey, directrice adjointe du Mémorial de l'internement et de la déportation de Compiègne nous a fait savoir, par courrier du 27 juillet 2010, que de les noms des personnes évadées dans les Ardennes ce 17 janvier seraient prochainement inscrites sur le mur des noms, situé à l’entrée du Mémorial, où figurent toutes les personnes passées par le camp de Royallieu pendant la guerre.

  Rappelons qu’à l’occasion du centenaire d’Armel Guerne qui sera célébré l’année prochaine, Les Amis d'Armel Guerne et l'AFMD des Ardennes se sont joints à moi pour faire connaître auprès du Mémorial de la Déportation de Compiègne-Royallieu les noms des personnes, dont Armel Guerne, qui avaient été internées à Compiègne et déportées depuis ce camp, mais qui n’y avaient pas été enregistrées, en raison notamment de leur évasion (ou de leur décès) sur le trajet

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