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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 00:00
1 . Les fusillés

    Afin de rendre plus lisibles les statistiques de la répression et dans une volonté de rendre compte plus précisément des réalités des fusillades, j’ai adopté la typologie développée dans l’étude de
J.P. Besse et T. Pouty sur ce sujet.

Les fusillés : personnes condamnées à mort par un tribunal militaire allemand puis passées par les armes.
Les otages fusillés : personnes arrêtées et fusillées, sans avoir été jugées, pour des faits dont ils n’étaient pas directement responsables. Dans cette catégorie, nous avons inclus les otages fusillés en 1944 selon les termes définis : « les personnes doivent avoir été emprisonnées ou maintenues en état d’arrestation pendant deux ou trois jours minimum, la date de l’exécution doit être postérieure d’une journée minimum à celle de l’action de Résistance qui est réprimée, le lieu d’exécution doit être différent du lieu d’emprisonnement ou d’arrestation, l’exécution ne doit pas être individuelle ».
Les exécutés : personnes arrêtées pour des faits portant préjudice à l’armée allemande ou au régime de Vichy puis mis à mort sommairement.
Les massacrés : personnes ayant été victimes d’exactions menées par l’armée allemande sans pour autant s’être montré coupables de quelque motif répréhensible (victimes de représailles).


1.1 Les fusillés en vertu d’une condamnation à mort

    Selon les clauses de l’Armistice du mois de juin 1940, l’armée allemande avait, en parallèle de la justice française, un pouvoir de juridiction sur tous les habitants des territoires de la zone occupée à partir du moment où ces derniers devenaient auteurs ou complices de crimes ou de délits pouvant porter atteinte à sa protection, à sa sécurité ou à l’honneur du peuple allemand.
La justice militaire allemande se fondait sur une interprétation très restrictive du droit international, pour lequel tout acte de résistance de la part de la population était considéré comme une activité illégale. Tout civil portant atteinte à la sécurité des troupes devenait un « franc-tireur ». Ce motif d’inculpation ne laissait en cas de procès que deux verdicts possibles : l’acquittement ou la condamnation à mort.

undefinedTampon du tribunal militaire de la Feldkommandantur 684, siègeant à Charleville

    Sur 483 victimes inscrites à Berthaucourt dont on connaît les circonstances du décès, le nombre de fusillés, toutes catégories confondues, se monte à 349, représentant près de 70 % des causes de décès.

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Les fusillés ardennais en vertu d’une condamnation à mort

    Le nombre de fusillés ayant fait objet d’un procès légal devant un tribunal militaire allemand s’élève à 44 personnes.
Lorsque la date du procès est connue, la répartition des fusillades dans le temps de l’Occupation s’inscrit ainsi :

- 1941 : 2 fusillés, condamnés à morts pour des faits particulièrement graves puisqu’il s’agissait d’attentats contre des soldats allemands

BASTIN Alfred et ANDRIEUX Eugène, né le 2 février 1898 à Sugny, domicilié à Machault, cultivateur. Le 12 mai 1940, il abattit un aviateur allemand dont l’appareil, abattu par la DCA, s’était écrasé. Arrêté par les troupes d’occupation le 23 avril 1941, il fut condamné à la peine de mort par un Tribunal militaire allemand et fusillé le 4 juin 1941 au Mont Valérien (il est le premier civil français exécuté en ce lieu).

- 1942 : 1 fusillé

LAMY Hildebert, né le 28 juin 1905 à Bay, ouvrier agricole à Houdilcourt. Il fut arrêté par la gendarmerie française pour possession d’armes, après dénonciation, le 25 avril 1942. Condamné à la peine de mort par le Tribunal militaire allemand de Rethel le 1er mai, il fut fusillé à Mézières le 10 mai 1942.

- 1943 : 3 fusillés

- 1944 : 38 fusillés

    Les procès furent rarement menés contre des individus solitaires, mais plutôt contre ce que l’on appellerait des « bandes organisées » : maquis FTP de Viel-Saint-Rémy, dit « de Launois », à la fin de l’année 1943 (12 condamnations à mort furent prononcées par le tribunal militaire siégeant à Charleville), affaire des UCR de l’OCM le 15 janvier, devant le tribunal militaire, de cinq responsables de l’OCM, qui se solda par la condamnation à mort de 2 d’entre eux (René BOURE et Robert COISPINE).
12 condamnations à mort furent encore prononcées au mois de juin et juillet. Toutes ces condamnations tardives furent exécutées au
Fort des Ayvelles.

undefined                            Acte d'accusation des inculpés Escalon, Tardif, Coispine, Bouré et Poirier, du 15 janvier 1944
                                                        (Revue historique ardennaise, T. XXX, 1995)


1.2 Les otages ardennais fusillés :

    Ils sont 15 à avoir été fusillés en tant qu’otages. Trois d’entre eux furent des inculpés d’ « activité communiste », arrêtés par la police française, jugés par le tribunal spécial de Nancy, saisis comme otage par les Allemands à la suite d’attentats commis contre les troupes d’occupation. Nous verrons en conclusion qu’ils n’épuisent pas la liste, tous n’étant pas inscrits à Berthaucourt.

Les otages fusillés en 1944, répondant aux critères adoptés plus hauts, sont au nombre de 13 dont 12 sont inscrits à Berthaucourt :
11 hommes et 2 femmes furent exécutés sommairement au
 Bois de la Rosière, à Tournes, le 29 août 1944, deux jours avant l’entrée des Américains dans le département, après que la Résistance eut saboté les 13 véhicules qui devaient emmener les prisonniers de Charleville vers l’Allemagne.

1.3 Les exécutés

    Ils forment l’ensemble restant des fusillés inscrits à Berthaucourt : soit 290 personnes mises à mort sommairement après arrestation, tuées dans les maquis ou lors des combats de la libération.

Sans doute le premier, et en tous cas le plus jeune, Marcel CHARLIER, âgé de 15 ans. En décembre 1940, il tira des coups de feu dans la direction d’une voiture dans laquelle se trouvait un officier allemand. Une quinzaine de jours plus tard, à l’issue d’une battue organisée par les troupes pour le retrouver, il fut sommairement abattu dans le village de Bay.

Des cas d’exécutions sommaires après arrestation et incarcération à la prison de Charleville sont avérés, à l’instar de ceux d’Ernest Montmartre et de Marcel Picot. Dans ces cas, les exécutions ont été différées après une longue période de détention, mais les prévenus n’ont pas été jugés.

Les fusillés au maquis et les victimes des combats de la libération, dans une période située entre le débarquement et la libération du département, forment l’essentiel du contingent des exécutés.
On peut à cet égard signaler que dès mars 1944, Keitel, chef du haut commandement de la Wehrmacht avait prescrit que la traduction devant un tribunal militaire d’une personne n’était « admissible que si le coupable [avait été] découvert ou capturé plus tard », après les combats.
Dans le cas de combats contre le maquis, une arrestation sur les lieux-mêmes devait être suivie d’une exécution immédiate, afin de ne pas surcharger les tribunaux. D’autant que considérés comme « francs-tireurs », ces résistants auraient été condamnés à mort par la justice militaire.

On peut rappeler quelques-uns des épisodes sanglants qui marquèrent l’été 1944 et les combats des maquis contre les troupes allemandes.
- Les 106 fusillés du maquis des Ardennes aux Manises le 12 juin et les jours suivants.
- les 9 fusillés du maquis du Banel, dont son chef, Adelin Husson, surpris par un piège tendu par la Gestapo.
- Les 19 fusillés d
Illy-Olly et de Gaulier, victimes d’un « groupe d’action » du parti franciste dirigé par le SD, fusillés les 28 et 29 août 1944 (2 des victimes du 29 ne sont pas inscrites à Berthaucourt !)
- Les 6 FFI tombés à Givry-sur-Aisne le 30 août 1944 lors de l’attaque d’une unité allemande stationnée à Montmarin…

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1.4 Chronologie des fusillades sous l’Occupation, d’après la liste des inscrits à Berthaucourt

    Sur 342 personnes dont on connaît la date du décès, la répartition des fusillades dans la chronologie de l’Occupation peut se lire ainsi :

-    1 en 1940
-    2 en 1941
-    1 en 1942
-    4 en 1943
-    334 en 1944

L’année 1944 est celle où la mise à mort devant un peloton d’exécution, ou par exécution sommaire au coin d’un bois, est la plus importante. Elle s’explique, succinctement, par l’importance prise par les mouvements de Résistance, l’accroissement de leur activité (sabotages, attentats contre des collaborateurs), et, en conséquence, la sévérité de plus en plus impitoyable de la répression. Mais, comme le montre l’analyse mensuelle de ces chiffres, c’est avec l’annonce du débarquement, dans un premier temps, et avec les combats pour la libération du département, dans un second, que la mortalité est la plus importante. On notera toutefois que les événements du maquis des Ardennes font littéralement exploser la courbe du graphique.

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A suivre...

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