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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 18:53
Origines du Mémorial

        Dès la libération du département, les groupements de Résistance des Ardennes exprimèrent la nécessité de rendre hommage à ceux qui avaient combattu dans leurs rangs et qui étaient tombés sous les coups de l'ennemi. Le choix du plateau de Berthaucourt, qui domine Charleville-Mézières s'imposa naturellement. Le lieu avait été celui où les Allemands, durant toute la période de l'Occupation, avaient fusillé les patriotes qui avaient été jugés par leurs tribunaux militaires.
Presque toutes ces exécutions « légales » y eurent lieu, à l'exception des 13 fusillés du fort des Ayvelles.

    Le 1er novembre 1944 eut lieu à Berthaucourt la première cérémonie en l'honneur des morts de la Résistance. André Point, plus connu dans la résistance sous le pseudonyme de « Commandant Fournier », chef des FFI des Ardennes, y prit la parole. Ainsi Berthaucourt devint un lieu hautement symbolique de la lutte clandestine des Ardennais contre l'occupant.


En 1946, un comité départemental des anciens de la Résistance
, sous le patronage du Commandant Fournier, décidait d'élever sur le plateau de Berthaucourt un mémorial qui deviendrait l'autel du culte voué au souvenir des sacrifices consentis par les héros de la Résistance ardennaise.



 
Surmonté d'une croix de Lorraine, le monument fut conçu par l'architecte Francis Despas. Des parcelles de terre, prélevées dans tous les hauts-lieux de la Résistance ardennaise, des cendres et des ossements recueillis dans les camps de concentration furent déposés dans un cénotaphe au pied du Mémorial.
Le 29 août 1954, à l'initiative de l'Union ardennaise des FFI, le mémorial de Berthaucourt fut flanqué de deux murs du souvenir, portant gravés dans la pierre les noms des morts de la Résistance ardennaise : dans sa structure, le mémorial associait la croix de Lorraine au V de la victoire, emblème des FFI.



La liste des noms fut dressée par une commission de l'UAFFI composée à cet effet.
Celle-ci s'est appuyée sur des réponses à un questionnaire sur les victimes de l'Occupation lancé par voie de presse, et sur le service ardennais de l'administration des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.
La publication du martyrologe, envisagée par l'UAFFI en 1955, ne fut jamais entreprise.

Typologie des victimes de la répression allemande

La liste que j'ai publiée des 506 noms des résistants ardennais inscrits à Berthaucourt, a été composée ainsi :

Pour toutes les victimes, on trouve le nom et le(s) prénom(s) des intéressés, et, dans la mesure du possible, indication de la date et du lieu de naissance, la profession, la domiciliation.
Pour les fusillés, la date et le motif de leur arrestation, la date et le lieu de leur exécution et, s'il y a lieu et dans la mesure de nos informations, la date et le lieu de leur comparution devant un tribunal militaire allemand.
Pour les déportés, la date et le motif de leur arrestation, la date et le lieu de leur départ, le lieu de destination, la date et le lieu du décès.

On peut distinguer, sommairement, deux grande catégories de victimes de la répression allemande inscrites à Berthaucourt : les fusillés, les déportés.

489 hommes et 17 femmes (13 déportées, 4 fusillées) sont inscrits à Berthaucourt.


On notera que nombre de victimes n'ont pas été fusillées dans le département, ou déportées à partir de celui-ci, étant souvent natives des Ardennes mais n'y étant pas, ou plus domiciliées (souvent des familles non rentrées après l'exode de mai 1940).
Tous les chiffres donnés ici et toutes les statistiques dressées à partir de la liste des victimes de la répression allemande inscrites à Berthaucourt sont basés sur le nombre de personnes dont les circonstances du décès sont connues (fusillade, déportation, « mort en mission »), soit 496 personnes.

Pour 10 personnes, les causes du décès sont (encore) inconnues.

La catégorie des « morts en mission » comporte cinq noms : Georges Poirier, mort à la suite des sévices subis à la prison de Charleville le 4 juin 1944, Armand Malaise, mort d'un arrêt cardiaque au cours d'une mission le 4 janvier 1944, Ernest Cardot et Achille François, tous les deux abattus par un traître qu'ils s'apprêtaient à exécuter le 5 juin 1943, Yves Nicolas, mort au cours d'un déplacement du maquis « Pascal » le 15 août 1944.



Le contexte politique et historique de la répression (1940-1945)

Dans le contexte de l'occupation de la France après la victoire des armées allemandes en juin 1940, la répression peut se définir comme l'ensemble des actions destinées à maintenir ou à rétablir l'ordre imposé par le vainqueur.
Dans la chronologie du temps de l'Occupation, on peut distinguer, sommairement, deux grandes périodes, mais une multiplicité d'acteurs, dans la mise en oeuvre de la répression de la résistance.
De juin 1940 à juin 1942, les pouvoirs de répression appartiennent exclusivement au « Commandement militaire en France ». Ils s'exercent à travers ses services de police :Feldgendarmerie, Geheime Feldpolizei, et son service de contre-espionnage, l'Abwehr.
Dans le même temps, le dispositif proprement français de répression continue de fonctionner, notamment contre les communistes.
Á partir du printemps 1942, la SS ôte à l'administration militaire les pouvoirs de police qu'elle assumait en France depuis les débuts de l'occupation. Sous la direction du général SS Oberg, la France est couverte par 18 agences régionales de la Gestapo, qui recrute plusieurs milliers d'auxiliaires français dans son service de renseignement, le SD (Sicherheitsdienst), qui est rattaché à la police de sécurité, la Sipo (Sicherheitspolizei). Des Kommandos du Sipo-SD, rattachés à la Feldkommandantur, sont installés dans tous les départements.
Au maillage policier instauré par la SS, il faut ajouter les instruments de répression mis en place par l'État français lui-même : service des menées antinationales, Brigades Spéciales, et Groupes Mobiles de Réserve, puis la Milice française, avec son chef, Joseph Darnand, nommé secrétaire général au maintien de l'ordre.
Un bilan provisoire de la répression évalue à environ 35 000 le nombre de personnes tuées pour des faits de résistance sous l'Occupation, en France et dans les prisons et camps d'Allemagne.


A suivre...

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