Les ouvrages seront cités dans l’ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites est assez arbitraire, l’année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une nette rupture. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n’encombrent pas les fonds de bibliothèques, le choix d’une date de rupture est donc purement formel.
1944 – PAULET Francis, En Ardenne sous la « botte », s. éd. (Imprimerie Chavanne), Charleville, s. d.
La première publication à voir le jour sur la période de l’Occupation.Un petit livre-témoignage publié aux jours de la Libération par un résistant de la vallée de la Meuse. Récits entendus et rapportés, anecdotes, scènes de la vie quotidienne sous l’Occupation, l’introduction en fut rédigée le 4 août 1944, la conclusion le 22 août ! Une curiosité.
par philippe lecler
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Biblio ardennaise
Selon le petit Robert : « Propos fantaisiste et mensonger qu’on imagine par plaisanterie pour tromper et se faire
valoir ». Le bobard fleurit si bien sous l’occupation qu’il s’avéra préoccupant, comme en témoignent ces encarts du Petit Ardennais qui leur étaient consacrés pour mieux les
dénoncer, dans la rubrique « Et voici… Radio-bobard ».
Deux exemples :
Bobard : « Charleville ne sera jamais bombardé ! les Alliés savent trop quelle sympathie leur porte les Carolopolitains, pour vouloir leur causer la
plus petite peine ou le moindre risque ! »
Réponse : « Cela, nous l’avions déjà entendu ailleurs, à propos d’autres cités françaises… depuis soigneusement “libérées” par les aviateurs
anglo-américains… » (Allusion aux bombardements récents de Nantes et Saint-Nazaire)
Bobard : « Charleville ne sera jamais bombardé parce que Mme de Gaulle est, paraît-il, ardennaise ».
Réponse : « Et la France ne sera jamais bombardée parce que de Gaulle est, paraît-il, Français !!!… »
Dans son éditorial du 9 juin 1944 (trois jours après le débarquement et l’espoir qu’il suscitait), « Bobards et Réalités ! », Pierre Bruneel
écrivait :
« … Le bobard, en la grasse terre française, prolifère, fleurit, s’épanouit et se répand tout à son aise. Les rumeurs les plus contradictoires, les affirmations les plus invraisemblables, les “On dit” les plus fantaisistes se mêlent, s’entrecroisent, s’enchevêtrent en une inénarrable danse de folie au cours de laquelle bien des cerveaux sont en passe de perdre à la fois tout savoir et toute raison. … Le bobard, jusqu’à présent nous a fait beaucoup de mal. Il pourrait aujourd’hui, si nous nous y laissons prendre, nous en faire bien plus encore, car les conséquences que pourrait avoir notre crédulité s’avèrent d’ores et déjà incalculables. »
Pourquoi, de la part des autorités, notamment allemandes car ce sont elles qui décident de la ligne éditoriale du journal, cette hantise du bobard ? Parce
qu’il exprime d’un côté l’espoir de voir leur défaite rapidement consommée et, de l’autre, la confiance mise par les Français en les Alliés… Par ailleurs, la naissance du bobard et sa
circulation sont la conséquence de l’absence d’informations, de la méfiance envers toute parole officielle, envers les journaux tenus par l’occupant, envers la radio de Vichy.
Enfin le bobard (on dirait aujourd’hui « la rumeur ») apparaît comme une parole incontrôlée et il est, par là, générateur de désordre. On peut rapprocher
ce phénomène avec celui des années 39-40, lorsque la peur de la « 5e colonne » interdisait les bavardages intempestifs et imposait le silence (« les murs ont des
oreilles… »).
par philippe lecler
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Documents
Plaque apposée sur un mur de l’ancienne gare de Blanzy, en la mémoire d’Armantine
Carlier, responsable de la gare de Blanzy-la-Salonnaise, d’où elle avait participé à la formation des premiers groupes FTP dans le secteur. Elle devint en 1944 agent de liaison de
Pierre Luizard, dit « capitaine Pascal », initiateur des 5e et 2e Compagnie FTP du Secteur Sud des Ardennes. La gare de Blanzy était le théâtre de rendez-vous
clandestins d’où partaient les ordres, où le résident traqué trouvait un abri sûr, d’où les renseignements sur l’occupant partaient et arrivaient. Armantine cachait des mines anti-chars dans
sa cuisinière, « planquait » des aviateurs alliés tombés dans la région, des résistants aux abois, on étudiait chez elle les plans des actions de sabotages à
effectuer...
Elle fut arrêtée le 19 août 1944 par la Gestapo de Reims, puis déportée au camp de Ravensbrück d’où elle ne revint
jamais.
par philippe lecler
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Des lieux
« L’Ardennais, peu expansif, de caractère froid et réservé, parait préoccupé essentiellement par ses affaires personnelles; peu de discussions portent sur des
questions d’ordre général; dans les conversations courantes, le ravitaillement paraît toujours la préoccupation essentielle. Toutefois, la déclaration publique du Chef de l’État mettant sa
confiance en l’avenir de la politique du Président Laval et le discours prononcé par le Chef du Gouvernement le 22 juin [1942] ont eu un profond retentissement et sont, sans nul doute, appelés à
faire réfléchir une opinion publique quelque peu désorientée.
Envahi de 1914 à 1918, occupé à nouveau depuis 1940, l’habitant des Ardennes supporte avec calme et sang-froid apparemment au moins, ce qu’il considère comme un mal
inévitable. Il est certain que sa défiance à l’égard de l’Allemagne reste à peu près entière, et c’est avec beaucoup de réserve que la population ardennaise, les milieux ouvriers surtout,
accueillent la proposition de la relève des prisonniers de guerre…. »
Extrait d’un rapport du préfet des Ardennes « sur la situation générale du département », daté de juillet
1942.
par philippe lecler
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Documents
L’âge de Caïn est un récit autobiographique écrit sous le pseudonyme de Jean-Pierre Abel par René Chateau (1906-1970). Celui-ci avait été avant la guerre un membre dirigeant du Grand-Orient et de la Ligue des Droits de l’Homme, député radical-socialiste de la Rochelle en 1936, qui vota les pouvoirs constituants au maréchal Pétain en 1940. Proche de Marcel Déat sous l’Occupation, favorable à Laval, cet homme de gauche fourvoyé dans la collaboration n’abandonna jamais ses idées de gauche, ni ses liens maçonniques et dirigea le quotidien La France socialiste dès 1941. De son passage dans les prisons de l’épuration, il tira ce récit effrayant sous-titré « premier témoignage sur les dessous de la libération de Paris », publié en 1948 par les Éditions nouvelles. Le livre apporte un éclairage peu commun sur ce que fut la libération pour « une poignée de misérables » : l’arrestation et la détention arbitraires, les violences et humiliations, les passages à tabac, les tortures, les fusillades… L’Institut dentaire de Paris, tenu par les FTP et rebaptisé pour l’occasion « PC Fabien », où furent incarcérés Chateau et sa femme, forme le cadre de ce récit de l’épuration sauvage dans lequel la détention au Vél’d’hiv (officielle cette fois) apparaîtra comme une sinécure. Ainsi, l’histoire de « cette femme qui riait », dont le mari, lors de leur arrestation, fut jeté sous les chenilles d’un char américain :« Cette femme était peut-être devenue folle à voir ce que tank laissait derrière lui. Ils ont tout essayé pour la faire taire. Ils l’ont chaque jour frappée à coups de matraque, jusqu’à l’assommer, devant tous les prisonniers. Mais ils ne parvenaient pas éteindre ce rire, à éteindre cette voix. Alors, ils l’ont adossée au mur, dans le matin tiède. Elle leur a tiré la langue pendant qu’ils épaulaient. Elle leur tirait encore la langue pendant qu’ils visaient. Elle leur tirait encore la langue quand la salve a éclaté. Et ils se sont enfin éteints, ce rire et cette voix… »
Quelques jours plus tard, une affiche sur la porte de la morte expliquait qu’elle avait été arrêtée par erreur…
On ne peut que regretter que ce livre n’ait jamais été réédité et qu’il soit donc à peu près introuvable, sauf à courir les bouquinistes.
par philippe lecler
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Bibliographie