Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

21 janvier 2006 6 21 /01 /janvier /2006 19:02
 
 
Selon le petit Robert : « Propos fantaisiste et mensonger qu’on imagine par plaisanterie pour tromper et se faire valoir ». Le bobard fleurit si bien sous l’occupation qu’il s’avéra préoccupant, comme en témoignent ces encarts du Petit Ardennais qui leur étaient consacrés pour mieux les dénoncer, dans la rubrique « Et voici… Radio-bobard ».
 
 
Deux exemples :
Bobard : « Charleville ne sera jamais bombardé ! les Alliés savent trop quelle sympathie leur porte les Carolopolitains, pour vouloir leur causer la plus petite peine ou le moindre risque ! »
Réponse : « Cela, nous l’avions déjà entendu ailleurs, à propos d’autres cités françaises… depuis soigneusement “libérées” par les aviateurs anglo-américains… » (Allusion aux bombardements récents de Nantes et Saint-Nazaire)
Bobard : « Charleville ne sera jamais bombardé parce que Mme de Gaulle est, paraît-il, ardennaise ».
Réponse : « Et la France ne sera jamais bombardée parce que de Gaulle est, paraît-il, Français !!!… »
 
Dans son éditorial du 9 juin 1944 (trois jours après le débarquement et l’espoir qu’il suscitait), « Bobards et Réalités ! », Pierre Bruneel écrivait :
« … Le bobard, en la grasse terre française, prolifère, fleurit, s’épanouit et se répand tout à son aise. Les rumeurs les plus contradictoires, les affirmations les plus invraisemblables, les “On dit” les plus fantaisistes se mêlent, s’entrecroisent, s’enchevêtrent en une inénarrable danse de folie au cours de laquelle bien des cerveaux sont en passe de perdre à la fois tout savoir et toute raison. … Le bobard, jusqu’à présent nous a fait beaucoup de mal. Il pourrait aujourd’hui, si nous nous y laissons prendre, nous en faire bien plus encore, car les conséquences que pourrait avoir notre crédulité s’avèrent d’ores et déjà incalculables. »
 
Pourquoi, de la part des autorités, notamment allemandes car ce sont elles qui décident de la ligne éditoriale du journal, cette hantise du bobard ? Parce qu’il exprime d’un côté l’espoir de voir leur défaite rapidement consommée et, de l’autre, la confiance mise par les Français en les Alliés… Par ailleurs, la naissance du bobard et sa circulation sont la conséquence de l’absence d’informations, de la méfiance envers toute parole officielle, envers les journaux tenus par l’occupant, envers la radio de Vichy.
Enfin le bobard (on dirait aujourd’hui « la rumeur ») apparaît comme une parole incontrôlée et il est, par là, générateur de désordre. On peut rapprocher ce phénomène avec celui des années 39-40, lorsque la peur de la « 5e colonne » interdisait les bavardages intempestifs et imposait le silence (« les murs ont des oreilles… »).
 

Partager cet article

Published by philippe lecler - dans Documents
commenter cet article

commentaires