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« La piaule » - Un véritable trois étoiles que Pétain, Laval, et les collaborateurs nous avaient réservé outre-Rhin pour nos vingt ans.

 La piaule, avec ses châlits à étages. Nous étions deux par châlit. Quatre châlits de chaque côté, donc huit personnes, seize par piaule. Les paillasses étaient en ficelle de papier tressées bourrées de paille. A force de s'allonger dessus, la paille était toute découpée en petits morceaux que le copain du dessous récoltait sur lui, en même temps que les punaises, puces, et poux de corps, qui trouvaient un abri idéal dans ces paillasses. Inutile de vous décrire les piqûres et les démangeaisons que nous réservaient ces charmantes petites bêtes. Quand nous rentrions du travail la nuit, en ouvrant la porte de la piaule, il y avait de quoi reculer tellement cela sentait le fauve. Défense stricte d'ouvrir les fenêtres pour aérer, alerte aérienne oblige.
 

A l'entrée, sur un côté, un poêle. Dans le milieu de la piaule, une table, et comme chaise, une dizaine de tabourets environ, car plusieurs d'entre eux étaient passés dans le poêle l'hiver pour se chauffer. D'ailleurs, tout y passait : vieilles godasses, chiffons, boules de caoutchouc, etc... car nous ne touchions que très peu de charbon, et par - 10°, - 15° et plus, avec une simple couverture qui n'avait jamais connu la lessive, donc pas très propre ni très chaude. Ce n'était pas très simple pour se chauffer. Après les bombardements qui avaient brûlé baraques et vêtements, il ne nous resta plus grand-chose à nous mettre. Quant aux chaussettes, il y avait belle lurette qu'elles avaient été remplacées par des morceaux de chiffons, appelés "chaussettes russes".

 
 Le lendemain matin, nous partons en camion pour un camp qui s'appelle « Lager Stocken », usine Continental.
 

Nous sommes conduits à la cantine qui se trouve à l'usine, ici pas d'assiettes, nous touchons une gamelle de couleur rouge contenant de la soupe. Pas besoin de fourchette, il faudra s'y faire. Je fais connaissance de la baraque 11. Des requis comme moi y sont déjà et me reçoivent bien amicalement. L'après-midi, interrogatoire, âge, profession, photographie... Et par un hasard sans doute involontaire de notre part nous sommes tous des manoeuvres. Le Reich n'aura pas cette fois de spécialistes.

 

Conduit à l'usine. Quelle usine ! C'est immense. Dans laquelle on fabrique des pneus. Je suis présenté à mon futur chef. « Demain matin, ici » me fait-il comprendre. L'atelier s'appelle « Auto 2 » et me voilà baptisé caoutchoutier.

 

Une odeur qui a un goût qui me semble être de l'encre se fait sentir. Le mouchoir se retrouve tout noir de poussière de caoutchouc. Nous toucherons un demi litre de lait par jour. Cela promet !

 

C'est dans cet atelier que la gomme synthétique est traitée, broyée, réchauffée, sur des cylindres appelés broyeuses. La gomme passe ensuite dans une machine, la boudineuse, qui va la réchauffer à nouveau. La gomme ainsi traitée passe par la filière qui donne forme à la chape du pneu. Mon travail consiste à couper les chapes à la longueur voulue à la sortie de la boudineuse.

 
 A suivre...
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Tag(s) : #Mémoires : "Ce que furent mes vingt ans..."
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