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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

18 mars 2006 6 18 /03 /mars /2006 21:04
 
Plaque commémorative apposée sur un mur de la gare d’Amagne-Lucquy.
L’équipe Plan Vert de la gare d’Amagne-Lucquy, auteur de plusieurs sabotages sur la ligne Reims-Charleville, se composait, en juin 1944, de trois cheminots, Robert Stadler, René Arnould, Georges Boillot, et du jeune Charles Imard. Le 24 juin, la police allemande plaçait la gare sous la surveillance de deux jeunes membres du groupe d’action du Bureau de placement allemand, officine de la Gestapo.
Un sabotage était prévu cette nuit là. Charles Imard étant absent, les trois cheminots s’adjoignirent un des leurs, Lucien Maisonneuve, novice en la matière.
Le sabotage fut un échec, mais les quatre hommes, repérés, furent arrêtés au domicile de René Arnould.
Deux jours plus tard, après avoir été martyrisés, ils étaient fusillés au fort des Ayvelles.
Ils étaient :
ARNOULD René, né le 20 janvier 1909 à Buzancy, domicilié à Amagne, chauffeur de route à la SNCF.
BOILLOT Georges, né le 20 septembre 1897 à Paris, domicilié à Lucquy. Chauffeur de route à la SNCF.
STADLER Robert, né le 7 mars 1905 à Gaillon (Eure), domicilié à Amagne. Ouvrier au service de la traction.
MAISONNEUVE Lucien, né le 27 février 1908 à Nantes, domicilié à Amagne. Manœuvre au service de la traction.
 
Published by philippe lecler - dans Des lieux
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4 mars 2006 6 04 /03 /mars /2006 13:41
Le 1er septembre 1944, une unité de la Wehmacht stationnait près de l’ancienne église de Montmarin, commune de Givry-sur-Aisne. Quelques FFI d’Attigny, exaltés par l’approche des troupes américaines et la débandade allemande, entreprirent de monter à l’assaut de ce qu’ils ne pensaient être qu’une faible troupe fatiguée et démoralisée. Ils n’eurent pas le temps d’approcher : quatre d’entre eux furent fauchés en plein champ par les fusils-mitrailleurs ennemis. Les deux autres, qui avaient pensé prendre les Allemands à revers furent découverts et immédiatement fusillés… Un témoin du drame relata cet événement. Son récit sera publié dans Ami si tu tombes. En voici un extrait : 
De la cour de la ferme, on peut voir des Allemands qui viennent prendre position, dans le “Chemin des Pèlerins”, un chemin creux qui mène à l'église. Ils ont dû être mis en aler­te par les fusils-mitrailleurs qui étaient placés pour observer… Quelques balles sifflent dans nos baraquements… Des premières rafales de mitrailleuses parties du “Chemin des Pèlerins”, quatre des six résistants sont abattus alors qu'ils arrivaient à moins de cent mètres de ce chemin. Ces quatre hom­mes sont Oherlé, Chachour, Eloy et Jeaulin. Je les vois tomber dès les pre­mières rafales, sans qu’ils aient pu utiliser leurs armes 
Sont tombés à Montmarin :
ELOY Jean, domicilié à Charbogne, 24 ans
HOERLE Diégo, domicilié à Charbogne, 42 ans
CHACHOUR Abd El-Kader, domicilié à Charbogne, 25 ans
JEAULIN Paul, domicilié à Attigny, 24 ans
HUON Kléber, domicilié à Givry / Aisne, 34 ans
AVLANGE André, domicilié à Saulces-Champenoises, 35 ans
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4 mars 2006 6 04 /03 /mars /2006 13:40
Le parachutage de « Dame Blanche » eut lieu dans la nuit du 19 au 20 mai 1944 sur un terrain balisé dans les champs, aux abords d’un petit bois, à quelque deux kilomètres du village de Saint-Germainmont, sur le site homologué « Dame blanche » (message : « Les bananes sont glissantes »). Il fut le seul parachutage destiné aux groupes de résistance FTP du département. Ce furent les FTP des groupes de Blanzy, Gomont et Saint-Germainmont qui en assurèrent la réception, sous l’autorité du capitaine « Pascal » (Pierre Luizard) et de Fernand Deléam.
Les containers furent d’abord cachés dans des casemates, vestiges du front qui passait ici lors de la première guerre mondiale.
« Ce parachutage de Dame blanche, c’est un monsieur Fortier qui est venu avec un tombereau tiré par un cheval, qui nous a ramené tous les containers que nous avons montés dans le clocher de l’église. C’est là que nous les avons ouverts, sauf un, qui contenait des armes prêtes à l’utilisation, les autres étaient enduites de graisse. Il y avait de l’essence pour les nettoyer, au minimum 40 litres pour les dégraisser […] Le curé de l’époque, c’était l’abbé Maréchal. Il était au courant et n’a jamais rien dit, au contraire il nous aidait. »
(Témoignage de G. Robert, alias « Dany », lieutenant FTP, adjoint de Pascal)
 
Le parachutage apportait quatre tonnes de matériel, dont une dizaine de fusils à répétition, autant de mitraillettes « Sten », de revolvers, une vingtaine de grenades, un bazooka, surtout des explosifs pour saboter les installations industrielles et les voies ferrées. Hormis l’armement, ces hommes qui manquaient de tout allaient y trouver des cigarettes, du chocolat, des chaussures, des chaussettes, de rations de guerre, des postes récepteurs de radio…
On nous l’a dit, le tout fut caché dans le clocher, grâce à la complicité bienveillante du curé de Saint-Germainmont, l’abbé André Maréchal, qui en outre hébergeait, lorsqu’il y avait lieu, des prisonniers évadés, des aviateurs alliés, des réfractaires au STO… Le matériel ainsi livré permit la formation des 5e et 2e compagnies FTP du secteur sud des Ardennes, ainsi que d’équiper en partie les FTP de la vallée de la Meuse.
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4 février 2006 6 04 /02 /février /2006 13:53
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       
 
       
       








           
   
        Au printemps 1944, la Gestapo de l'avenue Foch, secondée par des miliciens venus de Saint-Quentin, opéra dans la région de Rethel des rafles visant à détruire le réseau d’évacuation d’aviateurs alliés mis en place par Charles Saint-Yves, dans le cadre de
l'affaire dite "des parachutistes". Le 6 avril, après l’arrestation de la famille Sagnet à Ecordal la semaine précédente, les miliciens commandés par Henri Nicolas, accompagnés d’Allemands du SD de Charleville, procédèrent aux arrestations à la ferme du Chesnois à Alland’huy.
Furent arrêtés ce jour-là : Georges Fromentin, 59 ans, Georgette Fromentin, 55 ans, Jean Fromentin, 24 ans, Lucienne Fromentin, 33 ans, Robert Couvin, le commis de culture, âgé de 18 ans. Celui-ci se souvient :
 
« Quand nous sommes arrivés aux bureaux de la Gestapo à Charleville le 6 avril au matin, “ Nicolas ” était là, un bel homme encore jeune, d’à peine 40 ans, qui nous désignait par nos noms quand nous sommes passés devant lui. Il savait tout. Quand ce fut mon tour, il a dit : “ Ca c’est l’ouvrier de la ferme, c’est lui qui fait le guet…” Il m’avait déjà vu bien sûr, car il était venu à la ferme auparavant, en se présentant comme faisant partie de la filière. Je crois qu’il était venu chercher des Américains… Jusqu’au 27 juin, nous sommes restés enfermés à la prison de Charleville. Deux fois j’ai été interrogé par la Gestapo, rue de Tivoli, puis avenue Nationale. Les interrogatoires étaient menés durement, les autres personnes de la ferme ont essayé de me disculper des accusations qui étaient portées contre moi, mais pour les Allemands l’affaire était entendue. A la prison, deux officiers en grande tenue sont venus nous porter la sentence : “ Vous êtes condamnés aux travaux forcés ”. On est parti quelques jours après. Un des gardiens nous avait dit, à l’énoncé de cette peine : “Nicht gut !”
Puis, nous avons été transportés, dans des camions de déménagement de Charleville réquisitionnés avec leurs chauffeurs. On ne savait pas trop ce qui nous attendait.
Les hommes et les femmes furent séparés. Nous fûmes emmenés au camp de Compiègne, puis déportés à Dachau ; les femmes à la prison de Romainville, puis déportées au camp de Ravensbrück. »
 
Aucun des membres de la famille Fromentin ne devait revenir des camps.
Georges Fromentin est mort à Dachau le 8 février 1945.
Georgette Fromentin est morte à Ravensbrück le 6 mars 1945.
Jean Fromentin est mort à l’hôpital militaire de Colmar, après la fin de la guerre, le 12 juin 1945.
Lucienne Fromentin est morte à Warenn (Allemagne) le 8 mai 1945.
Seul Robert Couvin revint d’Allemagne où il avait été détenu avec les autres hommes du réseau (on retrouvera cet épisode, ainsi que le témoignage complet de Robert Couvin, dans Ami si tu tombes).
Une plaque rappelant les faits a été apposée par la FNDIRP sur un mur de la ferme, près du portail d'entrée. On peut y lire aussi :" Passant, n'oublie jamais : leur sacrifice pour notre patrie te permet de vivre libre."
 
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