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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 07:22
Le maquis « Baïonnette » fut créé en septembre 1943 par Emile Fontaine et « Georges » Henri Lallement.

Au printemps 1942, Henri Lallement avait été chargé par Henri Moreau de rechercher dans la région de Rumigny des recrues pour former des groupes de résistance. A la fin de l'année, le groupe créé à Rumigny comptait une dizaine d'hommes, deux autres groupes furent formés début 1943.
En février 1943 Henri Lallement fut nommé chef de section. Il avait pour tâches l'animation des groupes locaux , l'approvisionnement en faux papiers, les liaisons avec les autres secteurs, l'hébergement d'aviateurs alliés et de Juifs évadés du camp des Mazures.
En juillet 1943, Henri Moreau abandonna la direction du secteur de Signy-l'Abbaye à son adjoint, Adrien Fournaise, alias "Muirion". Employé en gare de Liart, âgé de 41 ans, Adrien Fournaise avait facilité, dès le début de l'Occupation, les prisonniers évadés en leur fournissant de faux papiers, en récoltant tous les renseignements sur les troupes allemandes et les transmettant à Londres via un réseau. Arrêté par la Gestapo le 24 décembre 1943, Adrien Fournaise fut incarcéré à la prison de Charleville, puis à Paris, puis à Romainville et à Natzwiller (Vosges). En mai 1944, il fut déporté au camp de Grossrosen, en Silésie, puis transféré en février 1945 vers Dora où il mourut d'épuisement.
Henri Lallement (qui devint « Georges », pseudonyme qu'il gardera après la libération) fut nommé adjoint au nouveau chef de secteur de Signy-l'Abbaye, Emile Fontaine, par ailleurs responsable de deux cantons de l'Aisne. Quant à Henri Moreau, il alla s'occuper du Bureau des opérations aériennes (B.O.A.) jusqu'à son arrestation en janvier 1944 à Chalons-sur-Marne. Emprisonné à Charleville, martyrisé, il ne parlera pas sous la torture. Les Allemands le fusilleront à Tournes avec douze autres prisonniers le 29 août 1944.
En Septembre 1943 débutèrent les travaux d'aménagement du futur maquis "Baïonnette", dans le bois de Rumigny, entre Rumigny et Blanchefosse.

M. Robert Blain était marchand de bestiaux. A ce titre, il était en contact avec le bureau de l'Enregistrement de Rumigny où Henri Lallement (« Georges ») était receveur. Des relations s'étaient nouées et lorsqu'en 1944, un maquis était devenu nécessaire au secteur, c'est dans les Bois de Rumigny, non loin de la ferme Blain, que son choix s'est porté : des bois pour être à couvert mais surtout la possibilité d'un magnifique terrain d'atterrissage en forme de U. Un chemin reliait directement la ferme au Maquis (environ 2 kms), mais il était assez emprunté, donc repérable.
La ferme était en quelque sorte la base arrière,  Georges y entreposait ses vêtements de rechange et son vélo (il était le seul à disposer d'un vélo), mais elle servait surtout au ravitaillement. Mme Blain faisait les courses auprès des commerçants ambulants. A la ferme, ils étaient 7, au Maquis, une vingtaine, plus le passage. Ce ravitaillement, elle l'a assuré souvent gratuitement. « Pinpin » (Guy Canon) s'occupait de l'intendance du Maquis et faisait les allers et venues. La nuit, il arrivait que des maquisards lancent des cailloux pour se procurer du ravitaillement. En cas de danger, Mme Blain tendait un torchon au vasistas du grenier.
Deux aviateurs américains, dont l'avion était tombé du côté d'Ebouleau, dans l'Aisne, avaient été dirigés vers le Maquis Baïonnette par Pierre Maujean (« Jojo »), résistant de Tavaux. Le 24 juillet 44, Ovide Borgniet, adjoint de Georges, a parcouru à pied 80 kms pour aller les chercher. L'un d'eux souffrit d'un mal blanc. A la ferme Blain, on fit passer le médecin de Brunehamel, le Dr Gottlieb, qui le soigna un soir tard.
Quand Mme Blain repérait sur la route des passages suspects, elle partait avec un panier contenant un livre de messe pour, disait-elle, « aller prier la Vierge à La Houssoye ». En fait, elle allait prévenir de ce qu'elle avait vu...
Elle n'avait peur de rien.
Fin août 44, le Maquis fut repéré. Mais les maquisards eurent le temps de se replier à quelques kms au S.E., dans la forêt d'Estremont. Cette fois, ce fut au moulin de Bay, tenu par Roger Camas, qu'ils trouvèrent leur ravitaillement.
Pour tous ces services, Mme Blain  a reçu  la Croix de Guerre le 1-12-45. Elle a aussi été décorée de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance.
Aujourd'hui, en 2006, il ne reste que deux survivants du Maquis Baïonnette : H.G. Lallement et René Borgniet, qui habite toujours aux Grands Caillaux.
Soixante-deux ans après, Yvette Blain, qui avait 17 ans en 1944, devenue Mme Bouxin, rend toujours régulièrement visite à Georges, en maison de retraite, et la chaleur de leurs retrouvailles témoigne de ce que furent les rapports entre le Maquis et la ferme Blain.  
Rencontre avec Mme Yvette Bouxin d'Aouste, fille de Mme Emilienne Blain, ferme des Grands Caillaux, Maquis Baïonnette, le 17- 07 -2006.
La relation qui précède a été recueillie par Mme Sylvie Laverdine, qui travaille actuellement sur ce secteur de la Résistance ardennaise (Signy-l'Abbaye).
Des hommes du maquis "Baïonnette" avec leurs amies, à la Libération.
Biblio :
A. Nice, Tavaux, 30-31 août 1944, histoire d'une tragédie.
P. Lecler,
La Résistance et la Libération. Entretiens avec G.H. Lallement, Terres ardennaises n° 88, octobre 2004
 
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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 14:54


 

Le fort des Ayvelles, construit après la guerre de 1870 pour se substituer à la place de Mézières, qui avait démontré lors de ce conflit ses faiblesses face à l'artillerie allemande, faisait partie d'un ensemble de fortifications bâties sur le cours de la Meuse. Il fut abandonné sans combat lors de la Première Guerre mondiale et ne joua aucun rôle militaire durant la Seconde. Mais, utilisé par les Allemands lors de l'Occupation, le fort fut, avec le stand de tir du plateau de Berthaucourt, un lieu où les sentences de peine de mort du tribunal militaire allemand à l'encontre des résistants furent exécutées, comme en témoigne cette plaque apposée sur un de ses murs d'enceinte.

 

 

 

 

 

 

 

René Bouré, 54 ans, fusillé le 17 février 1944. Domicilié à Grandpré, mécanicien-garagiste, membre de l'OCM, il avait été arrêté le 17 novembre 1943 pour détention d'armes.

 

Jean Dachy (22 ans), Maurice Hugueville (27 ans), Daniel Matter (19 ans) et René Matter (47 ans), furent fusillés le 9 juin 1944. Arrêtés les 7 et 8  juin, à Nouzonville, pour sabotage sur voie ferrée.

 

Les quatre cheminots d'Amagne, René Arnould (35 ans), Georges Boillot (35 ans), Robert Stadler (39 ans)et Lucien Maisonneuve (36 ans), furent fusillés le 26 juin 1944. Ils avaient été arrêtés deux jours plus tôt, après avoir perpétré de nombreux sabotages ferroviaires à la gare d'Amagne-Lucquy (comme le savent les lecteurs d'Ami, si tu tombes).

 

René Marchand (46 ans), chef de secteur de Charleville, Pierre Chardin (27 ans) et Roland Lambert (20 ans) furent fusillés le 1er juillet 1944. Ils avaient été arrêtés dans la nuit du 9 au 10 juin, au retour d'un parachutage, sur la route de Monthermé à Charleville.

 

Rêve Roc (Rêve étant son prénom usuel, et non Jean), 30 ans, habitant Charleville, cheminot, fut condamné par un tribunal militaire pour avoir hébergé des réfractaires. Il fut fusillé le 1er juillet 1944.

 

Octave Ladouce (42 ans), domicilié à Bar-les-Buzancy, fut fusillé le 5 juillet 1944. Il avait été arrêté pour détention d'armes.

 

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5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 16:37

    Situé au nord des Hauts-Buttés, sur le plateau ardennais, le terrain « Bohémien » (aussi appelé « Cheville »), fut homologué pendant l’été 1943 sur l’initiative d’Henri Moreau, responsable départemental du B.O.A., et du capitaine des douanes Lucien Leverd.
Le terrain reçut son premier parachutage à destination de la Résistance ardennaise dans la nuit du 20 au 21 septembre 1943, réceptionné au sol par l’équipe Machaux des Hauts-Buttés.

 

    Le second parachutage sur « Bohémien » eut lieu dans la nuit du 7 au 8 mai 1944, à destination du Maquis des Ardennes (24 containers cachés dans les bois de Revin).
Lucien Leverd décrivit l’effet du parachutage du 21 septembre sur les hommes qui l’attendaient avec tant d’impatience (publié dans L'affaire des Manises):

 

« Il est une heure du matin. Il y a un beau clair de lune. Tout à coup, un bruit de moteur se fait entendre dans le lointain. Chacun tend l'oreille anxieusement. Le bruit se rapproche-t-il ? Est-ce un moteur d'avion allemand ou anglais ? Cette fois serait-elle la bonne ? Oui, le bruit du moteur s'entend de mieux en mieux dans le calme dans la nuit et l'avion arrive juste au-dessus du terrain à quelques centaines de mètres de hauteur. On l'aperçoit maintenant très distinctement, c'est un gros avion de transport. Le message convenu lui est passé par morse au moyen d'une pile électrique. Le pilote de l'avion répond. Cette fois, il n'est plus possible de douter, c'est bien l'avion si impatiemment attendu. Les feux rouges destinés à signaler l'emplacement exact du terrain s'allument. Les dispositions des lampes doivent également indiquer au pilote la direction du vent. Après avoir décrit quelques larges cercles au-dessus du terrain, le pilote dirige son avion droit sur les feux rouges et à environ 200 mètres de hauteur ouvre la trappe qui laisse échapper le précieux chargement. Dans le ciel, on a l'impression de voir pousser de gros champignons, ce sont les parachutes qui s'ouvrent les uns après les autres. I1 y en a de couleurs diverses. Chacun essaye de les compter afin de ne pas en oublier sur le terrain ce qui pourrait être catastrophique. Ils descendent lentement. Puis un bruit de ferraille, les containers viennent de toucher terre. A terre, c'est l'émerveillement. Les hommes sautent de joie sans même penser au danger qu'ils courent. Cet avion qui tourne au-dessus et si près de nous est un avion ami. Il nous apporte à la fois l'espérance et les moyens de lutter contre l'envahisseur. Sans perdre de temps, les parachutes sont décrochés, soigneusement roulés, et avec de gros bâtons, par équipe de quatre hommes, les containers qui pèsent de 150 à 250 kilogrammes sont transportés dans les bois avoisinants et soigneusement dissimulés dans les fourrés. Lorsque le jour pointa, tout était rentré dans l'ordre. Ce fut le premier parachutage des Ardennes [N.d.a. : il y en avait déjà eu deux auparavant, en mai et juin 1943, à destination du maquis du Banel]. Les containers consistaient en explosifs qui furent utilisés pour les sabotages et en armes légères, mitraillettes “Sten” et revolvers qui servirent à armer en partie les équipes de parachutages. Faute d'armes, la première opération s'est effectuée sans aucune sécurité. »

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17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 16:50
      La plaque commémorative apposée au 22, Grand'rue à Bouillon.

    Le 8 juillet, Édouard Degrelle, pharmacien à Bouillon, membre de Rex et frère du leader rexiste, était abattu par une unité de l'Armée blanche. Immédiatement après cet assassinat, les autorités allemandes arrêtaient 46 hommes de la région. Le lendemain, l'état-major rexiste, estimant ces mesures insuffisantes, envoyait à Bouillon un commando de trois hommes qui devait éliminer plusieurs personnalités locales. Parmi elles, seul Henri Charles, pharmacien, était présent. Le véhicule des miliciens s'arrêta devant l'officine, le chauffeur en descendit pour demander de l'aide, prétextant qu'un homme souffrant se trouvait à l'intérieur, et déchargea son revolver sur le pharmacien qui se précipitait pour porter secours au blessé.

    Le 10 juillet, Léon Degrelle rentrait en toute hâte d'Allemagne, demandait la saisie de nouveaux otages, insistant auprès de Himmler, Reichsführer-SS, pour que 100 otages soient exécutés. Himmler temporisa et, pour répondre à la soif de vengeance de Degrelle, trois hommes furent fusillés par la police allemande dans les bois près de Bouillon, le 21 juillet.

 

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