Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 13:46

    Nous apprenons par la presse locale (L’Ardennais du 16 décembre) que le corps d’André Bousy a été exhumé de sa modeste tombe et inhumé à nouveau au carré militaire du cimetière de Givet Saint-Hilaire.

 

Ceux qui ont lu Article 75 se souviennent peut-être de ce résistant givetois tombé sous les balles allemandes le 27 juillet 1944 après avoir exécuté de plusieurs balles de revolver le milicien Raymond Gachet, avec la complicité de Louis Villeval (dont on peut regretter que l’article cité ne fait aucunement mention), qui fut lui aussi tué ce jour-là. Tous deux appartenaient au groupement de Résistance commandé par Jean Vigneron, chef FFI du secteur de Givet  et responsable du mouvement  Libération-Nord dans les Ardennes.

 
 
« Le jeudi 27 juillet 1944, vers 12 h 30, Gachet fut abattu dans une rue de Givet. Ses deux agresseurs, Bouzy et Villeval, dans une opération dirigée par Amerand, furent rejoints sur la route de Charleville par les Allemands et immédiatement abattus. Ils avaient négligé les ordres qu'ils avaient reçu de fuir par la route de Doisches pour couper par Charlemont et gagner Foisches et la Belgique, où ils devaient être pris en charge par la Résistance belge.
 

Des funérailles en grande pompes furent organisées avec représentation des dirigeants de la LVF et du PPF, ainsi qu'une délégation allemande. La population de Givet avait été conviée, le maire prononça un discours lors de la cérémonie.

 

Gachet fit la première page de l'édition du Petit Ardennais des 29-30 juillet, avec un article signé du secrétaire départemental de la Milice Française: « Le premier milicien des Ardennes mort au champ d'honneur », car Gachet avait adhéré à la Milice dès son installation dans le département, au début du mois de juin […].

 
 

Le surlendemain, un nouvel article intitulé sobrement « Raymond Gachet » dressait le portrait du défunt. »

(Extrait de mon article : “Résistants et collaborateurs dans la pointe de Givet (1942-1944)”, Terres ardennaises n° 77, décembre 2001)

 
 
 

Une rue de Givet va désormais porter le nom d’André Bousy (Bousy avec un S et non, comme écrit jusqu’ici avec un Z). Il est dommage que le nom de Louis Villeval n'ait pas été associé celui d'André Bousy dans cette reconnaissance posthume.

 

Pour mémoire, je rappelle que l’épuration extrajudiciaire fit, sous l’Occupation, 6 victimes à Givet ; soit le tiers de celles que j’ai recensées pour le département.

Published by philippe lecler - dans Des hommes
commenter cet article
18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 08:25
Hommage à Achille Carreaux

Achille CARREAUX, né le 15 septembre 1889 à Hierges, est un ancien de 14-18, qui a été volontaire en 1940 pour servir dans une unité combattante. En juin de cette année là, lors de la défaite, il échappe à l ‘ennemi et rejoint Lille où il demeure et où il travaille, exerçant la fonction d’inspecteur technique des PTT. En 1941, il est nommé receveur du bureau de poste situé en gare de Lille. Là débute son activité résistante. En 1942, son supérieur hiérarchique, Edmond Debeaumarché, crée l’Etat Major-PTT en zone Nord. L’EM-PTT (aussi appelé « Résistance PTT » ou « Service transmissions ») prend en main les liaisons postales de la Confrérie Notre-Dame (CND), le réseau de renseignement créé par Rémy, et s’associe, avec un objectif plus militaire, avec l’OCM. Debeaumarché enrôle Achille Carreaux dans son organisation. Dans le même temps, celui-ci intègre les UCR (Unités de combat et de renseignement) de l’OCM et constitue des dépôts d’armes dans une champignonnière de la région.

En mars 1943, Gilles Colle, directeur régional des PTT dans le Nord-Pas-de-Calais, fonde, dans le cadre de l’EM-PTT, un réseau qui englobera, outre les deux départements cités, toute la région picarde (620 agents en 1944). Là encore Achille Carreaux donne de sa personne. En gare de Lille, les bureaux dont il est responsable occupent le rez-de-chaussée d’un immeuble dont le 1er étage abrite les services allemands de transports de troupes et de matériel. Achille Carreaux a observé que leurs lignes téléphoniques passent par la cave où elles sont raccordées au réseau souterrain. Une station d’écoute est dès lors installée sous l’escalier de la cave, et Achille carreaux, qui parle la langue de Goethe avec beaucoup de talent, y recueille en toute discrétion les renseignements qui partent aussitôt vers Londres...
Il est arrêté le 10 mai 1944. Conduit à la cave de l’Oberfeldkommandantur entre deux soldats, il croise un facteur à qui il glisse : « Vous ne me reverrez plus. Prévenez ma femme. » Á son domicile, la Gestapo découvre une cache d’armes.
Détenu à la prison de Loos, il est déporté le 14 août 1944. Á la forteresse de Bayreuth d’abord, jusqu'au 8 mars 1945 date à laquelle il est transféré, très affaibli par le froid, la faim, les sévices, au camp de Flossenburg. Il y est décédé à peine un mois plus tard, le 4 avril 1945.
Achille Carreaux est titulaire de la Croix de Guerre 14-18, de la Médaille Militaire , de la Médaille de la Résistance et chevalier de la Légion d'Honneur.

Renseignements et photos communiqués par la fille d’Achille Carreaux, Madame Rose-Marie Preud'homme.
Published by philippe lecler - dans Des hommes
commenter cet article
24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 07:20

La mort de Fontaine se situe dans la cadre de l’affaire dite « des parachutistes ». Celle-ci est connexe à deux autres affaires menées par la Gestapo (je devrais dire les Gestapos) française. L’article qui suit ne fait que retracer les grandes lignes d’affaires assez complexes et souligne les liens qui les unissent. Ces affaires menèrent directement aux arrestations dans les Ardennes, dans l’Aisne et à la mort d’Emile Fontaine.

 

- L’affaire de la « French Section », printemps - été 1943. La Gestapo démantèle le réseau SOE Prosper. Des centaines d’hommes sont arrêtés, des tonnes d’armes parachutées par les services britanniques et cachées par la Résistance sont récupérées.
Cette opération donne aux services secrets allemands l’idée d’aller plus loin : ne pas seulement réprimer les activités de résistance mais les prévenir, ne plus rechercher les caches d’armes, mais récupérer celles-ci « à la source », dès leur parachutage. C’est le début de la deuxième affaire.

- L’affaire des contre-parachutages, juin 1943 - juillet 1944. Par un audacieux Funkspiel mené grâce à l’aide d’un opérateur radio britannique retourné, les services allemands entrent directement en contact avec Londres. Se faisant passer pour un groupe de résistance bien organisé, la Gestapo organise un faux réseau avec de vrais résistants et réclame des armes… Dans l’Aisne, et notamment dans la région d’Hirson, les hommes de la Gestapo se présentent aux groupes locaux de résistance comme des résistants « venus de Paris », ils forment des équipes de réception des parachutages composées de (vrais) résistants qui vont dès lors travailler uniquement pour eux (et en toute bonne foi)… Le jeu va durer jusqu’en juillet 1944. Ce sont les Allemands qui y mettront eux-mêmes fin. Londres n’y verra que du feu, leur livrant des tonnes d’armes, des agents parachutés seront même réceptionnés sur les terrains et iront travailler sans le savoir pour la Gestapo...

- L’affaire dite « des parachutistes », mars - avril 1944. En décembre 1943, Adrien Fournaise est arrêté par la Gestapo (dans le cadre de l’affaire de la « French Section » ?). Chef de secteur de Signy-l’Abbaye et de deux cantons de l’Aisne, il dirige une filière de réception et d’évacuation d’aviateurs alliés. Son arrestation coupe la filière de ses contacts. Son successeur, Emile Fontaine, doit trouver de nouvelles voies pour évacuer les aviateurs. Un de ses lieutenants rencontre le chef des équipes de réception de parachutages d’Hirson et lui demande de soumettre leur problème à ses « chefs » venus de Paris. Ce qui est fait. Á Paris, le SD délègue sur cette affaire l’équipe de René Launay, de la Gestapo de l’avenue Foch. Début mars, René Launay rencontre Fontaine qui lui expose ses difficultés. Cinq rencontres auront ainsi lieu, les hommes de Launay embarquant les parachutistes de l’Aisne, mais aussi ceux des Ardennes, Fontaine mis en confiance ayant présenté à Launay Roger Mathieu, de Charleville, qui s’occupe de l’organisation de la filière pour ce département. Des aviateurs sont ainsi récupérés à Charleville, Sedan, Ecordal, Alland’huy, Amagne (sans parler de ceux cachés dans l’Aisne). Chaque fois le chauffeur de la camionnette qui les prend en charge est Henri Nicolas (une camionnette prêtée par le très controversé ferrailleur milliardaire Joinovici).

Fin mars, la Gestapo connaît tout l’organigramme de la filière, tous les contacts, tous les lieux d’hébergements et décide d’y mettre fin. On connaît la suite. Fontaine tué, Roger Mathieu arrêté (fusillé à Tournes le 29 août), d’autres appréhendés à Sedan, Attigny, Ecordal, Alland’huy (voir Ami, si tu tombes)…
Le bilan de la répression pour l’Aisne est de 27 parachutistes déportés, 22 résistants arrêtés (14 déportations, 10 morts).
Dans les Ardennes, il reste à établir, mais il est à peu près certains que toutes les arrestations du printemps 44 sont imputables à cette affaire ou à ses suites. Des recherches en cours devraient donner lieu à une publication complète sur le sujet.

Il n’est pas question d’accabler Emile Fontaine. Comme tous les autres (y compris les services secrets britanniques), il a été berné, manipulé, et personne n’a rien vu, personne n’a, à un moment ou à un autre, tiré la sonnette d’alarme. Comme tous les autres, il a agi en toute bonne foi et fait ce qui lui semblait le mieux pour pérenniser l’activité de sa filière. Il n'a fait que son devoir.

 
Published by philippe lecler - dans Des hommes
commenter cet article
28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 08:34
Né le 31 octobre 1921 à Rimogne, Armand Polèse habitait Linay lorsque, en 1942, requis pour le STO, il entra en résistance, rejoignant le maquis franco-belge du Banel, dirigé par Adelin Husson. Agent de liaison dans un premier temps, puis chef de groupe, il occupait au maquis une « cagna » au lieu-dit « le Paquis de Frappant », dans la clairière de Buchy, avec trois autres réfractaires, André Poncelet et Fernand Blaise (de nationalité belge), Casimir Rzepcky (français d’origine polonaise), et une jeune fille belge, Marguerite Van Bever.
 
On sait que, le 18 juin 1944, le maquis fut encerclé par une forte troupe d’Allemands après que la Résistance sedanaise eut été infiltrée par l’agent de l’Abwehr Roemen, alias, en cette occasion, « Charles Antoine » (voir « La collaboration en Ardenne : le cas de Charles-Antoine Roemen alias “Rudeault” », Terres ardennaises n° 85, décembre 2003).
 
Les cinq maquisards, après avoir fuis leur cagna, furent arrêtés dans le bois du petit Banel sans pouvoir opposer de résistance à leurs poursuivants. Les quatre jeunes hommes furent emmenés au fortin du Paquis de Frappant, les mains liés derrière le dos avec du fil de fer. Ils furent battus à mort, puis, étendus le visage contre terre, achevés d’une balle de revolver dans la nuque. Leurs corps furent sommairement ensevelis près du château. Marguerite Van Bever, seule rescapée de leur groupe, fut interrogée par la Sipo d’Arlon avant d’être déportée au camp de Deckenschule. Deux fois évadée, elle rentra d’Allemagne en 1945 et témoigna contre ses bourreaux lors de leur procès devant le Conseil de guerre de Liège.
 
Les obsèques d’Armand Polèse eurent lieu à Rimogne le 26 septembre 1944.
 
Vous pourrez trouver des documents photographiques et des éléments de biographie sur le site de Loïc Delafaite, que je remercie ici :
 
 http://genealogie-delafaite.chez-alice.fr//polese.htm
Sources : A. DUBRU, Pages d’histoire de la Résistance dans la région de Florenville (1940-1944), non publié.
Published by philippe lecler - dans Des hommes
commenter cet article