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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 07:32
        Le transport du 24 janvier 1943 fut composé au départ de Compiègne d’hommes et de femmes, voyageant dans des wagons différents, et aux destinations différentes. Au moins 1466 hommes furent dirigés, après le passage de la frontière allemande vers le camp de concentration de Sachsenhausen, où ils entrèrent le 25 janvier ; 230 femmes furent emmenées au camp de concentration d’Auschwitz, où elles arrivèrent dans la soirée du 26 janvier, ne descendant des wagons que le lendemain matin pour entrer dans le camp de Birkenau en chantant La Marseillaise. Les femmes arrêtées par mesure de répression de ce transport sont les seules à avoir été dirigées vers le complexe d’Auschwitz. Les autres, venant de France, furent des Juives déportées dans le cadre de la « Solution finale ». Selon les données du Livre-Mémorial de la FMD, 85 % des femmes de ce convoi avaient été arrêtées pour des faits de résistance. Par ailleurs, plus de la moitié d’entre elles étaient communistes. Leur sort est marqué par une mortalité effrayante : seules 49 d’entre elles rentreront en France en 1945.

 Quatre femmes arrêtées dans les Ardennes pour leur activité de résistance furent déportées par ce transport.

         Trois d’entre elles avaient été arrêtées à la fin du mois d’octobre 1942 par la Gestapo de Charleville à la suite du démantèlement par ce service d’une filière d’évasion de prisonniers de guerre français qui avait son centre à Charleville. L’organisation qui avait été fondée par Paul Royaux, chef de l’OCM des Ardennes, avait gagné de nombreuses complicités au Secours National, dont les membres prenaient en charge les prisonniers évadés (soins médicaux, hébergement, habillement, ravitaillement). Après que de faux papiers leur aient été remis, ceux-ci étaient évacués vers leurs régions d’origine. L’infiltration d’un traître dans le réseau avait permis aux Allemands de mener un coup de filet en son sein (12 arrestations). Paul Royaux, recherché, dut alors quitter le département et entrer en clandestinité.
 

 

 

 

            








Marcelle FUGLESANG

        En juillet 1914, M. Jean Fuglesang, Norvégien installé à Paris où il possède une affaire d’importation, emmène sa femme et ses quatre enfants (dont l’aînée, Marcelle, a onze ans) passer les vacances dans son pays comme tous les ans. La guerre les empêche de revenir en France. M. Fuglesang se fait une nouvelle situation à Oslo et décide d’y rester. Mais Marcelle veut finir ses études à Paris. Elle tient sans doute plus de sa mère, qui est française et de qui elle prendra la nationalité quelques années plus tard - non sans peine, car elle est née à Oslo, le 21 février 1903.

En 1920, Marcelle Fuglesang est de retour à Paris. Elle y fait des études d’infirmière, d’assistante sociale, de puéricultrice. Elle aime la France, elle en adopte les manières, les idées, la religion : elle se convertit au catholicisme et devient une chrétienne fervente.

En 1939, elle s’engage dans l’armée comme infirmière. Quand part l’expédition de Narvik, elle fait valoir que sa connaissance du norvégien sera utile, et rejoint une antenne chirurgicale qui arrive à Narvik au moment où le corps expéditionnaire plie bagages. Au prix de mille difficultés, Marcelle Fuglesang traverse la Suède, rentre en France, et demande un nouveau poste. Le Secours national cherche une assistante sociale en chef pour Charleville. Personne ne veut y aller. Les communications (c’est au début de juin 1940) sont hasardeuses, la zone dangereuse (et même interdite…). Marcelle Fuglesang met son sac sur son dos et gagne les Ardennes.

Il y a à faire à Charleville : toutes les tâches de l’assistance sociale dans une époque où la misère atteint les familles dont le chef est prisonnier. Soulager, soigner, ne suffit pas à Marcelle Fuglesang. Elle voudrait faire plus et elle déteste les Allemands. Son amour de la France fait d’elle une patriote exaltée jusqu’à l’imprudence. Quand elle croise des Allemands dans les rues, elle les nargue. L’occasion d’agir davantage se présente quand Paul Royaux crée un réseau d’évasion pour les prisonniers. Charleville devient le maillon d’une chaîne qui part des Stalags et des Oflags, une étape sur la route de Besançon et de la Suisse. Anglais et Français évadés arrivent à Charleville, sont pris en charge par le Secours National que dirige Marcelle Fuglesang, hébergés au centre d’accueil où on leur fournit papiers d’identité, vêtements, nourriture, billet de chemin de fer pour Besançon, mot de passe pour la personne qui, de là, leur fera franchir la frontière suisse.

Les Allemands ne tardent pas à soupçonner l’existence de cette filière. Ils glissent, parmi les évadés, l’un des leurs. Celui-ci, se faisant passer pour Anglais, se présente à Charleville. Marcelle Fuglesang, qui sait l’anglais, se charge de l’interroger. Sans doute joue-t-il bien son rôle, puisqu’on le pourvoit du nécessaire comme les autres, et qu’il continue sa route.

Peu après, le 28 octobre 1942, Marcelle Fuglesang est convoquée à la Kommandantur. Elle s’y rend sans hésiter, et s’y présente avec l’insolence qu’elle affiche dès qu’elle est en face des Allemands. Le faux Anglais est là. Marcelle Fuglesang prend tout sur elle. Elle ne peut cependant sauver Léa Lambert, la cuisinière du centre d’accueil, ni Anna Jacquat.

Elle est emprisonnée à Charleville jusqu’au 10 novembre 1942, à Saint-Quentin jusqu’au 19 décembre 1942, à Romainville jusqu’au départ.

Auschwitz N° 31826.

        En arrivant à Birkenau, elle dit à Marie-Claude : « S’ils veulent nous faire travailler, nous refuserons. Ils ne peuvent pas nous forcer à travailler puisque nous sommes protégées par la Convention de Genève ». Chère Fuglesang...

Elle est morte au début de mars 1943. Elle était dans le Revier où Marie-Jeanne Bauer était infirmière. Elle a appelé Marie-Jeanne. Epuisée par la dysenterie, elle était lucide, sans fièvre. Elle a dit : « C’est fini. Je ne crois plus. Il n’y a rien ». Et Marie-Jeanne, la communiste, l’incroyante, lui a répondu : « Si Marcelle. Si, maintenant, il faut croire. »

Ses parents qui étaient en Norvège, ont appris sa mort au retour des rescapées, par une cousine de Paris qui faisait des recherches.

Source : Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 118-120.

 

 

           
JACQuat
Anna, née KARPEN

        Née le 24 mai 1894 à Gilsdorfberg, commun de Bettendorf (grand-duché de Luxembourg), dernière venue d’une famille de sept enfants. Le père est ouvrier dans une briquetterie du pays. En 1914, la guerre disperse la famille. Anna vient à Paris et travaille dans un restaurant d’Argenteuil. À une réunion des Ardennais de Paris, elle rencontre Jacquat, qui vient d’être démobilisé. Ils se marient en 1919 et retournent dans l’est.
En 1942, Anna Jacquat fait partie de la filière d’évasion organisée par Paul Royaux et pourvoit surtout au ravitaillement des prisonniers évadés, ce que son commerce lui permet de faire sans être repérée, son mari et elle tenant un café-restaurant situé près de la gare, à Charleville.

Le 28 octobre 1942, la Gestapo convoque M. Jacquat et l’arrête. Le même jour, et plusieurs jours ensuite, elle perquisitionne chez les Jacquat mais ne trouve rien.
Le 30 octobre 1942, Anna est arrêtée. Sans doute parce que les interrogatoires permettent d’établir que seule la femme fait partie de l’organisation, le mari est relâché le 3 novembre 1942. II regagne la maison où l’attendent ses enfants : une fille de quatorze ans, un garçon de seize ans.
Anna Jacquat est emprisonnée à Charleville jusqu’au 10 novembre 1942, à la prison de Saint-Quentin jusqu’au 19 décembre 1942, à Romainville jusqu’au départ.

 
Auschwitz N° 31827

  En mars 1943, M. Jacquat est convoqué à la Gestapo, où on lui apprend que sa femme est morte à Auschwitz de maux d’estomac. Il est si bouleversé qu’il ne comprend pas le mot « Auschwitz » tel qu’il est prononcé par l’Allemand - il entend quelque chose comme « Autriche » - et quand il arrive chez lui il ne sait même pas la date exacte du décès que l’Allemand a pourtant dû lui dire. Le même jour arrive chez lui M. Lambert, le mari de Léa Lambert, qui était dans la même chaîne qu’Anna Jacquat. Lui aussi a été convoqué à la Gestapo, lui aussi a été avisé que sa femme était morte à ...(il n’a pas bien compris) de maux d’estomac. Sans le dire, chacun se prend à espérer qu’il y a erreur de personne.

Ce n’est qu’à la fin de la guerre que les enfants ont compris. Ils ont reçu pour leur mère la médaille de la reconnaissance française et un certificat de remerciement du général de Gaulle, l’homologation dans la R.I.F, une carte d’internée résistante alors que Mme Jacquat a été déportée, mais jusqu’à ce que nous prenions contact avec eux pour faire ce livre, ils n’avaient rien pour prouver que leur mère avait été déportée, puisque sa mort leur avait été annoncée verbalement.

   Source : Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 150-151

 

 


LAMBERT Marguerite, Léa, née DURBECQ

 

        Née le 9 avril 1892 à Rocroi, elle a été élevée à Hiraumont, et est allée à l’école jusqu’au certificat d’études. En 1942, elle est à la fois cuisinière et économe du centre d’accueil du Secours National des Ardennes, à Charleville, dont Marcelle Fuglesang est l’assistante sociale en chef. Quand les prisonniers qui se sont évadés d’Allemagne font étape à Charleville, ils sont hébergés et nourris au centre d’accueil. Léa Lambert a été arrêtée en même temps que Marcelle Fuglesang, le 28 octobre 1942. Comme celle-ci, elle a été à la prison de Saint-Quentin du 10 novembre au 19 décembre, à Romainville du 19 décembre 1942 jusqu’au départ.

Auschwitz N° 31821

Elle est morte tout au début. Dans le courant de mars 1943, M. Lambert a été convoqué à la Gestapo de Charleville : on lui a dit que sa femme était morte à... (un mot en « iche ») de maux d’estomac, le 1er mars 1943. Sachant que sa femme était avec Mme Jacquat, il courut chez les Jacquat. M. Jacquat revenait justement de la Kommandantur où on lui avait dit que sa femme était morte aussi, à... (aussi un mot en « iche ») et aussi de maux d’estomac. Émile Lambert, homme impulsif bâti en colosse, marchand de bestiaux à la voix forte, a laissé éclater sa colère, s’est répandu en injures contre les Allemands. Il fut arrêté le 31 mars 1944, dans le cadre de laffaire des « parachutistes alliés », puis déporté à Dachau.

 Source : Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 164-165.



Léona RAVAUX, épouse Bouillard,
née le 5 avril 1885 à Éteignères, domiciliée à Auvillers-les-Forges, elle fut arrêtée le 19 mai 1942 pour « activité communiste ». Elle est décédée à Auschwitz le 15 février 1943.

 

                       

Le site de l’association Mémoire Vive est consacré aux convois des « 31 000 » et des « 45 000 », les deux seuls convois de déportés politiques partis de France à destination du camp de concentration d’Auschwitz. L’association recherche tous renseignements sur les déportés de ces deux convois. Le cas échéant, contactez-les (via le site)…

 

Je tiens à remercier Mémoire Vive, et particulièrement M. Pierre Labate pour son aide documentaire et
et pour son autorisation à la publication des photographies d’Auschwitz

© Musée dÉtat d’Auschwitz-Birkenau, collection association Mémoire Vive.

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 11:39
    À la suite de la publication de l'article sur Eugène Andrieux, M. Hamel nous a adressé ce courrier rappelant des faits similaires à ceux qui conduisirent à l'arrestation de cet habitant de Machault, avec des conséquences moins tragiques (voir Ami, si tu tombes).

    Un fait presque identique s'est produit le lendemain 13 mai 40 à la ferme de la Faisanderie à Tagnon. Mathurin Loric n'a pas tué un parachutiste abattu, mais un agent de la « cinquième colonne » largué et tombé dans son jardin.

Ce 13 mai à 7h 30, Mathurin Loric qui vient de terminer le pansage de ses chevaux, sort de l'écurie pour aller prendre son petit déjeuner. Il est étonné de constater que le ciel, qui était bien bleu, est maintenant bizarrement couvert. Là-haut, au-dessus, les escadrilles de bombardiers allemands, comme depuis trois jours, vrombissent de plus belle. Le ciel ardennais est devenu un chaudron sonore. Tout en buvant son café, Mathurin écoute un bourdonnement incongru, plus grêle, un plus petit appareil tourne à l'aplomb de chez lui et il insiste. Il décroche son 12 chargé et sort. Crevant la voûte grise, un parachutiste tombe dans son potager, avant qu'il n'ait eu le temps de se récupérer, Mathurin est sur lui, l'homme a un geste vers sa ceinture, le fermier plus prompt a pressé la détente le touchant en pleine poitrine. Ce n'était pas un aviateur en difficulté que Mathurin venait de tuer, mais un agent de la « cinquième colonne ». Déjà, la préparation du largage par la diffusion de nuages artificiels, le fait qu'il soit en civil sous sa combinaison, qu'une moto de marque française plausiblement immatriculée le suive accrochée à un second parachute, tous ces éléments le prouvent.
Après son retour d'exode, Mathurin Loric, dénoncé par un forestier voisin, se défendit mordicus, mettant sur le compte de la jalousie cette dénonciation. Bien sûr, il eut maille à partir avec la police allemande dès septembre 1940, mais il bénéficia de circonstances favorables. En effet, le cadavre rigide de la veille fut récupéré sans discernement avec ceux du Heinkel 111 abattu le lendemain 14 mai à 10 heures du matin par l'armée et la prévôté française. Les deux parachutes et la moto ayant été enterrés sous un stock de bois dans une ancienne tranchée de 14-18, la police allemande n'ayant pu réunir toutes les pièces du puzzle, abandonna les poursuites contre Mathurin qui s'est heureusement tiré de cette affaire. Cette moto remise aux Domaines fut rachetée par mon père après la guerre. Ayant roulé dessus, je vous assure qu'elle avait du nerf.

Dans La bataille de Rethel (éditions Terres Ardennaises), citant un extrait du rapport d'étapes, Robert Marcy écrit :
- « 13 mai 40 à 7h 30, un parachutiste est aperçu descendant entre Acy-Romance et Tagnon. »
- « 14 mai 40 à 10 heures, combat aérien au-dessus de Rethel.»

Tout ceci corrobore bien mon récit.
J'ai assisté de visu à ce combat aérien, avec trois chasseurs anglais blancs et noirs, j'ai vu les cinq paras s'éjecter de l'avion, moteur droit en flamme. J'ai vu également le dernier appareil anglais faire demi-tour et mitrailler aux bout de leurs suspentes les cinq parachutistes qui sont allés se poser là-bas vers la Faisanderie, au-delà de Moinmont.
Mathurin Loric est devenu l'adjoint de mon père Charles Hamel au groupe « Lorraine » d'Avançon, il l'a remplacé après son arrestation pour espionnage le 25 avril 44, et c'est chez lui que je me suis réfugié après mon arrestation du 29 juin 44 et mon évasion de la prison de Rethel le 2 juillet 44.

Mathurin n'en avait pas fini de sitôt avec les Allemands puisque quinze jours après la libération, il eut encore affaire à eux, des traînards qui cherchaient à regagner leur lignes en forçant les fermes isolées à les ravitailler. Là encore, ils sont tombés sur un bec ! Deux à l'hôpital de Rethel et le troisième fait prisonnier rejoignant ses congénères au sous-sol du « Sanglier des Ardennes » (à Rethel) redevenu ardennais.

Je lui dois bien ce devoir de mémoire !

Marc HAMEL, le 6 juin 2007
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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 07:41
    Après la publication de la première page du Mémorial de Berthaucourt, en octobre 2005, un fidèle lecteur avait envoyé ce commentaire concernant la notice consacrée à Eugène Andrieux : « Juste une petite question. Comment explique-t-on le fait que les Allemands aient pu savoir en 41 qu'ils avaient abattu un aviateur en mai 40 ? Et cela durant des combats qui ont fait plusieurs milliers de victimes ! » La réponse n'avait pas été des plus concluantes...
 De nouveaux éléments m'ont été communiqués par M. Lionel Fontaine, président du Club Mémoires 52, sous la forme d'un article publié dans la revue de cette association par J. M. Chirol (« Lettre aux membres du club Mémoires 52 », n° 32 de février-mars 1997).

    Le dimanche 12 juin 1940, jour de la Pentecôte, vers 14 heures, un bombardier bimoteur allemand Dornier Do-17 est abattu par la DCA anglaise. Ce poste de DCA est installé sur un terrain d'aviation aménagé en 1939 entre Hauviné et Bétheniville, à droite de la RN 980 Sedan-Reims. L'appareil s'abat sur le ventre, à 200 mètres à droite du CD Machault-Semide, sur le territoire de Machault. Parmi les cinq occupants du Do-17, trois sont morts, un quatrième est blessé à une cuisse, le cinquième est indemne.
    Peu avant la chute de l'avion, M. Eugène Andrieux, 42 ans, accompagné de deux personnes, part à la chasse (?) au volant de sa camionnette Ford à plateau. Soudain un bruit et un souffle épouvantables à quelques dizaines de mètres au dessus du véhicule... C'est le Dornier Do-17 qui passe et s'abat 300 m plus loin. M. Andrieux arrête son véhicule à une centaine de mètres du point de chute, prend son fusil chargé, aperçoit deux aviateurs près de l'avion, s'avance en leur direction, les somme de se rendre (E. Andrieux parle couramment l'allemand), constate que l'un des survivants porte la main à son étui à revolver. Il tire et tue l'Allemand. Pendant ce temps, le second aviateur, quoi que blessé, tente de fuir au moment où arrivent des soldats anglais du poste de DCA et des gendarmes français qui capturent le fugitif.


    Le 14 mai, la population de Machault prend la route de l'exode pour le département des Deux-Sèvres. C'est un spectacle de désolation que découvre à son retour, le 14 août, M. Andrieux. Sa maison est incendiée et, avec elle, son commerce de boissons et charbon. L'occupation allemande, dans toute sa rigueur, est commencée. Les Andrieux possèdent une fermette à proximité. Elle est sommairement remise en état pour loger la famille et pour permettre la reprise d'une activité.

    Le 23 avril 1941, en début d'après-midi, alors qu' Eugène Andrieux travaille dans son champ, deux officiers et deux soldats allemands, assistés du maire de la commune, se présentent à son domicile et demandent à voir le chef de famille. N'imaginant pas le moins du monde la suite, Madame Andrieux indique l'endroit où doit se trouver son mari.
Arrêté par les autorités allemandes pour la mort de l'aviateur allemand, Eugène Andrieux est conduit à la prison de la Santé à Paris. L'Allemand blessé, qui avait été capturé par les Anglais, comparait comme témoin à charge lors du procès devant un tribunal de guerre. Tout civil portant les armes contre un soldat des troupes régulières est considéré comme franc-tireur : Eugène Andrieux est condamné à mort. Transféré de la prison de la Santé à celle de Fresnes la veille de son exécution, Eugène Andrieux est fusillé le mercredi 4 juin 1941, à 6 heures, au fort d'Ivry-sur-Seine, assisté du curé de Fresnes, l'Abbé P. Censier. Il est inhumé au cimetière d'Ivry.

Le Dornier Do-17 abattu à Machault le 12 mai 1940 (archives familiales. Le soldat des services sanitaires de  l'armée française est le père d'un des membres de l'association "Club mémoires 52")
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1 janvier 2007 1 01 /01 /janvier /2007 00:01

Ceux qui ont lu Article 75 (si, si, il y en a…) se souviennent peut-être d’Henri Saam, cet interprète du Bureau de placement allemand de Charleville qui dirigeait le Groupe d’action de ce service (voir p.178-179).

  Né le 6 janvier 1921 dans le département du Bas-Rhin, boulanger de profession, installé à Charleville, Henri Saam devint sous l’Occupation interprète au Bureau de placement allemand à Charleville (le BPA était chargé de recruter des volontaires au travail en Allemagne, mais aussi d’accueillir les requis au STO). Il fut à ce titre un des responsables du Groupe d’action de cette officine de la Gestapo dans les Ardennes (les GA, appelés dans d’autres départements « Groupe d’action pour la justice sociale » étaient composés d’auxiliaires français de la Gestapo, principalement de militants du PPF).

 Selon un rapport de la Surveillance du Territoire daté du 29 mars 1945, « c’est lui qui assurait la liaison de cette brigade avec les différents services de la police allemande (Gestapo, Feldgendarmerie, Feldkommandantur). Quoique s’occupant particulièrement des réfractaires, il centralisait tous les renseignements rapportés par ses informateurs [les hommes du GA] au sujet de la Résistance et les transmettait à la Gestapo pour leur exploitation. »
Henri Saam reconnut que le Groupe d’action participa à des expéditions contre les maquis aux côtés des troupes régulières.
En fuite à la fin du mois d’août 1944, Henri Saam s’engagea dans l’armée Leclerc à Strasbourg à la libération de cette ville. Après deux mois et demi de campagne, il fut arrêté en février 1945. A son procès, il put produire un nombre important d’attestations certifiant qu’il avait soustrait des jeunes gens au STO et qu’il avait même fourni des renseignements à des agents du 2e bureau. Il fut condamné à 20 ans de travaux forcés le 5 juin 1945 par la Cour de justice des Ardennes, mais fut libéré l’année suivante.

  À mon grand étonnement J’ai retrouvé son nom il y a peu, dans le livre d’Henri Frenay, Volontaires de la nuit, publié chez R. Laffont en 1975.

Henri Frenay, fondateur du mouvement « Combat », y relate, entre autres, l’action d’un de ses lieutenants, Pierre de Froment, chargé du service de renseignements du mouvement, qui tissa sa toile dans le nord de la France et fut arrêté en février 1943 puis déporté en Allemagne.

   

 

« Sur l’indication du SR de Vichy, Pierre s’est rendu pendant l’hiver [1941] à Charleville pour y rencontrer un jeune Alsacien du nom de Henri Saam. C’est un garçon de 20 ans, marié, bientôt père d’un petit bébé. Il parle allemand comme le français et a été embauché à la Feldkommandantur de la ville. Sans la moindre hésitation, il accepte de communiquer à Froment les documents de quelque importance qui passent entre ses mains. Ceux-ci présenteront fréquemment un grand intérêt. Durant l’été 1942, il demandera à son patron de passer en Afrique du Nord pour reprendre du service avec son grade de caporal-chef dans une unité combattante. Il était trop précieux pour que celui-ci accepte. Il continuera donc à remplir son rôle d’ informateur. Peu après la Libération, il sera arrêté, jugé et condamné à vingt ans de travaux forcés car aux yeux de tous, étant employé à la Feldkommandantur, il était agent de l’ennemi. Froment, rentrant de déportation, le fera libérer non sans difficultés en raison des passions locales, souvent partisanes. »
(op. cit. p. 91)
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