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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 18:56

La libération du département connut son lot de drames et, comme lors de l’invasion en 1940, la débâcle allemande n’alla pas sans brutalité. L’histoire du jeune Marcel Cosma, tué par les Allemands à Givet le 5 septembre 1944, est semblable à celle de centaines de Français qui négligèrent toute prudence dans l’enthousiasme d’une libération imminente.   

   

portrait allegeMarcel Paul Cosma est né le 25 octobre 1929 à Fumay. Il habitait avec ses parents et sa jeune sœur à Givet, route de Philippeville, à la frontière, en ce lieu appelé Petit-Doische où était situé le poste des douanes belge. Son père, prénommé Marcel lui aussi, était ouvrier sur la voie aux chemins de fer ; sa mère, Marie, entretenait la basse-cour et le potager qui fournissaient le nécessaire et le superflu en ces temps difficiles. Au cours de la période qui nous occupe, la mémoire familiale conserve le vague souvenir d’actes de résistance qui n’ont laissé aucune trace dans les archives : outre le passage de fugitifs un temps hébergés dans la cave après le retour d’exode en Vendée, l’épisode le plus marquant (et le récit le plus circonstancié qu’on puisse en faire) est celui d’un stock d’armes apporté par la Résistance belge à destination des FFI et qui avait été dissimulé sous une botte de foin.

Peu de temps après cette livraison, le gendarme Noël, de la brigade de Givet (des papiers font apparaître ce nom, ce qui authentifie, au moins en partie, le témoignage), vint un soir prévenir le père Cosma de déménager de toute urgence ce matériel compromettant. Quelqu’un l’avait dénoncé aux Allemands qui ne tarderaient pas à se manifester. Les armes furent enterrées précipitamment dans le jardin, enterrées sous des plants de pommes de terre à la nuit tombée. Et effectivement, le travail à peine terminé, deux Traction-Avant vinrent se garer devant la maison. Les Allemands perquisitionnèrent en vain le domicile des époux Cosma et emmenèrent la famille dans les locaux de la Feldgendarmerie, où les parents furent interrogés toute la nuit. 

Dans le courant de l’année 1944, Marcel, dans sa fougue adolescente et patriote, déroba à un sous-officier allemand de passage une paire de jumelles (la cuisine de la maison Cosma servait parfois d’auberge aux patrouilles allemandes qui s’y arrêtaient pour boire un verre de vin sans doute vendu à prix d’or). Fier de cette prise de guerre, il dût néanmoins en différer son exhibition, sa mère goûtant sans doute fort peu ce genre de bravade qui pouvait avoir des conséquences somme toute assez graves pour son auteur et pour ses proches.

Á Givet, l’été de la libération fut assez  riche en épisodes, comme le savent mes lecteurs (voir ici). Il est plus que probable que l’atmosphère qui régnait alors enthousiasma le jeune Marcel qui ne voulut rien manquer du spectacle offert par l’humiliation de l’ennemi quittant la ville et celui, encore plus exaltant, de l’entrée des chars américains que l’on attendait d’un jour à l’autre.

 

Le maire de Givet sous l’Occupation, Roger Declef, a laissé un récit assez précis des derniers jours de la présence allemande dans sa ville. Ce document n’est pas conservé aux Archives départementales des Ardennes, mais, curieusement, aux Archives nationales, où je l’ai découvert.

C’est le 30 août que débute la débandade des troupes ennemies à Givet. La soldatesque fuyant les armées alliées traverse la ville en direction de la Belgique et de l’Allemagne non sans piller maisons et commerces, alors que les femmes de mauvaise vie font la noce avec les Boches. Tous les véhicules roulants sont « réquisitionnés », et particulièrement les bicyclettes. L’autorité locale, composée de Fedgendarmes  et de douaniers allemands, est partie.

Le 1er septembre au matin des obus tombent sur la ville, dans le quartier de Bon-Secours, alors que l’Armée blanche belge intervient. On tire partout. Le jeune André Roguin est tué, de nombreux blessés sont amenés dans les postes de secours installés à la hâte. Le maire, pharmacien, et quelques bonnes âmes remplacent les médecins disparus… Le soir de ce jour, le quartier de la Soie fait l’objet d’un intense bombardement. Á Foische, un civil, Alexandre Saxe, est tué par les Allemands qui se replient sur le Petit-Givet, occupant la Poste dont ils font leur QG, minant le pont qu’ils font sauter… Deux Allemands sont tués, l’officier en charge des troupes menace de prendre des otages parmi la population. Le 4 septembre, vers midi, une estafette des FFI vient prévenir de l’arrivée de chars américains à Foische, le suivent des éclaireurs des troupes US.

Le jeune Marcel est-il descendu en ville durant ces journées (descendu car trois kilomètres séparent le Petit Doische du centre de Givet) ? On ne le sait et on en doute. Tout ce qu’on peut avancer est qu’il y était le 5 septembre, jour où il y fut tué.

 

L’histoire familiale donne de sa mort plusieurs versions, dont l’une est qu’il fut la cible d’un tireur allemand posté sur la Tour Grégoire, qui domine la Meuse depuis les flancs du Mont d’Haurs. Improbable, m’a écrit un témoin : la tour avait essuyé des coups de canon tirés par un Panzer allemand depuis la Place Verte après que des tireurs appartenant aux FFI l’avaient occupée. Le même précise à propos de Marcel : « Je l’ai un peu connu au collège Vauban, un peu le portrait de Montand jeune, sympathique et peut-être un peu bravache, disait-on. » Un peu bravache Marcel ? Malgré l’interdiction que lui en a faite sa mère, il est descendu en ville alors que les combats continuaient. Il est même parti avec son butin, son trésor de guerre, sa paire de jumelles qui à ses yeux, et sans doute à celui du camarade qui l’accompagnait, l’intronisait soldat de la Libération.

Ce 5 septembre, continue le maire de Givet dans son rapport, « vers trois heures de l’après-midi, le jeune Cosma qui regardait à la jumelle et à découvert la rive droite de la Meuse est tué face à la maison Richard, rue du Puits. Avec Dupetit et Plançon nous allons le ramasser et le conduisons à l’hospice. Famille prévenue, succession remise. »

Le 7 septembre, Givet était libéré dans la liesse. En avril 1945, la famille obtint des services du « Secrétariat général des anciens combattants et des victimes de guerre » l’apposition de la mention « Mort pour la France » à l’acte de décès de Marcel. En 1948, un certificat d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur lui fut délivré, malgré qu’il n’ait jamais appartenu à aucun groupement de la Résistance. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Givet, deux fois curieusement, comme victime civile et comme résistant. Il n’est pas inscrit sur le Mémorial de Berthaucourt.  

 

ffiex

Extrait du certificat d'appartenance aux FFI, du 12 février 1948.

 


 

givet nomsMonument aux morts, place Méhul à Givet : son nom est inscrit deux fois.

 

Sources :

Archives familiales M. Cosma

Courrier de M. Fenaux à l'auteur, septembre  2004

"La vie à Givet durant les 8 jours qui ont précédé la libération", R. Declef, le 8 septembre 1944, Arch. Nat. Paris, 72 AJ99

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:22

MANON Louis, Gaston, né le 2 mai 1891 à Haybes dans une famille modeste d’ouvriers ardoisiers est le dernier de neuf enfants. À onze ans, Louis Manon descend dans les fosses de l’ardoisière pour un salaire de misère. En 1914, il achève ses trois ans de service militaire au 148e R.I. de Givet quand la guerre éclate. Après avoir combattu sur le front d'Orient à Salonique, il est, après la victoire, démobilisé. Rentré à Haybes, il épouse une veuve de guerre et grâce à un modeste héritage, il acquiert l’Hôtel moderne. Ouvrier ardoisier le jour, il aide le soir son épouse dans la gestion de l’établissement. En 1936 les Manon quittent Haybes pour Fumay où ils reprennent l’Hôtel du Château, qui fait restaurant, et où Louis, musicien, anime des soirées dansantes les jours de fête et les dimanches. En 1939, à la déclaration de guerre, l’armée l’appelle de nouveau. Il met les siens à l’abri à Gardanne, dans le midi, où il les rejoint en 1940 après avoir été démobilisé. La famille Manon y reste jusqu’en 1943, Louis obtenant un emploi au fond de la mine de charbon. De retolouis manonur à Fumay, c’est un hôtel pillé de fond en comble que les Manon retrouvent, mais après quelques semaines de travaux, l’établissement rouvre ses portes.

Contacté par le chef local de la Résistance Gabriel Sacrez, Louis Manon héberge clandestinement  des prisonniers évadés, des aviateurs alliés, des résistants recherchés par la police allemande…

Au début du m ois de mars 1944, un contact lui amène huit jeunes gens, des réfractaires désireux de former un maquis. L’un d’eux, « Max », est un traître. Quelques jours plus tard, le 13 mars, Max se rend à la poste du bourg. Il téléphone à la police allemande et la Feldgendarmerie intervient à l’Hôtel du Château. Trois jeunes gens parviennent à s’enfuir, pour les autres c’est la prison de Charleville (deux d’entre eux, Alexandre et Auguste Salmeron seront jugés et fusillés sur le plateau de Berthaucourt).

Gabriel Sacrez incite Louis Manon à prendre la fuite, mais celui-ci refuse d’inquiéter sa famille. Quelques jours plus tard, les Allemands viennent le chercher. Incarcéré à la prison de Charleville, il est abattu au Bois de la Rosière, à Tournes, le 29 août 1944.


Sources : Témoignage de Mme Ginette Thunus-Manon, dans L’Ardennais du 27 juillet 1994 ; Dossier de la cour de justice des Ardennes, procès Max Brochet, ADA

 

 

Le nom de Louis Manon est inscrit sur le monument de la Résistance  de Berthaucourt.

Les pages qui sont consacrées à ce Mémorial sont régulièrement mises à jour et de nombreuses notices biographiques ont été complétées ou modifiées récemment. Vous pouvez contribuer à la construction du Mémorial en signalant les erreurs, les omissions, ou en apportant les précisions nécessaires. Que ceux qui se sont déjà manifestés en soient remerciés.

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:39

André ANCELIN est un ardennais, né le 18 décembre 1903 à Saint-Germainmont, mais domicilié à Pantin (alors département de la Seine, aujourd'hui de la Seine-Saint-Denis). Agent du Métropolitain, militant communiste à la RATP, sergent des FFI, il fut arrêté avec plusieurs de ses camarades dans la rue Traversière à Paris, le 22 août 1944, par la police allemande alors qu’il partait avec des camarades libérer les locaux du journal Le Parisien. Il fut fusillé le jour même au fort de Vincennes.
Son corps
repose au carré militaire de Pantin.
Son nom est inscrit sur
le Mémorial de Berthaucourt à Charleville-Mézières. 
Une plaque commémorative rappelle son nom et son action, à Vincennes, 
station de métro « Château de Vincennes ».

plaque Vincennes reduite

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 15:49

                                                     Il y a quelque temps, la Revue Historique Ardennaise a publié le témoignage d’Étienne Brice dans lequel était évoquée succinctement la tentative d’infiltration de la filière d’évasion de prisonniers de guerre et d’aviateurs alliés que Paul Royaux et ses camarades avaient organisée à Charleville dès le début de l’Occupation. Qu’on me permette d’y revenir.

On se souvient que la filière avait été mise en place à partir de relais locaux (notamment à Nouzonville et à Carignan dont il sera question ici) qui envoyaient vers les bureaux du Secours national  à Charleville les illégaux qui y étaient habillés, nourris, logés, dotés en faux papiers, avant d’être évacués vers Paris grâce à la complicité d’agents de la SNCF. Son organisation revenait à Paul Royaux, responsable du mouvement de Résistance OCM dans les Ardennes depuis 1941 ; le soutien logistique appartenant au personnel du Secours national.

La police allemande recherchant les voies de salut des prisonniers et des aviateurs s’employait à y infiltrer leurs agents. L’épisode qui est relaté par Etienne Brice est celui de l’une de ces tentatives, et de son échec. Il est confondu dans l’article cité avec celle d’octobre 1942 qui fut une réussite, puisqu’elle aboutit au démantèlement de la filière, aux arrestations au sein du Secours national, et à la fuite de Paul Royaux.

L’histoire du faux aviateur Anglais est relatée dans un manuscrit conservé aux Archives départementales des Ardennes (1293 W 6). Bien qu’anonyme, on peut attribuer cet écrit à André Point, successeur de Paul Royaux à la tête de l’OCM dans le département et chef des FFI en 1944. Grâce à certaines indications données par le texte, on peut dater cet épisode des  mois de mars et avril de l’année 1942. Les passages entre guillemets dans la relation qui suit sont tirés de ce document.

 

Georges Lefèvre, propriétaire de l’Hôtel de la Gare à Carignan, appartient à la ligne d’évasion fondée par Royaux. Des centaines de prisonniers arrivant de Belgique sont dirigés chez lui avant d’être évacués vers Charleville puis Paris. C’est à son somicile qu’arrive un jour, les pieds ensanglantés par les kilomètres parcourus, un aviateur Anglais.

Georges Lefèvre l’amène chez Schwartz, salon de coiffure de la rue Jean Jaurès à Charleville où travaillent Paul Royaux et André Point . « On lui coupe les cheveux, il parle un peu français, ne peut être acheminé sans être accompagné : reste chez Schwartz quelques jours. Le fils le surprend fouillant dans les tiroirs. Pas d’étonnement pour le sans-gêne connu des Anglo-saxons. Ne sort pas. »

 

Étienne Brice est choisi par Royaux pour conduire l’Anglais à Paris par le train du matin.  Mais sitôt arrivés à la gare les deux hommes sont arrêtés par des douaniers. L’un d’eux commence à fouiller l’Anglais qui porte dans sa musette deux kilos de tabac (de contrebande bien sûr), cadeau de Brice pour ses correspondants parisiens. Ce dernier s’enfuit, poursuivi par un douanier alors que l’Anglais saute dans le train qui part. Rentré chez Schwartz, Brice se fait copieusement « engueuler » par Royaux pour sa négligence et est renvoyé à Paris par le train du soir. Mais là, personne ne l’accueille : l’Anglais a disparu dans la jungle parisienne…

 

Deux jours plus tard, Georges Lefèvre se présente à nouveau au salon Schwartz : l’aviateur est revenu chez lui. On le ramène à Charleville. On comprend qu’à Paris il a vendu le tabac pour pouvoir reprendre un billet pour rentrer à Carignan. Brice l’accompagne à nouveau à Paris. On ne sait ni où, ni par qui l’Anglais est interrogé. Toujours est-il que des doutes sont émis sur son identité et sur sa qualité d’aviateur britannique. On lui donne des livres à lire : deux fois le même, sous un format différent, et pourtant il ne relève pas et s’intéresse tout autant à l’un qu’à l’autre... « En avril, Paris fait connaître que l’agent est identifié comme agent de la Gestapo et demande d’aller le rechercher.» Pas plus de précisions sur les hôtes de l’Anglais, ni sur le service de renseignements clandestin suffisamment efficace pour confondre un traître… (Dommage !)

 

« Conseil de guerre. On décide d’aller le chercher. Paul Royaux y va… » À l’Anglais, il justifie son retour en avançant que « la filière est brûlée, qu’il faut le ramener dans les Ardennes. Qu’on pourra le nourrir mieux qu’à Paris. » On lui fait croire qu’on va l’héberger dans une ferme… Mais son exécution a été décidée, les préparatifs sont commencés.

 

Retour de Royaux et de l’Anglais. À la gare de Charleville, Brice prend le pseudo-aviateur et l’emmène au Mont Olympe, longeant la Meuse. André Point les précède. Georges Lefèvre clôt la marche. Il est près de 22 heures et la nuit tombe, on attend le soi-disant fermier qui doit les conduire chez lui. Il arrive. C’est un autre résistant du groupe OCM qui joue ce rôle, Raymond Petit.

 

Dans la côte de Montcy, Brice et Point encadrent l’Anglais. Le sentier se rétrécit. Point s’éloigne alors que Brice passe en tête, Petit est maintenant derrière l’Anglais. Il a en main un marteau, avec lequel il le frappe. L’Anglais se met à hurler.

Royaux a rejoint Point : « Ils cherchent chacun de leur côté, ne les trouvent pas et s’apprêtent à repartir quand arrivent les trois hommes avec le boche nu. Chacun fait peur aux autres. Sang tout le long de la route. On lui entoure la tête avec [illisible] et [les pieds avec] des poids d’horloge. La barque qui manque de chavirer. L’eau. Le retour à la nuit. »

Les hommes se séparent. Point s’éloigne avec Raymond Petit. À la sortie de la passerelle du Mont-Olympe, des gendarmes en patrouille les interpellent. Point se met devant Petit, qui est couvert de sang, et montre sa convocation pour l’examen de police qu’il doit aller passer le lendemain à Amiens. Il prétend qu’il est allé prendre le café chez des amis. Les gendarmes les laissent aller... Le jour suivant, Royaux et Petit reviennent sur les lieux afin de débarrasser la barque des traces de sang qui s’y accrochent, et rechercher le marteau qu’ils avaient perdu.

 

Voilà comment le faux Anglais, mais vrai agent des services de police allemands, fut exécuté, une nuit de la fin du mois d’avril, sur les bords de la Meuse. Les restes de sa dépouille gisent probablement encore au fond du fleuve, lestés par des poids d’horloge… 

 

L’homme qui avait tenu le marteau était Raymond Petit. On sait aujourd’hui que les comportements et les attitudes des Français sous l’Occupation ne s’écrivirent pas en noir et blanc, mais en de multiples « zones grises », Petit offre un exemple particulièrement significatif de ces comportements ambivalents, chez qui le patriotisme pouvait se mêler à l’intérêt. Ce quadragénaire sans profession déclarée, condamné avant la guerre pour escroquerie, vivait de trafics divers et de marché noir. Résistant de la première heure, intégré au groupe de Paul Royaux, il en était devenu l’homme à tout faire. Il fut l’un de ces « gros bras » utilisé pour les coups risqués, à qui on faisait appel lorsqu’on avait besoin de quelqu’un de peu scrupuleux prêt à faire le « coup de poing ». On le retrouve ainsi encore en 1944 dans une tentative d’enlèvement d’un collaborateur de Charleville ordonnée par la Résistance (Sur l'affaire Petit et les autres, voir mon livre Article 75) .
Mais la justice releva surtout ses accointances avec certains agents de la Gestapo de Charleville, et souligna qu'il intervenait contre rétribution auprès des Allemands, avec lesquels il traficotait, pour régulariser les situations de certaines personnes. À la libération, sa tête fut mise à prix par la Résistance. Arrêté, il fut mis à la disposition de la justice. On le soupçonnait d’avoir vendu aux Allemands André Marchand et son groupe, arrêtés dans la nuit du 9 au 10 juin 1944 alors qu’ils se rendaient à un parachutage d’armes à Meillier-Fontaine. Marchand, qui venait d’être nommé chef des FFI du secteur de Charleville, et trois de ses camarades avaient été condamnés à mort par un conseil de guerre allemand et avaient été fusillés quelques jours plus tard au fort des Ayvelles. Un quatrième homme fut déporté au camp de concentration de Buchenwald.

   

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Raymond Petit fut jugé par la cour de justice des Ardennes à Charleville le 6 février 1945 et condamné à la peine capitale. Il fut gracié et sa peine fut commuée en 10 années de réclusion. Il profita d’une mesure d’amnistie et fut libéré le 4 août 1950.

 

 

 

 

 

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