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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

24 septembre 2005 6 24 /09 /septembre /2005 00:00
 
Je m’appelle David Roemen, je suis de nationalité belge.
 
 
 
Mon grand-père a servi comme agent de renseignement auprès des services de l’Abwehr allemand durant l’occupation, il a abandonné femme et enfants pour mener la grande vie, l’aventure et la facilité.
 
 
 
Mon père, René, décédé ce 05/02/2005 a pu prendre connaissance de la lettre d’adieu écrite par son père le 24 mars 1948 (le jour de son exécution capitale), à l’âge de 57 ans ! Soit 46 ans après qu’elle ait été écrite.
 
Toute son enfance et sa jeunesse ont été marquées par cet héritage, bien que non responsable, il a dû subir la méchanceté des hommes, revanchards après quatre ans d’occupation.
 
Il a du vivre avec ce passé.
 
Bien qu’il savait que son père avait été fusillé pour collaboration, il n’en a jamais connu les raisons.
 
Sa mère n’en savait pas plus et est restée dans l’ignorance totale jusqu’à sa mort.
 
Elle n’a même pas pu connaître l’endroit d’inhumation de son époux.
 
 
 
Un jour, il y a plus ou moins cinq ans, j’ai décidé d’effectuer des recherches, d’ouvrir des portes fermées parfois à triple tour et ce afin de permettre à mon père de soulager sa douleur, sa honte, ses peines, son deuil.
 
Le cap des 60 ans vient de passer, ce qui permet la consultation d’archives restées jusqu’ici quasi inviolables,
 
Les archives des procès de la collaboration sont également et encore très difficiles d’accès, en principe protégées pendant une centaine d’années,  les dérogations sont délivrées au compte-goutte et à titre personnel souvent après un long combat face à l’administration, parfois deux voire trois années d’attente, mais c’est possible, il faut se montrer très insistant, voir « emmerdeur » ; à la longue, « ils » craquent !
 
 
 
C’est ainsi que j’ai fais la connaissance de Philippe.
 
Cette rencontre, c’est moi qui l’ai provoquée, au cours de mes recherches, je me suis rendu compte que Philippe s’était intéressé au cas de mon grand-père.
 
Et oui, durant une bonne année, (43/44)  mon grand-père a « travaillé » dans les Ardennes françaises.
 
Je suis le petit fils du grand « Charles » également connu sous le nom de « Rudeault » responsable entre autre du démantèlement du maquis du Banel, d’arrestations de nombreux résistants des Ardennes qui ont parfois menées à la déportation ou à l’exécution de ceux-ci.
 
 
 
Ma façon aussi d’apporter une pierre à l’édifice, au travail de Philippe c’est de lui donner copie de tous les documents que j’ai obtenus, toutes les retranscriptions d’archives que j’ai pu consulter, ensemble, nous arrivons a éclaircir certains points et ce afin d’écrire l’histoire, la vraie.
 
 
 
Car si mon grand-père est responsable, il n’a pas été le seul !
 
Je dirai simplement que face à la justice, il a payé sa dette et que je regrette qu’à cause de cela mon père a dû également la payer, d’une autre manière, alors qu’il n’était qu’un enfant.
 
Cette malheureuse histoire l’a amené dans la solitude, incapable de dire si il avait un oncle ou une tante, comme si la famille s’était évaporée. J’ai eu un père très taiseux, quasi incapable de montrer ses sentiments.
 
Mes recherches m’ont apporté une bonne chose, j’ai pu communiquer et me rapprocher de mon père.
 
 
 
Même si je n’ai pas connu cette guerre, ni connu mon grand-père je dois reconnaître qu’il n’est pas facile d’assumer en toute sérénité.
 
Indirectement, le « travail » de mon grand-père engendre un sentiment de culpabilité illégitime.
 
Vivre avec ce passé n’est pas une chose facile, beaucoup de personnes préfèrent se taire, oublier, mais est-ce possible ?
 
 
 
D. Roemen
 
 
 
 
Published by philippe lecler - dans Documents
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