Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 13:59
Dimanche 21 octobre à Tétaigne, Camille Maljean, ses parents (à titre posthume) et Odette Chauveau recevront la Médaille des Justes pour le sauvetage de la petite Hélène Weinblum. M. Maljean sera par ailleurs décoré de la Légion d'Honneur (voir ici).
Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article
16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 12:16

   Les ouvrages sont cités dans l'ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l'année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n'encombrent pas les fonds de bibliothèque, le choix d'une date de rupture est donc purement formel.


                                                                    Les souvenirs de Marceau Devie, recueillis par Paul Lotterie, sur la Résistance dans la pointe de Givet, qui met en avant la coopération franco-belge en ce domaine, en font un ouvrage incontournable. Un témoignage qui ne s'accommode pas de la langue de bois (notamment sur le chapitre de la collaboration, voir ici, ici, et ici).

Marceau Devie est né en 1907 à Hargnies. Il participa à la guerre en 1940, fut démobilisé  à Montauban le 16 juillet 1940. Il rejoignit sa famille réfugiée en Vendée puis rentra clandestinement dans les Ardennes en décembre 1940 pour reprendre son travail au barrage de Ham/Meuse. C'est à cette date que commença son activité de résistant.

Il favorisait dès avril 1941 le passage de prisonniers évadés venant d'Allemagne par la Belgique, les dirigeant vers Paris depuis la gare d'Aubrives avec la complicité d'agents de la S.N.C.F. Naquit alors une filière qui fonctionna jusqu'en juin 1944 et qui servit aussi à l'évacuation d'aviateurs alliés. En août 1942, il devenait agent de renseignements des réseaux franco-belges "Bayard Poisson Chinois" et de la "Ligne PV " (réseau dont le centre ardennais était le maquis du Banel).

En février 1944 il rencontra "Marco" (responsable des sabotages auprès de l'état-major départemental des FFI)  à Charleville,  qui lui demanda d'accepter la direction des équipes de sabotages dans le secteur de Vireux-Givet. Devie donna son accord et effectua, avec François Amerand, son premier sabotage sur voie ferrée à Aubrives. D'autres allaient suivre. Deux mois plus tard, en avril, Jean Vigneron, alias « Parfum », chef du Secteur de Givet en fit son adjoint et le nomma responsable départemental militaire du mouvement Libération-Nord sous le pseudonyme de "Firmin". En liaison avec le maquis des Ardennes, Marceau Devie parvint à obtenir, le 8 août,  un parachutage  sur le territoire de la commune de Vireux-Wallerand (message : « La bécasse trompe son mâle »). Le matériel permit d'équiper un maquis constitué dans la forêt.

Le 4 septembre, après un dernier accrochage avec les Allemands en déroute à Hargnies (où Gabriel Brichet et René Darcourt trouvèrent la mort), Marceau Devie accueillait les Américains à Vireux. Puis il participa aux opérations qui devaient mener, trois jours plus tard, à la libération de Givet.

 LOTTERIE (P.), Marceau Devie, résistant ardennais, m'a raconté..., SOPAIC, Charleville-Mézières, 1985

 

Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
commenter cet article
6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 16:02
      

            J’avais promis aux lecteurs de ce blog de les tenir informés des suites données à la demande faite auprès de la mairie de Rethel d’honorer les mémoires d’Icko, Rachel, et Hélène Cyminski.

Une réunion préparatoire a donc eu lieu à la mairie de Rethel cette semaine, à laquelle étaient présents M. Guy Déramaix, maire de Rethel, son adjoint, M. François Guérin, M. André Launois, M. Sanchez, Mme Harar, et moi-même (si M. Launois n’est plus à présenter pour qui connaît l’histoire de la famille Cyminski, M. Sanchez et Mme Harar se sont associés à notre démarche en retrouvant des membres de la famille Cyminski. Ils projettent par ailleurs de réaliser un long métrage basé sur cet épisode tragique. Voir ici).

Il s’est donc dégagé, lors de cette rencontre, un accord sur le principe de rendre hommage aux membres de la famille Cyminski disparus à Auschwitz. Si certaines modalités de la cérémonie sont encore à préciser, il s’avère d’ores et déjà acquis que celle-ci se déroulera à la date du 27 janvier 2008, où sera dévoilée la plaque qui sera posée au 1, rue Dubois-Crancé. Journée hautement symbolique puisque ce sera celle de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, retenue « Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité » dans les établissements scolaires des États membres de l’Union Européenne.

Ainsi, la municipalité apporte son soutien à la présentation d’une exposition portant sur le parcours de cette famille d’origine polonaise en France, de son arrivée sur notre sol à sa disparition dans le crématoire d’Auschwitz, dans le rappel du contexte de l’Occupation. Cette exposition se tiendrait du 12 au 27 janvier à la bibliothèque de Rethel (à confirmer).

La date d’une prochaine rencontre a été retenue pour préciser les modalités de cette manifestation.

Á suivre…

Published by philippe lecler - dans Actualité
commenter cet article
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 11:02
Les ouvrages sont cités dans l’ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l’année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n’encombrent pas les fonds de bibliothèque, le choix d’une date de rupture est donc purement formelle.
 
ROGISSART Jean, Cellule XIII, Éditions de l’amitié par le livre, Blainville sur mer, 1961
 
Jean Rogissart, né à Braux le 28 octobre 1894, instituteur à Joigny, poète et écrivain de renommée nationale (Prix Renaudot en 1937 pour Mervale, Prix du roman populiste en 1941 pour Le fer et la forêt, Prix Eugène-le-Roy en 1958 pour Passantes d’Octobre), auteur d’une saga familiale, Les Mamert, dont Cellule XIII est le septième et dernier volet, paru l’année du décès de l’auteur.
Cellule XIII, qui est intitulé « Roman », est en fait un récit autobiographique, qui relate la détention de l’auteur du 29 juillet au 12 août 1944 à la prison de la place Carnot à Charleville.
Il mérite à ce titre sa place dans cette bibliographie. D’autant qu’il s’avère à la lecture que nombre de ses protagonistes, sinon tous, furent des personnages réels, apparaissant parfois sous leur vrai nom, parfois sous un pseudonyme.
Jean Rogissart / Michel Mamert fut arrêté sur dénonciation pour son engagement politique lors du Front populaire et son orientation idéologique. Arrêté par la Gestapo à son domicile, emmené dans ses bureaux de l’avenue Nationale à Charleville, interrogé sur ses antécédents, sur de possibles accointances avec « le maquis », Michel Mamert, le narrateur, s’interroge sur les motifs de cette arrestation, livre ses réflexions sur l’action politique, sur la résistance à l’occupant, dépeint enfin les grandeurs, les faiblesses, les limites de l’homme face à l’oppression.
 
Mais Cellule XIII est aussi et surtout un roman à clefs, où apparaissent, sous leur nom ou sous des pseudonymes, les figures d’hommes de son temps. En voici quelques-unes.
 
Miguel Sauvage, responsable du Front national, futur gendre de Jean Rogissart, y apparaît sous les traits de « Léonce », l’ami de la fille de Michel Mamert. Rogissart le décrit longuement, lui, ainsi que son père engagé au début du siècle dans le mouvement socialiste. Il dépeint le passage de « Léonce » à l’école normale, sa révolte devant l’injustice, sa captivité en 1940, le retour à son poste d’instituteur après une période de captivité dans un camp allemand. J’en extrais ces passages :
« Tout à coup, il pensa à Léonce qui pouvait bien être arrêté et il évoqua son mince visage triangulaire, ses traits anguleux, les yeux d’un brun caressants et le regard ironique et clair […] Il venait fréquemment chez Michel, sous prétexte de livres à prêter, à emprunter. Michel avait vite fini par se rendre compte que ces visites coïncidaient toujours avec un déraillement, une explosion qui paralysait le trafic pour quelques jours. Des convois tombaient du remblai, leur charge pillée par les habitants des environs. Était-il dans le coup ? Était-ce lui ou son équipe qui deux fois de suite avait fait sauter l’écluse par une machination bien ourdie ? »
 
D’autres apparaissent sous un pseudonyme transparent. Le compagnon de cellule, « Léon Maël », de son vrai nom Charles Hamel, originaire d’Avançon, arrêté le 24 avril 1944 par la Feldgendarmerie de Rethel pour confection de faux-papiers et détention d’armes :
 « “… Regardez-moi”.  Il ouvrit la bouche : les incisives manquaient. “ Ils m’ont cassé les dents à coups de bâtons, l’une après l’autre. Je ne voulais rien avouer, ni dénoncer personne. Mon fils s’est évadé de la prison de Rethel, après avoir tué un gardien. A cette heure-ci, peut-être est-il mort lui-même. Arrêté, j’ai subi la question. La persuasion échouant autant que leurs menaces, leur bienveillance fictive ne me touchant nullement, ils passèrent aux actes.
Mains et pieds attachés, obligé de tenir la bouche grande ouverte à toutes leurs interrogations. Alors, avec le bout de leur gourdin ils enfonçaient une dent, lentement, puis la brisaient d’un coup sec. Oh ! pas toutes le même jour ! Le petit jeu s’est renouvelé cinq ou six fois. Je n’ai rien dit : parler, c’était l’engrenage : un mot en appelait un autre et je glissais sur la planche savonnée. Je savais où mon fils aurait pu se cacher, j’ai préféré le silence complet. Alors, je rentrais ici, rompu de coups, la bouche en feu, les gencives saignantes. J’avais toute la nuit pour souffrir et méditer. Le lendemain, la corrida reprenait, obstinée, farouche, inventive et perverse. Rien à faire, plutôt le poteau sur-le-champ ! Mais tant qu’on se tait, ils ne peuvent en finir avec vous. Depuis peu ils me laissent tranquille et je tremble qu’ils n’aient découvert celui qu’ils recherchaient. Ou bien, je suis condamné sans jugement. Je vais passer à nouveau devant la Cour martiale et entendre prononcer mon arrêt. Pour combien de jours suis-je encore avec vous ? Mais j’ai pris mes responsabilités, j’ai choisi !” » 
(voir aussi Ami, si tu tombes)
 
Henri Moreau, le chef du BOA des Ardennes, arrêté le 1er janvier 1944 sous une fausse identité en gare de Chalons/ Marne, y figure sous son vrai nom. Il partagea avec Rogissart/ Mamert la cellule XIII. « L’autre à gauche devait être tout jeune encore, amis sa longue barbe châtain et sa chevelure, incultes depuis pas mal de semaines, empêchaient de lui donner un âge. Les yeux bleus, d’un bleu de véronique des bois, étaient câlins, quasi-féminins et le profil, ce front que prolongeait un nez droit faisait songer à un grec de l’Attique, comme les vases anciens en décoraient leurs flancs rouges. »
Moreau, pour ne pas être reconnu par ses gardiens, ou par les autres détenus, avait laissé pousser sa barbe. Détenu sous une fausse identité, recherché par les Allemands, ses gardiens ignoraient ses qualités. Voulant faire connaître sa position à ses amis de la Résistance, il demandera à Rogissart/Mamert, à sa sortie de prison, de faire passer un message dans un certain bar des environs de la place Ducale.
« Vous connaissez le bar des Allobroges, au coin de la rue des Juifs et de celle du Moulin, à gauche en descendant vers la Meuse ? C’est le seul. Vous entrez, vous allez au comptoir et en commandant un verre, vous murmurerez le plus bas possible :  “Lucien salue la Mère !” »
Rogissart/ Mamert trouvera porte close, ne pourra délivrer le billet. Henri Moreau fera partie des fusillés du bois de la Rosière à Tournes, le 29 août 1944. Jean Rogissart écrira dans L’Ardennais un article à sa mémoire à la Libération.
 
Autre fusillé de Tournes, apparaissant sous les traits du « speaker » de la prison, Louis Manon, aubergiste à Haybes, qui ravitaillait et hébergeait des réfractaires au STO, arrêté le 13 mars 1944 sur dénonciation (épisode développé dans L’affaire des Manises) .
« C’est un restaurateur de la Vallée qui s’est fait pincer à ravitailler un maquis belge. Une fille publique l’a dénoncé et il est condamné à mort. Par quelle intercession n’a-t-il pas été passé par les armes ? Mystère ! Son sursis se prolonge anormalement. Les Chleuhs ont-ils oublié son cas, veulent-ils l’utiliser comme appeau ? Personne n’en sait rien ! Il se passe de si étranges choses dans une prison, même allemande !
Par surcroît, il jouit de libertés étranges, qu’on pourrait juger suspectes. Vous le voyez balayer les couloirs, faire diverses corvées. L’adjudant Kauf l’emploie comme tampon. Il connaît toutes les sentinelles, leur parle familièrement, en reçoit du tabac, du sucre, du fromage. Il arrive qu’il sorte en ville sous la conduite de Hans ; il rapporte même des douceurs pour divers internés […]. Pourquoi est-il en cellule ? Seul ! Et reçoit-il des journaux, de nombreux colis de vivres, boit-il chaque jour du vin bouché, et partage-t-il son eau de mirabelle avec ses porte-clefs ? N’est-ce pas inouï ? […]
Donc, notre hôtelier surprend des renseignements en ville, capte une ligne par-ci, un on-dit par-là. Dès que se relâche la surveillance, il communique ces nouvelles à haute voix… Il se croit sauf et vous le voyez faire le fou à la promenade, gesticuler, s’esclaffer. Un aveu in extremis lui vaut-il cette fausse sécurité ? Ne sera-t-il que déporté ? Grâce à lui, nous sommes un peu au courant des événements extérieurs. Je ne pense pas qu’il diffuse de bobards, tout au plus peut-il exagérer les faits. Ses révélations n’ont sans doute guère d’importance et c’est pourquoi on le laisse parler.
- Ils doivent bien le reconnaître. Il a un pur accent belge qui le dénonce.
- Bah ! Le pauvre homme se fait des illusions, tant mieux, tout au moins il est moins malheureux tant qu’elles durent. Je lui souhaite de ne pas se tromper, bien sincèrement. »
 
Le récit de Jean Rogissart, nonobstant ses qualités littéraires, se révèle donc un fabuleux témoignage sur les conditions de détention à la prison de Charleville pendant l’occupation, sur la Résistance, sur l’Occupation. Puissent ces quelques lignes vous donner envie de le (re) découvrir.
 

Voir
ici la contribution de Marc Hamel
Published by philippe lecler - dans "Cellule XIII"
commenter cet article