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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 17:44

Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance ardennaise...

La répression à Sedan et à Charleville...

 Á la mi-février de 1944, plusieurs forteresses volantes s'étaient écrasées dans la région de Sedan. Quelques aviateurs, indemnes, s'étaient échappés des appareils en flammes et avaient trouvé asile dans des fermes environnantes.

    La Résistance locale ayant été contactée pour leur venir en aide avait délégué Jean-Marie Chardenal, agent du service de renseignement du maquis du Banel, qui dans de tels cas s'occupait plus particulièrement de leur trouver des lieux d'hébergement et d'assurer leur subsistance. Avec son ami René Schewe, garagiste place Nassau à Sedan, Chardenal se rendit, le 20 février, à Vendresse (chez le boulanger, M. Corniquet) pour recueillir sept aviateurs américains. Le même jour, Alfred Desson, mécanicien à Sedan, alla chercher un officier américain recueilli par le garde des Eaux et Forêts du Mont-Dieu. Le 1er mars encore, René Schewe allait rechercher cinq pilotes américains regroupés à la ferme de Bar, chez Gaston Saunois, qu'il conduisit, sur leur demande, en Belgique, à Muno.

    Chardenal sollicita les membres de la résistance de Sedan pour assurer un hébergement à ces naufragés du ciel. Lui-même en garda quelques-uns, d'autres furent placés chez René Schewe, chez Henri Baudry, mécanicien à Torcy, chez Alfred Desson, chez l'épicier Francesco Carrera (qui depuis la fin de 1943 en avait déjà hébergé une quinzaine), chez Paul Dubois enfin, artisan à Sedan et ancien agent de liaison entre les groupes français et belges affiliés au réseau Prosper.

Au début du mois de mars, le chef de secteur de Sedan reçut la visite de Charles Saint-Yves et lui indiqua la situation de ces aviateurs dont il ne savait que faire.

« Il me dit que par l'intermédiaire du centre de la Résistance de Charleville, il serait possible d'obtenir un camion qui viendrait chercher ces Américains. Je conduisis Charles chez Jean-Marie Chardenal. Ce dernier prit rendez-vous à Charleville pour le lendemain. Quelques jours après, Jean-Marie Chardenal ayant regroupé ces huit Américains chez M. Paul Dubois à Torcy, le camion demandé à Charleville vint effectivement les chercher. » Faut-il préciser que le camion était celui envoyé de Paris, dont le chauffeur, Henri Nicolas, poursuivait sa sinistre besogne ? « Une semaine environ après, le même chauffeur qui conduisait le camion vint avec une voiture de la Gestapo pour arrêter Jean-Marie Chardenal, Alfred Desson, Paul Dubois, Henri Baudry, Jean Rolland, qui tous les cinq avaient logé ou ravitaillé ces Américains, et avaient été vus par le chauffeur du dit camion le jour de leur départ. »

 Ainsi, le 31 mars 1944, le lendemain de la mort de Fontaine, la Gestapo de l'avenue Foch commençait son ratissage dans le milieu des résistants ardennais, repassant partout où, sur les indications données en toute bonne foi par Fontaine, Mathieu, ou Saint-Yves, des aviateurs avaient été récupérés. Toutes les personnes rencontrées par Nicolas furent arrêtées, à l'instar de Jean Rolland, garagiste à Torcy, qui avait dépanné le camion de Nicolas le jour où celui-ci était venu chercher les Américains.
René Schewe échappa aux griffes de la Gestapo, tout comme Francisco Carrera, dont Nicolas ignorait probablement l'existence. Alfred Desson, alors qu'il était incarcéré, parvint depuis sa cellule à faire prévenir M. Théo, 
garde des Eaux et Forêts au Mont-Dieu, des soupçons qui pesaient sur lui, ce qui lui permit de fuir à temps.

Ce même jour fut arrêté par la police allemande Émile Lambert, loueur de voitures à Charleville, puis le lendemain, 1er avril, Roger Mathieu fut à son tour appréhendé à son domicile.

À la suite des enquêtes menées par la Gestapo dans ce milieu, et des connaissances qu'elle en avait acquises, furent arrêtés d'autres personnes qui étaient, notamment, des relations de Jean-Marie Chardenal et des agents du service de renseignement du maquis du Banel : Pierre Robert, sous-chef de gare à Sedan, chargé de contrôler les transports militaires allemands au départ et au passage de la gare, arrêté le 31 mars ; Robert Wesse, élève-instituteur, arrêté le 1er avril ; Roger Willième, contrôleur technique à la SNCF à Sedan, membre de Libération-Nord, arrêté le 2 avril.

 


  ... Et dans la région d'Attigny...

        Dans les environs d'Attigny, Roger Mathieu et Charles Saint-Yves plaçaient, le plus souvent, les aviateurs dans des fermes : au Petit-Ban, à Écordal, chez la famille Sagnet ; à la Maronnerie, entre Écordal et Tourteron, chez la famille Thomas ; à la ferme Fricoteau, à Roche ; chez Henri Logeart, maréchal-ferrant à Givry-sur-Aisne ; chez Charles Lambert, commerçant à Attigny. L'épicentre du réseau Samson en cette région, c'était la ferme du Chesnois, située à Alland'huy. Propriété de la famille Fromentin, elle était le lieu de rassemblement  des aviateurs, dont la fille, Lucienne, organisait les départs jusque Paris, en train depuis la gare d'Amagne-Lucquy, ou par Reims, dans la camionnette de M. Logeart.  Ils furent nombreux les aviateurs à transiter en ces lieux. Mme Paulette Delvaux, la plus jeune des deux filles de la famille Sagnet, se souvient que depuis l'été de 1943 (au moins), des aviateurs étaient toujours présents à la ferme du Petit-Ban, quatre par quatre au fur et à mesure des évacuations, jusqu'à ce que, début 1944, la filière s'essouffle, sans que l'on sache pourquoi, et que la solution se présente à cette inertie par l'arrivée de Nicolas, introduit par le chauffeur-mécanicien de la laiterie « Maggi » d'Attigny, Jean Méréo, qui passait tous les jours relever le fruit de la traite des bêtes et qui jouait le rôle d'agent de liaison entre les différents relais du réseau :

 

" Le 1er mars 1944, le jour de mes 20 ans, il y avait cinq ou six américains qui étaient chez les Thomas, dit Paulette Delvaux. Ils les avaient amenés chez nous, avec les trois ou quatre que nous hébergions. Nous avons fait des gaufres. C'était juste un mois avant les arrestations. Nous sommes allés ensemble, avec papa, emmener les Américains à la ferme du Chesnois, et c'est  Nicolas qui est venu les y chercher, et ce Nicolas était avec la Gestapo quand celle-ci est venue arrêter mes parents."

 Paulette se souvient particulièrement d'un ramassage à la ferme du Chesnois, où elle était allée accompagner quelques aviateurs (selon Marcelle Fromentin, Nicolas vint au Chesnois en chercher 13, et un Français « gaulliste » cherchant à rejoindre Londres, vers le 15 mars), et où Nicolas, un homme grand, costaud, au crâne dégarni, était arrivé dans sa camionnette, un véhicule d'une couleur sombre et de forme oblongue. « Ça ferait un beau corbillard, non ? » avait-il demandé après avoir chargé ses passagers...

Deux des membres américains de l'équipage du B-17 "Suicide Susan" furent hébergés par Paul et Blanche Sagnet à Ecordal, avant d'être rapatriés vers l'Angleterre via l'Espagne par le réseau Samson (Léonard Mac Chesney, le premier debout à gauche, et Robert Hersh, le second en partant de la droite) (Photo : P. Delvaux)


      Le 31 mars d'abord. Ce jour-là, vers 19 heures, Saint-Yves bavardait avec un ami sur la place de la mairie d'Attigny lorsqu'il fut prévenu que la Gestapo, ou la Milice, perquisitionnait son domicile. Il prit aussitôt la fuite.

    Un peu plus tard, quatre individus armés de mitraillettes firent irruption au domicile des époux Lambert, commerçants à Attigny. Ils commencèrent par fouiller la maison, puis n'y trouvant rien de compromettant, demandèrent à Charles Lambert où se trouvait Saint-Yves, où étaient cachés les Américains ainsi que l'argent et les armes reçus de Londres. Ils finirent par gagner la confiance de M. Lambert, qui observait le mutisme le plus complet, en lui déclarant qu'ils étaient de la Résistance, « envoyés par les grands bureaux de Paris », pour cacher Saint-Yves que les Allemands recherchaient. Puis ils se firent rassurants : « N'ayez pas peur, nous voyons à qui nous avons à faire. Nous avons vu que vous ne vendez pas les amis, aussi maintenant nous avons confiance en vous. » Charles Lambert ne savait pas où était Saint-Yves, mais la Gestapo connaissait son rôle dans le réseau, et différa simplement son arrestation.

    Ils se rendirent ensuite chez Henri Logeart, à Givry-sur-Aisne, que Nicolas avait déjà rencontré alors qu'il allait chercher des aviateurs à la ferme du Chesnois. Il venait de sortir quand les miliciens pénétrèrent dans son domicile. De dépit, ils arrêtèrent sa femme.

Les quatre hommes se dirigèrent ensuite vers la ferme du Chesnois, où ils se livrèrent à une perquisition en règle, tenant sous la menace de leurs armes les hommes de la maison (Georges Fromentin, son fils Jean, ainsi que le commis de culture, Robert Couvin), et procédant à l'arrestation de deux aviateurs belges cachés dans la demeure. Vers 23 heures, d'autres individus armés rejoignirent les premiers, accompagnés par Jean Méréo qui croyait avoir à faire aux résistants qu'il connaissait et qui étaient déjà venus enlever des aviateurs.

    La famille Fromentin fut cantonnée à l'étage de la maison, les autres s'attablèrent dans la cuisine et ripaillèrent toute la nuit, jusqu'à six heures du matin, avant de quitter les lieux. Malgré cette épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête, car contrairement à Jean Méréo ils avaient compris à qui ils avaient affaire, personne ne quitta les lieux.

                  Charles Saint-Yves

        Le lendemain, 1er avril, à l'aube, sept individus armés se présentaient à la ferme de Jean Fricoteau, se déclarant « amis » et demandant à ce dernier où était Saint-Yves et où étaient cachés les trois Américains qu'il logeait. Les visiteurs partirent sans avoir obtenu de réponses mais promirent de revenir en fin de matinée. Trouvant à ce moment là porte close, Jean Fricoteau ayant pris la fuite, ils pénétrèrent par effraction dans la maison et se livrèrent à son pillage.

    Un peu plus tard dans la matinée, Nicolas et quelques autres, accompagnés de Jean Méréo, se présentèrent à la ferme du petit-Ban, chez les Sagnet, toujours sous le prétexte de rechercher Saint-Yves afin de le soustraire aux recherches des Allemands. Il y avait, attablé là, Marcel Picot, résistant FTP rescapé du maquis de Launois et hébergé pour quelques jours avec son ami, René Delvaux, alors absent. Nicolas demanda à Picot s'il accepterait d'aller avec eux à Charleville afin de récupérer des explosifs en vue d'effectuer un sabotage sur voie ferrée. Picot accepta et monta dans leur véhicule. Conduit à Charleville, il fut mené au siège du SD, avenue Nationale, et immédiatement mis en état d'arrestation. Méréo découvrit alors qui étaient ses amis. Il subit le même sort que Picot.

En fin de matinée, six tractions-avant, bondées de miliciens et d'Allemands  bloquèrent les routes menant au Petit-Ban. Nicolas procéda aux arrestations de Paul,  Blanche et Madeleine Sagnet. Paulette fut épargnée.
 

« Je revenais quand les Allemands m'ont empêché de rentrer. J'étais revenue par Écordal, je suis restée au virage là-haut. Ils m'avaient pris pour la fille de la ferme voisine. J'ai vu Nicolas et je l'ai tout de suite reconnu, je lui ai tourné le dos. Un gars de la Gestapo m'a demandé d'attacher le chien de la ferme d'à côté, qui ne cessait d'aboyer, et de rester près de lui. Ce que j'ai fait. Ils sont partis avec papa, maman et ma soeur. »

 La Gestapo attendit une semaine pour procéder aux dernières arrestations. Ce ne fut que le 6 avril au petit matin qu'elle se présenta à la ferme du Chesnois : arrivée de voitures remplies d'Allemands et de miliciens, arrestations des personnes présentes : Georges, Georgette, Jean et Lucienne Fromentin, Robert Couvin. La mère de ce dernier parvint à s'enfuir par une porte dérobée à l'arrivée des Allemands. L'épouse de Jean, Marcelle, qui était enceinte, fut laissée libre.

A la ferme du Chesnois, avant les arrestations. En haut de gauche à droite : Charles Saint-Yves, un aviateur américain, Georgette Fromentin, trois aviateurs américains. En bas de gauche à droite : Robert Couvin, Marcelle et Jean Fromentin, deux aviateurs américains (Photo : Robert Couvin).

 

Ce même jour, la Gestapo procédait aussi à l'arrestation de Charles Lambert, à Attigny.

Toutes les personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire furent emmenées à la prison de Charleville et y restèrent enfermées jusqu'au 27 juin, date à laquelle les hommes furent transférés au camp de Compiègne et les femmes au fort de Romainville.

    Le bilan de la répression fut très lourd...

A suivre... Vers la page 4                                                     Retour sur la page 2

14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 07:01

Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance ardennaise...

Bilan des arrestations

 Le 2 juillet à 9 heures 15, à la gare de Compiègne, Jean-Marie Chardenal, Henri Baudry, Jean Rolland, Paul Dubois, Alfred Desson, Émile Lambert, Pierre Robert, Robert Wesse, Roger Willième, Robert Couvin, Georges et Jean Fromentin, Jean Méréo, Charles Lambert, Paul Sagnet, et Lucien Charlot furent entassés dans des wagons à bestiaux composant le convoi n° 7909, qui sera plus tard appelé « Le train de la mort ». Ce fut le plus important convoi de déportation n'ayant jamais quitté Compiègne (2166 déportés politiques, résistants, droits communs). À destination du camp de concentration de Dachau, il fut sans doute aussi le plus meurtrier (530 hommes trouvèrent la mort dans des conditions épouvantables pendant le voyage).

 

       

        « À la frontière, à Novéant, en Moselle, il y avait déjà des morts que nous débarquions. Pour moi, ce fut le plus terrible de tout, ce train. Voir des gens qui deviennent fous et s'entretuent, c'est terrible... J'ai eu de la chance, car j'ai été l'un des premiers à saigner du nez (signe annonciateur de l'asphyxie), comme un boeuf c'est le cas de le dire, les autres me mirent près de la petite lucarne pour que je respire un peu et un médecin vint me voir et dit qu'on pouvait me remettre au fond, car j'étais sauvé...

    Après trois semaines à Dachau, le 22 juillet, nous sommes partis en Kommando au camp de Neckargerach, dans la vallée du Neckar, entre Stuttgart et Mannheim.

    Nous travaillions pour la construction d'une usine, sous la montagne, pour la firme Messerchmitt. C'étaient d'anciennes carrières de gypse, vieilles de centaines d'années, qu'il fallait déblayer et où nous devions creuser des galeries. Là-dessous, les Allemands ramenaient les machines des usines de la Ruhr qui étaient bombardées. Nous en avons construit une et nous en étions à la deuxième lors de notre libération. Nous étions des milliers de personnes à travailler : des prisonniers de guerre, des travailleurs libres, des civils allemands, des déportés etc... Mais nos gardiens s'arrangeaient toujours pour que ces différentes catégories de travailleurs ne se croisent pas et ne se voient jamais. Parfois, on déchargeait des péniches de ciment ; on pesait environ 40 kilos, et on nous mettait un sac de 50 kilos sur le dos et ... March !...

     Nous étions surveillés par des anciens de l'Afrika Korps qui étaient impitoyables : certains qui s'approchaient du fleuve pour y prendre un peu d'eau étaient tout de suite fusillés : "Tentative d'évasion !!!..."

    Mais les pires étaient les kapos. Le nôtre fut un Ardennais qui avait été déporté avec nous, un homme de Charleville. Quand je suis rentré on me l'a présenté comme un "Héros de la Résistance", ce que je ne conteste pas puisque je ne le connaissais pas. Mais son attitude lors de la déportation ne fut pas à la hauteur de cette réputation. Après notre retour, il fut décoré de la Légion d'honneur, il a été président départemental des Déportés... On crevait de faim et j'avais un jour réussi à voler quelques pommes de terre. Il me les avait retirées, lui, un Français, un Ardennais ! Le Père Paul (Paul Sagnet), alors que l'on était de corvée d'épluchures, m'avait dit : "Si je reviens, celui-là, je lui mettrai deux balles dans la peau"... Paul Sagnet n'est malheureusement pas rentré, il est mort d'épuisement. J'étais toujours avec lui, il avait fait la guerre de 14-18 avec mon père, à Verdun, et on se retrouvait là... De toute façon, on ne s'est jamais quittés pendant notre déportation, Paul Sagnet,  Georges et Jean Fromentin et moi.

    Je n'ai quitté Jean que lorsque nous fûmes transportés à l'hôpital militaire de Spire en Allemagne, après la libération du camp. Sur l'ensemble des déportés, nous ne sommes restés qu'à douze qui n'étions pas malades...»

Témoignage de Robert Couvin, publié dans Ami, si tu tombes...

 


Jean-Marie Chardenal, né le 14 mars 1915 à Troyes, est décédé le 15 février 1945 au camp de Ohrdruf (Kommando du camp de concentration de Buchenwald).

Henri Baudry, né le 23 janvier 1903 à Donchery, est décédé au camp de Hersbruck (Kommando du camp de concentration de Flossenbürg) le 23 novembre 1944.

 

Jean Rolland, né 22 janvier 1890 à Dinan (Côtes-du-Nord), est décédé au camp de concentration de Dachau le 4 avril 1945.

 

Paul Dubois, né le 10 février 1920 à Sedan, fut libéré par les Américains le 30 avril 1945.

 

Alfred Desson, né le 28 juillet 1902 à Maubert-Fontaine, rentra de déportation.

 

Émile Lambert, né le 28 février 1886 à Rocroi, est décédé à Dachau le 27 décembre 1944.

 

Robert Wesse, né le 24 avril 1924 à Sedan, est décédé à Hersbruck le 6 décembre 1944.

 

Roger Willième, né le 28 octobre 1901 à Sedan, est décédé à Hersbruck le 2 décembre 1944.

 

Pierre Robert, né le 24 janvier 1902 à Maxilly-sur-Saône (Côte d'Or), fut libéré à Dachau par l'avance américaine le 29 mai 1945.

 

Georges Fromentin, né le 20 novembre 1885 à Alland'huy, est décédé à Dachau le 8 février 1945.

 

Jean Fromentin, né le 30 septembre 1920 à Alland'huy, est décédé à l'hôpital de Colmar le 12 juin 1945.

 

Robert Couvin, né le 16 janvier 1926 à Alland'huy, fut transféré de Dachau à Neckargerach, Kommando du camp de concentration de Natzweiler, il fut libéré à Osterburken le 4 avril 1945.

 

Charles Lambert, né le 14 octobre 1900 à Reims, est décédé à Léonberg (Kommando du camp de Natzweiler)  le 2 février 1945.

 

Paul Sagnet, né le 24 mars 1892 à Écordal, est décédé à Dachau le 29 décembre 1944.

 

Jean Méréo, né le 3 octobre 1916 à Sommatino (Italie), rentra de déportation.


Lucien Charlot, né le 1er janvier 1909 à Ecordal, mari de Lucienne Fromentin, rentra de déportation

 

 

                                                Détenus au travail, camp de Dachau (photo : Mémorial de la Shoah)

 

Les femmes quittèrent Romainville dans un convoi qui atteignit le camp de « Neue Bremm » à Sarrebrück le 4 juillet. Le 27 de ce mois, elles furent transférées au camp de concentration de Ravensbrück.

Georgette Fromentin, née le 20 août 1889 à Alland'huy, fut gazée à Ravensbrück le 6 mars 1945.

Lucienne Fromentin, née le 14 mai 1911 à Alland'huy, est décédée à Warenn le 8 mai 1945.

Blanche Sagnet, née le 21 décembre 1901 à Jandun, est décédée à Ravensbrück le 27 mars 1945.

Madeleine Sagnet, née le 23 décembre 1923 à Écordal, fut libérée le 27 avril 1945 à Neubrandenbourg (Kommando de Ravensbrück).

 

                                         Détenues au travail, camp de Ravensbrück (photo : Mémorial de la Shoah)

 

Roger Mathieu fut fusillé au Bois de la Rosière, à Tournes, avec 12 autres patriotes tirés des geôles de la prison de Charleville, le 29 août 1944. Quant à Marcel Picot, qui n'appartenait pas au réseau mais à un groupe de FTP, il fut abattu sommairement par la Gestapo dans les bois d'Étalle le 6 juillet 1944.

 

            Le bilan de la répression directement imputable à l'action de la Gestapo de l'avenue Foch dans les Ardennes, à la suite de l'infiltration de la filière d'évacuation des aviateurs alliées baptisée Samson, se monte donc à 22 personnes arrêtées : 20 furent déportées, 2 furent fusillées, 13 sont mortes en déportation.

   

   
   Né le 19 juin 1912 dans les Deux Sèvres, Henri Nicolas était un ancien repris de justice. Arrêté comme réfractaire au STO au début du mois de décembre 1943, envoyé en Allemagne, il avait regagné la France et avait passé la frontière grâce à des résistants qu'il fit arrêter par la suite.

    De retour à Paris, il entrait en rapport avec la milice de Pierre Costantini, qui dirigeait un groupuscule de l'utra-collaboration, « la Ligue Française ».

    À la fin de cette même année, il fit la connaissance de Joseph Placke, officier du SD de l'avenue Foch à Paris qui le prit dans son équipe. Nommé au SD de Saint-Quentin, il participa à plusieurs opérations, et il fut directement impliqué dans l'affaire dite « des parachutistes » qui entraîna les arrestations de vingt-sept aviateurs britanniques et américains en mars et avril 1944, ainsi que de nombreux résistants dans l'Aisne et dans les Ardennes. À la Libération, Nicolas s'enfuit en Allemagne, puis parvint à intégrer le CIC américain comme chauffeur. Démasqué, arrêté, transféré à Marseille, il sera jugé pour ses crimes dans le cadre de l'affaire de la Gestapo de l'avenue Foch et condamné par la Cour de Justice de la Seine, et fusillé le 5 mai 1950.

 

A suivre...                                              Retour sur la page 3

13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 20:43
Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance ardennaise...

Epilogue : Et les aviateurs alliés ?

        Après chaque passage de Nicolas, les aviateurs enlevés des relais locaux étaient emmenés à Boulogne-Billancourt, à la « Villa Voisin », 51, boulevard d'Auteuil, une somptueuse demeure réquisitionnée par l'adjudant-chef du département VI du SD, Christian Schnell, où ils étaient traités en invités, toujours tenus dans l'illusion que c'était la Résistance qui les avait pris en charge. Des interrogatoires amicaux permettaient ainsi de retracer leur parcours, trouver les noms des personnes qui les avaient hébergés, découvrir les contacts qu'ils avaient noués avec des résistants locaux. Ils étaient ainsi autorisés, sinon encouragés, à écrire de courtes lettres à ceux qui leur avaient offerts l'hospitalité, afin de les rassurer sur leur sort (et pour les Allemands, ne pas éventer le piège dans lequel ils étaient tombés).
Après quelques jours de ce traitement, mis en confiance, les aviateurs étaient chargés dans un camion, avec pour chauffeur Nicolas et pour accompagnateur Placke lui-même, à destination, leur disait-on, de la frontière espagnole. Arrivés à hauteur de la Croix-Berny, à la sortie de Paris, un contrôle inopportun de la Feldgendarmerie immobilisait le véhicule, et dans un simulacre d'arrestation des « résistants parisiens », procédait à celle, véritable, des aviateurs qui étaient directement incarcérés à la prison, toute proche, de Fresnes.
Ils étaient ensuite déportés (d'après une déposition de Placke) dans un camp de prisonniers en Allemagne, à Oberwisel, près de Wiesbaden.

    Une lettre envoyée après la guerre par un aviateur américain, le Lieutenant Donald P. Ogilvie, à l'ancien chef de Secteur de Rethel, Jean Deguerne, qui l'avait fait évacuer par la ferme du Chesnois, témoigne de la tactique employée par la Gestapo.

« Chers Maman et Papa,

        Bien que je ne vous aie pas vus depuis longtemps, je pense toujours à vous.
    J'ai hésité à écrire à beaucoup des charmantes personnes en France qui m'ont tant donné quand ils avaient si peu et qui risquaient leur vie chaque fois ! La raison pour laquelle j'ai hésité à vous écrire est qu'un de nos amis (un singulier ami n'est-ce pas ?) nous a dénoncé Robert et moi à la Gestapo. Nous ne savons pas qui c'était, mais nous n'avons jamais eu confiance en Charles (celui qui portait des lunettes entourées de noir). Nous avons souvent pensé que c'était lui le coupable.
    Le jour où nous sommes partis, on nous a conduits à une ferme pas loin d'Attigny. Les Thomas peuvent vous en donner l'endroit exact. Là, on nous a mis dans un camion avec 13 autres américains et conduits à Paris.
Nous avons passé deux jours et deux nuits à Paris et nous devions rencontrer celui qui était à la tête de Résistance à Paris. C'est là, nous en sommes certains, que nous avons été vendus aux Allemands. Notre capture fut faite de manière à montrer à montrer aux Parisiens le danger qu'ils couraient à aider les Américains ou les Anglais. Je répète que nous n'avons jamais su qui c'était ni à quel endroit on nous a dénoncés, mais les questions que la Gestapo a demandées pendant un mois et demi n'étaient pas très agréables et nous ont laissé un cuisant souvenir.
    Nous avons été capturés le 20 mars 1944 et nous sommes restés en prison en Allemagne jusqu'à la Libération.
    De tous mes amis français, vous et votre famille avez toujours été les plus chers. Je comprends que tout ce que vous avez fait pour nous, vous l'avez fait parce que vous vouliez de tout votre coeur nous aider [...]
Croyez que je n'oublierai jamais vos bontés. Écrivez bientôt, je vous en prie, et en français, je ferai traduire la lettre.
Croyez à mes amitiés les plus affectueuses. »

Cité dans "Ami, si tu tombes..."

        Du courrier de cet aviateur, on peut déduire qu'il fut emmené de la ferme du Chesnois le 18 mars avec 14 autres américains, hébergé à Boulogne où il rencontra « celui qui était à la tête de la Résistance à Paris » et fut deux jours plus tard arrêté par les Allemands. Là, il ressentit le caractère forcé, théâtral, de l'arrestation mais sans comprendre que ce n'était qu'une mise en scène. Il pensait « que [leur] capture fut faite de manière à montrer aux Parisiens le danger qu'ils couraient à aider les Américains ou les Anglais », sans saisir que la méthode trop ostentatoire employée visait à dissimuler la fausseté de la situation : les Allemands jouèrent à l'arrestation de « résistants » avec beaucoup de zèle, et les « résistants », pour donner le change, durent faire de même.
Les aviateurs n'ont pas compris d'où venait la trahison. Pas un instant ils ne doutèrent de la sincérité de leurs "amis" parisiens. Pourtant notre aviateur fut à deux doigts de découvrir la vérité, mais il ne tira pas la conclusion logique des indices qui lui faisaient dire que « c'est là nous en sommes certains, que nous avons été vendus aux Allemands ». Il préférait croire en la culpabilité de « Charles », c'est à dire Charles Saint-Yves, l'homme aux « lunettes entourées de noir » (Saint-Yves portait des lunettes à montures noires), responsable du BOA sud-Ardennes, qui organisait la filière dans les Ardennes, et qui était recherché depuis le 1er avril par la Gestapo...

Pour revenir à la page 1 de cette série d'article...
2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 16:34
    Il ya deux ans (déjà), je vous avais soumis un court article concernant une résistante originaire des Ardennes, Mariette Fichelet, dont une plaque commémorative orne aujourd'hui un des murs de la salle de classe du village d'Avaux.
Charlotte Mariette Fichelet, née le 14 avril 1898 à Grandchamp, institutrice à Ecordal, à Puiseux, à Avançon, puis à Avaux, résida et travailla à Paris après l'armistice de 1940,  où elle se consacra à la lutte clandestine au sein du mouvement « Résistance », réseau "Honneur de la Police". Arrêtée une première fois le 23 mars 1943 à la sortie de son école avec dans son sac des journaux clandestins, elle fut incarcérée à la prison de la Petite Roquette, puis à Fresnes avant d'être relaxée. Elle abandonna dès lors son domicile, ainsi que son travail (sans doute révoquée), pour se consacrer toute entière à son activité contre l'occupant. Elle fut arrêtée par la Gestapo le 12 mai 1944 à Montrouge (Hauts-de-Seine) dans l'imprimerie du journal "Résistance", avec trois de ses camarades, les imprimeurs Jean De Rudder, Emile Staquet et le dessinateur Marcel Vidal. Sur le local de l'impimerie, aujourd'hui, une stèle rappelle cet épisode.


                                     Source : Mémorial-GenWeb

Déportée après avoir été suppliciée par la police allemande, Marielle Fichelet mourut au camp de concentration de Ravensbrück le 10 avril 1945.
Promue à titre posthume Chevalier de la Légion d'Honneur, Mariette fut décorée de la Croix de Guerre avec Palme, ainsi que la Rosette de la Résistance. Son nom figure, gravé dans la pierre, au Mémorial de Berthaucourt.


Une exposition réalisée par les élèves de 3e FT du Collège du Haut-Mesnil à Montrouge, "La résistance à Montrouge", rappelle l'action ces acteurs oubliés de l'histoire.

Mes remerciements à Isabelle Noesmen
Published by philippe lecler - dans Documents
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