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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 15:56

Mort d'Émile Fontaine

Á la fin de 1943 et au début de 1944, la décision des alliés de mener contre le Reich une guerre totale avait entraîné une intensification des raids des bombardiers américains et britanniques outre-Rhin, avec pour conséquence la destruction de nombreux appareils, tant par la Flak que par la chasse allemande. Le problème de l'hébergement et de l'évacuation des aviateurs rescapés se posa alors à la résistance de façon aigue, d'autant que la police allemande avait opéré des coupes sombres dans les réseaux et les filières jusqu'alors utilisées

 En janvier 1944, un résistant de Brunehamel, du groupe des FFI commandés par Émile Fontaine, vint trouver Hector, responsable local d'un terrain de parachutages, qu'il savait en relation avec les « résistants parisiens » (en fait, les hommes du SD), pour lui demander s'il ne pouvait l'aider à trouver une nouvelle filière d'évacuation pour 25 aviateurs alliés dont les appareils s'étaient écrasés et qui étaient alors cachés dans des fermes de la région. Hector soumit cette requête à son supérieur, Blanchard, vrai agent de la Gestapo de l'avenue Foch et faux résistant, qui en référa à l'adjudant Placke.

 

Joseph Placke est né le 20 août 1897 à Osnabrück-haste. Il fit ses études à l'Ecole Normale des frères Maristes à Arlon, en Belgique, où il apprit le français. Mobilisé dans l'armée allemande lors de la guerre 1914-1918, il fut ensuite représentant de commerce. Mobisé dans la Geheime Feldspolizei (GFP) en Hollande en 1939, puis muté à Paris en juin 1940, il fut détaché à l'hôtel Lutétia, siège de l'Abwehr, au service III F, où étaient traitées les affaires relevant du contre-espionnage militaire. Nommé interprète, il participa à la première grande opération dirigée contre la Résistance par les services secrets de la Wehrmacht dans la cadre de l'affaire « Porto » (plus de 800 arrestations), puis il géra les dossiers des détenus destinés à la déportation en Allemagne sous le régime « Nacht und Nebel ».

Il fut ensuite responsable des opérations au sein des services du SD de l'avenue Foch, notamment lors de l'affaire de la French Section et de ses ramifications. Il fut arrêté par les Américains le 25 juillet 1945, en Italie, avant d'être transféré en France afin d'être entendu par la justice et dans différentes affaires relatives à la French Section, et dans le procès de la Gestapo française de l'avenue Foch, en mai 1949. L'homme qui avait dirigé l'action des auxiliaires français n'eut pas à comparaître et bénéficia d'un non-lieu la veille de l'ouverture de la session de la cour de justice de la Seine.

 

  Les contacts pris sur le terrain entre les deux parties amenèrent la rencontre du lieutenant de Fontaine, Henri Daret, chef de centre à Brunehamel et de Michel Bouillon, agent de la Gestapo. Ce dernier rendit compte de l'entretien au commandant Kieffer, qui donna son accord pour poursuivre l'opération, nommant l'adjudant Placke pour la mener à bien. Celui-ci s'adjoignit les services des Français René Launay, Robert Godinger, et Henri Nicolas.
    

        La Gestapo française de l'avenue Foch fut dirigée par René Launay, alias « Lauris », alias « René le dingue », qui s'était présenté au commandant Kieffer à l'été 1943. Launay était un ancien militant d'extrême-droite. Membre du service de renseignements du Rassemblement National Populaire (RNP) de Marcel Déat, un parti de l'ultra collaboration, il fut envoyé aux allemands par les dirigeants du parti.
Launay choisit les hommes avec lesquels il voulait travailler et réorganisa le groupe des auxiliaires français de la Gestapo. Il reprit des « anciens » du service IV E qui travaillaient pour le docteur Goetz, tels Maurice Sion (jugé et fusillé le 5 mai 1950), Roger Dupré, René Lefèvre, Jacques D'Archanches, Henri Brisson, Marcel Lebreton, Laboudie dit « Bouboule » (fusillé à la Libération), et les frères Jean et Michel Bouillon ( tous deux condamnés à mort et fusillés en avril 1945), les frères Georges et Claude Ledanseurs (qui venait de la résistance et subirent le même sort que les précédents), Louis Blanchard...

    Placé sous les ordres de Josef Placke, Launay enrôla une nouvelle équipe d'une dizaine d'hommes en qui il avait toute confiance, sorte de corps d'élite voué à la lutte contre la Résistance. Il recruta ainsi Maurice Bay, Henri Nicolas, Henri De Corval, Robert Godinger dit « Darsac », Henri Seelen (ancien légionnaire d'origine néerlandaise), Pierre Loutrel (universellement connu après la guerre sous son surnom de « Pierrot le Fou »), remplacé ensuite par Roland Sicard (commissaire de la Sécurité du territoire, résistant, infiltré sur ordre en mars 1944), Maurice Segaud (alias Vuillemain).
Les séides de l'avenue Foch, pour leur peine, touchaient 10 000 francs par mois (une jolie somme de l'époque) Sans compter les frais annexes grassement remboursés, les primes, et le butin prélevé sur les personnes arrêtées et à leur domicile, les perquisitions étant l'occasion de pillages en règle.

    Une parenthèse qui me semble nécessaire... Le livre de P. Aziz, Tu trahiras sans vergogne (Fayard, 1970) relate l'affaire des contre-parachutages (p. 204 à 210) en mettant en avant l'action de la Gestapo de l'avenue Lauriston, sans jamais citer l'avenue Foch. Ce rattachement de cette Gestapo à l'affaire des parachutistes est une parfaite falsification. Comme on l'a vu, l'avenue Foch possédait sa propre équipe dirigée par René Launay : Aziz ne cite jamais ce nom ! Son sujet d'étude (la Gestapo de la rue Lauriston et son chef, Lafont) l'emporte sur la vérité historique : Aziz substitue la rue Lauriston à l'avenue Foch pour les besoins du récit. On comprend maintenant pourquoi Aziz n'a pas cité ses sources : elles ont été manipulées pour servir le dessein qu'il s'était fixé : écrire un livre sur « une Gestapo » célèbre en racontant des histoires édifiantes. Au mépris de la vérité historique. Que peut valoir le reste du livre ?

 

         Au début du mois de mars débutèrent les premiers contacts entre Émile Fontaine et l'équipe de Placke, avec, à chaque retour vers Paris, l'enlèvement de plusieurs aviateurs dans une camionnette conduite, à chaque fois, par Henri Nicolas. Á chacune de ces rencontres fut dévoilée, un peu plus, l'organisation de la Résistance dans le secteur et dans les Ardennes. Ainsi à la mi-mars, les aviateurs cachés dans  l'Aisne ayant été évacués, une rencontre fut organisée entre Fontaine et Launay, au cours de laquelle ce dernier fut présenté à Roger Mathieu, coiffeur à Charleville, et à Charles Saint-Yves, contrôleur régional au ravitaillement, domicilié à Saulces-Champenoises. Tous deux étaient responsables de l'hébergement et du transport des aviateurs par une filière qui avait des relais à Sedan et dans la région d'Attigny, le réseau Samson (« Samson », anagramme de Masson, Robert, sous-lieutenant de réserve dans l'armée de l'air ayant rejoint Londres, fondateur en avril 1943 d'un service de liaison et réseau d'évacuation d'aviateurs alliés affilié au BCRA). Lors de cette rencontre, les dates et les modalités d'enlèvement furent fixées pour soulager ces deux secteurs, où là aussi des aviateurs attendaient depuis longtemps d'être évacués sur l'Espagne par Tarbes, comme cela s'était passé jusque là avant que des arrestations à Paris ne viennent bouleverser la bonne marche des choses.

 Convaincu de l'efficacité de cette filière providentielle, Émile Fontaine décida de convoquer, le 30 mars, une grande conférence pour présenter ses chefs de centre aux « résistants parisiens ». Georges-Henri Lallement, adjoint de Fontaine, et qui sera son successeur, s'en souvient :

 

        « Fontaine est venu me rendre visite un jour où j'étais très malade et cloué au lit par une forte fièvre. Il m'annonça qu'il avait provoqué une réunion qui rassemblait tous les chefs de centre du secteur, et que des contacts venus de Paris seraient là. II me dit : "C'est domma­ge, vous auriez vu des types formidables, ils voyagent en traction-avant, ils ont des armes, ils vont nous prendre tous nos avia­teurs alliés récupérés dans le coin", avia­teurs qui étaient une charge pour nous car il fallait les nourrir, les cacher, il fallait s'oc­cuper d'eux... Et effectivement ils les ont pris en charge, puisqu'ils étaient de la Gestapo. Du coup tous les chefs de centre du coin, y compris dans les Ardennes, étaient recherchés après que Fontaine eut été abattu.
"Si vous ne pouvez pas venir, ne venez pas, mais il y a une chose que je voulais vous dire : il ne faut pas que nous tombions vivants entre leurs mains, parce qu'il y en a de plus durs qui ont parlé et je suis persuadé que quand les Allemands le veulent, ils finissent par faire parler. Il ne faut pas que vous tombiez vivant entre leurs mains ; moi je vous donne ma parole d'honneur, à vous, que je garderai une balle pour moi. Je voudrais que vous fassiez la même promesse."Je l'ai faite.»

 Cette réunion, conçue comme un guet-apens où la Gestapo espérait prendre dans un seul vaste coup de filet tous les membres de la Résistance de la région n'eut pas lieu. Ce 30 mars, Launay (probablement lui, mais peut-être un de ses sbires), vint chercher Fontaine au café d'Émile Roger, à Aubenton, où ceux de la résistance avait leurs habitudes. Il monta dans une voiture, une traction-avant aux roues blanches. Celle-ci avait tout juste démarré lorsqu'il s'aperçut que l'un de ses compagnons faisait un geste de reconnaissance au chauffeur d'un autre véhicule, une traction aux roues jaunes (couleur typique de celles utilisées par la Gestapo) qui les doublait. Alors il sortit son revolver qu'il cachait dans sa botte, et se mit à tirer. Les autres répliquèrent. Selon un des hommes de la Gestapo, c'est Henri Seelen « qui a tué dans le Nord de la France un chef de la résistance nommé Fontaine.» D'après J. Placke, « Fontaine arrêté sortit un pistolet de sa botte et tira sur [Robert] Kribelle qui, manqué, riposta et tua Fontaine ». Le rapport rédigé par la police française à la suite du transport du corps de Fontaine à Charleville fait état des blessures suivantes « faites par arme à feu » : une balle dans la région occipitale, une balle dans la région de l'omoplate gauche, un orifice de sortie à la joue gauche, balle calibre 6m/m35 ayant pu être extraite. « Le cadavre porte en outre : l'oeil droit tuméfié et une éraflure de cinq centimètres à hauteur de l'omoplate droite. Il a les bras levés, les mains à hauteur du visage ».

    Contrairement à ce qui été parfois déclaré, Émile Fontaine n'a pas été tué à l'extérieur du véhicule, dont il aurait sauté, mais à l'intérieur, à la suite d'une lutte avec les autres occupants comme le signal le rapport de police du 1er avril 1944 : « Le cadavre a été trouvé porteur de : a) - à l'intérieur du veston, plusieurs fragments de verre "Sécurit", tachés de sang, ce qui laisse supposer que l'homme a été abattu alors qu'il se trouvait à l'intérieur d'une voiture automobile.»
La promesse faite à Georges Lallement avait-elle été une sorte de prémonition ?

 Transporté le 1er avril dans les locaux du SD à Charleville, au 79 de l'avenue Nationale, le corps fut, après examen, remis aux autorités françaises. La Feldkommandantur de Charleville notifiait alors à la préfecture que

 

        « Le ressortissant français FONTAINE, AUBENTON (indication d'identité plus précise impossible étant donné qu'il ne détenait que de faux papiers), a été tué d'un coup de feu en raison de ce qu'il s'est opposé à son arrestation l'arme à la main. Le cadavre vous est livré avec ordre de faire le nécessaire pour l'inhumation qui doit avoir lieu au cimetière de Mézières. Vous êtes rendus personnellement responsable de toute manifestation et devez éviter qu'il ne s'en produise à l'occasion et pendant l'enterrement. Ne pourront assister aux obsèques que les plus proches parents du fusillé. Il est permis de faire appel à un prêtre. Les membres de la famille de l'intéressé sont à prévenir par vos soins. L'exécution de l'inhumation doit m'être communiquée dans les trois jours. »

Le lendemain, le corps, dont l'identité restait incertaine, fut reconnu à la morgue de l'Hôpital de Manchester par une amie de Fontaine ; il fut enterré au cimetière de Mézières.

         D'après un bilan dressé par la justice lors de l'instruction du procès de la Gestapo de l'avenue Foch, 27 parachutistes alliés auraient été arrêtés dans le seul département de l'Aisne, 22 résistants y auraient été arrêtés, 14 auraient été déportés, 10 seraient morts en déportation ou auraient été fusillés. Les noms de quelques-uns d'entre eux figurent sur le Mémorial de Berthaucourt à Mézières, parmi lesquels celui d'Henri Daret ; celui d'André Chorlet ; celui de Louis Serre ; celui de Maurice Vadez , d'autres encore...
La justice, à l'époque, ne dressa aucun bilan de l'action répressive de la Gestapo de l'avenue Foch dans les Ardennes. Et pourtant...

A suivre...    Vers la page 3                                                Voir l'article précédent...

15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 18:27
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 17:44

Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance ardennaise...

La répression à Sedan et à Charleville...

 Á la mi-février de 1944, plusieurs forteresses volantes s'étaient écrasées dans la région de Sedan. Quelques aviateurs, indemnes, s'étaient échappés des appareils en flammes et avaient trouvé asile dans des fermes environnantes.

    La Résistance locale ayant été contactée pour leur venir en aide avait délégué Jean-Marie Chardenal, agent du service de renseignement du maquis du Banel, qui dans de tels cas s'occupait plus particulièrement de leur trouver des lieux d'hébergement et d'assurer leur subsistance. Avec son ami René Schewe, garagiste place Nassau à Sedan, Chardenal se rendit, le 20 février, à Vendresse (chez le boulanger, M. Corniquet) pour recueillir sept aviateurs américains. Le même jour, Alfred Desson, mécanicien à Sedan, alla chercher un officier américain recueilli par le garde des Eaux et Forêts du Mont-Dieu. Le 1er mars encore, René Schewe allait rechercher cinq pilotes américains regroupés à la ferme de Bar, chez Gaston Saunois, qu'il conduisit, sur leur demande, en Belgique, à Muno.

    Chardenal sollicita les membres de la résistance de Sedan pour assurer un hébergement à ces naufragés du ciel. Lui-même en garda quelques-uns, d'autres furent placés chez René Schewe, chez Henri Baudry, mécanicien à Torcy, chez Alfred Desson, chez l'épicier Francesco Carrera (qui depuis la fin de 1943 en avait déjà hébergé une quinzaine), chez Paul Dubois enfin, artisan à Sedan et ancien agent de liaison entre les groupes français et belges affiliés au réseau Prosper.

Au début du mois de mars, le chef de secteur de Sedan reçut la visite de Charles Saint-Yves et lui indiqua la situation de ces aviateurs dont il ne savait que faire.

« Il me dit que par l'intermédiaire du centre de la Résistance de Charleville, il serait possible d'obtenir un camion qui viendrait chercher ces Américains. Je conduisis Charles chez Jean-Marie Chardenal. Ce dernier prit rendez-vous à Charleville pour le lendemain. Quelques jours après, Jean-Marie Chardenal ayant regroupé ces huit Américains chez M. Paul Dubois à Torcy, le camion demandé à Charleville vint effectivement les chercher. » Faut-il préciser que le camion était celui envoyé de Paris, dont le chauffeur, Henri Nicolas, poursuivait sa sinistre besogne ? « Une semaine environ après, le même chauffeur qui conduisait le camion vint avec une voiture de la Gestapo pour arrêter Jean-Marie Chardenal, Alfred Desson, Paul Dubois, Henri Baudry, Jean Rolland, qui tous les cinq avaient logé ou ravitaillé ces Américains, et avaient été vus par le chauffeur du dit camion le jour de leur départ. »

 Ainsi, le 31 mars 1944, le lendemain de la mort de Fontaine, la Gestapo de l'avenue Foch commençait son ratissage dans le milieu des résistants ardennais, repassant partout où, sur les indications données en toute bonne foi par Fontaine, Mathieu, ou Saint-Yves, des aviateurs avaient été récupérés. Toutes les personnes rencontrées par Nicolas furent arrêtées, à l'instar de Jean Rolland, garagiste à Torcy, qui avait dépanné le camion de Nicolas le jour où celui-ci était venu chercher les Américains.
René Schewe échappa aux griffes de la Gestapo, tout comme Francisco Carrera, dont Nicolas ignorait probablement l'existence. Alfred Desson, alors qu'il était incarcéré, parvint depuis sa cellule à faire prévenir M. Théo, 
garde des Eaux et Forêts au Mont-Dieu, des soupçons qui pesaient sur lui, ce qui lui permit de fuir à temps.

Ce même jour fut arrêté par la police allemande Émile Lambert, loueur de voitures à Charleville, puis le lendemain, 1er avril, Roger Mathieu fut à son tour appréhendé à son domicile.

À la suite des enquêtes menées par la Gestapo dans ce milieu, et des connaissances qu'elle en avait acquises, furent arrêtés d'autres personnes qui étaient, notamment, des relations de Jean-Marie Chardenal et des agents du service de renseignement du maquis du Banel : Pierre Robert, sous-chef de gare à Sedan, chargé de contrôler les transports militaires allemands au départ et au passage de la gare, arrêté le 31 mars ; Robert Wesse, élève-instituteur, arrêté le 1er avril ; Roger Willième, contrôleur technique à la SNCF à Sedan, membre de Libération-Nord, arrêté le 2 avril.

 


  ... Et dans la région d'Attigny...

        Dans les environs d'Attigny, Roger Mathieu et Charles Saint-Yves plaçaient, le plus souvent, les aviateurs dans des fermes : au Petit-Ban, à Écordal, chez la famille Sagnet ; à la Maronnerie, entre Écordal et Tourteron, chez la famille Thomas ; à la ferme Fricoteau, à Roche ; chez Henri Logeart, maréchal-ferrant à Givry-sur-Aisne ; chez Charles Lambert, commerçant à Attigny. L'épicentre du réseau Samson en cette région, c'était la ferme du Chesnois, située à Alland'huy. Propriété de la famille Fromentin, elle était le lieu de rassemblement  des aviateurs, dont la fille, Lucienne, organisait les départs jusque Paris, en train depuis la gare d'Amagne-Lucquy, ou par Reims, dans la camionnette de M. Logeart.  Ils furent nombreux les aviateurs à transiter en ces lieux. Mme Paulette Delvaux, la plus jeune des deux filles de la famille Sagnet, se souvient que depuis l'été de 1943 (au moins), des aviateurs étaient toujours présents à la ferme du Petit-Ban, quatre par quatre au fur et à mesure des évacuations, jusqu'à ce que, début 1944, la filière s'essouffle, sans que l'on sache pourquoi, et que la solution se présente à cette inertie par l'arrivée de Nicolas, introduit par le chauffeur-mécanicien de la laiterie « Maggi » d'Attigny, Jean Méréo, qui passait tous les jours relever le fruit de la traite des bêtes et qui jouait le rôle d'agent de liaison entre les différents relais du réseau :

 

" Le 1er mars 1944, le jour de mes 20 ans, il y avait cinq ou six américains qui étaient chez les Thomas, dit Paulette Delvaux. Ils les avaient amenés chez nous, avec les trois ou quatre que nous hébergions. Nous avons fait des gaufres. C'était juste un mois avant les arrestations. Nous sommes allés ensemble, avec papa, emmener les Américains à la ferme du Chesnois, et c'est  Nicolas qui est venu les y chercher, et ce Nicolas était avec la Gestapo quand celle-ci est venue arrêter mes parents."

 Paulette se souvient particulièrement d'un ramassage à la ferme du Chesnois, où elle était allée accompagner quelques aviateurs (selon Marcelle Fromentin, Nicolas vint au Chesnois en chercher 13, et un Français « gaulliste » cherchant à rejoindre Londres, vers le 15 mars), et où Nicolas, un homme grand, costaud, au crâne dégarni, était arrivé dans sa camionnette, un véhicule d'une couleur sombre et de forme oblongue. « Ça ferait un beau corbillard, non ? » avait-il demandé après avoir chargé ses passagers...

Deux des membres américains de l'équipage du B-17 "Suicide Susan" furent hébergés par Paul et Blanche Sagnet à Ecordal, avant d'être rapatriés vers l'Angleterre via l'Espagne par le réseau Samson (Léonard Mac Chesney, le premier debout à gauche, et Robert Hersh, le second en partant de la droite) (Photo : P. Delvaux)


      Le 31 mars d'abord. Ce jour-là, vers 19 heures, Saint-Yves bavardait avec un ami sur la place de la mairie d'Attigny lorsqu'il fut prévenu que la Gestapo, ou la Milice, perquisitionnait son domicile. Il prit aussitôt la fuite.

    Un peu plus tard, quatre individus armés de mitraillettes firent irruption au domicile des époux Lambert, commerçants à Attigny. Ils commencèrent par fouiller la maison, puis n'y trouvant rien de compromettant, demandèrent à Charles Lambert où se trouvait Saint-Yves, où étaient cachés les Américains ainsi que l'argent et les armes reçus de Londres. Ils finirent par gagner la confiance de M. Lambert, qui observait le mutisme le plus complet, en lui déclarant qu'ils étaient de la Résistance, « envoyés par les grands bureaux de Paris », pour cacher Saint-Yves que les Allemands recherchaient. Puis ils se firent rassurants : « N'ayez pas peur, nous voyons à qui nous avons à faire. Nous avons vu que vous ne vendez pas les amis, aussi maintenant nous avons confiance en vous. » Charles Lambert ne savait pas où était Saint-Yves, mais la Gestapo connaissait son rôle dans le réseau, et différa simplement son arrestation.

    Ils se rendirent ensuite chez Henri Logeart, à Givry-sur-Aisne, que Nicolas avait déjà rencontré alors qu'il allait chercher des aviateurs à la ferme du Chesnois. Il venait de sortir quand les miliciens pénétrèrent dans son domicile. De dépit, ils arrêtèrent sa femme.

Les quatre hommes se dirigèrent ensuite vers la ferme du Chesnois, où ils se livrèrent à une perquisition en règle, tenant sous la menace de leurs armes les hommes de la maison (Georges Fromentin, son fils Jean, ainsi que le commis de culture, Robert Couvin), et procédant à l'arrestation de deux aviateurs belges cachés dans la demeure. Vers 23 heures, d'autres individus armés rejoignirent les premiers, accompagnés par Jean Méréo qui croyait avoir à faire aux résistants qu'il connaissait et qui étaient déjà venus enlever des aviateurs.

    La famille Fromentin fut cantonnée à l'étage de la maison, les autres s'attablèrent dans la cuisine et ripaillèrent toute la nuit, jusqu'à six heures du matin, avant de quitter les lieux. Malgré cette épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête, car contrairement à Jean Méréo ils avaient compris à qui ils avaient affaire, personne ne quitta les lieux.

                  Charles Saint-Yves

        Le lendemain, 1er avril, à l'aube, sept individus armés se présentaient à la ferme de Jean Fricoteau, se déclarant « amis » et demandant à ce dernier où était Saint-Yves et où étaient cachés les trois Américains qu'il logeait. Les visiteurs partirent sans avoir obtenu de réponses mais promirent de revenir en fin de matinée. Trouvant à ce moment là porte close, Jean Fricoteau ayant pris la fuite, ils pénétrèrent par effraction dans la maison et se livrèrent à son pillage.

    Un peu plus tard dans la matinée, Nicolas et quelques autres, accompagnés de Jean Méréo, se présentèrent à la ferme du petit-Ban, chez les Sagnet, toujours sous le prétexte de rechercher Saint-Yves afin de le soustraire aux recherches des Allemands. Il y avait, attablé là, Marcel Picot, résistant FTP rescapé du maquis de Launois et hébergé pour quelques jours avec son ami, René Delvaux, alors absent. Nicolas demanda à Picot s'il accepterait d'aller avec eux à Charleville afin de récupérer des explosifs en vue d'effectuer un sabotage sur voie ferrée. Picot accepta et monta dans leur véhicule. Conduit à Charleville, il fut mené au siège du SD, avenue Nationale, et immédiatement mis en état d'arrestation. Méréo découvrit alors qui étaient ses amis. Il subit le même sort que Picot.

En fin de matinée, six tractions-avant, bondées de miliciens et d'Allemands  bloquèrent les routes menant au Petit-Ban. Nicolas procéda aux arrestations de Paul,  Blanche et Madeleine Sagnet. Paulette fut épargnée.
 

« Je revenais quand les Allemands m'ont empêché de rentrer. J'étais revenue par Écordal, je suis restée au virage là-haut. Ils m'avaient pris pour la fille de la ferme voisine. J'ai vu Nicolas et je l'ai tout de suite reconnu, je lui ai tourné le dos. Un gars de la Gestapo m'a demandé d'attacher le chien de la ferme d'à côté, qui ne cessait d'aboyer, et de rester près de lui. Ce que j'ai fait. Ils sont partis avec papa, maman et ma soeur. »

 La Gestapo attendit une semaine pour procéder aux dernières arrestations. Ce ne fut que le 6 avril au petit matin qu'elle se présenta à la ferme du Chesnois : arrivée de voitures remplies d'Allemands et de miliciens, arrestations des personnes présentes : Georges, Georgette, Jean et Lucienne Fromentin, Robert Couvin. La mère de ce dernier parvint à s'enfuir par une porte dérobée à l'arrivée des Allemands. L'épouse de Jean, Marcelle, qui était enceinte, fut laissée libre.

A la ferme du Chesnois, avant les arrestations. En haut de gauche à droite : Charles Saint-Yves, un aviateur américain, Georgette Fromentin, trois aviateurs américains. En bas de gauche à droite : Robert Couvin, Marcelle et Jean Fromentin, deux aviateurs américains (Photo : Robert Couvin).

 

Ce même jour, la Gestapo procédait aussi à l'arrestation de Charles Lambert, à Attigny.

Toutes les personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire furent emmenées à la prison de Charleville et y restèrent enfermées jusqu'au 27 juin, date à laquelle les hommes furent transférés au camp de Compiègne et les femmes au fort de Romainville.

    Le bilan de la répression fut très lourd...

A suivre... Vers la page 4                                                     Retour sur la page 2

14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 07:01

Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance ardennaise...

Bilan des arrestations

 Le 2 juillet à 9 heures 15, à la gare de Compiègne, Jean-Marie Chardenal, Henri Baudry, Jean Rolland, Paul Dubois, Alfred Desson, Émile Lambert, Pierre Robert, Robert Wesse, Roger Willième, Robert Couvin, Georges et Jean Fromentin, Jean Méréo, Charles Lambert, Paul Sagnet, et Lucien Charlot furent entassés dans des wagons à bestiaux composant le convoi n° 7909, qui sera plus tard appelé « Le train de la mort ». Ce fut le plus important convoi de déportation n'ayant jamais quitté Compiègne (2166 déportés politiques, résistants, droits communs). À destination du camp de concentration de Dachau, il fut sans doute aussi le plus meurtrier (530 hommes trouvèrent la mort dans des conditions épouvantables pendant le voyage).

 

       

        « À la frontière, à Novéant, en Moselle, il y avait déjà des morts que nous débarquions. Pour moi, ce fut le plus terrible de tout, ce train. Voir des gens qui deviennent fous et s'entretuent, c'est terrible... J'ai eu de la chance, car j'ai été l'un des premiers à saigner du nez (signe annonciateur de l'asphyxie), comme un boeuf c'est le cas de le dire, les autres me mirent près de la petite lucarne pour que je respire un peu et un médecin vint me voir et dit qu'on pouvait me remettre au fond, car j'étais sauvé...

    Après trois semaines à Dachau, le 22 juillet, nous sommes partis en Kommando au camp de Neckargerach, dans la vallée du Neckar, entre Stuttgart et Mannheim.

    Nous travaillions pour la construction d'une usine, sous la montagne, pour la firme Messerchmitt. C'étaient d'anciennes carrières de gypse, vieilles de centaines d'années, qu'il fallait déblayer et où nous devions creuser des galeries. Là-dessous, les Allemands ramenaient les machines des usines de la Ruhr qui étaient bombardées. Nous en avons construit une et nous en étions à la deuxième lors de notre libération. Nous étions des milliers de personnes à travailler : des prisonniers de guerre, des travailleurs libres, des civils allemands, des déportés etc... Mais nos gardiens s'arrangeaient toujours pour que ces différentes catégories de travailleurs ne se croisent pas et ne se voient jamais. Parfois, on déchargeait des péniches de ciment ; on pesait environ 40 kilos, et on nous mettait un sac de 50 kilos sur le dos et ... March !...

     Nous étions surveillés par des anciens de l'Afrika Korps qui étaient impitoyables : certains qui s'approchaient du fleuve pour y prendre un peu d'eau étaient tout de suite fusillés : "Tentative d'évasion !!!..."

    Mais les pires étaient les kapos. Le nôtre fut un Ardennais qui avait été déporté avec nous, un homme de Charleville. Quand je suis rentré on me l'a présenté comme un "Héros de la Résistance", ce que je ne conteste pas puisque je ne le connaissais pas. Mais son attitude lors de la déportation ne fut pas à la hauteur de cette réputation. Après notre retour, il fut décoré de la Légion d'honneur, il a été président départemental des Déportés... On crevait de faim et j'avais un jour réussi à voler quelques pommes de terre. Il me les avait retirées, lui, un Français, un Ardennais ! Le Père Paul (Paul Sagnet), alors que l'on était de corvée d'épluchures, m'avait dit : "Si je reviens, celui-là, je lui mettrai deux balles dans la peau"... Paul Sagnet n'est malheureusement pas rentré, il est mort d'épuisement. J'étais toujours avec lui, il avait fait la guerre de 14-18 avec mon père, à Verdun, et on se retrouvait là... De toute façon, on ne s'est jamais quittés pendant notre déportation, Paul Sagnet,  Georges et Jean Fromentin et moi.

    Je n'ai quitté Jean que lorsque nous fûmes transportés à l'hôpital militaire de Spire en Allemagne, après la libération du camp. Sur l'ensemble des déportés, nous ne sommes restés qu'à douze qui n'étions pas malades...»

Témoignage de Robert Couvin, publié dans Ami, si tu tombes...

 


Jean-Marie Chardenal, né le 14 mars 1915 à Troyes, est décédé le 15 février 1945 au camp de Ohrdruf (Kommando du camp de concentration de Buchenwald).

Henri Baudry, né le 23 janvier 1903 à Donchery, est décédé au camp de Hersbruck (Kommando du camp de concentration de Flossenbürg) le 23 novembre 1944.

 

Jean Rolland, né 22 janvier 1890 à Dinan (Côtes-du-Nord), est décédé au camp de concentration de Dachau le 4 avril 1945.

 

Paul Dubois, né le 10 février 1920 à Sedan, fut libéré par les Américains le 30 avril 1945.

 

Alfred Desson, né le 28 juillet 1902 à Maubert-Fontaine, rentra de déportation.

 

Émile Lambert, né le 28 février 1886 à Rocroi, est décédé à Dachau le 27 décembre 1944.

 

Robert Wesse, né le 24 avril 1924 à Sedan, est décédé à Hersbruck le 6 décembre 1944.

 

Roger Willième, né le 28 octobre 1901 à Sedan, est décédé à Hersbruck le 2 décembre 1944.

 

Pierre Robert, né le 24 janvier 1902 à Maxilly-sur-Saône (Côte d'Or), fut libéré à Dachau par l'avance américaine le 29 mai 1945.

 

Georges Fromentin, né le 20 novembre 1885 à Alland'huy, est décédé à Dachau le 8 février 1945.

 

Jean Fromentin, né le 30 septembre 1920 à Alland'huy, est décédé à l'hôpital de Colmar le 12 juin 1945.

 

Robert Couvin, né le 16 janvier 1926 à Alland'huy, fut transféré de Dachau à Neckargerach, Kommando du camp de concentration de Natzweiler, il fut libéré à Osterburken le 4 avril 1945.

 

Charles Lambert, né le 14 octobre 1900 à Reims, est décédé à Léonberg (Kommando du camp de Natzweiler)  le 2 février 1945.

 

Paul Sagnet, né le 24 mars 1892 à Écordal, est décédé à Dachau le 29 décembre 1944.

 

Jean Méréo, né le 3 octobre 1916 à Sommatino (Italie), rentra de déportation.


Lucien Charlot, né le 1er janvier 1909 à Ecordal, mari de Lucienne Fromentin, rentra de déportation

 

 

                                                Détenus au travail, camp de Dachau (photo : Mémorial de la Shoah)

 

Les femmes quittèrent Romainville dans un convoi qui atteignit le camp de « Neue Bremm » à Sarrebrück le 4 juillet. Le 27 de ce mois, elles furent transférées au camp de concentration de Ravensbrück.

Georgette Fromentin, née le 20 août 1889 à Alland'huy, fut gazée à Ravensbrück le 6 mars 1945.

Lucienne Fromentin, née le 14 mai 1911 à Alland'huy, est décédée à Warenn le 8 mai 1945.

Blanche Sagnet, née le 21 décembre 1901 à Jandun, est décédée à Ravensbrück le 27 mars 1945.

Madeleine Sagnet, née le 23 décembre 1923 à Écordal, fut libérée le 27 avril 1945 à Neubrandenbourg (Kommando de Ravensbrück).

 

                                         Détenues au travail, camp de Ravensbrück (photo : Mémorial de la Shoah)

 

Roger Mathieu fut fusillé au Bois de la Rosière, à Tournes, avec 12 autres patriotes tirés des geôles de la prison de Charleville, le 29 août 1944. Quant à Marcel Picot, qui n'appartenait pas au réseau mais à un groupe de FTP, il fut abattu sommairement par la Gestapo dans les bois d'Étalle le 6 juillet 1944.

 

            Le bilan de la répression directement imputable à l'action de la Gestapo de l'avenue Foch dans les Ardennes, à la suite de l'infiltration de la filière d'évacuation des aviateurs alliées baptisée Samson, se monte donc à 22 personnes arrêtées : 20 furent déportées, 2 furent fusillées, 13 sont mortes en déportation.

   

   
   Né le 19 juin 1912 dans les Deux Sèvres, Henri Nicolas était un ancien repris de justice. Arrêté comme réfractaire au STO au début du mois de décembre 1943, envoyé en Allemagne, il avait regagné la France et avait passé la frontière grâce à des résistants qu'il fit arrêter par la suite.

    De retour à Paris, il entrait en rapport avec la milice de Pierre Costantini, qui dirigeait un groupuscule de l'utra-collaboration, « la Ligue Française ».

    À la fin de cette même année, il fit la connaissance de Joseph Placke, officier du SD de l'avenue Foch à Paris qui le prit dans son équipe. Nommé au SD de Saint-Quentin, il participa à plusieurs opérations, et il fut directement impliqué dans l'affaire dite « des parachutistes » qui entraîna les arrestations de vingt-sept aviateurs britanniques et américains en mars et avril 1944, ainsi que de nombreux résistants dans l'Aisne et dans les Ardennes. À la Libération, Nicolas s'enfuit en Allemagne, puis parvint à intégrer le CIC américain comme chauffeur. Démasqué, arrêté, transféré à Marseille, il sera jugé pour ses crimes dans le cadre de l'affaire de la Gestapo de l'avenue Foch et condamné par la Cour de Justice de la Seine, et fusillé le 5 mai 1950.

 

A suivre...                                              Retour sur la page 3