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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 15:15
        A télécharger, sur le site de la Fondation de le la Résistance, La Lettre n° 51, consacrée au thème du concours de cette année : L'aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant le Seconde Guerre mondiale : une forme de résistance.
Une thématique qui peut offrir aux candidats de nombreux sujets d'études dans notre département, ne serait-ce qu'en raison de la particularité de sa position géographique doublement frontalière (avec la Belgique, entre la zone interdite et la zone occupée...)
On notera que le livre de C. Dollard-Leplomb "Sauveteurs d'étoiles en Ardennes" figure dans la bibliographie recommandée aux participants.
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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 16:43
Icko, Rachel et Hélène sont inscrits sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah, à Paris

Manifestations prévues à Rethel à l'occasion de l'hommage rendu à Icko, Rachel et Hélène Cyminski, tous trois disparus au camp d'extermination d'Auschwitz

Du 12 au 26 janvier 2008, exposition à la bibliothèque de Rethel : "Hommage à la famille Cyminski"
Le "Dossier Cyminski" très bel album de 48 pages à l'iconographie très riche, dont le texte, revu, fut publié dans la revue Terres ardennaises (n° 98 de mars 2007) sera en vente à cette occasion (Edition "C'est arrivé près de chez vous").


Dimanche 27 janvier 2008 : Dépôt d'une gerbe au monument aux morts de Rethel puis dévoilement de la plaque posée au 1, rue Dubois-Crancé.



L'album, préfacé par Maurice Rajsfus, est attendu pour la mi-janvier...

Ci-dessous les modalités de commande, à copier ou à recopier
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Je désire commander --- exemplaire(s) du livre de 40 pages au prix unitaire de 10 euros (frais de port inclus)

Ci-joint mon règlement  par chèque à l'ordre de l'association « C'est arrivé près de chez vous ».

Nom et prénom :........................................................................

Adresse :..................................................................................

Code postal et ville :..................................................................

Courriel  : ..................................................................................

 J'envoie mon chèque à l'association « C'est arrivé près de chez vous », 8, allée de la citadelle 08000 Charleville-Mézières.

Tél : 03 24 30 20 08

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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 15:56

Mort d'Émile Fontaine

Á la fin de 1943 et au début de 1944, la décision des alliés de mener contre le Reich une guerre totale avait entraîné une intensification des raids des bombardiers américains et britanniques outre-Rhin, avec pour conséquence la destruction de nombreux appareils, tant par la Flak que par la chasse allemande. Le problème de l'hébergement et de l'évacuation des aviateurs rescapés se posa alors à la résistance de façon aigue, d'autant que la police allemande avait opéré des coupes sombres dans les réseaux et les filières jusqu'alors utilisées

 En janvier 1944, un résistant de Brunehamel, du groupe des FFI commandés par Émile Fontaine, vint trouver Hector, responsable local d'un terrain de parachutages, qu'il savait en relation avec les « résistants parisiens » (en fait, les hommes du SD), pour lui demander s'il ne pouvait l'aider à trouver une nouvelle filière d'évacuation pour 25 aviateurs alliés dont les appareils s'étaient écrasés et qui étaient alors cachés dans des fermes de la région. Hector soumit cette requête à son supérieur, Blanchard, vrai agent de la Gestapo de l'avenue Foch et faux résistant, qui en référa à l'adjudant Placke.

 

Joseph Placke est né le 20 août 1897 à Osnabrück-haste. Il fit ses études à l'Ecole Normale des frères Maristes à Arlon, en Belgique, où il apprit le français. Mobilisé dans l'armée allemande lors de la guerre 1914-1918, il fut ensuite représentant de commerce. Mobisé dans la Geheime Feldspolizei (GFP) en Hollande en 1939, puis muté à Paris en juin 1940, il fut détaché à l'hôtel Lutétia, siège de l'Abwehr, au service III F, où étaient traitées les affaires relevant du contre-espionnage militaire. Nommé interprète, il participa à la première grande opération dirigée contre la Résistance par les services secrets de la Wehrmacht dans la cadre de l'affaire « Porto » (plus de 800 arrestations), puis il géra les dossiers des détenus destinés à la déportation en Allemagne sous le régime « Nacht und Nebel ».

Il fut ensuite responsable des opérations au sein des services du SD de l'avenue Foch, notamment lors de l'affaire de la French Section et de ses ramifications. Il fut arrêté par les Américains le 25 juillet 1945, en Italie, avant d'être transféré en France afin d'être entendu par la justice et dans différentes affaires relatives à la French Section, et dans le procès de la Gestapo française de l'avenue Foch, en mai 1949. L'homme qui avait dirigé l'action des auxiliaires français n'eut pas à comparaître et bénéficia d'un non-lieu la veille de l'ouverture de la session de la cour de justice de la Seine.

 

  Les contacts pris sur le terrain entre les deux parties amenèrent la rencontre du lieutenant de Fontaine, Henri Daret, chef de centre à Brunehamel et de Michel Bouillon, agent de la Gestapo. Ce dernier rendit compte de l'entretien au commandant Kieffer, qui donna son accord pour poursuivre l'opération, nommant l'adjudant Placke pour la mener à bien. Celui-ci s'adjoignit les services des Français René Launay, Robert Godinger, et Henri Nicolas.
    

        La Gestapo française de l'avenue Foch fut dirigée par René Launay, alias « Lauris », alias « René le dingue », qui s'était présenté au commandant Kieffer à l'été 1943. Launay était un ancien militant d'extrême-droite. Membre du service de renseignements du Rassemblement National Populaire (RNP) de Marcel Déat, un parti de l'ultra collaboration, il fut envoyé aux allemands par les dirigeants du parti.
Launay choisit les hommes avec lesquels il voulait travailler et réorganisa le groupe des auxiliaires français de la Gestapo. Il reprit des « anciens » du service IV E qui travaillaient pour le docteur Goetz, tels Maurice Sion (jugé et fusillé le 5 mai 1950), Roger Dupré, René Lefèvre, Jacques D'Archanches, Henri Brisson, Marcel Lebreton, Laboudie dit « Bouboule » (fusillé à la Libération), et les frères Jean et Michel Bouillon ( tous deux condamnés à mort et fusillés en avril 1945), les frères Georges et Claude Ledanseurs (qui venait de la résistance et subirent le même sort que les précédents), Louis Blanchard...

    Placé sous les ordres de Josef Placke, Launay enrôla une nouvelle équipe d'une dizaine d'hommes en qui il avait toute confiance, sorte de corps d'élite voué à la lutte contre la Résistance. Il recruta ainsi Maurice Bay, Henri Nicolas, Henri De Corval, Robert Godinger dit « Darsac », Henri Seelen (ancien légionnaire d'origine néerlandaise), Pierre Loutrel (universellement connu après la guerre sous son surnom de « Pierrot le Fou »), remplacé ensuite par Roland Sicard (commissaire de la Sécurité du territoire, résistant, infiltré sur ordre en mars 1944), Maurice Segaud (alias Vuillemain).
Les séides de l'avenue Foch, pour leur peine, touchaient 10 000 francs par mois (une jolie somme de l'époque) Sans compter les frais annexes grassement remboursés, les primes, et le butin prélevé sur les personnes arrêtées et à leur domicile, les perquisitions étant l'occasion de pillages en règle.

    Une parenthèse qui me semble nécessaire... Le livre de P. Aziz, Tu trahiras sans vergogne (Fayard, 1970) relate l'affaire des contre-parachutages (p. 204 à 210) en mettant en avant l'action de la Gestapo de l'avenue Lauriston, sans jamais citer l'avenue Foch. Ce rattachement de cette Gestapo à l'affaire des parachutistes est une parfaite falsification. Comme on l'a vu, l'avenue Foch possédait sa propre équipe dirigée par René Launay : Aziz ne cite jamais ce nom ! Son sujet d'étude (la Gestapo de la rue Lauriston et son chef, Lafont) l'emporte sur la vérité historique : Aziz substitue la rue Lauriston à l'avenue Foch pour les besoins du récit. On comprend maintenant pourquoi Aziz n'a pas cité ses sources : elles ont été manipulées pour servir le dessein qu'il s'était fixé : écrire un livre sur « une Gestapo » célèbre en racontant des histoires édifiantes. Au mépris de la vérité historique. Que peut valoir le reste du livre ?

 

         Au début du mois de mars débutèrent les premiers contacts entre Émile Fontaine et l'équipe de Placke, avec, à chaque retour vers Paris, l'enlèvement de plusieurs aviateurs dans une camionnette conduite, à chaque fois, par Henri Nicolas. Á chacune de ces rencontres fut dévoilée, un peu plus, l'organisation de la Résistance dans le secteur et dans les Ardennes. Ainsi à la mi-mars, les aviateurs cachés dans  l'Aisne ayant été évacués, une rencontre fut organisée entre Fontaine et Launay, au cours de laquelle ce dernier fut présenté à Roger Mathieu, coiffeur à Charleville, et à Charles Saint-Yves, contrôleur régional au ravitaillement, domicilié à Saulces-Champenoises. Tous deux étaient responsables de l'hébergement et du transport des aviateurs par une filière qui avait des relais à Sedan et dans la région d'Attigny, le réseau Samson (« Samson », anagramme de Masson, Robert, sous-lieutenant de réserve dans l'armée de l'air ayant rejoint Londres, fondateur en avril 1943 d'un service de liaison et réseau d'évacuation d'aviateurs alliés affilié au BCRA). Lors de cette rencontre, les dates et les modalités d'enlèvement furent fixées pour soulager ces deux secteurs, où là aussi des aviateurs attendaient depuis longtemps d'être évacués sur l'Espagne par Tarbes, comme cela s'était passé jusque là avant que des arrestations à Paris ne viennent bouleverser la bonne marche des choses.

 Convaincu de l'efficacité de cette filière providentielle, Émile Fontaine décida de convoquer, le 30 mars, une grande conférence pour présenter ses chefs de centre aux « résistants parisiens ». Georges-Henri Lallement, adjoint de Fontaine, et qui sera son successeur, s'en souvient :

 

        « Fontaine est venu me rendre visite un jour où j'étais très malade et cloué au lit par une forte fièvre. Il m'annonça qu'il avait provoqué une réunion qui rassemblait tous les chefs de centre du secteur, et que des contacts venus de Paris seraient là. II me dit : "C'est domma­ge, vous auriez vu des types formidables, ils voyagent en traction-avant, ils ont des armes, ils vont nous prendre tous nos avia­teurs alliés récupérés dans le coin", avia­teurs qui étaient une charge pour nous car il fallait les nourrir, les cacher, il fallait s'oc­cuper d'eux... Et effectivement ils les ont pris en charge, puisqu'ils étaient de la Gestapo. Du coup tous les chefs de centre du coin, y compris dans les Ardennes, étaient recherchés après que Fontaine eut été abattu.
"Si vous ne pouvez pas venir, ne venez pas, mais il y a une chose que je voulais vous dire : il ne faut pas que nous tombions vivants entre leurs mains, parce qu'il y en a de plus durs qui ont parlé et je suis persuadé que quand les Allemands le veulent, ils finissent par faire parler. Il ne faut pas que vous tombiez vivant entre leurs mains ; moi je vous donne ma parole d'honneur, à vous, que je garderai une balle pour moi. Je voudrais que vous fassiez la même promesse."Je l'ai faite.»

 Cette réunion, conçue comme un guet-apens où la Gestapo espérait prendre dans un seul vaste coup de filet tous les membres de la Résistance de la région n'eut pas lieu. Ce 30 mars, Launay (probablement lui, mais peut-être un de ses sbires), vint chercher Fontaine au café d'Émile Roger, à Aubenton, où ceux de la résistance avait leurs habitudes. Il monta dans une voiture, une traction-avant aux roues blanches. Celle-ci avait tout juste démarré lorsqu'il s'aperçut que l'un de ses compagnons faisait un geste de reconnaissance au chauffeur d'un autre véhicule, une traction aux roues jaunes (couleur typique de celles utilisées par la Gestapo) qui les doublait. Alors il sortit son revolver qu'il cachait dans sa botte, et se mit à tirer. Les autres répliquèrent. Selon un des hommes de la Gestapo, c'est Henri Seelen « qui a tué dans le Nord de la France un chef de la résistance nommé Fontaine.» D'après J. Placke, « Fontaine arrêté sortit un pistolet de sa botte et tira sur [Robert] Kribelle qui, manqué, riposta et tua Fontaine ». Le rapport rédigé par la police française à la suite du transport du corps de Fontaine à Charleville fait état des blessures suivantes « faites par arme à feu » : une balle dans la région occipitale, une balle dans la région de l'omoplate gauche, un orifice de sortie à la joue gauche, balle calibre 6m/m35 ayant pu être extraite. « Le cadavre porte en outre : l'oeil droit tuméfié et une éraflure de cinq centimètres à hauteur de l'omoplate droite. Il a les bras levés, les mains à hauteur du visage ».

    Contrairement à ce qui été parfois déclaré, Émile Fontaine n'a pas été tué à l'extérieur du véhicule, dont il aurait sauté, mais à l'intérieur, à la suite d'une lutte avec les autres occupants comme le signal le rapport de police du 1er avril 1944 : « Le cadavre a été trouvé porteur de : a) - à l'intérieur du veston, plusieurs fragments de verre "Sécurit", tachés de sang, ce qui laisse supposer que l'homme a été abattu alors qu'il se trouvait à l'intérieur d'une voiture automobile.»
La promesse faite à Georges Lallement avait-elle été une sorte de prémonition ?

 Transporté le 1er avril dans les locaux du SD à Charleville, au 79 de l'avenue Nationale, le corps fut, après examen, remis aux autorités françaises. La Feldkommandantur de Charleville notifiait alors à la préfecture que

 

        « Le ressortissant français FONTAINE, AUBENTON (indication d'identité plus précise impossible étant donné qu'il ne détenait que de faux papiers), a été tué d'un coup de feu en raison de ce qu'il s'est opposé à son arrestation l'arme à la main. Le cadavre vous est livré avec ordre de faire le nécessaire pour l'inhumation qui doit avoir lieu au cimetière de Mézières. Vous êtes rendus personnellement responsable de toute manifestation et devez éviter qu'il ne s'en produise à l'occasion et pendant l'enterrement. Ne pourront assister aux obsèques que les plus proches parents du fusillé. Il est permis de faire appel à un prêtre. Les membres de la famille de l'intéressé sont à prévenir par vos soins. L'exécution de l'inhumation doit m'être communiquée dans les trois jours. »

Le lendemain, le corps, dont l'identité restait incertaine, fut reconnu à la morgue de l'Hôpital de Manchester par une amie de Fontaine ; il fut enterré au cimetière de Mézières.

         D'après un bilan dressé par la justice lors de l'instruction du procès de la Gestapo de l'avenue Foch, 27 parachutistes alliés auraient été arrêtés dans le seul département de l'Aisne, 22 résistants y auraient été arrêtés, 14 auraient été déportés, 10 seraient morts en déportation ou auraient été fusillés. Les noms de quelques-uns d'entre eux figurent sur le Mémorial de Berthaucourt à Mézières, parmi lesquels celui d'Henri Daret ; celui d'André Chorlet ; celui de Louis Serre ; celui de Maurice Vadez , d'autres encore...
La justice, à l'époque, ne dressa aucun bilan de l'action répressive de la Gestapo de l'avenue Foch dans les Ardennes. Et pourtant...

A suivre...    Vers la page 3                                                Voir l'article précédent...

15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 18:27
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