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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 07:19

 

couverture il y a soixante dix ans

 

 

Entre 1939 et 1945, les Ardennaises et les Ardennais furent plongés dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, tourmente souvent évoquée par Terres Ardennaises, dans des articles de sa célèbre revue et de livres pour la plupart épuisés. En 2008, l’équipe éditoriale avait décidé, pour marquer le 70e anniversaire de l’invasion de 1940, de revenir sur ce sujet en faisant appel une nouvelle fois aux témoins directs encore vivants et à leurs descendants, afin de réaliser un livre de documents, textes et photos.

Terres Ardennaises avait donc lancé, en collaboration avec les quotidiens régionaux l’Ardennais et l‘Union, les Archives départementales des Ardennes et le Musée Guerre et Paix en Ardennes, une collecte qui s’est révélée si fructueuse que, par deux fois, elle dût reculer la date de sortie de cet ouvrage qui aura finalement (et définitivement) lieu à la mi-octobre de cette année 2011.

Vous y trouverez le résultat des travaux de Stéphane André, Jean-Émile Andreux, Marie-France Barbe, Nicolas Charles, Jean Diel, Christine Dollard-Leplomb, Anne François, Gérard Giuliano, Jacques Lambert, Michel Pion, Alain Renard, Jean-Claude Vion, et de votre serviteur. Ils traiteront les sujets suivants :

La « drôle de guerre », l’invasion, l’exode, la vie dans les Deux-Sèvres, en Vendée et dans les autres départements d’accueil, la vie quotidienne dans les Ardennes, les prisonniers, les travailleurs juifs de la WOL, le camp des Mazures, le courrier pendant la guerre, la résistance et la collaboration, la libération…

Les treize auteurs de cet ouvrage ont choisi plusieurs centaines de photos et de documents écrits, exhumés d’archives familiales pieusement conservées, pour une grande partie inédits, et qui en constitueront la richesse principale.

 

Format 21 x 30, 304 p. plus 48 en quadrichromie. 30 € en souscription (+ 5,35 € de frais d’envoi) jusqu’au 30 septembre. 38 € prévu à parution.

 

Pour imprimer un bon de souscription, cliquez ici.

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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 15:34

1- CR- Faux maquis- Couverture

« Au moment du débarquement et depuis déjà plus de deux ans, de très vastes portions du territoire, de l'est au Morbihan, échappent au contrôle de la police de Vichy comme à celui de l'occupant. Et les maquisards authentiques ne sont pas les seuls à vivre et combattre en marge de la France officielle. À côté de figures incontestables, comme celles de Guingouin ou de Romans-Petit, des individus charismatiques au passé trouble, « Soleil », Lecoz, « Mickey » ou « Bayard », rançonnent l'habitant, font régner leurs propres lois sur les populations et une justice souvent expéditive au sein de leurs propres troupes. Escrocs, truands, déserteurs, ces profiteurs de la guerre ont pu enrôler des combattants de bonne foi. C'est pourquoi il a pu paraître si difficile de distinguer vrais et faux maquis, dans un contexte où les règlements de comptes entre gaullistes et communistes étaient de règle. À travers une passionnante plongée dans les archives (rapports de gendarmerie et de police, procès de la Libération), Fabrice Grenard nous aide à mieux cerner les contours de cette zone grise, entre résistance déclarée et banditisme, qui s'est étendue à tout le territoire, pour le plus grand profit de la propagande de Vichy. »

 

Voilà pour la présentation de l’ouvrage par l’éditeur. Pour ceux qui en veulent un résumé complet, cliquer ici. Pour ma part, je me permettrai de limiter mes commentaires à quelques évidences et d’illustrer le propos de l’auteur par quelques exemples ardennais.

 

Le sujet est audacieux, car s’il existe depuis la Libération une fascination du maquis dans la conscience nationale, qui va de pair avec l’élévation au statut de héros du maquisard, il n’en est pas moins vrai qu’en 1943 et 1944 l’acception des maquis par la population rurale n’alla pas toujours de soi.

Rappelons que le phénomène des maquis se développe au printemps 1943 avec la promulgation par Vichy de la loi sur le STO, mais qu’il connaîtra sa véritable ampleur à l’été 1944, après le débarquement des Alliés sur les plages de Normandie. La fuite des jeunes dans les campagnes doit leur permettre de se soustraire à la réquisition : ils sont réfractaires au STO. Ce qui n’entraine pas forcément l’entrée dans un maquis ; 10 à 20 % seulement des réfractaires le font. Armés et encadrés par la Résistance, les bandes de réfractaires formant maquis luttent contre les Allemands mais aussi contre le gouvernement de Vichy. Mais, et c’est là le paradoxe du Maquis, si ses membres sont des hors-la-loi qui se sont réfugiés dans l’illégalité (au regard tant des lois françaises qu’aux règlements édictés par l’occupant), leur engagement est considéré comme hautement légitime, tant par la majorité de la population que par la France libre.

Parallèlement à la montée en puissance de la Résistance et à la multiplication des maquis, la criminalité augmente et devient d’autant plus importante que l’État français ne jouit plus d’aucune autorité et que les pouvoirs publics sont totalement débordés : les forces traditionnelles du maintien de l’ordre dans les campagnes, en la personne des gendarmes, sont impuissantes. Dans un souci de propagande, les autorités allemandes et celles de Vichy amalgament les deux phénomènes : les maquisards sont des bandits. Il n’est que lire la presse de l’époque pour se rendre compte à quel point cette assimilation de la résistance à la délinquance par la propagande est une réalité de ce temps (dans Le Petit Ardennais, une rubrique est consacré au bandistisme où apparaissent des actions de la Résistance sous un jour fallacieux. A gauche, extrait du 6 janvier 1944 ; à droite, du 22/23 janvier 1944).

 

petard du 6 144  petard du 22 23 1 44


 

Les Ardennes n’ont pas connu de ces maquis noirs composés de criminels et de bandits qui, sous couvert de lutte contre l’occupant, se livrèrent au vol et au racket au détriment des populations rurales. Par contre, si les pratiques et les actions des maquis ont pu apparaître quelquefois à leurs contemporains proches de celles des bandits de grands chemins, elles furent toujours justifiées par les nécessités de la lutte contre l’occupant. Quelques exemples d’un maquis FTP ardennais…

 

Quand nécessité fait loi

 

En juin 1944, le maquis "Pascal", du  nom de son chef, s’est implanté dans la région d’Asfeld, au sud-ouest du département. Composé d’une cinquantaine d’hommes, il bénéficie de la complicité de la gendarmerie (à l’égard d’un maquis FTP c’est suffisamment rare pour être signalé). L’organisation d’un maquis nécessite d’habiller et armer les hommes, assurer leur subsistance, et, éventuellement, leurs déplacements. De plus un service social pallie l’absence, dans les familles, d’un mari, d’un fils, d’un frère, pour cause de mobilisation au sein de l’armée des partisans (Pour ceux qui veulent en savoir plus, ils se reporteront à Ami, si tu tombes, la Résistance dans la région de Rethel dont j’extrais les cas qui suivent)

 

L’argent manque, on le trouve où il est, dans les perceptions et les petites succursales des banques, sous la menace des armes, mais toujours contre la remise d’un bon de réquisition au nom des FFI (Château-Porcien en juin, 200 000 francs de l’époque !)

Le 11 août, le bureau de poste d’Asfeld est visité : pas de témoins, et un guichetier plein de bonne volonté, sinon complice…   

 

« Aujourd’hui, vers 13 heures, alors que je me trouvais dans mon bureau, occupée au courrier, j’ai entendu marcher dans la salle publique. Ayant regardé dans la dite salle, j’ai vu deux individus armés de mitraillettes et porteurs chacun d’un brassard tricolore. Un des deux hommes s’est mis près du guichet, quant à l’autre, il s’est approché de la porte séparant la salle d’attente de mon bureau. Après avoir essayé de l’ouvrir et voyant qu’elle était fermée à clef, il m’a donné l’ordre, et ce sous menaces, de l’ouvrir immédiatement. J’ai exécuté cet ordre et cet homme est entré dans mon bureau. Aussitôt son entrée, il m’a invité à ouvrir le coffre-fort afin d’y prendre l’argent qu’il contenait. J’ai voulu lui faire croire que je n’avais pas les clefs du coffre, mais il m’a répondu : “ Cela ne prend pas, dépêchez-vous d’ouvrir !”

J’ai donc ouvert le coffre. Cet individu s’est emparé d’une petite caissette contenant l’argent du bureau et l’a compté devant moi. Il a trouvé la somme de 35 280 francs dont il s’est emparé ; il m’a remis un bon de réquisition en échange. Puis aussitôt, il est sorti du bureau et, accompagné de son camarade, ils ont quitté la poste ainsi qu’un troisième individu que j’ai aperçu par la suite et qui se trouvait dans le tambour de la porte d’entrée. Il était également porteur d’une mitraillette.

Quelques secondes après leur sortie, j’ai entendu une automobile démarrer de devant la poste. J’ai pensé que c’était eux qui partaient avec cette voiture […]

Je suis absolument incapable de vous donner le moindre signalement de ces individus en raison de l’émotion que j’ai ressentie en me voyant sous la menace de leurs armes. De plus, les volets de mon bureau étaient fermés en raison du soleil qui, à cette heure, donne en plein dans les fenêtres, il faisait très sombre pour pouvoir distinguer convenablement. Également pour cette raison, je n’ai pas vu la voiture et je ne puis donc vous fournir aucun signalement de ce véhicule ni vous dire si d’autres hommes se trouvaient dedans. A son départ, l’homme qui a emporté l’argent m’a invité à ne prévenir la gendarmerie qu’une heure après leur départ sous peine de sanctions… » 

Rapport de gendarmerie du 11 août 1944, Archives départementales des Ardennes, 1 W 38

 

Quant au matériel manquant, on le trouve à l’épicerie : Le 2 août 1944, vers 19 heures, toujours à Asfeld, six hommes armés de mitraillettes se présentent à la succursale des établissements Goulet-Turpin et se font remettre soixante pelotes de laine, cent pelotes de coton, soixante-dix bobines et cartes de fil, quatorze bouteilles de champagne, douze bouteilles de curaçao, sept bouteilles de sirop, trois couteaux, six cents savonnettes, deux paquets de biscottes, quatre paquets de pain d’épice, dix paquets de gâteaux, une couverture, un paquet de sel, trois litres d’ammoniaque, qui sont chargés dans une camionnette. Avant de partir, ils intiment l’ordre au gérant de ne prévenir la gendarmerie que deux heures plus tard. (Rapport de gendarmerie du 3 août 1944, Archives départementales des Ardennes, 1 W 38). Au retour de cette expédition, nous dit un de ses acteurs, Georges Robert, grosse colère du chef, Pascal : « Qu’est-ce que vous allez foutre avec de la laine ? Du tricot ?... »

 

Pour se nourrir, en ces temps d’occupation, il était nécessaire aussi de posséder ces fameux tickets d’alimentation que chacun allait retirer à la mairie de son domicile. Les maquisards, hors-la-loi, en étaient dépourvus, et devaient se les procurer... Ainsi, par exemple, le 25 juillet 1944, à 12 heures 30, deux hommes armés porteurs de brassards FFI firent irruption au domicile de l’instituteur et secrétaire de mairie d’Asfeld, et se firent remettre les tickets d’alimentation du mois d’août destinés à être distribués à la population de la commune, comprenant les rations mensuelles de pain, de viande, de lait… Signe manifeste de  complicité dans l’administration de la commune, les tickets dérobés venaient d’être reçus le matin même de l’agression…

On pourrait citer de nombreux autres exemples, notamment les bureaux de tabac dévalisés sous la menace d’une arme, mais dont le butin est payé par les voleurs !  ( le 15 août 1944, à Ecordal, trois individus armés prennent le tabac et règlent la somme de 4427 francs ; au Chesnois-Auboncourt, le 1er août 1944, trois individus armés prennent 56 paquets de tabacs qu’ils payent ; à Saint-Fergeux, le 26 juillet 1944, quatre hommes armés emportent 177 paquets de tabac, 2 paquets de cigarettes qu’ils payent 2502 francs, etc. Voir Rapport de gendarmerie du 25 juillet 1944 et autres, Archives dép. des Ardennes 1 W 39).

 

Dans le même ordre d’idée, mais avec une issue tragique, le 12 août deux individus armés se présentaient à l’épicerie de Poilcourt et demandaient à sa gérante de leur remettre le tabac qu’elle avait en stock. Un coup de feu fut tiré accidentellement et l’épicière fut atteinte au ventre. Elle décédait quelques minutes plus tard, alors que les deux hommes s’enfuyaient à bicyclette. (Rapport de gendarmerie du 12 août 1944, Archives dép. des Ardennes, 1 W 38). Il n’y avait pas eu de violence, l’épicière avait elle-même prévenu le maquis de cette livraison de tabac dont elle était disposée à se laisser déposséder. Pour éviter une enquête trop approfondie, le docteur Landès, médecin à Asfeld et toubib du maquis, établit un certificat de mort naturelle…

 

Lorsque le 15 août, sur ordre du commandement interrégional, le maquis dut joindre la forêt du Mont-Dieu afin de créer une tête de pont au nord de la rivière Aisne en attente de l’arrivée des troupes américaines, le problème se posa de savoir comment effectuer les quelque 70 kilomètres entre Asfeld et le Mont-Dieu, avec environ trois tonnes d’armement et de matériels divers… Là encore, le maquis eut recours aux réquisitions. Le 18 juillet, à Neuflize, une Citroën traction-avant ; le 25 juillet à Tagnon, une camionnette Citroën ; le 30 juillet à Neuflize encore, une autre camionnette Citroën ; le 8 août, à Tagnon, une Citroën traction-avant ; le 11 août, à Le Thour, une camionnette Renault (qui sera retrouvée par son propriétaire le 15 août à Roizy) ; le 15 août, à Asfeld, un camion Citroën appartenant à la fromagerie. Le mode opératoire était toujours le même : quelques hommes en armes se présentaient au nom de la Résistance et enlevaient le véhicule en échange d’un bon de réquisition. En témoignent ces PV de gendarmerie :

 

 « Hier, dimanche 30 juillet 1944, vers 22 heures, deux individus se sont présentés à mon domicile en l’absence de mon mari et m’ont demandé où se trouvait notre voiture. A mon hésitation à leur indiquer où celle-ci était garée, ces deux hommes m’ont annoncé : “ Nous sommes de la Résistance ”, et ont découvert chacun une arme qu’ils portaient l’un sous son veston, l’autre sous sa ceinture. Sous cette menace, étant seule, j’ai acquiescé à leur demande et j’ai emmené ces hommes au garage. L’un d’eux m’a fait savoir que dans quarante-huit heures je recevrais un papier, reçu de ma voiture. Il a ajouté : “ Vous porterez plainte dans deux heures !”… »

 

« Ce jour, 15 courant, comme d’habitude, je suis parti avec le camion automobile Citroën 1028 A.V. 3 de la fromagerie d’Asfeld. A mes côtés, avait pris place le nommé Legros qui devait charger les bidons de lait sur le camion. Vers 8 heures, alors que je me dirigeais vers la sortie sud de Saint-Germainmont, cinq individus armés, descendant d’une voiture touriste, m’ont intimé l’ordre de descendre du camion, et de leur laisser ma place. Sous la menace des armes, je me suis exécuté. Ensuite, l’un des individus est monté sur le plateau du camion et a déchargé les bidons vides. Il en a laissé quelques-uns contenant 150 litres de lait environ. Je ne puis vous donner le numéro minéralogique de la voiture touriste, ni la couleur. Je n’ai pas remarqué la présence d’habitants sur la voie publique. Leur coup fait, trois individus ont pris place dans la voiture touriste et les deux autres dans le camion. Les véhicules sont partis en direction d’Asfeld, je crois. Les bandits étaient porteurs de brassards tricolores […] Avant de nous quitter, ces personnes m’ont fait connaître d’avoir à ne pas avertir qui que ce soit avant onze heures, faute de quoi nous serions l’objet de représailles…»

(Rapports de gendarmerie des 31 juillet et  15 août 1944, Archives dép. des Ardennes 1 W 38)

 

  Crime et châtiment

 

D’autres opérations du même type (vols à main armée), qu’il est difficile de confondre ou de rattacher formellement aux groupes FTP, eurent lieu dans ce secteur. Ces actes semblent relever, en ces temps de troubles et d’insécurité, du simple banditisme sous couvert d’opération destinée au maquis.

Ainsi le 23 mars 1944, vers 22 heures 30, cinq hommes masqués et armés de revolver se sont introduits chez Madame H., cultivatrice demeurant à Houdilcourt. Ils visitèrent toutes les pièces de la maison, déclarèrent qu’ils faisaient partie d’un groupe de résistance et qu’il leur fallait de l’argent. Madame H. et son concubin présent sur les lieux refusant d’accéder à leur demande, les intrus menacèrent alors de tuer l’un des deux pour faire parler l’autre. Les hommes finirent par découvrir le coffre-fort dans lequel Madame H. détenait ses valeurs, et firent main basse sur 6 300 francs. Ils enlevèrent ensuite divers objets de peu de valeur, des draps, des paires de bottes de caoutchouc, des pelotes de laine, une montre en argent, une plaque de vélo… Madame H. fit remarquer à ses agresseurs qu’elle avait eu également un fils qui avait appartenu à la Résistance et qui venait d’être fusillé (ce qui était exact, ce fils avait appartenu au maquis de Launois et avait été fusillé à Berthaucourt un mois plus tôt)… Ils lui répondirent : « On le sait, il sera vengé… » Au moment de s’enfuir, ils interdirent à leurs victimes de sortir, menaçant même de mettre le feu à la ferme si ces dernières déposaient plainte avant huit jours. (Rapport de police du 25 mars 1944, Archives dép. des Ardennes, 1 W 38).

 

Enfin, lorsque les pouvoirs publics sont défaillants, c’est le maquis qui devient le dépositaire de l’autorité et qui rétablit l’ordre. D’autant que dans le cas qui nous concerne il s’agissait d’un individu accusé de piller les fermes et de commettre des actes de brigandage au nom de la Résistance alors qu’il agissait pour son compte personnel… Cet homme, arrêté avec son fils, fut passé par les armes par le Maquis. La Résistance ne pouvait évidemment pas laisser commettre en son nom de tels actes, sous peine de voir ternir son image et de perdre sa légitimité auprès de la population.

 

 

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Maquisards du maquis "Pascal" à la Libération

 

Pour terminer sur cet ouvrage, un mot de ces faux maquis installés par les services de répression allemands afin de découvrir les groupements de résistance et de les dénoncer. L’auteur consacre un paragraphe à celui de la bande au Bossu qui s’illustra tristement à Illy-Olly et à Gaulier à la fin du mois d’août 1944. Sa lecture est décevante et confuse. Nous n’y revenons pas ici puisque vous pouvez sur ce sujet trouver quelques articles sur ce blog.

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 20:26

Des erreurs historiques, sinon monumentales (aurais-je pu ajouter si j'avais eu mauvais esprit).

Lire les articles de l'Union/L'Ardennais du jeudi 26 mai ici et ici...

Sans commentaires...

Pour les retardataires dans le débat : lire ...

Une pièce à ajouter au dossier :

 

Sans titre-Numérisation-01

À suivre....

Published by philippe lecler - dans Actualité
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:37

Deux biographies de collaborateurs qui ont tant et si peu de choses en commun, deux intellectuels, deux écrivains tentés par l'aventure de la fondation d'un fascisme à la française...

 

 

Le livre le plus intelligent sur l’affaire Brasillach est celui d’une universitaire américaine, Alice Kaplan, qui restitue avec beaucoup de justesse et de précision la complexité d’un procès qui pose encore question aujourd’hui.

 

intelligence

Il est devenu un mythe dans le discours de l’extrême-droite, le symbole de l’injustice des procès de la Libération, un martyr de l’épuration, une victime de la fureur vengeresse d’une résistance supposée acquise aux seuls communistes.

Robert Brasillach est né le 31 mars 1909 à Perpignan, et après de brillantes études à l'Ecole normale supérieure à Paris, il devient critique littéraire à L’Action française, le journal monarchiste de Maurras dont il partage les idées, et notamment une haine passionnelle de la République, des juifs, du Front populaire. Á partir de 1937, il rejoint l’équipe des jeunes fascistes de l’hebdomadaire Je suis partout, dont il devient le rédacteur en chef. Jeune étoile montante de la littérature, il publie de nombreux ouvrages dont une histoire du cinéma qui restera une référence pour les amoureux du 7e art.

Mobilisé lors du conflit, fait prisonnier, il est libéré en 1941 sur instruction de l’ambassade allemande à Paris, qui le considère comme un des idéologues susceptible d’aider la cause nazie dans la France occupée. Se définissant lui-même comme un « collaborationniste de cœur », il va faire de son journal et de son œuvre une arme de combat pour un fascisme à la française.

 

« J’ai contracté me semble-t-il une liaison avec le génie allemand, je ne l’oublierai jamais. Qu’on le veuille ou non, nous aurons cohabité ensemble. Les Français de quelque réflexion, durant ces années auront plus ou moins couché avec l’Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux. »

 

Il se rend à la justice au mois de septembre 1944, quittant la chambre où il se terrait depuis le départ des troupes allemandes de la capitale afin de faire libérer sa mère, arrêtée par les FFI dépités de ne pouvoir lui mettre la main au collet. Emprisonné à Fresnes, il est poursuivi au terme de l’article 75 du code pénal pour « Intelligence avec l’ennemi ».

Le procès se tient le 19 janvier 1945. Il dure six heures. L’accusation, en la personne du commissaire du gouvernement, Maître Reboul, citera à profusion les écrits de Brasillach afin de lui demander des comptes sur sa responsabilité, morale et intellectuelle, dans la répression de la Résistance et dans la persécution des juifs, mais aussi dans l’engagement de jeunes français dans la police allemande ou dans la Milice.

 

Des appels au crime contre le monde littéraire, celui acquis à la Résistance : « Il suffirait de dix suppressions, de dix arrestations pour que tout rentre dans l’ordre […] Patiemment l’œuvre d’épuration s’accomplit. Mais il faut l’aider. » (Je suis partout, 28 février 1942)

 

Après la prise du pouvoir par le maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il crache sa haine à la mort de la République et à la disparition de la démocratie (Je suis partout, 7 février 1942) :

« On ne s'aperçoit pas qu'on encourage le mensonge, qu'on encourage le Juif. En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu'exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses michés et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l'abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu'à l'os. »

 

Au lendemain de la rafle du Vél’d’Hiv, et après la déclaration de l'archevêque de Toulouse condamnant les déportations, il écrit cette phrase (qui lui vaudra une damnation éternelle) : « Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits » (Je suis partout, 20 septembre 1942).  

 

Condamné à mort, Robert Brasillach fut fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, après que De Gaulle eût refusé de signer sa grâce.

Fallait-il fusiller Brasillach ?

 

fontenoy

 

Aurait-il fallu fusiller Jean Fontenoy si on l'avait retrouvé ? Son cas   est très différent. Brasillach fut un intellectuel de salon. Fontenoy fut avant tout un homme d’action, même si la littérature fut son havre.

Gérard Guégand en livre un portrait tout en nuances, et rectifie bien des idées reçues... Une grande biographie.

Né le 21 mars 1899 à Fontainebleau dans un milieu très modeste, il est élevé par ses grands-parents paysans. Trop tard engagé dans l’armée pour participer à la Grande guerre, il apprend le russe puis est embauché par l’agence d’information Havas qui lui offre la direction de sa toute nouvelle agence de Moscou. Le communisme l’attire, mais version Trotski, il déteste Staline. Retour à Paris en 1926 pour Fontenoy, où il écrit et où il publie pour diverses revues: analyse et impressions des Soviets, peinture de la vie en URSS. Il prépare son grand œuvre (qui ne sera jamais publié : L’Hôte des Soviets). Havas lui propose le poste de Shangaï, dans la Chine nationaliste. Il y fonde son journal, et y prend le goût de l’opium, et celui des complots.

De retour en France, il adhère au Parti populaire français (PPF) que vient de fonder Jacques Doriot, puis l’abandonne pour fonder durant l’occupation,  avec l’ex-socialiste Marcel Déat et l’ex-cagoulard Eugène Deloncle, le très collaborationniste Rassemblement national populaire (RNP). En 1941, il s’engage dans la Légiondes volontaires contre le bolchevisme (LVF) que viennent de fonder les trois grands partis de la collaboration (RNP, PPF et MSR) et est envoyé en combattre les Soviets avec la charge de la section de propagande. On ne le voit guère sur la ligne de front et il rentre rapidement à Paris où il va diriger la revue Révolution Nationale dans laquelle écrira d’ailleurs souvent Brasillach.

En août 1944, il pliera bagages et prendra la fuite avec toute la clique de collaborateurs et de miliciens fuyant l’avancée des armées alliées en France. Qu’est devenu Fontenoy ? Il s’est donné la mort avec une pilule de cyanure à Berlin en avril 1945, quelques instants avant de tomber aux mains des Soviétiques. Son corps ne fut jamais retrouvé.


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