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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 20:26

Des erreurs historiques, sinon monumentales (aurais-je pu ajouter si j'avais eu mauvais esprit).

Lire les articles de l'Union/L'Ardennais du jeudi 26 mai ici et ici...

Sans commentaires...

Pour les retardataires dans le débat : lire ...

Une pièce à ajouter au dossier :

 

Sans titre-Numérisation-01

À suivre....

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:37

Deux biographies de collaborateurs qui ont tant et si peu de choses en commun, deux intellectuels, deux écrivains tentés par l'aventure de la fondation d'un fascisme à la française...

 

 

Le livre le plus intelligent sur l’affaire Brasillach est celui d’une universitaire américaine, Alice Kaplan, qui restitue avec beaucoup de justesse et de précision la complexité d’un procès qui pose encore question aujourd’hui.

 

intelligence

Il est devenu un mythe dans le discours de l’extrême-droite, le symbole de l’injustice des procès de la Libération, un martyr de l’épuration, une victime de la fureur vengeresse d’une résistance supposée acquise aux seuls communistes.

Robert Brasillach est né le 31 mars 1909 à Perpignan, et après de brillantes études à l'Ecole normale supérieure à Paris, il devient critique littéraire à L’Action française, le journal monarchiste de Maurras dont il partage les idées, et notamment une haine passionnelle de la République, des juifs, du Front populaire. Á partir de 1937, il rejoint l’équipe des jeunes fascistes de l’hebdomadaire Je suis partout, dont il devient le rédacteur en chef. Jeune étoile montante de la littérature, il publie de nombreux ouvrages dont une histoire du cinéma qui restera une référence pour les amoureux du 7e art.

Mobilisé lors du conflit, fait prisonnier, il est libéré en 1941 sur instruction de l’ambassade allemande à Paris, qui le considère comme un des idéologues susceptible d’aider la cause nazie dans la France occupée. Se définissant lui-même comme un « collaborationniste de cœur », il va faire de son journal et de son œuvre une arme de combat pour un fascisme à la française.

 

« J’ai contracté me semble-t-il une liaison avec le génie allemand, je ne l’oublierai jamais. Qu’on le veuille ou non, nous aurons cohabité ensemble. Les Français de quelque réflexion, durant ces années auront plus ou moins couché avec l’Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux. »

 

Il se rend à la justice au mois de septembre 1944, quittant la chambre où il se terrait depuis le départ des troupes allemandes de la capitale afin de faire libérer sa mère, arrêtée par les FFI dépités de ne pouvoir lui mettre la main au collet. Emprisonné à Fresnes, il est poursuivi au terme de l’article 75 du code pénal pour « Intelligence avec l’ennemi ».

Le procès se tient le 19 janvier 1945. Il dure six heures. L’accusation, en la personne du commissaire du gouvernement, Maître Reboul, citera à profusion les écrits de Brasillach afin de lui demander des comptes sur sa responsabilité, morale et intellectuelle, dans la répression de la Résistance et dans la persécution des juifs, mais aussi dans l’engagement de jeunes français dans la police allemande ou dans la Milice.

 

Des appels au crime contre le monde littéraire, celui acquis à la Résistance : « Il suffirait de dix suppressions, de dix arrestations pour que tout rentre dans l’ordre […] Patiemment l’œuvre d’épuration s’accomplit. Mais il faut l’aider. » (Je suis partout, 28 février 1942)

 

Après la prise du pouvoir par le maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il crache sa haine à la mort de la République et à la disparition de la démocratie (Je suis partout, 7 février 1942) :

« On ne s'aperçoit pas qu'on encourage le mensonge, qu'on encourage le Juif. En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu'exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses michés et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l'abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu'à l'os. »

 

Au lendemain de la rafle du Vél’d’Hiv, et après la déclaration de l'archevêque de Toulouse condamnant les déportations, il écrit cette phrase (qui lui vaudra une damnation éternelle) : « Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits » (Je suis partout, 20 septembre 1942).  

 

Condamné à mort, Robert Brasillach fut fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, après que De Gaulle eût refusé de signer sa grâce.

Fallait-il fusiller Brasillach ?

 

fontenoy

 

Aurait-il fallu fusiller Jean Fontenoy si on l'avait retrouvé ? Son cas   est très différent. Brasillach fut un intellectuel de salon. Fontenoy fut avant tout un homme d’action, même si la littérature fut son havre.

Gérard Guégand en livre un portrait tout en nuances, et rectifie bien des idées reçues... Une grande biographie.

Né le 21 mars 1899 à Fontainebleau dans un milieu très modeste, il est élevé par ses grands-parents paysans. Trop tard engagé dans l’armée pour participer à la Grande guerre, il apprend le russe puis est embauché par l’agence d’information Havas qui lui offre la direction de sa toute nouvelle agence de Moscou. Le communisme l’attire, mais version Trotski, il déteste Staline. Retour à Paris en 1926 pour Fontenoy, où il écrit et où il publie pour diverses revues: analyse et impressions des Soviets, peinture de la vie en URSS. Il prépare son grand œuvre (qui ne sera jamais publié : L’Hôte des Soviets). Havas lui propose le poste de Shangaï, dans la Chine nationaliste. Il y fonde son journal, et y prend le goût de l’opium, et celui des complots.

De retour en France, il adhère au Parti populaire français (PPF) que vient de fonder Jacques Doriot, puis l’abandonne pour fonder durant l’occupation,  avec l’ex-socialiste Marcel Déat et l’ex-cagoulard Eugène Deloncle, le très collaborationniste Rassemblement national populaire (RNP). En 1941, il s’engage dans la Légiondes volontaires contre le bolchevisme (LVF) que viennent de fonder les trois grands partis de la collaboration (RNP, PPF et MSR) et est envoyé en combattre les Soviets avec la charge de la section de propagande. On ne le voit guère sur la ligne de front et il rentre rapidement à Paris où il va diriger la revue Révolution Nationale dans laquelle écrira d’ailleurs souvent Brasillach.

En août 1944, il pliera bagages et prendra la fuite avec toute la clique de collaborateurs et de miliciens fuyant l’avancée des armées alliées en France. Qu’est devenu Fontenoy ? Il s’est donné la mort avec une pilule de cyanure à Berlin en avril 1945, quelques instants avant de tomber aux mains des Soviétiques. Son corps ne fut jamais retrouvé.


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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 07:43

  Les Archives départementales accueilleront l'auteur des Fusillés le vendredi 8 avril à 18 h. 

Professeur honoraire d'histoire-géographie, Docteur en histoire, Jean-Pierre Besse est président de l'Association Oise pour le Concours national de la Résistance et de la Déportation et président de l'Association pour la Mémoire ouvrière et industrielle du bassin creillois (AMOI).
Il fait partie de la direction du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, le Maitron, où il est responsable du corpus "Résistants et morts pendant l'Occupation en raison de leur engagement politique".
Longtemps correspondant de l'IHTP pour l'Oise, il a écrit plusieurs ouvrages sur l'histoire de l'Oise (période contemporaine) et il a en particulier dirigé l'équipe qui a réalisé le CD-ROM de l'AERI sur la Résistance dans l'Oise.
Il est aujourd’hui invité par la SEA car il est le responsable scientifique (avec Thomas Pouty et Claude Pennetier) du Dictionnaire des fusillés, exécutés, massacrés en France pendant l'Occupation, projet éditorial soutenu par le ministère de la Défense, les fondations Gabriel Péri et Charles De Gaulle, l'AERI et le Musée national de la Résistance de Champigny. Rappelons que J.P. Besse coordonne l'ensemble des activités des chercheurs  qui, dans les départements, participent à l'enquête.
Il est enfin l'auteur (pour ne citer que les dernières parutions)  de :

Les fusillés : répression et exécutions pendant l'occupation (1940-1944) avec Thomas Pouty, éditions de l'Atelier 2006 ; 

Juin 1940, la négociation secrète, les communistes français et les autorités allemandes, avec Claude Pennetier, éditions de l'Atelier, 2006 ;

Frontstalag 122 Compiègne-Royallieu, un camp d'internement allemand dans l'Oise 1941-1944, avec Beate Husser et Françoise Rosenzweig, édité par le Conseil général et les archives départementales de l'Oise, 2008.

Les maquis dans l'Oise avec Jean-Yves Bonnard et Françoise Rosenzweig, CDDP de l'Oise, 2010.

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 07:45

Située dans la vallée de la Meuse, sur la D 8051, entre Revin et Givet, la ville de Vireux-Molhain fut sous l’Occupation un centre actif de la résistance sous, notamment, la direction de Marceau Devie. Une plaque apposée sur un mur de la gare de cette commune porte témoignage de la violence de l’occupant et de l’héroïsme de jeunes patriotes.

 

001" Ici tombèrent glorieusement les armes à la main sous les balles ennemies le 4 janvier 1944, au retour d'une mission périlleuse, LAMBERT Robert, âgé de 18 ans, RZEPECKI Maurice, âgé de 20 ans, maquisards du groupe franco-belge Banel. Honneur à ces deux braves. "

 

 

Au mois de décembre 1943, l’un des adjoints du maquis franco-belge du Banel, Henri Vin, décida de renforcer dans la région de Vireux un maquis destiné à accueillir les jeunes réfractaires et à les former à la lutte clandestine contre les Allemands. Il confia cette mission, qui consistait à poser les jalons du groupement, à Robert Lambert et à Maurice Rzepecki, deux jeunes de Linay qu’il avait enrôlé au maquis.

 

maurice

 

Maurice RZEPECKI est né le 2 février 1924 à Wicincki (Pologne), domicilié à Linay où son père est ouvrier aux Forges de Blagny. Au début de 1942, après avoir vainement tenté de rejoindre l’Angleterre, il s’engagea au 6e bataillon de chasseurs alpins à Grenoble. Après la dissolution de l’armée d’armistice, il fut renvoyé dans ses foyers. En juillet 1943, réfractaire au STO, il rencontra Henri Vin qui l’intégra dans son groupe de résistance dépendant du maquis franco-belge du Banel. Une citation à l’ordre de la Brigade, comportant l’attribution de la Croix de guerre lui a été décernée en 1945, à titre posthume, par le général Préaud.

 

Robert Lambert

 

Robert LAMBERT est  né le 15 juin 1926 à Linay où il vit avec sa mère et ses jeunes frères. Réfractaire au STO, il  s’engage dans la Résistance après avoir rencontré Henri Vin qui l’envoie en mission à Vireux avec son ami Maurice.

 

Les armes, l’argent et le matériel manquaient pour un tel projet. Où les trouver, sinon chez les Allemands eux-mêmes ? Le 3 janvier 1944, vers 19 heures, les deux jeunes gens se présentèrent chez le chef de culture de la WOL de Mairy, près de Mouzon, sous prétexte de demander du travail. Sortant chacun un revolver, ils l’obligèrent à leur livrer un pistolet garni de 9 cartouches, un fusil de guerre français avec ses munitions, une machine à écrire, ainsi qu’une somme de 19 300 francs. Leur forfait accompli, Maurice et Robert rentrèrent à Linay (probablement chez Robert Lambert) où ils passèrent la nuit. Le Lendemain, à l’aube, ils prirent le premier train pour Vireux, depuis la petite gare de Linay. Un travailleur de la WOL, Jean L., qui les surveillait (comme il le faisait pour toutes les allées et venues dans la petite gare de Linay), obligea la garde-barrière à lui donner les souches des tickets délivrés avant de prévenir les autorités allemandes du départ de ces deux suspects qui avaient négligé, comme il en avait été convenu, de passer par la Belgique pour brouiller les pistes (le dénonciateur fut à la Libération arrêté et traduit devant la cour de justice des Ardennes. Il fut condamné le 29 avril 1945 à 20 années de travaux forcés).

 

Le 4 janvier, à 19 heures 40, le train de Charleville entrait en gare de Vireux. Sur le quai, d’importantes forces allemandes, arrivées de Charleville dans l’après-midi, avaient pris position. Immédiatement repérés à leur descente, les soldats tentèrent d’appréhender les deux jeunes hommes qui sortirent leurs armes. Des coups de feu furent échangés. Deux Allemands furent blessés. Maurice Rzepecki, acculé dans une impasse, fut désarmé et arrêté alors que Robert Lambert fut abattu sur place. (Selon d’autres sources, il fut emmené grièvement blessé à l’hôpital allemand de Reims où il est décédé le 6 janvier).

Le même jour, Sawera Rzepecki, la sœur aînée de Maurice, cuisinière à la WOL de Mairy, fut arrêté par les Allemands pour complicité dans l’attentat contre le chef de culture.

Lors de la perquisition du domicile de Joséphine Lambert, mère de Robert, les Allemands trouvèrent une lettre écrite par Maurice à ses parents, ainsi que d’autres papiers des jeunes gens, qu’elle cachait dans sa cheminée. Internée à Charleville avec Sawera, les deux femmes furent déportées depuis Compiègne vers le camp de concentration de Ravensbrück par le transport du 31 janvier 1944. Sawera sera transférée au Kommando de Hollesschein, dans les Sudètes. Elle sera libérée par les Américains le 5 avril 1945. Joséphine Lambert est décédée au camp de Ravensbrück le 14 janvier 1945.

 

Joseph Rzepecki, père de Maurice, fut arrêté et emprisonné à la caserne du 12e Chasseur de Sedan. Il sera libéré par son gardien quelques jours avant l’arrivée des Américains à Sedan. Durant son temps de détention, l’officier allemand blessé par Maurice à Vireux vint régulièrement lui rendre visite, pour le passer à tabac...

 

Après avoir été incarcéré à la prison de Charleville où il fut brutalement interrogé par la Gestapo, Maurice Rzepecki fut condamné à mort par le tribunal militaire près la Feldkommandantur à Charleville et passé par les armes sur le plateau de Berthaucourt, à Mézières, le 20 avril 1944 (et non le 22 comme l’indiquent les documents officiels, voir sa dernière lettre et son "calendrier du prisonnier", marqué jusqu'au 20). Selon le témoignage de son avocat, Maître Marceau Vignon, il quitta la prison pour monter sur le plateau d’un camion militaire où trônait déjà son cercueil. Assis sur celui-ci, Maurice traversa la ville jusqu’au lieu de son supplice en chantant la Marseillaise et en criant « Vive la France » et « Vive la Pologne ».

 

calendrier-copie-1

 

Le calendrier du prisonnier de Maurice (détail)

 

lettre du 20 avril detail

 

Dernière lettre de Maurice à ses parents (détails de début et de fin)

 

lettre du 20 avril detail 2

 

 

 

 

Charleville, le 20 avril 1944

 

Chers papa, maman, Saverka, Paulette, Casimir, Véronique, Stéfani, Daniel, Pierrot,

Je vous envoie ces derniers mots pour vous dire adieu, car c’est fini pour cette terre de péchés. Je suis fusillé ce matin à 7 heures. Aussi, j’espère retrouver Dieu. Je [ne] vous demande qu’une chose, ne l’abandonnez pas. Il vous aidera dans tout, même dans la mort. Car si je la regrette un peu [la vie], c’est pour vous. Car vous avez été bons pour moi, et moi qui a été si mauvais, si méchant pour vous, qui vous ai causé tant de peine, je vous demande pardon. Je ne sais pas si vous viendrez sur ma tombe, mais faites-le si vous pouvez.

Je dis adieu à Téo et [à] Joseph, au Bednarski, à Choisil, qui ont toujours été bons pour nous, à tous les amis et voisins. Je crois que Saverka sera relâchée maintenant. J’espère qu’elle me pardonnera pour tout le mal qu’elle a eu pour moi. Je la remercie de tout mon cœur, elle qui a toujours été pour moi une petite mère. J’espère que vous vous portez bien tous. Vous direz aussi adieu de ma part à M. Jouandon, à Victor, et à tous les autres copains, ainsi qu’aux Lambert. J’espère que papa n’a pas trop mal le bras et qu’il s’en tire bien dans son travail. Je tâcherai de l’aider du ciel avec les anges.

 Si vous recevez mon habit, vous regarderez bien le [côté] gauche, vous y verrez un petit trou dessus et dessous. C’est le passage d’une balle, l’autre a passé plus haut. Maintenant, je vais aller revoir Robert mon si bon copain. J’espère que nous serons réunis à la mort comme à la vie. Vous n’aurez qu’à réclamer mes photos à la police allemande. Casimir pourra prendre toutes mes affaires. Gardez mon chapelet car il m’a accompagné jusqu’à la mort, ainsi que la croix. Si vous voulez, vous ferez dire une petite messe pour moi, pour que Dieu me pardonne pour les paroles, mes pensées, mes actions, et toutes mes fautes.

Je vais terminer ma lettre car l’heure avance et il ne faut pas que je manque mon rendez-vous avec la mort. Aussi j’embrasse toute la famille avant de mourir sur cette terre, car j’espère vous revoir au ciel.

Donc adieu. Celui qui vous a fait tant de mal, pardonnez-lui, adieu et ne me pleurez pas, je n’en vaux pas la peine, adieu tous.

Celui qui pense à vous toujours, votre fils, frère, oncle.


Maurice

 


casimir et armand

 

Casimir Rzepecki (à gauche) et Armand Polèse, tous deux torturés

puis abattus au maquis du Banel le 18 juin 1944

 

Le frère ainé de Maurice, Casimir RZEPECKI, né le 3 janvier 1922 à Muzynowo-Kocielne (Pologne) intégra le maquis franco-belge du Banel en janvier 1943. Il y fut arrêté, martyrisé, puis fusillé lors de l’attaque du maquis par les troupes allemandes le 18 juin 1944. Un témoin de son supplice déclara : « Près du château du Banel, non loin de la maison du cantonnier Lagrange, les Allemands m’ont conduite devant quatre hommes arrêtés au Buchy (Armand Polèse, Fernand Blaise, André Poncelet et Casimir Rzepecki) afin de les identifier. Ils avaient les mains et les pieds liés sauvagement avec du gros fil de fer et les chairs ressortaient en bourrelets. Ils étaient tournés face contre terre. Il était visible qu’ils avaient été battus tant ils étaient ensanglantés et avaient les vêtements déchiquetés. Ils étaient en train de mourir. Les Allemands les ont retournés à coups de bottes. J’ai nié les reconnaître […] Au bout d’une demi-heure, j’ai vu que les Allemands relevaient les victimes et les traînaient à l’entrée du taillis. Quelques instants plus tard, j’ai entendu cinq coups de revolver et j’ai supposé que les Allemands achevaient les victimes. »

Une citation à l’ordre du Régiment, comportant l’attribution de la Croix de guerre a été décernée en 1945 à Casimir RZEPECKI, à titre posthume, par le général Préaud.

 

enterrement maurice

Inhumation de Maurice à Linay, à la Libération

 

 

 

On apprend par la presse locale, en l'occurence le quotidien L'Union, qu'une plaque commémorative a été apposée sur le monument aux morts de Linay le dimanche 8 mai 2011, afin de rappeler l'action dans la Résistance de Robert et Joséphine Lambert, Maurice et Casimir Rzepecki, et Armand Polèse.

 

 

Sources principales :

Témoignage et archives familiales de Mme Stéfania Warschlowinski, née Rzepecki.

Dossier Rzepecki, Archives départementales des Ardennes, 1 W 54

Rapport de la gendarmerie, section de Sedan, du 5 janvier 1944. Archives départementales des Ardennes, Z/Sedan 33

Published by philippe lecler - dans Des lieux
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