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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 11:20

Le 6 juillet 1944, trois jeunes gens qui montaient de Givet au maquis Prisme, dit « Maquis des Ardennes », tombèrent dans une embuscade tendue par les Allemands et des miliciens locaux.

À la fin du mois d’août, le corps d’Arthur Marchand, criblé de balles, fut découvert dans les bois d’Hargnies. Les corps des deux autres, Raymond Martin et René Rivir, ne furent jamais retrouvés. L’enquête menée après la libération par le responsable régional du Service de Recherche des Crimes de Guerre Ennemis permit de conclure que Raymond Martin et Arthur Marchand avaient été fusillés à Mézières, sur le plateau de Berthaucourt, le 14 juillet 1944.

 

La « Délégation régionale du service de recherches de crimes de guerre ennemis » fut créée le 14 octobre 1944 par le gouvernement provisoire de la République Française, dépendant du ministère de la Justice. Au-delà des aspects historiques, statistiques et informatifs, cette Commission cherche à établir tous les manquements aux lois de la guerre qui ont eu lieu durant  l’Occupation en France. De la compilation des crimes à l’identification des auteurs, le but est de trouver et poursuivre les responsables des crimes de guerre.

 Les missions de la Commission étaient d’établir un dossier pour chaque crime commis dans la région, de mener l’enquête, si aucune information n’avait été ouverte devant la justice militaire, de transmettre le dossier au tribunal militaire compétent, une fois le(s) responsable(s) identifié(s).

 

Courrier du Colonel Laboureur, de la Délégation régionale du service de Recherche des Crimes de Guerre Ennemis à Saint-Quentin, au Commandant de la brigade de gendarmerie de Givet, du 5 avril 1945 :

 

L’enquête que j’ai fait poursuivre sur la disparition des jeunes RIVIR René et MARTIN Raymond, a permis de révéler que les sus-nommés ont été condamnés à mort et exécutés le 14 juillet 1944 au plateau de Berteaucourt  (sic). Je vous transmets cette information à toutes fins que vous jugerez utiles pour prévenir les familles, car il ressort des déclarations que vous avez recueillies sur cette affaire que les parents semblent être dans l’ignorance absolue du lieu de sépulture. 

Une information est ouverte contre les auteurs de ces assassinats, qui sont connus et des mandats d’arrêt ne tarderont pas à être lancés.

 

Source : BAVCC, dossier R. Martin

 

 

Voici la relation que fit Marceau Devie de cet épisode :

 

« Le six Juillet 1944, le chef de secteur des FFI de Givet m'informe que trois jeunes gens de 20 ans doivent rejoindre le maquis. Deux sont de Fromelennes et un de Givet. Il m'appartient donc de les aider à s'y rendre en les prenant en charge le lendemain à six heures du matin dans la forêt, à proximité de Chooz. À trois heures du matin, alors que je me prépare à quitter mon domi­cile, une estafette du maquis Prisme vient m'avertir de la suivre jusqu'au camp pour une liaison urgente avec le Commandant. »

Marceau Devie charge donc un de ses hommes de le remplacer dans cette tâche. Peu de temps après, Devie rencontre une de ses connaissances qui lui rend compte de la scène à laquelle il a assisté il y a peu : en montant la côte d'Hargnies, il a vu quatre jeunes gens sortir de la forêt, emprunter la route et se diriger vers Hargnies. Quelques minutes après, il a entendu des coups de feu et a été aussitôt dépassé par des voitures allemandes. Dans l'un des deux véhicules, des hommes se débattaient. 

Devie convoque le guide qu’il avait chargé de mener les jeunes au maquis. Celui-ci lui avoue que le rendez-vous a été manqué et qu’il n’a donc pu mener sa mission à bien. Taraudé par le doute, Devie apprend  par les inspecteurs des Renseignements généraux en gare de Givet, qui lui fournissent habituellement bon nombre d'informations, que le policier Henri, un collabo pur jus, s’est vanté d’avoir « fait une bonne prise ». « Sur quatre jeunes qui allaient au maquis, dit-il, nous en avons eu deux. Les deux autres ont pu s'échapper. Nous n'avons pas eu la grande vache de Marceau ». Quatre jeunes ? Devie apprend rapidement aussi qu'un maquisard de Fromelennes avait quitté le camp qui était cantonné dans les environs d’Hargnies et avait passé la nuit dans son  village. Au retour, il avait rencontré les trois volontaires et leur avait servi de guide. Il dit qu’ils étaient tombés dans une embus­cade tendue par les Allemands qui les attendaient. Lui avait réussi à fuir, mais il ne savait rien du sort des trois autres…

Comment Henri avait-il pu connaître le départ des trois jeunes et celui de l’itinéraire qu’ils devaient prendre ? On ne le sait. Toujours est-il qu’à la suite de cette dénonciation, la Résistance givetoise décida d’exécuter Henri. Ce qui fut fait le 21 juillet. Henri fut abattu à Givet alors qu’il était attablé à « l’auberge de cheval blanc » avec Jean Guillermain, un autre collabo interprète à la Feldgendarmerie et auxiliaire des Allemands.

 

En conséquence, les notices biographiques de ces trois résistants dont les noms sont inscrits sur le Mémorial de la Résistance de Berthaucourt ont été modifiées ainsi :

 

425 – RIVIR René, Jules, Louis, Ghislain né le 31 octobre 1925 à Fromelennes, domicilié en cette commune. Réfractaire au STO, membre des FFI de Givet, René Rivir fut arrêté avec deux de ses camarades, Raymond Martin et Arthur Marchand, par la Feldgendarmerie de Givet sur la route de Vireux à Hargnies le 6 juillet 1944, alors qu’ils rejoignaient le maquis Prisme de la mission interalliée « Citronelle » cantonné dans les bois d’Hargnies (maquis dit « des Ardennes »). Internés à la prison de Charleville, Raymond Martin et René Rivir furent « condamnés à mort et exécutés le 14 juillet 1944 au plateau de Berthaucourt » (courrier au Commandant de la brigade de gendarmerie de Givet, du 5 avril 1945.)

Le nom de René Rivir figure sur la stèle apposée dans le cimetière de Fromelennes « À la mémoire des FFI torturés et fusillés par les Nazis le 6.07.44 ».

 

331 – MARTIN Raymond, Julien, Arthur, né le 7 septembre 1924 à Fromelennes, domicilié en cette commune. Réfractaire au STO, membre des FFI de Givet, René Rivir fut arrêté avec deux de ses camarades, Raymond Martin et Arthur Marchand, par la Feldgendarmerie de Givet sur la route de Vireux à Hargnies le 6 juillet 1944, alors qu’ils rejoignaient le maquis Prisme de la mission interalliée « Citronelle » cantonné dans les bois d’Hargnies (maquis dit « des Ardennes »). Il fut incarcéré à la prison de Charleville.

Selon le Colonel Laboureur, délégué régional du service de Recherche des Crimes de Guerre Ennemis, Raymond Martin et René Rivir furent « condamnés à mort et exécutés le 14 juillet 1944 au plateau de Berthaucourt » (courrier au Commandant de la brigade de gendarmerie de Givet, du 5 avril 1945. Le colonel Laboureur ajoute : « Je vous transmets cette information à toutes fins que vous jugerez utiles pour prévenir les familles, car il ressort des déclarations que vous avez recueillies sur cette affaire que les parents semblent être dans l’ignorance absolue du lieu de sépulture. ») 

Le jugement déclaratif de décès, prononcé le 20 mai 1947 par le tribunal de Rocroi, précise que Raymond Martin fut « après une courte incarcération […] exécuté à une date indéterminée et vraisemblablement à Charleville et […] sa mère fut avisée de son décès le 14 juillet 1944 par le Colonel commandant la subdivision de Laon. »

Conformément à cette décision, l’extrait du registre des actes de décès de la mairie de Fromelennes considère donc que Raymond Martin est décédé à Charleville, fusillé par les Allemands, « courant juillet 1944 ».

Comme celui de son camarade René Rivir, son corps n’a jamais été retrouvé.

Le nom de Raymond Martin figure sur la stèle apposée dans le cimetière de Fromelennes « À la mémoire des FFI torturés et fusillés par les Nazis le 6.07.44 ».

 

325 - MARchand Arthur, Léon, né le 1er avril 1923 à Jumet (Belgique), ouvrier à Givet. Réfractaire au STO, membre des FFI de Givet, Arthur Marchand fut arrêté avec deux de ses camarades, Raymond Martin et René Rivir, par la Feldgendarmerie de Givet sur la route de Vireux à Hargnies le 6 juillet 1944, alors qu’ils rejoignaient le maquis Prisme de la mission interalliée « Citronelle » cantonné dans les bois d’Hargnies (maquis dit « des Ardennes »).

Arthur Marchand tenta la fuite et s’engagea dans la forêt. Mais rattrapé par ses poursuivants il fut abattu et son corps laissé sur place. Il ne fut retrouvé que le 29 août 1944 sur le territoire de la commune d’Hargnies.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Givet.

 

 

 

stele fromelennes «A la Mémoire des F.F.I. torturés et f

 

Stèle apposée dans le cimetière de Fromelennes

 

 

 

Sources :

 

Dossiers du BAVCC

Direction de la Mémoire, du patrimoine et des archives

Service historique de la Défense, Département interarmées, ministériel et interministériel,

Bureau des victimes des conflits contemporains, BP 552, 14037 CAEN cedex

 

LOTTERIE (P.), Marceau Devie, résistant ardennais, m’a raconté..., SOPAIC, Charleville-Mézières, 1985

 

 

 

 

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 08:33

extrait L'Ardennais Conférence de Philippe Lecler

 

 

Armel Guerne dans la Résistance : le cas ardennais

Á l’occasion de cette conférence fut présenté Face à la Gestapo, écrit en collaboration avec l’historienne belge Annette Biazot, et consacré à l’intégration de la Résistance ardennaise au réseau britannique Prosper/PHYSICIAN.
Je me suis attaché à évoquer le rôle du poète Armel Guerne, dit « Gaspard », engagé dès la fin de 1942 auprès du chef du réseau, le major Francis Suttill, dit « Prosper ». Gaspard fut rapidement promu chef du secteur des Ardennes, et son action permit à Londres de parachuter les premières armes aux groupes de résistance. Après son arrestation au mois de juillet 1943, il se rendit dans les Ardennes, encadré par des agents de la Gestapo, et de son court passage ses camarades de combat le tiendront en détestation. Son second séjour, guère plus long que le premier ni plus confortable, fut celui du fugitif après son évasion du train de déportés qui le menait en Allemagne.

 

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                                                                                                                                                             Photo M. Genin

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:22

MANON Louis, Gaston, né le 2 mai 1891 à Haybes dans une famille modeste d’ouvriers ardoisiers est le dernier de neuf enfants. À onze ans, Louis Manon descend dans les fosses de l’ardoisière pour un salaire de misère. En 1914, il achève ses trois ans de service militaire au 148e R.I. de Givet quand la guerre éclate. Après avoir combattu sur le front d'Orient à Salonique, il est, après la victoire, démobilisé. Rentré à Haybes, il épouse une veuve de guerre et grâce à un modeste héritage, il acquiert l’Hôtel moderne. Ouvrier ardoisier le jour, il aide le soir son épouse dans la gestion de l’établissement. En 1936 les Manon quittent Haybes pour Fumay où ils reprennent l’Hôtel du Château, qui fait restaurant, et où Louis, musicien, anime des soirées dansantes les jours de fête et les dimanches. En 1939, à la déclaration de guerre, l’armée l’appelle de nouveau. Il met les siens à l’abri à Gardanne, dans le midi, où il les rejoint en 1940 après avoir été démobilisé. La famille Manon y reste jusqu’en 1943, Louis obtenant un emploi au fond de la mine de charbon. De retolouis manonur à Fumay, c’est un hôtel pillé de fond en comble que les Manon retrouvent, mais après quelques semaines de travaux, l’établissement rouvre ses portes.

Contacté par le chef local de la Résistance Gabriel Sacrez, Louis Manon héberge clandestinement  des prisonniers évadés, des aviateurs alliés, des résistants recherchés par la police allemande…

Au début du m ois de mars 1944, un contact lui amène huit jeunes gens, des réfractaires désireux de former un maquis. L’un d’eux, « Max », est un traître. Quelques jours plus tard, le 13 mars, Max se rend à la poste du bourg. Il téléphone à la police allemande et la Feldgendarmerie intervient à l’Hôtel du Château. Trois jeunes gens parviennent à s’enfuir, pour les autres c’est la prison de Charleville (deux d’entre eux, Alexandre et Auguste Salmeron seront jugés et fusillés sur le plateau de Berthaucourt).

Gabriel Sacrez incite Louis Manon à prendre la fuite, mais celui-ci refuse d’inquiéter sa famille. Quelques jours plus tard, les Allemands viennent le chercher. Incarcéré à la prison de Charleville, il est abattu au Bois de la Rosière, à Tournes, le 29 août 1944.


Sources : Témoignage de Mme Ginette Thunus-Manon, dans L’Ardennais du 27 juillet 1994 ; Dossier de la cour de justice des Ardennes, procès Max Brochet, ADA

 

 

Le nom de Louis Manon est inscrit sur le monument de la Résistance  de Berthaucourt.

Les pages qui sont consacrées à ce Mémorial sont régulièrement mises à jour et de nombreuses notices biographiques ont été complétées ou modifiées récemment. Vous pouvez contribuer à la construction du Mémorial en signalant les erreurs, les omissions, ou en apportant les précisions nécessaires. Que ceux qui se sont déjà manifestés en soient remerciés.

 

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Published by philippe lecler - dans Des hommes
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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 17:32

  C'est la célèbre "Beuquette" de Yanny Hureaux qui, dans L'Union-L'Ardennais du 9 décembre, évoque l'ouvrage, associé à celui de Terres ardennaises, pour lequel j'ai eu aussi l'honneur et le plaisir d'être sollicité comme rédacteur.

 

La guerre, la dernière, la nôtre, nous ne pouvons nous en passer. Pour nouvelle preuve, ces deux nouveaux livres qui sont déjà à la fête chez les libraires. Sous le titre « Face à la Gestapo », Annette Biazot et Philippe Lecler publient chez Euromédia un ouvrage étonnamment documenté qui révèle bien des secrets sur la tragédie du maquis franco-belge du Banel. Une somme, pour ne pas dire « un monument », le livre volumineux que sous le titre « Il y a soixante-dix ans dans les Ardennes » Terres Ardennaises consacre à notre quotidien durant la Seconde Guerre mondiale. À mes yeux, l'immense mérite de l'équipe d'historiens dirigée par l'inlassable Jacques Lambert, c'est d'avoir donné priorité aux témoignages écrits ou oraux et aux photographies d'époque que leur ont confiés des Ardennais « ordinaires ».

Yauque, nem !

 

Dans le "Mag'info Ardennes" n° 43, un article de Dominique Charton est consacré aux éditions Euromedia et évoque Face à la Gestapo : "Au travers d'une écritue rythmée et claire qui alterne judicieusement explications historiques et témoignages, Face à la Gestapo nous replonge dans cette époque troublée où les héros, trop souvent tombés dans l'oubli, étaient surtout des gens simples engagés dans une lutte sans merci contre le nazisme et les troupes d'occupation..."

 

Dans le Mag'dimanche du quotidien L'Union/L'Ardennais du 18 décembre, rubrique "livres"

 

Sans titre

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